DES DUCS DE MILAN PLUSIEURS FOIS RENOUVELÉE. - PAUL FREGOSE ARCHEVÊQUE ET
DOGE A PLUSIEURS REPRISES. - L'AUTORITÉ RESTÉE A LOUIS LE MORE, DUC DE
MILAN; AUGUSTIN ADORNO GOUVERNEUR DUCAL. - PRISE DE CONSTANTINOPLE. -
PERTE DE PÉRA ET DE CAFFA. (1413 - 1488)
CHAPITRE I. - Le doge George Adorno perd sa place. - Thomas Fregose doge.
1 On trouve dans l'histoire de Montferrat de Benvenuto S. Giorgio
(Muratori, Scrip. It., tome XXIII) un acte passe par-devant notaire à
Acqui, par lequel le marquis Théodore traite avec Isnard Guarco, Montaldo
et de Franchi, et leur promet son appui dans l'entreprise qu'ils
s'engagent à tenter pour renverser le gouvernement d'Adorno, et pour
donner à Gênes un doge gibelin. Le marquis conférera à ce doge le
vicariat de l'empire, si l'empereur le lui permet. Il renonce, au reste,
pour lui-même à réclamer le gouvernement de Gênes, directement ou
indirectement. Il confirme ces engagements par serment et par une clause
pénale de 10,000 florins d'or. L'acte porte la date du 29 janvier 1415.
Ne serait-ce pas plutôt 1413 (1414) car ce traité semble se rapporter
parfaitement à la tentative que nous venons de voir, plutôt qu'à une
intrigue postérieure pour la renouveler après sa mauvaise issue?
2 Il reste à Gênes des tableaux de ce temps où l'on voit figurés les
travaux et les moyens employés pour les accomplir. D'ailleurs les
annalistes les ont décrits avec une minutieuse exactitude. On peut donc
se faire une idée de l'état de l'art des constructions hydrauliques de
cette époque. De longues poutres armées de pointes ferrées furent
enfoncées en terre sur le sol inondé; elles y furent plantées à 25 et 30
pieds de profondeur. On fit de ces pilotis une estacade qui résista au
flot extérieur. L'épuisement se fit alors avec la constance et la
patience qui suppléaient à des engins plus énergiques que ceux qu'on
possédait alors. Dans les détails qui nous sont restés, nous observons la
grande roue à chapelet et à godets telle que les Arabes l'ont transmise
aux jardins de notre midi. A Gênes elle était mue par des hommes
piétinant dans un tambour. Nous retrouvons aussi la cigogne à fléau
suspendu portant un seau que la main d'un homme aidé par le jeu du levier
plonge et retire sans trop de peine; misérable ressource pour dessécher,
mais encore aujourd'hui seul moyen employé à Gênes pour l'arrosage.
3 Corrio, cité par Serra, 3, 104.
4 400,000, suivant M. Serra qui les estime à 1,470,000 livres modernes de
Gênes (1,225,000 francs). Un écrivain du XVIe siècle dit que le sénateur
Pinelli ayant attaqué dans le sénat le marche de Livourne, fut trouvé
pendu en place publique avec cet écriteau: «Cet homme a dit ce qui
devait être tu.» M. Serra, tome III, p. 119, remarque que Stella,
contemporain, n'a pas raconté un fait si grave, que postérieurement deux
auteurs accrédités, Foglietta et Giustiniani, lesquels ont écrit
antérieurement à celui qui a mentionné cet incident, n'en parlent en
aucune manière. D'autre part les historiens rapportent le supplice
nocturne et l'odieuse inscription, au temps du doge Pierre Fregose, à la
personne de Galeotto Mari, et à l'année 1415 (voyez ci-après), ce qui
rend suspecte l'anecdote dont il s'agit ici, quoiqu'elle ne soit pas
absolument invraisemblable.
CHAPITRE II. - Seigneurie du duc de Milan.
1 Serra dit que Torelli emporta secrètement le drapeau à Milan. Tome III,
p. 127.
2 En 1425, les Florentins et les Vénitiens, ligués contre le duc de
Milan, avaient envoyé des ambassadeurs pour traiter de la paix sous la
médiation du pape. Une des conditions exigées par les alliés était
l'affranchissement de Gênes; le duc ne voulut pas y entendre et l'on se
sépara. Navagera, 1088.
3 Dans un écrit du temps, manifeste ou pamphlet, les Génois reprochent au
duc de Milan les pertes qu'ils ont subies dans les expéditions maritimes
dont il leur a imposé les directeurs, tandis que lorsqu'il leur avait
laisse la faculté de choisir eux-mêmes leurs chefs, ils n'avaient eu que
des victoires. Serra, tome III, page 169.
CHAPITRE III. - Victoire de Gaëte. - Le duc de Milan en usurpe les
fruits. - Il perd la seigneurie de Gênes.
1 Il était notaire. Serra, tome III, page 151.
2 M. Serra, tome III, page 156, donne la dépêche originale d'Azzeretto
adressée au conseil des anciens et à l'évêque commissaire milanais; elle
mérite d'être conservée et traduite:
«Magnifiques et révérends seigneurs, avant tout nous vous supplions
qu'il vous plaise rapporter notre grande victoire à Dieu, à saint George,
et à saint Dominique dont c'était la fête vendredi dernier, jour de la
sanglante bataille où nous sommes demeurés vainqueurs, non par nos
forces, mais par la vertu de Dieu, parce que la justice était de notre
côté. Le 4 de ce mois, le matin de bonne heure, nous rencontrâmes sur la
mer la flotte du roi d'Aragon, forte de quatorze vaisseaux choisis sur
vingt. Six étaient très-forts, les autres de portée ordinaire. Elle
portait le roi et les barons comme vous verrez ci-après, et six mille
hommes, suivant ce qu'ils nous ont dit depuis. Le plus faible navire
avait trois à quatre cents hommes, les moyens six cents et le vaisseau
royal huit cents. Le roi d'Aragon s'y trouvait avec l'infant D. Pierre,
le duc de Sessa, le prince de Tarente et cent vingt chevaliers. La flotte
avait aussi onze galères et six barbettes. Le vent venait du Garigliano,
ce qui leur donnait la faculté d'attaquer. Nous nous en tenions à l'ordre
que vous nous aviez donné d'éviter une bataille s'il se pouvait, mais de
secourir Gaëte; nous nous efforcions en conséquence de gagner le vent, et
nous naviguions vers l'île de Ponza, toujours suivis par l'ennemi qui
nous rejoignit bientôt. Le vaisseau du roi, le premier, nous aborda par
notre proue et s'y attacha étroitement (amorosamente); nous avions à
l'autre bord, à la poupe et à la proue, trois autres vaisseaux. Ne pensez
pas que nos patrons et mariniers aient cherché à fuir: ils se sont jetés
sur les ennemis, et les uns et les autres nous sommes restés liés corps à
corps. Les vaisseaux nous tiraient des bombardes et des traits à leur
plaisir. Les galères aragonaises fournissaient les vaisseaux de troupes
fraîches à tout moment; la mer était très-calme. Nous avons combattu
ainsi depuis douze heures jusqu'à vingt-deux sans intervalle ni repos.
Enfin, et grâce à la justice de notre cause, le Très-Haut nous a donné la
victoire. D'abord, nous avons pris le vaisseau du roi: nos autres
galères en ont pris onze; une galère aragonaise a été brûlée; une autre
abandonnée et submergée. Deux se sont écartées de la bataille, et ont fui
pour en aller porter la nouvelle. Le roi d'Aragon est resté prisonnier
avec le grand maître de Saint-Jacques, le duc de Sessa, le prince de
Tarente, le vice-roi de Sicile, et grand nombre d'autres barons,
chevaliers et gentilshommes, outre Meneguccio dell'Aquila, capitaine de
cinq cents lances. Les autres prisonniers se comptent par milliers, comme
vous en serez exactement informés dès que j'aurai le loisir de le faire.
Je certifie à vos magnificences et à votre paternité que je ne sais par
où commencer pour rendre compte dignement, et avec les éloges mérités,
des exploits de tous mes compagnons et équipages, pour témoigner de
l'obéissance et de la grande révérence qu'ils m'ont toujours montrées,
principalement le jour de la bataille. S'ils avaient combattu sous les
yeux de vos seigneuries, ils n'auraient pu faire davantage. Ils méritent,
en vérité, d'être singulièrement loués et ré-compensés. Que Christ nous
fasse la grâce que nous puissions aller de mieux en mieux.»
N.B. Ces derniers mots sont écrits en idiome génois; le reste de la
lettre est en toscan.
3 Serra, tome III, page 162.
4 M. Serra donne l'analyse d'un manifeste violent dans lequel les Génois
adressent au duc de Milan la justification de leur soulèvement, c'est-à-
dire l'exposé de leurs griefs. Il est en latin, daté du 18 décembre 1436.
Mais cette pièce pourrait bien n'être que le produit de la rhétorique
d'un écrivain privé. Il n'y a pas de trace de son authenticité. Voy.
Serra, tome III, page 169.
CHAPITRE IV. - Thomas Fregose, de nouveau doge à Gênes, embrasse la cause
de René d'Anjou, qui perd Naples. - Raphaël Adorno devient doge. - La
place est successivement ravie par Barnabé Adorno, par Janus, Louis et
Pierre Fregose.
1 Un Génois y commandait (Antoine Calvi); René lui devait une forte somme
et no pouvait s'acquitter. Il ne partit pas de Naples sans écrire à son
créancier, en l'autorisant à traiter de la reddition du château, et à se
la faire payer en compensation de sa créance. Serra, tome III, page 174.
2 MS de la Bibl. Coll. Dupuy, 2, 159.
CHAPITRE V. - Prise de Constantinople. - Perte de Péra.
1 Ducas, c. 34 à 39.
2 Notices des MSS de la Bibl. du Roi, tome XI, page 58.
3 Sauli, tome II, page 162.
4 Il était venu de Gênes sur une des deux galères que le doge Fregose
avait expédiées a Constantinople. Giustiniani, cinq ans auparavant, avait
été consul de Scio. Serra, tome III, page 199.
5 A Péra, il fut immédiatement embarqué pour Scio, où il arriva mourant.
M. Serra s'attache à justifier Giustiniani. Il montre, sur de bonnes
autorités, qu'il n'y eut de sa part ni trahison ni lâcheté. Tome III,
pages 210, 214. Ducas rend justice à Giustiniani, c. 39.
6 Ces deux lettres sont imprimées dans le recueil des lettres de Jacques
Bracelli, secrétaire de la république, à qui la réponse au roi d'Aragon
est attribuée. Jacobi Bracelli Elucubrationes. Il est à la Bibl. royale,
à la suite des annales de Bonfadio.
