D’un procès mû entre une belle-mère et son gendre pour n’avoir
dépucelé sa fille la première nuit[879].
Au pays de Limousin fut faite une noce entre une jeune fille âgée
de dix-huit ans, ou environ, et un bon garçon de village très-bien
emmanché. Or, advint que le compagnon, dès la première nuit, se mit en
devoir d’accomplir l’œuvre de son mariage; et, pour gratifier[880] à
sa tendre épousée, lui bailla auparavant son manche à tenir, pour lui
donner envie de le secourir à son affaire. Mais quand la pauvre fille
l’eut tenu et aperçu qu’il étoit si gros, elle ne voulut oncques que
le marié lui mît en son étui, de peur qu’il ne la blessât, dont le
marié fut fort ennuyé; et quoi qu’il pût faire, jamais ne put persuader
à la mariée de lui faire beau jeu; au moyen de quoi il fut contraint
pour la nuit s’en passer. Et quand le jour fut venu, la mère s’en alla
par devers la fille, pour savoir comment elle s’étoit portée avecques
son mari, et comment il lui avoit fait. Elle lui fit réponse qu’ils
n’avoient rien fait. «Comment, dit la mère, votre mari est doncques
châtré!» Alors, comme furieuse, s’en alla au conseil de l’Église[881],
afin de faire démarier sa fille, donnant à entendre que son gendre
n’étoit habile à engendrer. Sur cette colère, elle le fit citer, afin
qu’il lui fût permis de marier sa fille à un autre, dont le pauvre
marié fut très-mal content, considérant qu’il n’avoit offensé ni donné
occasion pour être ainsi déshonoré. Et quand ils furent tous devant M.
l’official, et que la demanderesse eut requis séparation de sa fille et
de son gendre; et, par[882] ses raisons, dit que la nuit de ses noces
il ne voulut et ne sut oncques faire l’œuvre de mariage à sa fille, et
qu’il étoit châtré; adonc le gendre, au contraire, se défend très-bien,
et dit qu’il étoit aussi bien fourni de lance que sa femme étoit de
cul, et ne demandoit autre chose que lutter. Mais sa femme n’y voulut
oncques entendre, et fit la cane[883], au moyen de quoi il n’avoit pu
rien faire. Adonc l’official demanda à la jeune femme épousée si elle
l’avoit refusé; et elle lui dit que oui, au moyen de ce que son mari
l’avait si gros, qu’elle craignoit (comme encore faisoit) qu’il ne la
blessât; car elle espéroit, en après, beaucoup plutôt la mort que la
vie. Quand la mère eut entendu cette confession, et que par tels moyens
elle devoit être condamnée, elle supplia au juge d’asseoir les dépens
sur sa fille, attendu qu’elle avoit été cause de ce procès. Toutefois,
par sentence, M. l’official condamna la pauvre jeune fille à prêter
son beau et joli instrument à son mari, pour y besogner et faire ce
qu’il devoit avoir fait la nuit précédente, et sans dépens, attendu la
qualité des parties.