M. Goulden était consterné.

«Comment! tu n'as pas crié que c'était faux! dit-il; c'est donc

vrai cette histoire?»

Et comme je baissais la tête sans répondre, joignant les mains il

ajouta:

«Ah! la jeunesse, la jeunesse, cela ne pense à rien... Quelle

imprudence... quelle imprudence!»

Il se promenait autour de la chambre; puis il s'assit pour

essuyer ses lunettes, et la tante Grédel dit:

«Oui! mais ils ne l'auront pas tout de même; leurs méchancetés ne

serviront à rien: ce soir, Joseph sera déjà dans la montagne, en

route pour la Suisse.»

M. Goulden, en entendant cela, devint grave; il fronça le sourcil

et répondit au bout d'un instant:

«C'est un malheur... un grand malheur... car Joseph est

réellement boiteux... on le reconnaîtra plus tard: il ne pourra

pas marcher deux jours sans rester en arrière et sans tomber

malade. Mais vous avez tort, mère Grédel, de parler comme vous

faites et de lui donner un mauvais conseil.

--Un mauvais conseil! dit-elle; vous êtes donc aussi pour faire

massacrer les gens, vous?

--Non, répondit-il, je n'aime pas les guerres, surtout celles où

des cent mille hommes perdent la vie pour la gloire d'un seul.

Mais ces guerres-là sont finies; ce n'est plus pour gagner de la

gloire et des royaumes qu'on lève des soldats.»

Cours familier de Littérature - Volume 23 · 第 55 / 136 题