7 Gibbon, ch. 63, 64.
8 Cantacuz., liv. 2, ch. 53; liv. 3, ch. 81-95.
9 Gibbon, ch. 65.
10 Ducas, ch. 27, dit avoir pris copie des lettres sur lesquelles ce
marché fut conclu en 1421. Un vizir d'Amurat les porta à Adorno avec cinq
cent mille écus.
11 M. Serra, tome III, page 189, admet d'après Michel Ducas qu'Adorno,
enchaîné par sa promesse, refusa les offres d'un compétiteur qui lui
demandait de lui livrer le prince au prix de la moitié de la Natolie. M.
Sauli remarque que Lebeau, dans son histoire de Turquie, justifie Adorno.
12 L'imputation se trouve dans une lettre d'AEneas Sylvius. M. Sauli
donne, d'après Muratori, la singulière citation du récit d'un Vénitien
suivant laquelle certains pirates génois firent marché de passer l'armée
à un ducat par tête avec le consentement du cardinal Condolmieri, légat
qui aurait pris part à cet infâme marché. L'armée aurait été de plus de
cent mille hommes. Ce témoignage est unique, et un autre Vénitien avait
écrit en marge, Mentiris, ajoutant, il est vrai, comme témoin oculaire,
qu'il y avait là un navire de la famille Salvago. Quand il aurait été
employé à ces transports, un vaisseau ne transporte pas une armée.
CHAPITRE VI. - Pierre Fregose remet Gênes sous la seigneurie du roi de
France et sous le gouvernement du duc de Calabre.
1 Deux actes du 25 juin 1458, MSS de la Bibl. du Roi, coll. Dupuy, tome
CLlX. Le traité du duc de Calabre est du 7 février précédent. Les
originaux sont aux archives du royaume.
2 On demandait au roi la promesse de ne traiter séparément avec aucune
ville de la Ligurie; et le roi avait consenti. Cependant on trouve peu
après (11 décembre 1460) un acte par lequel il reconnaît avoir reçu, à
Bourges, le serment des habitants de Savone par l'intermédiaire de leurs
ambassadeurs. (Collection Dupuy, CLIX.)
3 Un historien dit que Charles VII demandait à Gênes des vaisseaux pour
faire la guerre aux Anglais; qu'on les refusa et que ce fut un motif de
brouillerie. Il est vrai que, dans les conventions récentes, le roi avait
consenti à ce que la guerre, si elle se renouvelait, n'interrompît pas le
commerce des Génois avec l'Angleterre; mais à cette époque il n'y avait
plus trace d'hostilité, et l'on n'aperçoit pas à quelle occasion le roi
aurait pu recourir à la marine des Génois.
CHAPITRE VII. - Prosper Adorno devient doge. - L'archevêque Paul Fregose
se fait doge deux fois. - Le duc de Milan Sforza redevient seigneur de
Gênes.
1 Les actes, cessions, hommages et ratifications par lesquels Louis XI
investit de la seigneurie de Gênes François Sforza et Blanche Visconti,
sa femme, sont aux archives du royaume et leurs copies à la Bibliothèque
du Roi, collection Dupuy, tome CLIX. Dans la ratification le duc de Milan
explique que, par le texte de son hommage, il est dispensé de rien faire
au préjudice de la ligue italienne, mais il promet d'empêcher que les
alliés n'introduisent dans les ports de la république de Gênes aucune
force pour faire la guerre au roi René ou au duc de Calabre.
2 M. de Sismondi rapporte cette anecdote à une négociation plus tardive,
ignorée, comme il le remarque, de Foglietta et de Bizzari. Il la place en
1480. Histoire de France, page 538, et en note.
3 Savone, toujours pressée de se séparer de Gênes et de faire sanctionner
son indépendance, se hâta de demander à Sforza la reconnaissance de ses
privilèges. Elle demandait que le duc promit de ne jamais aliéner sa
seigneurie. Il répond simplement que son intention est de ne rien perdre
et plutôt d'acquérir. Savone demande encore une déclaration absolue qui
la mette hors de toute dépendance de Gênes; Sforza se réserve de
s'informer plus à fond; mais il veut que les habitants de Savone sachent
qu'il sera très-vigilant tuteur et conservateur de leurs droits et de
leurs honneurs. Actes du 3 mars 1464. Collection Dupuy, tomes CCCCLII,
CCCCLIII.
4 Le roi de France donna une nouvelle investiture. On rappelle dans les
actes faits à cette occasion ce qui était exprimé dans ceux de 1464. On
rattache les concessions du roi aux intelligences, confédérations et
ligues convenues le 6 octobre 1460, Louis étant alors dauphin de France.
MSS de la Bibl. royale, collection citée: on y trouve aussi une
confirmation de 1473.
CHAPITRE VIII. - Perte de Caffa. Révolte contre le gouvernement milanais;
le duc de Milan traite avec Prosper Adorno, qui devient d'abord
vicaire, puis recteur, en secouant le joug milanais.
1 On dit qu'il existe encore dans les montagnes de Derbent des familles
dont les noms sont génois et qui descendent des fugitifs de Caffa. Serra,
tome III, p. 250.
2 Les événements de cette époque ont été fournis aux historiens
postérieurs par les commentaires d'Antoine Galli, contemporain,
chancelier de Saint-George; Muratori (Script. ital., XIII, 237) a trouve
cet écrit oublié, que Foglietta avait suivi phrase à phrase.
3 Serra remarque que le nom de sénat était donné depuis peu au conseil
des anciens, tome III, page 256.
4 Ils obtinrent en outre, dit M. Serra, des privilèges héréditaires qu'un
gouvernement sage peut à peine concéder à vie. Tome III, p. 266.
CHAPITRE IX. - Adorno expulsé, Baptiste Fregose devient doge; il est
supplanté par l'archevêque Paul, devenu cardinal. Ludovic Sforza seigneur
de Gênes.
1 M. Serra n'a pas poussé plus loin l'histoire de sa patrie.
LIVRE VIII. - CHARLES VIII. - LOUIS XII. - FRANÇOIS Ier EN ITALIE. -
SEIGNEURIE DE GÊNES SOUS LES ROIS DE FRANCE. - VICISSITUDES DU
GOUVERNEMENT. - ANDRÉ DORIA. - UNION. (1488 - 1528)
CHAPITRE I. - Charles VIII.
1 Il en coûta 14,000 francs d'intérêt pour quatre mois seulement; «
aucuns disaient que des nommés avaient part à cet argent et au profit.»
Comines, ch. 5.
2 Par deux lettres de Lyon du 22 janvier et du 8 février 1498, Charles
VIII mandait aux Génois de ne rien entreprendre pour ravoir Sarzane,
qu'il avait promis aux Florentins. Documents histor. inédits, tome I,
page 670.
3 C'est l'origine de la procession encore chère au peuple de Gênes connue
sous le nom des Casaccie.
CHAPITRE II. - Louis XII en Italie; seigneur de Gênes.
1 Le curieux document des demandes génoises et des réponses du roi existe
aux archives du royaume, registre 233. On demandait un lieutenant
ultramontain (c'est-à-dire, relativement à Gênes, un Français). On
insistait pour qu'il fût changé tous les trois ans. Le roi accorde le
premier chef: sur le second il répond que quand ce serait son propre
fils premier-né qui serait le gouverneur, il le destituerait le jour où
il se comporterait mal; mais qu'il serait injuste et sans raison de se
défaire de celui qui aurait bien gouverné pendant trois ans.
CHAPITRE III. - Mouvements populaires; gouvernement des artisans. - Le
teinturier Paul de Novi, doge. - Louis XII soumet la ville.
1 On voit aux archives du royaume les pressantes supplications des
commissaires de la noblesse, s'adressant au roi et à Chaumont d'Amboise,
demandant des secours pour remettre l'ordre dans Gênes, en envoyant leur
engagement personnel de contribuer à cette dépense. (8 janvier 1507).
2 L'enceinte propre de la ville de Gênes du côté de la terre est un mur
ancien tel qu'il suffisait à la défense avant l'emploi de l'artillerie de
siège. Ce mur a figure de bastion seulement à partir du bord de la mer du
côte occidental, et en remontant vers le Nord, de la porte Saint-Thomas
jusqu'à la porte Carbonara, qui répond à la place de l'Annonciade; c'est
un quart peut-être du contour de la ville. Tout le reste de la muraille
est, sans fossé ni chemin de ronde, contigu aux maisons et aux palais à
l'intérieur et à l'extérieur. Ce n'est plus qu'une enceinte de police et
non une fortification. Elle n'a jamais été faite à l'épreuve du canon ni
pour en porter. Nous verrons, avant la fin de ce livre, qu'en 1522
quelques pièces d'artillerie montées à bras contre une porte dans la
partie bastionnée de ce mur, firent brèche immédiatement, et dès que la
porte fut abattue, la ville fut prise.
La fortification moderne, la véritable enceinte, part des deux côtés de
la mer, et, enveloppant la cité, les faubourgs et les montagnes au pied
desquelles la ville est bâtie en étages, forme, du sommet de ces
montagnes à la mer, un triangle immense qui domine en même temps les deux
vallées de la Polcevera et du Bisagno, entre lesquelles Gênes est située.
La vieille muraille fût-elle partout capable de résistance, étant ainsi
dominée sur tous les points par ces montagnes que la fortification
nouvelle couronne, ne peut servir pour la défense. Si donc, on peut à la
rigueur employer l'expression de double enceinte, militairement parlant,
il n'en existe qu'une seule.
3 Il y a dans la collection Dupuy, tome CLIX, une lettre originale de la
baillie de Gênes au roi du 25 novembre 1507. On s'était préparé à faire
payer à Lyon, en foire de la Toussaint, 50,000 écus pour un terme échu de
la contribution; mais le roi ayant écrit de verser la somme entre les
mains de son trésorier de Milan, on s'est hâté de se conformer à ce
nouvel ordre.
CHAPITRE IV. - Les Français perdent Gênes. - Janus Fregose, doge. -
Antoniotto Adorno gouverne au nom du roi de France. - Octavien Fregose,
doge.
1 Fils d'Augustin, gouverneur pour Ludovic Sforza en 1488.
2 4 avril 1513. MS Dupuy, tome CLIX.
3 Le grand écuyer était alors Galéas San Severino. Voyez Sainte-Marthe,
histoire généalogique de la maison de France, tome II, ch. 15.
4 MS de la Bibl. R., coll. Dupuy, tome CLIX, pièce dernière.
CHAPITRE V. - Octavien Fregose se déclare gouverneur royal pour François
1er. - La ville prise par les Adorno. - Antoniotto Adorno, doge.
