La manière de devenir riche.
D’un petit commencement de marchandise, qui étoit de contreporter[489]
des aiguillettes, ceintures et épingles, un homme étoit devenu
fort riche; de sorte qu’il achetoit les terres de ses voisins, et
ne se parloit que de lui autour du pays. De quoi s’ébahissant, un
gentilhomme, qui alloit avec lui de compagnie par chemin, lui va
dire: «Mais venez çà, tel (le nommant par son nom): qu’avez-vous fait
pour devenir aussi riche comme vous êtes?—Monsieur, dit-il, je le vous
dirai en deux mots: c’est que j’ai fait grand’diligence et petite
dépense.—Voilà deux bons mots, dit le gentilhomme; mais il faudrait
encore du pain et du vin. Car il y en a qui se pourroient rompre le
col, qu’ils n’en seroient pas plus riches.» Pour le moins, si font-ils
mieux à propos, que de celui qui disoit que, pour devenir riche, il ne
falloit que tourner le dos à Dieu cinq ou six bons ans.