XIII

L'intervention française s'accomplit en quelques jours par le général

Ney, en Suisse; la médiation imposée à main armée aux cantons sert de

prétexte à l'Angleterre pour refuser l'évacuation de Malte, conformément

au traité d'Amiens. La France exige, l'Angleterre récrimine sur ses

envahissements; le premier Consul éclate en paroles foudroyantes,

quoique calculées, dans une audience de l'ambassadeur britannique. La

paix d'Amiens est rompue, la guerre commence. L'historien, dans une

courte et impartiale discussion, attribue à l'Angleterre les causes de

la rupture. On ne peut méconnaître ici la justesse de ses réflexions. La

responsabilité de la longue période de guerre qui suit la courte paix

d'Amiens pèsera sur la Grande-Bretagne plus que sur le général

Bonaparte. Si la première loi de l'histoire est d'être véridique, la

première loi de la critique est d'être arbitre entre les événements et

l'historien. Les passions nationales de l'Angleterre et les rivalités de

popularité parlementaire entre les orateurs et les ministres

précipitèrent la rupture d'une paix qui pouvait consoler plusieurs

années le monde. Cette époque ressemble beaucoup à celle où les orateurs

athéniens du parti de Démosthène jetèrent, par leurs déclamations contre

Alexandre de Macédoine, la Grèce et l'Asie dans les mains d'Alexandre.

Le général Bonaparte fut l'Alexandre du parlement britannique en 1803.

Cours familier de Littérature - Volume 08 · 第 62 / 163 题