1 On trouve dans la collection Dupuy, tome CCCCLIII, un mémoire sans
date, adressé au roi pour prouver qu'il ne doit pas envoyer un lieutenant
français, qu'il doit choisir un Génois: Janus Fregose lui est indiqué de
préférence.
2 On a vu que l'intérêt du monopole du sel était une grande affaire
d'État, et un perpétuel sujet de jalousie entre Gênes et Savone. On le
verra encore. Il y a dans les MSS de la Bibl. royale, coll. Dupuy, tome
CLIX, une lettre originale des protecteurs de Saint-George à Louis XII.
Ils lui dépêchent un délégué pour lui faire des plaintes et pour obtenir
répression, au sujet d'une cargaison de sel que Savone a tirée d'Aigues-
Mortes: le roi, disent-ils, ne sera pas moins exact observateur de ses
concessions qu'il a été généreux à les concéder.
3 Collect. Dupuy, tome CCCCLIII.
CHAPITRE VII. - André Doria passe du service de France à celui de
l'Autriche. - Les Français expulsés de Gênes. - Union.
1 Nous avons une lettre originale d'André Doria au roi, du 7 avril 1528.
En voici quelques passages: ils se rapportent d'abord à une expédition
sur la Catalogne, que l'on faisait sans lui: «Sire, il vous a plu
m'établir votre lieutenant général sur votre armée de mer: je ne veux
pas dire que je l'aie mérité; mais vous savez que, pour entretenir un
tel état, vous ne m'avez donné un seul écu.... Et maintenant dites par
votre lettre que ne me pourrois trouver en ladite entreprise de Catalogne
pour la distance d'ici en Provence. Je n'ai trouvé aucun voyage difficile
quand il y a eu apparence de bon effet et temps disposé à l'exécution
encore: quant à celui-ci, ne seroit impossible par aucune péremptoire
raison. A cause de l'autorité que vous a plu me donner sur votre armée,
pouvois avoir notion de celui qui auroit charge de la conduite. Par quoi,
me semble, ceux qui vous ont mal rapporté de moi contre la vérité avoir
été ouïs et totalement crus. Si veux bien dire, nonobstant que j'aie la
barbe blanche, ne se trouvera personne ayant la connoissance ne le
vouloir meilleur de moi: et m'est donné occasion de penser que vous ne
vous souciez de mon service. Selon ma possibilité me suis instamment
employé le plus loyalement que j'ai pu sans y épargner corps et biens,
que me peuvent témoigner plusieurs de vos serviteurs, mêmement vos
ennemis: au moyen de quoi.....trouve bien étrange cette chose, par
laquelle puis juger que n'avez acceptable mon service. Mais puisqu'ainsi
vous plaise, Dieu me donne patience. - Joint que n'est donné ni fait
démonstration de donner ordre à ce dont je vous ai tant de fois fait
requête pour subvenir à l'urgente nécessité où je me trouve à cause de la
grande cherté des vivres qui est deçà, pour laquelle, je ne puis sans
être entièrement satisfait, fournir à l'entretenement de mes galères. -
Vous supplie de me donner libéralement congé, lequel, pour les raisons
ci-dessus, prendrai autant à gré que si vous me faisiez satisfaction de
tout ce que m'avez fait promettre tant par lettres, messagers,
qu'autrement: et si votre plaisir n'est tel, à tout le moins, sire, vous
plaise députer un autre chef à vos galères.»
Et au sujet des galères qu'il avait devant Naples, il ajouta:
«J'avois envoyé deux de mes gens en Languedoc faire aucune quantité de
biscuit, qui les eût pu entretenir un mois ou cinq semaines. Toutefois
ils sont revenus ici parce que M. de Clermont, lieutenant audit pays, n'a
voulu permettre enlever ledit biscuit. Donques, sire, si lesdites galères
sont contraintes retourner ici sans faire service, aucun blâme n'en doit
être mis sur moi, attendu que j'ai fait mon devoir par cette lettre et
par toutes les autres.» Collect. Dupuy, tome CCCCLIII.
2 Il existe une lettre écrite le 28 septembre 1528 par Jean Doria, parent
de l'amiral, adressée de Lyon au cardinal de Sens, à Paris. Doria se
rendait à Marseille par ordre de son cousin. A une journée de Lyon il a
appris à sa grande surprise ce qui venait de se passer à Gênes. S'il
avait été présent, il aurait emmené les galères, il aurait donné la main
à Saint-Pol. Il serait encore disposé à s'employer pour le service du roi:
malheureusement il est sans argent; il demande qu'on lui en fournisse
et qu'on lui fasse livrer des captifs pour équiper une galère. - Cette
lettre est excessivement embarrassée. Bibl. royale, collect. Dupuy, tome
CCCCLIII.
LIVRE IX. - ÉTABLISSEMENT ET DIFFICULTES DU NOUVEAU GOUVERNEMENT. -
CONSPIRATION DES FIESCHI. (1528 - 1547)
CHAPITRE I. - Constitution. - Savone.
1 M. Michelet, en faisant allusion à la situation singulière de ces
familles et à la déchéance de la noblesse aux XIVe et XVe siècles dans
certaines républiques italiques, dit qu'à Gênes on en vint à ce point
qu'on anoblissait pour dégrader, et pour récompenser un noble on
l'élevait à la dignité de plébéien. Hist. de France, t. II, p. 589.
L'expression est piquante et spirituelle: elle n'est pas exacte. Jamais
la démocratie génoise n'a exercé un pareil ostracisme... Depuis que le
pouvoir avait été saisi par le peuple, on n'anoblissait plus ni pour
dégrader, ni pour honorer. Il ne restait aucun moyen d'être fait noble ou
de le devenir. Les familles patriciennes combattaient ou attendaient,
nullement disposées à renier leur titre. Un très-petit nombre adonnées au
parti populaire se vantaient de s'être toujours contentées de la dignité
de plébéiens: on voulait bien les croire, on ne les récompensait pas.
CHAPITRE II. - Vues de François 1er. - Dernière tentative des Fregose. -
Charles-Quint à Gênes.
1 Les historiens génois ne paraissent pas avoir connu ce traité. Il est
aux archives du royaume sous la date du 18 mars 1529. Les pouvoirs du roi
à l'ambassadeur y sont mentionnés sous la date du 11 février 1528 (1529).
Janus, traitant tant en son nom qu'en celui de ses fils, promet de
rapporter la ratification de César absent: celui-ci ratifie à Ripalta le
dernier avril. C'est l'exemplaire du traité au bas duquel il a signé sa
ratification qui se voit aux archives.
CHAPITRE III. - Expéditions de Doria au service de Charles V. - Désastre
d'Alger. - Nouvelle guerre. - Traité de Crespy
1 Proprement Barberousse n'était que fils de renégat.
LIVRE X. - RÉFORME EXIGÉE PAR DORIA. - LOI DITE DU GARIBETTO. - GUERRE
DES DEUX PORTIQUES DE LA NOBLESSE, INTERVENTION POPULAIRE. - ARBITRAGE. -
DERNIÈRE CONSTITUTION. (1548 - 1576)
CHAPITRE I. - Intrigues de Charles-Quint. - Résistance d'André Doria. -
Loi du Garibetto. - Disgrâce de de Fornari.
1 Foglietta, della Rep., page 49.
2 Relazione esattissima de tutto il governo antico e moderno della
repubblica dî Gcnova... il tutto fedelmente narrato; 1626 (sans nom
d'auteur, de 259 feuillets) MS de la Bibl. du Roi, n° 10439.
3 Instructions demandées par l'infant don Philippe à don Giulio Claro, à
l'occasion du voyage d'Espagne en Italie (en espagnol). MS de la
Biblioth. royale, no 10108, an 1548.
CHAPITRE II. - Guerre de Corse.
1 Plusieurs auteurs ont cru que c'étaient ses beaux-frères; mais il
paraît que Vanina n'avait point de frères. Robiquet, Recherches sur la
Corse, page 230, note 2.
2 On trouve aux archives des affaires étrangères une instruction donnée à
des délégués envoyés en France pour obtenir que la Corse ne soit pas
restituée aux Génois. Si cela ne se peut, les Corses demandent qu'on leur
envoie des vaisseaux pour les transporter tous en France, et qu'on oblige
les Génois à leur payer la valeur des biens qu'ils sont prêts à
abandonner dans l'île. Ils se réduiront, s'il le faut, à la condition des
juifs dans la captivité de Babylone. - Ces instructions n'ont pas de
date, on les trouve recueillies parmi des pièces de l'année 1634. Mais
évidemment elles ne peuvent convenir qu'à l'époque du traité de 1559.
CHAPITRE III. - Décadence, perte de Scio. - J.-B. Lercaro persécuté.
1 Ducas, 44. Cet historien était au service de Gatilusio: il porta le
tribut au sultan et il négocia la confirmation de la seigneurie au fils à
la mort du père.
2 Ducas, 43, rend compte de quelques violences que Mahomet avait exercées
contre les Génois de Scio; mais ce fut une avanie passagère.
CHAPITRE IV. - Dissensions entre les deux portiques. - Généalogie des
Lomellini. -Le peuple prend part à la querelle. - Carbone et Coronato. -
Prise d'armes. - Le garibetto aboli tumultuairement. - Le gouvernement
abandonné au portique Saint-Pierre.
1 Ce décret fut juré et ne fut pas écrit, car il était réputé contraire à
la constitution de 1528. Il reconnaissait les deux portiques, qu'elle
n'admettait pas ostensiblement, comme on sait. (Relazione ut supra.)
Quelle force pourrait avoir une constitution admise pour servir de traité
de paix entre des rivaux, quand on est obligé non-seulement de ne pas
l'exécuter comme elle est écrite, mais qu'on fait publiquement des lois
secrètes pour y déroger? On a vu comment Foglietta avait déjà raisonné
sur les textes écrits sans s'arrêter aux conventions tacites.
2 C'est le témoignage de Casoni; mais au contraire, suivant la Relazione
de 1626 déjà citée, choisi par les anciens nobles parmi les nouveaux
faute de mieux, il était désagréable à tout le monde.
3 Relazione déjà citée.
4 MS de la Bibl. R., n° 10439, sans date. On voit par le nom du doge de
l'époque qu'elle se rapporte à 1573-1575. Réimprimé à Gênes, on vendait
ce recueil sous le manteau avant la révolution de 1797.
5 Les talents de ce légat ont été vantés; on verra si dans cette occasion
il mérita la louange.
CHAPITRE V. - J.-A. Doria fait la guerre civile. - Intervention des
puissances. - Compromis.
1 Relation des ambassadeurs vénitiens à la cour de France. Tome II, page
392. L'ambassadeur Lippomani en parle à son sénat comme d'une chose
certaine. Il ajoute que don Juan était appelé par des hommes qui avaient
à Gênes bon pied et bonnes intelligences; et que si l'on ne fit rien, ce
fut par la crainte de la jalousie qu'un tel établissement allait donner à
tous les princes d'Italie.
