NOUVELLE CXXV.

Des épitaphes de l’Arétin[887], surnommé Divin; et de son amie

Madelaine.

L’Arétin, non l’Unique[888], mais celui qui a usurpé le surnom de

Divin[889], s’est aussi donné arrogamment le titre de _fléau des

princes_, étant du tout enclin à médisance; en quoi il n’épargnoit

(comme on dit en commun proverbe) ni roi ni roc[890]; car il écrit

en une préface d’une sienne comédie italienne[891] que le roi

très-chrétien François, premier du nom, lui avoit enchaîné la langue

d’une chaîne d’or, faite en façon de langues, qu’il lui avoit

envoyée, afin qu’il n’écrivît de lui comme il avoit fait de plusieurs

autres seigneurs. Mêmement, en l’un des dialogues qu’il a faits, il

introduit deux courtisanes, racontant l’une à l’autre les moyens par

lesquels elles étoient parvenues aux richesses, et comme, par leur sage

conduite et maintien gracieux, elles s’étoient entretenues en honnêtes

compagnies. A raison de quoi, étant l’une d’elles décédée de son temps,

il lui fit l’épitaphe tel qu’il s’ensuit:

De Madelaine ici gisent les os:

Qui fut des v... si friande en sa vie,

Qu’après sa mort tout bon faiseur supplie,

Pour l’asperger, lui pisser sur le dos.

Or, est mort n’a pas long-temps[892] ce prud’homme avertin[893], à qui

les Florentins ses compatriaux ont fait cette épitaphe, digne de lui et

de son athéisme:

Qui giace l’Aretino, amaro tosco

Del seme human: la cui lingua traffisse

E vivi e’ morti: di Dio mal non disse:

Et si scusò con dir’ No lo conosco.

C’est-à-dire:

Ici gît l’Arétin, qui fut l’amer poison

De tout le genre humain; dont la langue fichait

Et les vifs et les morts: contre Dieu son blason

N’adressa; s’excusant, qu’il ne le connoissoit.

Les Contes; ou, Les nouvelles récréations et joyeux devis · 第 160 / 168 题