«Quoique Calaïs soit plus beau qu'un astre du ciel, toi plus léger que
la feuille et plus perfide que la mer d'Adria, avec toi j'aimerais à
vivre, avec toi je voudrais mourir.»
A-t-on jamais chanté l'influence d'un premier sentiment et le retour des
coeurs sur leurs traces en pareilles strophes? L'homme qui les chantait
ainsi était-il un débauché ou un véritable amant? Que tous ceux qui ont
aimé le disent; si le poëte leur a arraché leur secret, c'est qu'il
l'avait dans sa propre mémoire. On conçoit qu'une seule ode de ce genre,
répandue à Rome dans sa première fleur, ait attiré sur ce jeune inconnu
l'amour de toutes les _Lydies_ et l'enthousiasme de tous les _Calaïs_ de
Rome. Depuis deux mille ans que nous chantons dans toutes nos langues,
nous n'avons pas retrouvé la note du dialogue d'Horace et de Lydie.
On ne s'arrêterait pas si on arrachait, pour les faire admirer à
l'esprit et au coeur, toutes les feuilles de ce _jardin des roses
romaines_, comme les Persans appellent ces recueils de sagesse, de
poésie et d'amour. Un seul poëte dans le monde, c'est _Hafiz_ en Perse,
peut rivaliser de perfection avec le poëte latin; mais Hafiz est à la
fois plus lyrique, plus voluptueux, plus délicat et plus coloriste dans
ses odes, parce qu'Hafiz est l'Orient et qu'Horace est l'Occident. Hafiz
est amoureux comme Salomon; il prend ses images et ses couleurs dans la
voluptueuse Arabie; Horace ne les prend que dans ses modèles grecs;
Hafiz est un inspiré de l'amour et de la divinité; Horace, tout parfait
qu'il soit de style, n'est qu'un littérateur accompli de Rome; le
premier, original comme la nature; le second, académique comme la cour
d'Auguste.