2 Relation des ambassadeurs vénit. en France, (J. Michiels.) Tome II,
page 252.
3 Ibid., page 252.
4 Ibid., page 232.
5 Le décret du roi d'Espagne est du 1er septembre 1575, cité dans un
protocole du 20 septembre 1576. Palma Cayet, Collection Petitot, tome II,
page 293. Nous avons quelques détails sur la pénible liquidation que les
Génois obtinrent enfin pour leur créance. D'abord on leur soutint que,
loin d'avoir rien à réclamer, ils étaient débiteurs de sept millions de
ducats, ce qui, sans doute, aurait été fort extraordinaire. Il se
trouvait qu'on avait enregistré à leur charge toutes les assignations
successives qu'on leur avait destinées depuis 1560. Mais on avait oublié
de les décharger de celles qui ne s'étaient pas réalisées ou qu'on avait
révoquées. Il fallut un temps infini pour le faire reconnaître par les
trésoriers espagnols. Enfin la dette fut avouée et fixée à douze millions
de ducats en principal, quoique les créanciers se plaignissent qu'on leur
fît tort sur le capital, outre qu'on leur retranchait les intérêts courus
depuis 1575. On leur en accorda pour l'avenir sur la somme reconnue et
jusqu'au moment où on les ferait jouir des nouvelles obligations qui leur
furent promises. Ces assignations furent, pour une moitié de la dette, de
quatorze par mille et de vingt par mille des produits de certaines
gabelles, et pour les deux tiers de l'autre moitié, de trente par mille
sur les revenus des salines d'Espagne. On se réservait de leur déléguer
quelque autre rentrée pour payer le restant.
L'auteur qui nous donne un peu obscurément ces détails ne dit pas si ces
recouvrements devaient former un compte de clerc à maître, et durer
jusqu'à l'amortissement de la créance, ou s'ils étaient abandonnés aux
Génois pour un temps déterminé, à forfait et pour payement en bloc. Il
est probable qu'on doit l'entendre de cette façon, puisqu'on voit que des
intérêts n'étaient alloués que jusqu'au moment où les assignations
seraient en cours. Il semble donc qu'elles devaient former pour le
capital et les intérêts ultérieurs un marché aléatoire.
On assure que les Génois y perdirent quelques millions de ducats, et l'on
attribue à cette perte la décadence de plusieurs grandes maisons.
CHAPITRE VI. - Sentence arbitrale. - Constitution de 1576.
1 Il y avait ouverture à quelques anoblissements extraordinaires pour des
cas exceptionnels, et en faveur d'individus soumis au surplus à des
prestations très considérables en faveur du trésor.
2 Je ne sais si c'est à la prud'homie du cardinal ou à la méticuleuse
défiance de quelque Génois qu'on doit faire honneur de l'invention d'une
forme de scrutin décrétée et imposée par les arbitres au milieu de tant
de graves dispositions. Le vase doit être divisé en deux réceptacles.
Dans l'un la boule approuve ou absout, dans l'autre elle rejette ou
condamne. Une seule ouverture donne accès à la main qui, enfoncée, dépose
le vote favorable on contraire sans qu'on puisse voir de quel côte elle a
fléchi; et par la prévision constitutionnelle, les boules ne pouvaient
être de bois ou d'autre matière retentissante, mais de laine ou de fil,
afin que le bruit de leur chute n'éveillât jamais une oreille indiscrète;
ce scrutin s'est religieusement conservé à Gênes.
3 MS de la Bibl. Royale: Relazione de 1626, déjà citée.
LIVRE XI. - RÉPUBLIQUE MODERNE. - DÉMÊLÉS AVEC LE DUC DE SAVOIE; - AVEC
LOUIS XIV. - LE DOGE A VERSAILLES. (1576 - 1700)
CHAPITRE I. - Observations sur le caractère des Génois.
1 Il n'y a rien à dire de l'agriculture génoise. La terre lui manque, et
aucun effort ne pourrait tirer du sol la subsistance de la population.
Entre la mer, ces hautes montagnes et leurs pentes rapides, il n'y a
point de place pour la charrue. Là où se trouve un peu de terre végétale
rapportée ou retenue, la bêche la divise en planches occupées
alternativement par un peu d'orge, par quelques pieds de maïs et par des
légumes, étroites lisières coupées par des ceps de vigne élevés sur dos
pieux. Autour de Gênes, l'agriculture n'est que le jardinage. On y voit
de beaux palais avec des jardins souvent sans ombrage, n'ayant autour
d'eux que de misérables domaines. Il en est qui sont partagés en cinq ou
six fermes exploitées par autant de familles, dont les baux n'excèdent
pas cinq cents francs pour chacune, et où près de cent personnes vivent
pauvrement de leur pénible culture. Il faut pour la nourriture des
paysans compter sur les fruits du châtaignier et même du figuier.
Quelques abris privilégiés ont l'oranger et le mûrier. Mais l'olivier
seul donne au pays un riche produit qui mérite le nom de récolte.
2 On a vu dans le livre 1er, que c'est un vase antique apporté des
croisades, dont la tradition a fait le plat de la sainte cène auquel
Jésus et Judas mirent la main ensemble.
3 En 1278, la petite église Saint-Mathieu rétrécissait la place sur
laquelle la famille Doria avait établi ses palais. Il convint de la
porter un peu plus loin. Mais on ne voulait pas sacrifier des peintures
précieuses par leur antiquité qui ornaient la voûte au-dessus de l'autel.
En conséquence, ingenio habito, dit Stella, on transporta cette voûte
tout entière à sa nouvelle place, à vingt brasses de l'ancienne.
4 Vingt façons de parler proverbiales conservent l'éloge et recommandent
l'usage de la réserve; et l'on se complaît à en citer pour modèle la
courte instruction donnée, dit-on, à un ambassadeur député à un congrès:
ibis et redibis.
5 Un avocat ne plaidait point sans faire apporter devant le tribunal une
corbeille pleine des auteurs qu'il se complaisait à citer.
6 Un beau conservatoire pour servir d'asile aux jeunes filles, dit des
fieschines, est le dernier, si je ne me trompe, des établissements pieux
dus à la charité d'un particulier. Il a été institué avec l'héritage et
suivant le testament d'un Fieschi mort en 1765. Il laissait des créances
sur la dette publique de plusieurs États, et il avait eu soin de stipuler
que, si son conservatoire ne pouvait s'ériger, les hôpitaux, dans chaque
État respectivement, hériteraient de ses créances. Les hospices de Paris
étaient nommément appelés à profiter de ses rentes sur la France. Mais
celles sur l'Angleterre devaient être transférées aux hôpitaux de Rome.
7 Dialogo dell'accademico Sforzato nel quale si ragiona... delle bellezze
di alcune gentil donne. MS de la Bibl. Royale. Les dames génoises y sont
énumérées par leur nom. L'ouvrage est, au surplus, des plus fades, et
dans le manuscrit chaque majuscule est dorée.
On trouve, au reste, dans Muratori, Scrip, ital. XIV, une longue diatribe
d'un poète astésan qui, en deux cents vers latins, blâme les Génois de
permettre à leurs filles de faire la conversation avec les jeunes gens
qui passent sous leurs fenêtres, les avertissant même que parfois leurs
rues étroites ont, à sa connaissance, facilité des entretiens de beaucoup
plus près.
8 Dans les temps antiques, la femme, mère ou sans enfants, héritait du
tiers des biens laissés par son mari; mais cette libéralité fut supprimée
par une loi dès 1155.
9 Les sicaires (bravi) avaient toujours pullulé à Gênes. Dans un des
pamphlets dirigés contre les anoblis de 1528, on discute gravement pour
savoir si deux de ces nouveaux patriciens ont été bravi à la solde de
certains anciens nobles, qui les ont fait écrire au livre d'or. Avant
1797, on voyait encore un reste de ces scélérats, bien connus, vivant
tranquillement dans leur impunité; elle était si générale que, depuis dix
ans avant cette époque, il n'y avait pas eu une seule sentence capitale
exécutée; et cependant les violences, les coups de couteau et de fusil
n'étaient pas rares à la campagne dans les querelles les plus
insignifiantes. La cité même était plus d'une fois troublée par
d'horribles guet-apens. A la réunion, la justice française, avec sa
procédure publique (sans jury), en finit promptement de ces désordres;
tout en frémissant de sa sévérité, le peuple génois avait appris à
l'estimer et à s'y soumettre.
10 On trouve des tableaux de la population de la ville et du duché de
Gênes dans la statistique des États du roi de Sardaigne, publication
officielle dont le gouvernement de Turin a chargé une commission d'hommes
de choix.
Suivant les documents, dont les éléments, recueillis très-soigneusement,
sont distribués avec intelligence, le nombre des habitants des provinces
administratives entre lesquelles on a partagé le territoire de la ci-
devant république, est de 674, 988. Sur ce total, le chiffre propre à la
ville de Gênes est de 97, 261: on y ajoute 6, 000 pour la population
flottante du port, et 11, 636 pour la garnison et les troupes de la
marine, en tout 115, 257.
M. Cevasco de Gênes, qui a donné de son côté une statistique de sa ville
natale, attribue à Gênes, en 1836, 94, 488 habitants, et avec la garnison
et la population du port, 113, 677.
La commission officielle déclare qu'elle a inutilement cherché à comparer
l'état actuel à la situation de l'époque antérieure. Elle n'a découvert
aucune trace de recensement pour le passé.
L'opinion commune du pays, et jusqu'aux almanachs, donnaient 96, 000
habitants à Gênes vers la fin du XVIIIe siècle et au commencement du
présent. Sur quoi que se fondât cette croyance, on voit qu'elle
s'écartait peu de ce qu'on trouve aujourd'hui.
La Relazione manuscrite de la Bibliothèque du Roi, que nous avons souvent
citée, assure qu'à Pâques 1626, il y avait eu à Gênes, dans les vingt-
neuf paroisses, 44, 595 communiants des deux sexes, faisant avec 14, 934
enfants au-dessous de l'âge, 60, 528 individus; comptant à part le
clergé, savoir:
589 prêtres de paroisses,
1867 moines,
1278 religieuses,
outre un certain nombre de prêtres non attachés aux paroisses et qu'on
n'a pu compter. (N. B. En 1797, il y avait à Gênes 594 moines et 632
religieuses, dans 70 maisons. )
La statistique de M. Cevasco, dont nous venons de parler, forme deux gros
volumes, pleins de notices infiniment détaillées sur les professions
exercées, sur le commerce, ses usages, ses marchandises, etc., toutes
choses d'intérêt local et qui attestent beaucoup de recherches. Les
notices historiques y sont fort abrégées et nécessairement incomplètes.
