L'intervention française s'accomplit en quelques jours par le général
Ney, en Suisse; la médiation imposée à main armée aux cantons sert de
prétexte à l'Angleterre pour refuser l'évacuation de Malte, conformément
au traité d'Amiens. La France exige, l'Angleterre récrimine sur ses
envahissements; le premier Consul éclate en paroles foudroyantes,
quoique calculées, dans une audience de l'ambassadeur britannique. La
paix d'Amiens est rompue, la guerre commence. L'historien, dans une
courte et impartiale discussion, attribue à l'Angleterre les causes de
la rupture. On ne peut méconnaître ici la justesse de ses réflexions. La
responsabilité de la longue période de guerre qui suit la courte paix
d'Amiens pèsera sur la Grande-Bretagne plus que sur le général
Bonaparte. Si la première loi de l'histoire est d'être véridique, la
première loi de la critique est d'être arbitre entre les événements et
l'historien. Les passions nationales de l'Angleterre et les rivalités de
popularité parlementaire entre les orateurs et les ministres
précipitèrent la rupture d'une paix qui pouvait consoler plusieurs
années le monde. Cette époque ressemble beaucoup à celle où les orateurs
athéniens du parti de Démosthène jetèrent, par leurs déclamations contre
Alexandre de Macédoine, la Grèce et l'Asie dans les mains d'Alexandre.
Le général Bonaparte fut l'Alexandre du parlement britannique en 1803.