Et votre père, demandai-je aux jeunes personnes, que
fait-il?--Monsieur, me répondirent-elles, il est maître de pension
rurale dans notre village de Renève; il vous aime pour votre conduite
dévouée en 1818, et son coeur est la source où nous avons puisé nos
sentiments. Il y a quatre ans qu'il nous a préparé la petite économie
dont le besoin était prévu pour notre voyage, il devait nous
accompagner, une maladie l'a retenu. Nous allons vite le rejoindre et
lui rendre compte de l'accueil que vous nous faites et de celui qu'on
nous a fait en votre nom. Puisse la Providence s'en souvenir!
On se leva de table. Nous retournâmes tous au jardin. Mes nièces
menèrent les jeunes filles causer dans les allées et cueillir les
grappes et les fleurs sous les treilles; bientôt l'heure du départ
sonna pour les aimables pèlerines. Elles reprirent leur foulard dans
la main, nous les accompagnâmes par l'avenue jusqu'à la grande route
de Mâcon. Nous les avions reçues en étrangères, nous les quittâmes en
amies.--Voilà, dis-je en les regardant marcher sur le grand chemin, de
la célébrité en coeur et en âme; quand nous serons bientôt peut-être
expulsés de notre dernière maison, souvenons-nous, pour nous consoler,
que la dernière visite que nous avons reçue était la visite de ces
pauvres pèlerines de Renève et que nos bénédictions pleuvent sur
elles!
Puis nous revînmes tristement au château.