L'auteur a enrichi son ouvrage des notes d'un jeune savant, M. Vincent
Aliseri, sur l'origine des églises et de quelques autres anciens édifices
de la ville.
CHAPITRE II. - Relation avec le duc de Savoie. - Conjuration Vachero.
1 Charles Emmanuel (le Grand), 1580 à 1630.
2 Bannis ou bandits sont deux traductions d'un même mot. Le ban (bando),
la proclamation qui bannit les coupables ne tardait pas à faire de leurs
troupes ce que nous appelons des bandits ou brigands.-
3 Relazione esattissima, 1626. Manuscrit de la Bibl. Royale, n° 10439-3.
L'ouvrage est anonyme, mais il est écrit pour satisfaire à l'obéissance
et au service dont l'auteur est tenu. C'est un agent diplomatique ou un
pensionnaire de quelque prince étranger. C'est, au reste, une statistique
politique complète. L'auteur parle de sa longue connaissance de ce qu'il
a vu; il produit des tableaux officiels, le compte même du budget du
trésor public. Ainsi, ou il est Génois, ou il a longtemps habité le pays;
et s'il n y est plus, il y conserve les plus grandes intelligences. La
puissance inconnue pour laquelle il écrit pouvait être la Toscane. Le
grand-duc ayant donné, en 1575, quelques secours au parti populaire,
l'auteur, en rappelant ce fait, ajoute: «Il ne m'appartient pas de
savoir dans quel esprit ce secours fut accordé.» Mais en 1626 et dans
toute cette époque, la Toscane n'a joué à Gênes aucun rôle: il est plus
probable qu'on écrivait pour la France, ou pour le duc de Savoie. La
suite va nous montrer quel intérêt ces deux puissances pouvaient y avoir.
Peut-être est-ce l'ouvrage de de Marini.
On trouve dans la correspondance des chargés d'affaires français à Gênes
beaucoup de mémoires de semblable nature faits par ces agents eux-mêmes,
ou qu'ils se sont procurés. Mais celui-ci ne s'y trouve pas. Les
correspondances diplomatiques avec Gênes recueillies commencent à l634.
Il y en a un volume de 1633 parmi les MSS de la Bibl. du Roi.
4 Julien de Fornari, dans la conspiration Vachero.
5 Le roi d'Espagne se fit valoir auprès de ses nobles créanciers génois,
de n'avoir pas appuyé les suppliques d'un certain nombre de leurs
concitoyens qui le pressaient de s'intéresser pour les faire inscrire au
livre d'or de leur patrie.
6 Dans les temps modernes les nobles avaient eu soin de s'attacher le bas
peuple, particulièrement certaines corporations nombreuses, charbonniers
et autres semblables.
7 Mémoires du cardinal de Richelieu, tome II, page 404. Édition de
Petitot, 2e série, tome XXII.
8 Lettre de Phelippeaux à M. de Bullion, 12 mai 1625. - Conditions
proposées par S. A. le duc de Savoie sur le fait de la diversion. -
Mémoire envoyé par le roi sur les profits de la guerre. - MS de la Bibl.
Roy. Collection de Brienne, tome XIV. Collection Dupuy, tome XLV.
Richel., pages 421, 423.
9 «Les armées du roi ne passèrent pas jusqu'à Gênes, faute de l'armée de
mer qui devait leur servir pour avoir des vivres.» Mém. Richel., tome
II, page 448. - On trouve dans un mémoire au roi envoyé quelques mois
après par Lesdiguières, que le duc et le connétable étaient en mauvaise
intelligence. - Collect. Dupuy, tome XLVI, page 123. - On lit aussi dans
une lettre manuscrite du chev. de Forbin, du 28 juillet 1625, datée de
Ville-Franche, où il était avec les galères françaises: «Je ne sais
comment tout se terminera, mais nos affaires sont fort décousues et en
façon qu'on est déjà sur les reproches, disant que la France n'a pas fait
pour cette belle entreprise tout ce qu'elle devoit et avoit promis. M. le
connétable se meurt d'une dyssenterie, M. de Créquy est fort malade à
Turin.» Collection Dupuy, tome XLV, page 224.
10 «L'avis n'étoit pas angélique, aussi Marini, qui en étoit l'auteur,
n'étoit pas fort consommé en spiritualité.» Mém. de Richelieu, tome V,
page 452.
11 4 octobre 1625. Collect. Dupuy, tome XLV.
12 En 1634 trois nobles génois demandent au roi de France la libération
de douze mille cinq cents francs de rentes sur l'hôtel de ville qu'on
leur retenait au profit du Claude de Marini en représailles de la valeur
de sa maison démolie en 1626, laquelle, assurent-ils, ne valait pas cette
somme. Archives des aff. étr.
13 Mém. de Richelieu, tome III, page 158.
14 Ph. Cattaneo, Jérôme Saoli, f. Serra, les frères Moneglia.
15 Lettre manuscrite du 18 juillet 1528. Collect. Dupuy, tome XLV, page
220.
16 Mém. de Richelieu, tome IV, pages 338, 340, 343, 375, 379, 380.
17 Ibid., page 340.
18 Ibid.
19 Congiura del Vachero descritta da Rafaele della Torre. Bibl. Roy., ms.
n° 10438. (L'auteur est un des sénateurs qui avaient instruit le procès.)
20 Mém. de Richelieu, tome IV, pages 271, 403.
21 Ibid., tome V, page 254.
22 Mém. de Richelieu, tome IV, pages 427, 442, 457, 472, 479; tome V,
page 427.
23 Ibid., tome VI, page 488.
24 Ibid., page 247.
CHAPITRE III. - Arbitrage des différends avec le duc de Savoie. -
Changement dans la constitution intérieure des conseils de la république.
1 Collect. Dupuy, tome XLV, page 213. Brienne, tome XIV, page 426.
2 Collect. de Brienne, tome XIV, pages 428, 433.
3 27 novembre 1631. Collect. Brienne, tome XXIV, pages 427, 433.
4 Négociations de M. de Sabran à Gênes en 1633. MS de la Bibliothèque du
Roi, MS 93333.
5 Collect. Brienne, tome XIV, page 435.
6 Négociations de M. de Sabran à Gênes, 1633. MS 93333.
7 Si Giustiniani servait mal, il faut avouer qu'on ne le payait pas
mieux. Pressé par le besoin, après les sollicitations les plus rampantes,
demandant tantôt une seigneurie en France, tantôt un bénéfice pour son
fils qu'il avait envoyé à Paris, il avait pris le parti d'écrire au haut
de chacune de ses lettres hebdomadaires une formule analogue au delenda
Carthago, pour réclamer ses traitements toujours arriérés. Il paraît que
cela ne lui réussit guère mieux; aussi à la mort de Mazarin, que toute la
vie il avait appelé son bon maître, son Mécène, écrivant a Lionne, il
s'avisa de se répandre en reproches contre l'avarice et l'ingratitude du
cardinal. Cette témérité lui valut une sévère réprimande, et l'avis que
la correspondance cesserait sur-le-champ, s'il se permettait de nouveau
une semblable licence contre la mémoire d'un grand ministre cher au roi.
Gianettino se le tint pour dit. Il continua son office; son fils même lui
fut adjoint et le seconda. Celui-ci obtint des lettres de naturalisation.
En 1672, Louis XIV nomma un ministre à Gênes; cependant la correspondance
de Giustiniani ne cessa pas entièrement. Quand il n'y avait pas de chargé
d'affaires, il en tenait lieu, et nous le verrons enfin rendre d'assez
mauvais services à la république. Il en peignait les chefs comme
absolument vendus à l'Espagne. Ses derniers témoignages peuvent avoir
contribué à envenimer les mécontentements de Louis XIV.
8 Archives des aff. étr.
9 «Le duc de Savoie peut envoyer quelques bandits surprendre à Gênes les
correspondants des quatre banquiers génois de l'Espagne, et saccager
leurs maisons qu'on leur indiquera;» c'est une proposition faite à la
France dans un petit mémoire intitulé: «Pour empêcher que les Génois ne
prêtent secours de deniers aux Espagnols.» - Bibl. Royale, collection
Dupuy, 463.
Jean-Paul Balbi, noble génois, mais perdu de crimes et scélérat consommé,
fut condamné par contumace, en 1648, à la peine capitale. Une inscription
infamante le déclara traître à la patrie. On prétendit qu'il avait offert
au cardinal Mazarin de lui ouvrir les portes de Gênes, que le cardinal
avait hésité, lui avait donné même quelque argent, et, réflexion faite,
avait rejeté le projet. On dit qu'après sa fuite et l'éclat du procès,
Balbi ayant demandé un subside au cardinal, celui-ci lui envoya 50 écus:
c'est la mesure de l'importance qu'on accordait à cet aventurier. Il ne
s'en vantait pas moins d'avoir été destiné à être archiduc de Gênes.
10 Soixante mille personnes, deux cents nobles, dont sept sénateurs,
grand nombre de marchands; les trois quarts du bas peuple, le clergé de
toute espèce presque entier. Pour un million d'effets brûlés, outre
l'argent et la vaisselle volés dans les maisons abandonnées. Lettres de
Giustiniani, chargé d'aff. Mais en 1658, il s'étonne du concours
d'artisans et d'étrangers qui vinrent remplir le vide de la population.
En six mois il n'y paraissait plus.
11 On fit une loi expresse pour défendre au doge de recevoir aucun
message qui ne serait pas adressé sous les formules exigées. En
s'excusant sur l'obéissance due à cette loi, on renvoya une lettre du roi
de France dont on savait que le contenu était agréable, mais qui par
erreur était adressée à ses chers et bons amis. On suppliait de refaire
la lettre avec la formule: chers et grands amis.
12 Les traditions avaient donné le nom de roi aux chefs arabes qui
avaient jadis occupé la Sardaigne et la Corse. Ces îles comptaient donc
pour des royaumes. Muratori (dissertation 32) cite des actes du moyen âge
dans lesquels des princes ou seigneurs plus ou moins connus, ayant la
Corse en tout ou en partie dans leurs seigneuries, sont intitulés rois.
13 On trouve dans les bizarres Raguagli del Parnasso (1627) de Bocalini,
et dans une polémique de pamphlets qui s'ensuivirent, les premières
traces de cette prétention et des oppositions quelle souleva. MS de la
Bibl. roy., n° 10436.
14 Suivant la correspondance de la légation française, le peuple, en
effet, aurait volontiers lapidé l'inquisiteur.
CHAPITRE IV. - Guerre avec Charles-Emmanuel II, duc de Savoie. - Griefs
de Louis XIV contre la république. - Bombardement de Gênes. - Soumission.
