Du moine qui répondoit à tout par monosyllabes rimés[515].
Quelque moine, passant pays, arriva en une hôtellerie sur l’heure
du souper. L’hôte le fait asseoir avec les autres qui avoient
déjà bien commencé; et mon moine, pour les atteindre, se mettre à
bauffrer d’un tel appétit, comme s’il n’eût vu de trois jours pain.
Le galant s’étoit mis en pourpoint[516] pour mieux s’en acquitter:
ce que voyant un de ceux qui étoient à table, lui demandoit force
choses, qui ne lui faisoit pas plaisir; car il étoit empêché à
remplir sa poche[517]. Mais, afin de ne perdre guère de temps,
il répondoit tout par monosyllabes rimés: et crois bien qu’il
avoit apprins ce langage de plus longue main; car il y étoit fort
habile. Les demandes et les réponses étoient. Un lui demande: «Quel
habit portez-vous?—Froc.—Combien êtes-vous de moines?—Trop.—Quel
pain mangez-vous?—Bis.—Quel vin buvez-vous?—Gris.—Quelle chair
mangez-vous?—Bœuf.—Combien avez-vous de novices?—Neuf.—Que vous semble
de ce vin?—Bon.—Vous n’en buvez pas de tel?—Non.—Et que mangez-vous
les vendredis?—Œufs.—Combien en avez-vous chacun?—Deux.» Ainsi, ce
pendant, il ne perdoit pas un coup de dent; et si satisfaisoit aux
demandes laconiquement. S’il disoit ses matines aussi courtes, c’étoit
un bon pilier d’église.