III

Suivons maintenant M. Thiers dans cette série immense de campagnes qui

vont se presser et se dérouler sous sa plume: le voilà sur son terrain.

Napoléon rentré à Paris, les négociations de 1806, pour convertir en

traité de paix les conventions sommaires de Presbourg, s'ouvrent. Ce

traité contient des germes nouveaux de guerre: l'Autriche est

dépouillée; la Russie, humiliée et impatiente de venger sa malheureuse

apparition sur le champ de bataille d'Austerlitz, se réfugie dans un

isolement plein de rancunes; elle impute sa défaite à la lâcheté de

l'Allemagne, mais elle ne peut consentir sans amertume à laisser

triompher impunément Napoléon du continent. La Prusse, infidèle à tous

ses alliés à la fois, accepte la dépouille de l'Angleterre dans le

Hanovre, se réjouit de l'abaissement de l'Autriche, s'allie

ostensiblement avec Napoléon par terreur, et négocie déjà secrètement

avec la Russie une coalition ambiguë comme sa situation. Jamais les

manoeuvres ténébreuses de cette cour punique n'ont été mieux éclairées

que par M. Thiers. Son livre fera dans l'avenir à cette puissance plus

de tort que la bataille d'Iéna; la bataille d'Iéna ne lui a enlevé que

des territoires, le livre de M. Thiers lui enlève l'estime du monde.

Cours familier de Littérature - Volume 08 · 第 80 / 163 题