En reprenant son rôle d'historien, M. Thiers raconte ensuite, avec la
verve d'un Molière politique, les rôles divers joués par le premier
Consul, par sa femme, par ses frères, par ses soeurs, par le sénat, par
le conseil d'État, par Fouché, par Cambacérès, ses confidents, chargés
de risquer les indiscrétions et de subir les désaveux pour se faire
offrir sous un nom ou sous un autre le titre du pouvoir monarchique dont
il avait déjà la réalité. L'histoire ici touche à la comédie d'intrigue,
et Beaumarchais y serait plus convenable que Tacite. Enfin, après mille
manoeuvres de ses confidents contrariés par ce qui restait de décorum
républicain dans les différents corps représentatifs, la douce violence
est opérée, et, après avoir deux fois repoussé la couronne comme César
au Cirque, le général Bonaparte passe du titre de premier Consul au
titre de Consul _à vie_, et du titre de consul à vie à la prochaine
proclamation de l'empire héréditaire. Ici le général Bonaparte n'a point
d'effort illégitime à faire pour franchir ces degrés successifs qui
mènent d'une magistrature républicaine à vie au pouvoir suprême; il n'a
qu'à se laisser glisser sur la mobilité et sur la versatilité de la
France, pliée d'avance à tous ses désirs.