Tout portait l'âme d'Horace, en ce temps-là, à la sérénité, à
l'insouciance des affaires publiques et aux plaisirs de la ville ou des
champs. Auguste gouvernait si doucement qu'on ne sentait pas sa main ou
qu'on ne la sentait que par ses bienfaits. Il voulait allécher Rome à la
monarchie paternelle. Horace, maintenant rallié, célébrait quelquefois
ses exploits en vers pindariques; il passait de l'élégie à l'ode comme
le musicien consommé d'une corde à l'autre sur le même instrument. Il
avait entièrement oublié Brutus, Caton, Cicéron: la liberté orageuse ne
valait pas, selon lui, la peine qu'on la pleurât; d'ailleurs les hommes
pouvaient bien trahir la cause trahie par les dieux. Il ne s'occupait
que de son plaisir et de sa santé. Le médecin d'Auguste l'envoyait
tantôt passer l'été aux bains froids de la Sabine, tantôt aux bains
chauds de la Campanie; on voit par ses épîtres que l'_hydrothérapie_
était inventée à Rome comme à Paris dès ce temps-là. Il fit aussi
quelques rares voyages en Calabre pour y visiter le berceau de son
enfance et le tombeau de son père. Il revient avec délices dans
plusieurs de ses compositions sur ces flots de _Tarente_ et sur cette
fontaine de _Blandusie_ qui avaient pour lui la saveur des premiers
souvenirs.