Le traité de Presbourg, la Prusse déconcertée dans ses duplicités
habituelles, la possession de toute l'Italie concédée à Napoléon, sont
les fruits de cette bataille. Il rentre en France au bruit des
acclamations de l'armée et du peuple. L'Angleterre est sauvée, mais le
continent est asservi.
Comme à l'ordinaire encore, l'historien applaudit et témoigne seulement
quelques craintes timides sur les excès de victoire et de puissance à
venir, comme à chacune des périodes civiles ou guerrières de son héros:
réflexion vide, tardive ou prématurée, selon nous, à la fin d'un si beau
récit; car, s'il a applaudi au dix-huit brumaire, pourquoi répugne-t-il
au consulat? S'il a applaudi au consulat à vie, pourquoi s'étonne-t-il
de l'empire? S'il a maintenant applaudi à l'empire, pourquoi
s'étonne-t-il du despotisme européen? Toutes ces choses qu'il blâme
sont les conséquences nécessaires de celles qu'il a louées. Quand vous
n'avez pas arrêté l'illégalité de l'ambition au premier pas, pourquoi
voulez-vous qu'elle s'arrête au second? pourquoi au troisième? pourquoi
au quatrième? C'est jouer mal à propos le philosophe ou c'est bien peu
connaître les hommes. Le mouvement ascendant et perpétuel à tout prix
était le lot et le caractère de l'homme qui n'asservissait la France
qu'à la condition de l'éblouir. Napoléon était un de ces hommes qui ne
s'arrêtent que quand ils tombent.
Arrêtons-nous à cet apogée de sa gloire, qui n'est pas encore l'apogée
du mouvement historique de M. Thiers, et achevons dans le prochain
entretien la lecture d'un livre où l'on blâme quelquefois, mais où l'on
marche toujours sans lassitude d'admiration en admiration pour le
tableau et pour le peintre, et, bien que le livre soit long,
l'admiration est toujours courte.