Horace était né à _Venusia_, en Apulie, contrée de l'Italie que nous
appelons aujourd'hui les _Calabres_. Sa petite ville natale, exposée à
un tiède soleil d'Orient, était couchée sur une pente tachetée
d'oliviers, de cyprès et de myrtes. La route de Naples et de Rome
serpentait en bas à côté d'un torrent souvent à sec. Cette contrée avait
été jadis la _Grande Grèce_, site de colonies grecques visitées et
civilisées par Pythagore. Les habitants, plus doués d'imagination que
les Romains, s'y ressouvenaient de leur origine. Le génie riche, léger
et naturellement éloquent d'Horace, est en effet ce qu'il y a de plus
attique dans les écrivains romains: l'eau pure de la source se
reconnaît jusque dans l'égout. Ce pays avait été primitivement habité
par les Samnites, conquis et annexé par les Romains. C'est une branche
allongée des montagnes des _Abruzzes_, si riches en paysages. La source
limpide de _Blandusie, splendidior vitro_, s'épanchait non loin de
Venouse. Horace, qui y trempait ses pieds enfant, devait la chanter un
jour comme une des plus riantes images de sa mémoire. L'_Aufide
mugissant et perfide_ était un torrent qui écumait au fond de la vallée
de Venouse; Horace lui a donné la célébrité d'un fleuve: les grands
hommes sont la bonne fortune des lieux où ils jouent dans leur berceau,
les poëtes surtout sont l'illustration de leur paysage.