NOUVELLE LV.

La manière de devenir riche.

D’un petit commencement de marchandise, qui étoit de contreporter[489]

des aiguillettes, ceintures et épingles, un homme étoit devenu

fort riche; de sorte qu’il achetoit les terres de ses voisins, et

ne se parloit que de lui autour du pays. De quoi s’ébahissant, un

gentilhomme, qui alloit avec lui de compagnie par chemin, lui va

dire: «Mais venez çà, tel (le nommant par son nom): qu’avez-vous fait

pour devenir aussi riche comme vous êtes?—Monsieur, dit-il, je le vous

dirai en deux mots: c’est que j’ai fait grand’diligence et petite

dépense.—Voilà deux bons mots, dit le gentilhomme; mais il faudrait

encore du pain et du vin. Car il y en a qui se pourroient rompre le

col, qu’ils n’en seroient pas plus riches.» Pour le moins, si font-ils

mieux à propos, que de celui qui disoit que, pour devenir riche, il ne

falloit que tourner le dos à Dieu cinq ou six bons ans.

Les Contes; ou, Les nouvelles récréations et joyeux devis · 第 89 / 168 题