Du curé d’Onzain près d’Amboise, qui se fit châtrer à la persuasion
de son hôtesse[854].
Un curé d’Onzain près d’Amboise, persuadé par une sienne hôtesse
(laquelle il entretenoit) de faire semblant d’ôter, disoit-elle,
tout soupçon à son mari, se fit châtrer (qu’on dit plus honnêtement
_tailler_); et se mit en la miséricorde d’un nommé monsieur maître
Pierre des Serpents, natif de Vilantrois en Berri; et envoya ce
prince-curé quérir tous ses parents et amis; et après qu’il leur eut
dit qu’il n’avoit jamais osé leur déclarer son mal, mais qu’enfin il
se trouvoit réduit en tels termes, qu’il lui étoit force d’en passer
par là, fit son testament. Et, pour faire encore meilleure mine, après
avoir dit à ce maître Pierre (auquel toutefois il avoit baillé le mot
du guet[855], de ne faire que semblant, et, pour ce, lui avoit baillé
quatre écus) qu’il lui pardonnoit sa mort de bon cœur, si d’aventure il
advenoit qu’il en mourût, se mit entre ses mains, se laissa lier, et du
tout accoutrer comme celui qu’on vouloit tailler vraiment. Or, faut-il
noter que, comme ce curé avoit donné audit maître Pierre le mot du
guet de ne faire que semblant, aussi le mari de l’hôtesse, de son côté
(après avoir entendu cette farce), avoit donné le mot du guet de faire
à bon escient, avec promesse de lui donner le don de ce qu’il avoit
reçu dudit prêtre pour faire la mine[856]; tellement que maître Pierre,
persuadé par le mari, et tenant le pauvre curé en sa puissance, après
l’avoir bien attaché, lié et garrotté, exécuta son office réalement et
de fait; et puis le paya de cette raison, qu’il n’avoit point accoutumé
se moquer de son métier; et que, s’il s’en étoit une seule fois moqué,
son métier se moqueroit de lui. Voilà comment le pauvre curé se trouva
de l’invention de cette femme, et comment, au lieu que, suivant cette
finesse, il se préparoit à tromper le mari mieux que jamais, il fut
trompé lui-même, d’une tromperie beaucoup plus préjudiciable à sa
personne.