1 Archives des aff. étr.
2 Les Génois reconnaissaient que, dans ces premières expéditions ils
n'avaient eu quelques profits que sur les louis d'or portés au Levant;
mais, ajoutaient-ils, ce profit avait cessé depuis que les Turcs
s'étaient aperçus qu'on leur fournissait beaucoup de louis faux.
Le gouvernement de Gênes s'était abstenu de donner aucun avis sur cette
négociation à son ministre à Paris, alors un Doria; en sorte que celui-
ci, fréquemment, interpellé à ce sujet, pouvait toujours répondre
conformément à la vérité, qu'on ne lui en avait pas écrit le moindre mot.
Le ministre des affaires étrangères écrivait à ce Doria, le 19 mai 1667,
d'une manière assez pressante:
«J'ai reçu hier au soir un billet du roi qui m'ordonne de m'éclaircir
d'une chose dont vous êtes sans doute bien informé, qui est de savoir de
vous si l'intention de la sérénissime république est de garder et
d'observer avec la Porte Ottomane le traité que M. le marquis Durazzo
s'étant mis à la suite d'un ambassadeur de l'empereur a fait avec la
susdite Porte; lequel traité se trouve directement contraire aux
capitulations qui ont été depuis des siècles entre cette couronne et les
empereurs ottomans, et d'ailleurs très-préjudiciable au commerce de la
France au Levant.»
Les explications que cette demande provoquait ne paraissent point dans
les correspondances de la légation française. Elles auront passé sans
doute du sénat de Gênes à son envoyé à Paris, et de celui-ci au ministre
du roi. Il est probable que Gênes aura fait des concessions, ou qu'on se
sera aperçu du peu de succès de cette négociation orientale; car la
république ayant nommé Pompeo Giustiniani résident à Constantinople,
Gianettino Giustiniani, son parent, demande, le 1er décembre 1670, que ce
résident soit recommandé à l'ambassadeur de France.
3 Archives des aff. étr., 1670.
4 «Le sujet de la guerre qui peut être le plus véritable, l'entreprise
sur Savone, a toujours été caché par le duc et ne doit pas même être
publié par les écrits qui sont tombés entre les mains des Génois et dont
vous m'avez envoyé copie, etc.» Dépèche du ministre à Gaumont, 30
septembre 1672. Arch. des aff. étr.
5 Arch. des aff. étr. Gênes, 1673, supplément.
6 Ibid.
7 Archives des aff. étr., 1680.
8 On consacra à cette dépense des rentes que certaines familles nobles,
en vertu de fondations antiques, devaient fournir annuellement pour être
employées au bien public.
9 Tabarca avait été acquise par André Doria pour la rançon d'un pacha
qu'il avait fait prisonnier. L'île avait été vendue à la famille
Lomellini. En 1731, elle voulait la revendre a la France, et on avait
lieu de croire que le bey de Tunis le trouverait bon. Cette proposition
n'eut pas de suite. En 1741, les Tunisiens conquirent l'île et
détruisirent la forteresse. Arch. aff. étr.
10 «Comme ils sont pointilleux à Gênes, il suffiroit peut-être de les
harceler, ou sur l'intérêt des limites de quelque prince voisin, ou sur
rétablissement d'une escadre de galères françaises dans la darse, à
l'exclusion entière et perpétuelle des Espagnols, ou sur les prétentions
des particuliers opprimés par eux, comme le comte Fiesque ou de
semblables, ou sur la reconnaissance de leur ancien souverain, qui est le
roi, pour le payement ou la soumission d'un tribut, ou la réception d'une
garnison dans Gênes, ou la demande d'un ou plusieurs de leurs ports, ou
l'exclusion de leur ville de leurs citoyens qu'on croiroit les plus
habiles et les plus hardis. Et comme ils échapperoient infailliblement,
si on exigeoit d'eux tant de choses, ou pourroit avoir de nouveaux motifs
de les attaquer.» Arch. aff. étr. vol. 1681. Le mémoire est sans date.
11 C'est en ces termes que Saint-Olon nous apprend la fin de la longue
mission de Giustiniani: on ne trouve aucun autre document à ce sujet.
12 Suivant M. Sue, M. de Riom, après des intrigues de cour peu
honorables, avait obtenu le privilège du sel dans les États du duc de
Mantoue; et les Génois, qui y fournissaient ordinairement cette denrée,
refusaient le transit qui allait leur faire perdre leur débouché. Cet
intérêt privé n'en devint pas moins un des griefs principaux du monarque
et surtout des ministres et de leurs alentours. (Histoire de la marine
française)
Après le bombardement et le raccommodement, on trouve que M. de Riom,
étant à Gênes, fit, au nom de la ferme générale, un traité pour fournir à
l'administration de Saint-George une quantité considérable de sel en six
ans. Gênes faisait cette affaire, disait-on, dans la vue de plaire au
roi. Arch. des aff. étr., 6 nov. 1686.
13 Dans les négociations qui suivirent le bombardement, le projet de
faire entrer les Génois dans la trêve de vingt ans fut repris. Un article
séparé fut rédigé, qui leur garantissait leurs possessions, après
toutefois qu'ils auraient fait au roi desideratam satisfactionem. On
trouve dans une note diplomatique que les négociateurs avaient jugé cette
expression trop ample. Mais, d'autre part, on faisait remarquer que
jusque-là, depuis François Ier la France n'avait qualifié les Génois que
par leur nom, Genuenses. La rédaction proposée mentionnait la république
de Gênes. Le roi entendait-il bien la reconnaître comme telle dans un
acte politique de cette importance, ce qui impliquait l'abandon des
anciens droits? Enfin, il était dit qu'il renonçait à prendre pour lui,
sibi, aucune place de leur territoire. Cela l'empêcherait-il de les
donner à d'autres? au duc de Savoie?
14 Saint-Olon recourait, en se recommandant au ministre, aux lamentations
les plus désespérées du psalmiste en détresse. «Aut non longe fac
auxilium tuum a me, et defensionem meam adspice, aut eripe me a gente
dolosa.»
15 Quatorze vaisseaux, dix galiotes, deux brûlots, deux frégates, huit
flûtes, trente-huit bateaux, dix felouques, vingt galères. (Détail de ce
qui s'est passé devant Gênes depuis le 17 mai que l'armée y est arrivée
jusqu'au 28 qu'elle en est repartie.)
C'est le bulletin officiel, comme nous disons aujourd'hui, recueilli par
Clérambault. Bibl. du Roi. Vol. 237, page 319, cité par M. Sue, Histoire
de la marine française, page 191.
16 Le doge se retira à l'Albergo des Pauvres, sur une hauteur en arrière
de la ville. On y transporta le trésor de Saint-George. La prodigieuse
confusion qui régna, quelques désordres, des violences et le pillage de
quelques maisons françaises sont racontés dans la dépêche de M. Lenoir,
envoyé à Gênes par le ministère des affaires étrangères dans l'intervalle
du bombardement au traité. Cette lettre, qui est aux archives, a été
citée par M. Sue, page 195.
17 Le traité fut signé le 12 février 1685. La réception du doge eut lieu
le 15 mai suivant.
LIVRE XII. - DIX-HUITIÈME SIÈCLE ET EXTINCTION DE LA RÉPUBLIQUE. (1700 -
1815)
CHAPITRE I. - Guerre de la succession.
1 Il leur avait fait envoyer jusqu'à la formule de cette garantie, telle
qu'ils auraient à la donner.
2 Bateau propre à la pêche du corail.
3 «Tous navires qui se trouvent chargés d'effets appartenant à nos
ennemis seront de bonne prise.» Ordonnance de la marine de 1681, liv. 3,
titre 9, art. 13. Cette déclaration violente, contraire aux dispositions
de l'antique législation, dont le Consulat de la mer est le monument
commun à tant de peuples, se trouvait en France dans le Guidon de la mer
et dans plusieurs ordonnances antérieures à celle de Louis XIV. A la paix
d'Utrecht, les principes contraires prévalurent: il y fut réglé que le
pavillon couvre la marchandise. Mais cette sauvegarde du droit des
neutres à subi depuis de nombreux empiétements. Au surplus, l'abus de la
course dans la Méditerranée, les bateaux d'Oneille, les prétendus
corsaires qui ne s'attaquent qu'aux neutres, tous ces inconvénients,
retombant sur le commerce français lui-même, se sont renouvelés de nos
jours tels qu'on les signalait dans la guerre de la succesion, et c'est
ce qui m'a induit à en parler avec quelque détail.
4 L'envoyé de France écrivait plus tard: «Dans le peuple et surtout dans
les gens de mer, il n'en est pas un qui ne nous baisse à la mort. De même
chez les religieux: s'il y a quelque génialiste pour nous, c'est dans les
maisons reniées: mais dans les mendiants, tous sans exception sont nos
ennemis jusqu'à la fureur.» Au reste, il explique fort singulièrement la
haine du clergé, par son aversion pour la sévérité de moeurs et
d'habitudes que les Français exigent des ecclésiastiques.
5 Du 7 mars 1707.
6 Continuazione del Compendio delle Storie de Genova (Accinelli), page 8.
7 L'envoyé génois à Vienne.
8 Archives des aff. étr.
9 Les galères de Tursi et lui-même étaient restés au service de Philippe
V; mais l'escadre demeurait inutile dans la darse de Gênes. Tursi n'était
pas payé, tandis que de toutes parts ses revenus étaient séquestrés.
Après la paix d'Utrecht, la cour d'Espagne lui donna congé sans lui
rembourser sa créance. Louis XIV le prit à son service, mais peu de mois
après, à la mort de ce monarque, le régent reconnut qu'il n'y avait
aucune raison de continuer cette dépense. Tursi eut le titre de
lieutenant général en France. La république acheta ce qui restait de ses
galères. Il rentra dans ses biens séquestrés, mais il fallut plaider au
sujet des 8000 ducats de rente dont ils avaient été grevés au profit de
Fieschi.
10 Mémoires de Tessé, tome II, page 279, édition de Petitot.
11 Ce prix, suivant la correspondance diplomatique, était de 2, 200, 000
florins (environ 5 millions de francs), ou de 1, 200, 000 piastres
(environ 6 millions) suivant Kock, Tableau des révolutions, tome II, p.
333. Il cite Lunig, Code dipl., tome 1, p. 2375. Les Génois avaient six
mois de terme pour payer la seconde moitié du prix, et ils comptaient
bien mettre ce délai à profit pour voir s'il ne surviendrait pas quelque
événement qui troublât la jouissance de la propriété achetée. Mais, en
attendant, l'empereur les obligea à prendre immédiatement l'investiture
féodale, ce qui leur coûta soixante mille écus qu'ils auraient volontiers
épargnés.
