(2e PARTIE.)
I
À l'exception du pouvoir civil emporté à la pointe de l'épée au 18
brumaire par un général qui mettait la victoire au-dessus de la loi et
qui réduisait tous les droits au droit de la force, nous avons admiré
jusqu'ici la savante exposition et la profonde sagacité d'esprit de M.
Thiers. Nous allons à regret nous séparer de son sens historique dans
deux graves circonstances très-bien racontées, mais mal jugées par lui,
selon nous: le Concordat de 1801 et la mort du duc d'Enghien. Plus nous
louons ce travail unique sur les événements de notre temps par
l'écrivain qui semble avoir été aussi providentiellement prédestiné à
les écrire que Bonaparte fut prédestiné à les accomplir, plus nous
devons prémunir avec sollicitude l'opinion contre les défauts de sens et
contre les défauts de sensibilité qui font tache, et qui pourraient
faire loi un jour dans ce magnifique fonds d'histoire; vicier l'esprit,
c'est une faute de logique; mais endurcir le coeur, c'est pire qu'une
faute chez un historien.
Nous allons donc discuter en quelques mots, avec nos lecteurs, ces deux
chapitres de l'histoire de M. Thiers, afin de rétablir, autant qu'il est
en nous, les vrais principes de la raison moderne en matière de culte et
les vrais sentiments du coeur humain en fait de mort politique. Il n'est
pas nécessaire de dire avec quelle mesure nous discuterons ces deux faux
actes du premier Consul, ces deux faux jugements de son historien. La
vérité n'a pas besoin de la violence des paroles.