12 La république, jusqu'à ses derniers temps, a eu en effet des
théologiens à qui le sénat et les conseils soumettaient les cas de
conscience, quand il s'en rencontrait dans les affaires du gouvernement.
Pendant la guerre maritime, les croisières anglaises avaient pris des
navires dont les cargaisons de propriété espagnole étaient masquées sous
des noms génois. On demanda si, en conscience, les Génois qui avaient
prêté leur nom pouvaient maintenir la simulation sous serment. Les
théologiens décidèrent qu'on le pouvait vu les circonstances; et il
paraît qu'ils avaient eu en cela quelque considération à la religion des
capteurs hérétiques qu'il s'agissait de frustrer.
Sous le régime démagogique d'une des phases de la révolution de 1797, les
théologiens de la république furent appelés pour faire le décompte des
créances dues sur les biens confisqués des émigrés. Or, comme tout
intérêt au-dessus du taux légal est un péché, quand il se trouvait des
rentes viagères constituées à 9 ou 10 pour cent, ils appliquaient à
l'extinction du capital tout ce que le créancier avait reçu au delà de 4
pour cent. Si la rente était un peu ancienne, le créancier était exposé à
se trouver débiteur et obligé a rapport.
13 Les fours publics occupaient alors une partie de l'étendue actuelle du
port franc. On les transporta, en 1725, à la place qu'ils ont occupée
jusqu'à la réunion de Gênes à l'empire français. Le monopole de la vente
du pain ayant fini alors, l'édifice des fours devint l'hôtel des
monnaies.
14 Voici deux faits qui peuvent servir à l'histoire des arts en France,
autant qu'à celle de l'industrie génoise à celle époque.
En 1712 on s'adressait de Paris à Gênes pour avoir des renseignements sur
la fabrication du papier. «Faites-moi le plaisir, écrivait le ministre à
l'envoyé français, de découvrir, si, en cas de besoin, on pourrait
persuader à quelques ouvriers habiles de venir travailler en France, et
quelles conditions ils demanderaient.»
En 1742 Vaucanson était à Gênes pour y voir «la manufacture du damas et
du velours, et surtout les fers pour tailler le velours, dont nous
n'avons pas le secret en France.» Mém. des arch. des aff. étr.
La manufacture de velours a conservé son lustre à Gênes. Celle du papier
y était connue depuis plusieurs siècles, comme nous avons eu occasion de
le remarquer ci-devant; mais elle était restée stationnaire. Et même au
commencement du XVIIIe siècle il est étrange que la France eût à envier
les ouvriers génois. Il est du moins certain qu'au commencement du XIXe,
depuis cinquante ans Gênes n'avait de papier fin qu'en le tirant de
France.
CHAPITRE II. - Guerre de la pragmatique sanction. - Gênes, envahie par
les Autrichiens, délivrée par l'insurrection populaire.
1 Il n'y eut pas de manifeste formel. On fit circuler d'abord une lettre
(anonyme) d'un noble génois, où les résolutions de la république étaient
énergiquement exprimées. Mais on désavoua cette oeuvre, considérée comme
trop téméraire, et, sous la même forme de lettre, on en imprima une autre
plus modérée, c'est-à-dire moins digne et plus timide.
2 Tableau de la guerre d'Italie (du chevalier Power), 1784, tome II, p.
205. On y avance que deux courriers consécutifs avaient ordonné aux
généraux espagnols de tenir dans Gênes. Ils ne crurent pas pouvoir obéir
au premier ordre; le second les trouva dans leur retraite en deçà de
Gênes. L'auteur est un témoin oculaire.
M. de Maillebois était venu voir à Gênes ce qu'on pourrait faire pour
défendre la ville. Il avait avoué à l'envoyé de France qu'on n'était pas
en état de la garantir longtemps. Il pensait que les Génois n'avaient
rien de mieux à faire que de traiter avec les ennemis, mais, ajoutait-il,
ce n'est pas à nous de le leur dire. Archives des aff. étr.
3 Voulez-vous que je commence? Cette question semble indiquer qu'une
résolution d'agir était prise par avance parmi le peuple, et que la seule
occasion de l'exécution fut inattendue. L'envoyé de France, en effet,
avait écrit, il y avait trois semaines, qu'un Suisse, officier supérieur
dans les troupes désarmées de la république, était venu lui demander si
le peuple pouvait compter sur les secours de la France, en cas qu'il
chassât ses oppresseurs. Cet officier avait avoué que les exactions et
les insultes des Allemands avaient fait leur effet sur le public, qu'on
verrait un soulèvement, et qu'il espérait n'y être pas inutile. Était-ce
avec la secrète intelligence du gouvernement? Rien ne vient le faire
croire.
L'envoyé français était resté à Gênes; Botta lui avait fait dire qu'il y
serait en sûreté, mais qu'il devait ne se mêler de rien. Le sénat, comme
on peut le croire, n'entretenait plus de relations avec lui; mais a
l'insurrection il se trouva naturellement en rapport avec les populaires,
si bien qu'il porta en dépense 48, 000 francs qu'il avait pris sur lui de
distribuer à des combattants de la plus vile populace, ce sont ses
termes.
CHAPITRE III. - Rétablissement du gouvernement après l'insurrection.
1 L'envoyé de France de bonne heure avait conseillé aux nobles de
s'assurer des chefs populaires en faisant entrer dans le gouvernement
quelques-uns des leurs.
2 A raison de 200, 000 francs par mois à concurrence d'un million, outre
300, 000 francs d'abord envoyés. Louis XV avait exigé que l'Espagne
fournît un pareil secours; mais ce contingent fut très-mal payé.
3 M. de Boufflers voulait mettre la main sur ces subsides qu'il trouvait
médiocrement bien employés. Il recula devant la jalousie du sénat. M. de
Richelieu fut plus hardi; il disposa seul de l'argent.
4 La première action de Boufflers surprit beaucoup le pays. Il reçut du
gouvernement un énorme rinfresco: son premier mouvement fut de renvoyer
toutes ces corbeilles, ne voulant pas, écrit-il, en ces matières agir
comme les Autrichiens. Mais il a su que c'est une étiquette obligatoire
et qui ne se refuse pas. Il s'est donc contenté de donner cent sequins
d'étrennes aux porteurs, et il a envoyé les viandes aux hôpitaux, ce qui
a fait bon effet.
5 Curlo. Ce jugement est sévère.
6 «Ils craignent, écrit-il, la pluie, la fatigue, et même plus, je
crois, les coups de fusil. On cherche en vain a les enrégimenter pour les
amener en dehors. Nous avons deux mille habits; nous n'avons pas trouvé
deux cents hommes qui aient voulu les endosser et se donner les airs de
soldats.»
7 On prit sa maladie pour un érésipèle: on le traita en conséquence.
8 Le roi de Sardaigne avait demandé à prendre sur eux la portion du
territoire qui séparait ses deux possessions d'Oneille de Loan. Ils
voulaient à leur tour avoir Loan et quelques petits fiefs enclavés dans
leur territoire. Les deux demandes furent réputées indiscrètes.
9 Les billets avaient perdu jusqu'à cinquante pour cent; des spéculateurs
les ayant achetés à ce prix les venaient porter à la banque en compte
courant pour leur valeur nominale, dans l'espérance d'échapper à la
liquidation qu'on en pourrait faire. Le 29 août 1748 les protecteurs de
Saint-George défendirent de donner crédit dans les comptes courants aux
porteurs de billets.
10 On créa à Saint-George un nouveau monte où le public apporta ses
billets. La banque en paya un intérêt annuel de deux pour cent jusqu'au
remboursement. Ou augmenta certains impôts indirects, on s'imposa une
taxe extraordinaire de deux pour mille sur les biens des citoyens de la
ville et de son district; un et demi pour mille sur les biens
ecclésiastiques. Tous ces produits se versaient au monte, et, déduction
faite du service de l'intérêt, toutes les rentrées servaient à
l'extinction du capital. Pour la hâter on ne prenait sur le monte qu'une
moitié des intérêts (un pour cent); l'autre moitié était fournie par la
banque sur ses revenus ordinaires qu'on lui avait rendus.
Cette liquidation se monta à 13,400,000 francs, valeur des billets ou de
soldes de compte courant compris dans la suspension.
La république fit en même temps une liquidation de ses dettes propres.
Elle créa pour 6,600,000 livres, trente-trois mille actions nouvelles,
qui s'éteignirent par un procédé analogue.
Peu d'années auparavant, il existait 405 mille actions de Saint-George
appartenant soit aux particuliers, soit aux corporations, répondant à
40,800,000 livres de la monnaie du XVe siècle, ou plus de 80 millions
monnaie de banque de nos jours. La banque avait en outre retiré 71,000
actions rentrées en propriété à Saint-George ou qui, échues à la
république, avaient été rétrocédées par elle à Saint-George.
11 L'interruption de la circulation des billets de banque obligea le
commerce à recourir aux espèces d'or et d'argent, et les engagements se
stipulèrent en monnaie hors banque (fuori banco), ce qui continua après
même que les billets de la banque eurent reparu et repris leur valeur.
Cent livres de banque ou cent vingt-cinq livres de monnaie légale (bonne
monnaie) hors banque étaient une même valeur.
12 M. de Guymon, un des envoyés de France.
13 Nous avons cité Richelieu; Les jugements consignés dans ses lettres
autographes méritent d'être conservés. Il aimait Gênes, mais il se
plaignait souvent. Il avertissait qu'il ne fallait pas attendre des
Génois de la reconnaissance de ce qu'on faisait pour eux. «Quelque
danger que leur fasse courir la retraite des troupes françoises, il ne
faut pas laisser chez eux un seul de nos soldats, ils croiroient qu'on a
dessein de les opprimer.» Il juge sévèrement la cohue du conseil, mais
il ajoute avec bienveillance qu'a Gênes la mauvaise administration doit
être séparée de la mauvaise volonté.
S'élevant ensuite à une politique plus vaste et plus prévoyante, il pense
que ce pays est trop méconnu; que s'il n'offre pas de grands avantages
pour entreprendre une guerre offensive au delà des Alpes, il en a
d'immenses comme point d'appui pour tenir en paix la haute Italie.
Cependant les Génois sont trop faibles désormais pour se soutenir seuls.
Ils ont besoin d'un maître. Loin de les livrer au plus ambitieux de ses
voisins, si l'on ne peut se passer du roi de Sardaigne, il conviendra
toujours de déclarer à ce prince, en reconnaissant qu'il peut être utile
aux desseins de la France, qu'il n'y est pas nécessaire. Enfin, la
meilleure combinaison, selon Richelieu (au temps où il écrivait, serait
d'unir ou de fédérer les Génois avec l'infant duc de Parme sous la
direction du roi de France). C'est son dernier mot. La cour se contenta,
sur cette dernière idée, de répondre que c'était une discussion à
ajourner.
14 Voyez au chapitre 5.
15 C'est le prédécesseur du cardinal Spina à l'archevêché.
16 Le pape excommuniait l'infant duc de Parme; le roi de France
s'emparait d'Avignon.
CHAPITRE IV. - Guerre de Corse.
1 Lettre du 8 mars 1735.
2 Lettre du 22 mars.
3 Lettre du 6 décembre 1735.
4 Dix petites pièces d'artillerie, 1, 500 fusils, 100 quintaux de poudre.
5 Déclaration de Richard de Guernesey, l'un des secrétaires de Théodore,
qui s'était séparé de lui à Livourne.
CHAPITRE V. - Suite de la guerre de Corse. - Cession de l'île.
1 Lettres des 15 octobre 1748 et 17 février 1749.
2 M. de Cursay, que le ministre avait voulu appeler à Paris sous un
prétexte, mais dans le dessein de le retirer de la Corse, fut arrêté, par
ordre du roi, au milieu de son commandement. Il fut envoyé prisonnier à
Antibes. Plus tard, il fut employé de nouveau, et pleinement justifié,
dit-on. Il avait été, en faveur des Corses et contre l'esprit des
traités, d'une partialité évidente. Mais aussi, personne n'avait mieux
réussi à concilier les Corses a la France.
3 On trouve aux archives le traité dans cet état.
4 C'est Augustin Lomellin, son mérite éminent, et les beaux jardins qu'il
avait créés à Pegli, près de Gênes, qui fournissent le sujet de la 13e
lettre sur l'Italie du président Dupaty, 1785.
5 Lettres de J. -J. Rousseau à Buttafuoco.
6 Du 6 août 1764. Wenke, t. III, p. 486.
7 M. de Valcroissant.
8 Sous la date du 9 décembre 1763.
9 Sous la date de février 1764.
10 Du 15 mai 1768. Wenke, t. III, p. 374.
11 Le secrétaire d'État ayant fait bâtir, peu après, une belle maison de
campagne, on prétendit que les pierres en parlaient français. Ce dicton
populaire se répétait même trente ans après l'événement.
CHAPITRE VI. - Dernières années de la république.
1 Après m'être attaché à caractériser le commerce de Gênes de siècle en
siècle, je n'ai pu m'abstenir, au hasard de quelques répétitions, de
tracer le dernier tableau de ses prospérités au moment où les révolutions
allaient les détruire.
2 Tout dépôt à la banque, toute marchandise inscrite à la douane était
insaisissable. Sous le privilège du port franc, on ne pouvait être
contraint pour des dettes antérieures contractées au dehors.
Matériellement, le port franc est une enceinte de magasins où, sous la
garde, publique et les clefs de la douane, toutes les marchandises
étrangères sont admises gratuitement, d'où elles peuvent passer ou
retourner à l'étranger, par terre et par mer, presque sans formalités, et
sous les plus modiques redevances. La sortie pour la consommation est
seule assujettie à des droits, et à l'époque dont nous parlons ces
droits n'avaient rien d'exorbitant.
3 Dans certains gros bourgs peuplés de navigateurs, non-seulement ces
armements, suivant un antique usage, étaient faits au moyen de
souscriptions ouvertes à tous les habitants et où communément la Madone
avait une action gratuite; mais une souscription séparée dotait le
bâtiment d'un capital destiné au négoce. Le capitaine en voyage disposait
de ce fonds de roulement suivant son intelligence et en rendait compte
suivant sa fidélité. Il employait les deniers en achats faits dans un
port, pour aller vendre dans un autre. Il exploitait la fertilité de la
Sicile; il visitait la côte d'Espagne ou le Levant. D'autres fois,
trouvant à employer avantageusement le navire en le louant simplement
pour le transport des marchandises d'autrui, il resserrait son argent et
le conservait en nature. Aucune de ces associations n'était écrite.
4 Un banquier proposait les emprunts: un gros capitaliste en débattait
les conditions, et, en se faisant allouer, à son profit personnel, une
prime sur tout le montant de l'emprunt pour prix de l'impulsion qu'il
donnait, il stipulait le contrat en le souscrivant pour une forte somme;
le reste des prêteurs venait souscrire à sa suite.
5 La suppression de l'ordre des jésuites avait fait éprouver aux
capitalistes de Gênes une perte aussi singulière que cruelle. On sait
quel était le crédit des bons pères dans les familles génoises qui
avaient adopté leur direction. Ils disposaient encore mieux des
administrations d'un grand nombre d'établissements pieux, oratoires,
écoles, qui, tous richement dotes, avaient à placer leur pécule. Les
jésuites, qui se mêlaient de toutes choses, avaient persuade à leur
dévote clientèle de leur abandonner ce soin. Ils avaient réuni tout cet
argent et l'avaient employé dans les emprunts de Vienne en masse, sous
leur propre nom; ils répartissaient les produits annuels aux intéressés.
A la destruction de l'ordre, ces fonds furent confondus dans la
confiscation des biens des jésuites que la reine de Hongrie s'adjugea
chez elle. Jamais la cour de Vienne ne voulut entendre à aucune
réclamation, ni admettre aucune preuve sur cette interposition de
personne. Les vrais propriétaires sont restes dépouillés.
Quand la guerre de la révolution française survint, peu à peu toutes les
puissances suspendirent le remboursement de leurs emprunts et même le
service des intérêts. Cela arriva du plus au moins à Vienne, à Rome, à
Naples, en Danemarck. Londres séquestra les créances des pays soumis à
l'influence française. On peut prendre une idée des conséquences de ces
suspensions par un exemple. Un collège particulier, fondation d'une riche
famille de Gênes, avait eu jusqu'à 1, 200, 000 francs de capitaux placés.
Il eut une large part à la malencontreuse opération des jésuites; mais,
en 1805, il ne percevait plus, de tous ses placements épars, qu'environ
1, 600 francs de rente, débris du tiers consolidé des rentes françaises
que l'établissement avait possédées.
6 A cette époque, la France avait à Gênes un ministre dont l'abord
farouche et la parole acerbe représentaient à merveille la république de
la terreur et de la propagande: mais au fond il était bien plus politique
avisé que républicain fanatique. A l'événement de la Modeste, il éclata
en protestations et en menaces; mais il expédia promptement un messager
délié et sûr aux représentants de la convention qui dirigeaient l'armée
de Nice. On les trouva ne parlant que de déclarer la guerre à Gênes,
emprisonnant, séquestrant tout ce qui se trouvait sous leurs mains.
L'envoyé ne venait pas excuser les Génois; loin de là, il venait
concerter les mesures à prendre pour leur punition. Sans doute, l'armée
était prête à fondre sur leur territoire et en état de marcher sur leur
ville?... Les représentants avouèrent que non; on n'avait pu dépasser
les environs de Nice, et l'on ne saurait aller en avant, avant d'avoir
reçu des renforts et des approvisionnements.
Il fallut donc reconnaître que la vengeance serait forcément différée.
Mais, en ce cas, puisqu'en prenant des mesures sévères, on affectait de
rompre absolument avec les Génois, cela faisait supposer qu'on n'avait
plus besoin, ni à l'armée ni dans le midi de la France, de leurs secours,
de leurs navigateurs, de leurs magasins qui, jusque-là, fournissaient des
grains, des farines, des denrées de toute espèce, apportées ou en bravant
la présence ou en trompant la vigilance des escadres anglaises....
Les représentants convinrent que la subsistance de l'armée, comme celle
de nos départements méridionaux où le maximum et les assignats avaient
laissé la famine, se fondaient sur les approvisionnements apportés par
les Génois. On leur fît donc sentir la nécessité de ne pas se priver de
cette ressource. Les séquestres furent levés, les commerçants et les
navigateurs furent caressés, et l'on se contenta de tenir ouverte la
querelle diplomatique envers le gouvernement.
7 Plusieurs avaient reçu leur éducation au collège de Sorèze.
8 Les danses qui portent le nom d'anglaises ne furent plus souffertes
nulle part, et l'autorité vit de bon oeil cette puérilité.
9 Il fallut ressusciter et appliquer à la rigueur une vieille loi
d'amendes et d'arrêts forcés pour obliger l'avant-dernier doge (Doria) à
accepter sa nomination.
10 Mémoires de Bourienne, liv. 1er, ch. 10.
11 Patriotoni. On les appelait aussi cappelli storti (chapeaux de
travers).
12 L'État avait repris les revenus ci-devant affectés à la maison de
Saint-George, dont les créanciers et les actionnaires furent déclarés
créanciers de la nation. Mais c'était une liquidation à faire, et en
attendant, c'était une sorte de banqueroute qui compromettait un grand
nombre de familles. A peu près en même temps, une loi déclara la
dissolution des fidéicommis, la moitié du capital de chacun devenant
libre immédiatement sur la tête du titulaire, et la seconde moitié devant
le devenir sur la tête du premier successeur. Cette faculté imprévue de
disposer de fonds si longtemps inaliénables parait avoir été une cause de
dilapidations et de ruines, surtout dans une circonstance où la valeur
des actions de la banque, qui généralement constituaient ces placements,
se réduisait de jour en jour et s'annulait presque.
En 1804, le gouvernement ligurien opéra une liquidation, imagina un mode
d'amortissement, et, en attendant, assigna aux actions un dividende fixe
de 4 liv. 10 s. (3 fr. 60 c); mais à la réunion à la France, en 1805,
l'empereur appliqua a cette créance (par quelle assimilation? Dieu le
sait) la réduction des deux tiers propre à la dette consolidée française.
Voilà à quoi se réduisirent les actions de la banque de Saint-George, les
majorats, et plus d'une fortune.
13 La réunion eut lieu au milieu de 1806. Dans cette année, on constata
encore l'entrée au port franc de Gênes de 130,826 fardeaux de
marchandises; en 1807, seulement de 75,604; en 1808, de 24,324.
14 Ici, comme au récit de l'insurrection de 1746, j'ai cru pouvoir
reproduire quelques passages de deux notices que l'académie du Gard a
bien voulu accueillir dans ses recueils.
ARTICLES PRÉLIMINAIRES proposés par M. le comte de Hohenzollern,
lieutenant général, au lieutenant général Suchet, pour l'exécution de la
convention passée respectivement entre les généraux en chef des deux
armées autrichienne et française en Italie.
1 C'est la capitulation de l'armée autrichienne à Alexandrie.
CONDITIONS qui doivent servir de bases à la réunion des États de Gênes à
ceux de Sa Majesté Sarde
1 Cet Acte se trouve aussi comme Annexe de l'art. IV du Traité de Sa
Majesté le Roi de Sardaigne du 20 mai 1815.