Vers le mois de février 1838, Philomène, à qui bien des jeunes gens

faisaient une cour assidue, réalisa le projet qui l'amenait à Paris.

Elle voulait rencontrer la duchesse de Rhétoré, voir cette merveilleuse

femme et la plonger dans d'éternels remords. Aussi Philomène était-elle

d'une recherche et d'une coquetterie étourdissantes afin de se trouver

avec la duchesse sur un pied d'égalité. La première rencontre eut lieu

dans le bal annuellement donné pour les pensionnaires de l'ancienne

Liste civile, depuis 1830.

Un jeune homme, poussé par Philomène, dit à la duchesse en la lui

montrant:--Voilà l'une des jeunes personnes les plus remarquables, une

forte tête! Elle a fait jeter dans un cloître, à la Grande Chartreuse,

un homme d'une grande portée, Albert de Savarus dont l'existence a été

brisée par elle. C'est mademoiselle de Watteville, la fameuse héritière

de Besançon....

La duchesse pâlit, Philomène échangea vivement avec elle un de ces

regards qui, de femme à femme, sont plus mortels que les coups de

pistolet d'un duel. Francesca Soderini, qui soupçonna l'innocence

d'Albert, sortit aussitôt du bal, en quittant brusquement son

interlocuteur incapable de deviner la terrible blessure qu'il venait de

faire à la belle duchesse de Rhétoré.

«Si vous voulez en savoir davantage sur Albert, venez au bal de

l'Opéra mardi prochain, en tenant à la main un souci.»

Ce billet anonyme, envoyé par Philomène à la duchesse, amena la

malheureuse Italienne au bal où Philomène lui remit en main toutes les

lettres d'Albert, celle écrite par le vicaire-général à Léopold

Hannequin ainsi que la réponse du notaire, et même celle où elle avait

fait ses aveux à monsieur de Grancey.

--Je ne veux pas être seule à souffrir, car nous avons été tout aussi

cruelles l'une que l'autre! dit-elle à sa rivale.

Après avoir savouré la stupéfaction qui se peignit sur le beau visage de

la duchesse, Philomène se sauva, ne reparut plus dans le monde, et

revint avec sa mère à Besançon.

Mademoiselle de Watteville, qui vécut seule dans sa terre des Rouxey,

montant à cheval, chassant, refusant ses deux ou trois partis par an,

venant quatre ou cinq fois par hiver à Besançon, occupée à faire valoir

sa terre, passa pour une personne extrêmement originale. Elle est une

des célébrités de l'Est.

Madame de Soulas a deux enfants, un garçon et une fille, elle a rajeuni;

mais le jeune monsieur de Soulas a considérablement vieilli.

--Ma fortune me coûte cher, disait-il au jeune Chavoncourt. Pour bien

connaître une dévote, il faut malheureusement l'épouser!

Mademoiselle de Watteville se conduit en fille vraiment extraordinaire.

On disait d'elle:--_Elle a des lubies!_ Elle va tous les ans voir les

murailles de la Grande-Chartreuse. Peut-être voulait-elle imiter son

grand-oncle en franchissant l'enceinte de ce couvent pour y chercher son

mari, comme Watteville franchit les murs de son monastère pour recouvrer

la liberté.

En 1841, elle quitta Besançon dans l'intention, disait-on, de se marier;

mais, on ne sait pas encore la véritable cause de ce voyage d'où elle

est revenue dans un état qui lui interdit de jamais reparaître dans le

monde. Par un de ces hasards auxquels le vieil abbé de Grancey avait

fait allusion, elle se trouva sur la Loire dans le bateau à vapeur dont

la chaudière fit explosion. Mademoiselle de Watteville fut si

cruellement maltraitée qu'elle a perdu le bras et la jambe gauche; son

visage porte d'affreuses cicatrices qui la privent de sa beauté; sa

santé soumise à des troubles horribles lui laisse peu de jours sans

souffrance. Enfin, elle ne sort plus aujourd'hui de la Chartreuse des

Rouxey où elle mène une vie entièrement vouée à des pratiques

religieuses.

Paris, mai 1842.

FIN DU PREMIER VOLUME.

Nous n'ignorons pas que le culte de sainte Philomène n'a commencé

qu'après la Révolution de 1830 en Italie. Cet anachronisme, à propos du

nom de mademoiselle de Watteville, nous a paru sans importance; mais il

a été si remarqué par des personnes qui voudraient une entière

exactitude dans cette histoire de moeurs, que l'auteur changera ce

détail aussitôt que faire se pourra.

TABLE DES MATIÈRES

DU PREMIER VOLUME

DES

SCÈNES DE LA VIE PRIVÉE.

LA MAISON DU CHAT-QUI-PELOTE 33

LE BAL DE SCEAUX 85

LA BOURSE 139

LA VENDETTA 168

MADAME FIRMIANI 231

UNE DOUBLE FAMILLE 251

LA PAIX DU MÉNAGE 316

LA FAUSSE MAITRESSE 350

ETUDE DE FEMME 397

ALBERT SAVARUS 406

FIN DE LA TABLE DU PREMIER VOLUME.

PARIS, IMPRIMERIE DE E. MARTINET, RUE MIGNON, 2.

* * * * *

Liste des modifications:

Page 1: «ii» remplacé par «il» (il ne prenait pas sa leçon)

Page 6: «Raphaët» par «Raphaël» (Il faut être Raphaël)

Page 9: «seul» par «seuil» (il vous laissait franchir le seuil)

Page 33: «au» par «aux» (pouvait-il donner aux X et aux V)

: «enthousiame» par «enthousisame» (et paraissait l'examiner

avec un enthousiasme d'archéologue.)

Page 34: «n'invenserait» par «n'inventerait» (le plus spirituel des

peintres modernes n'inventerait)

Page 36: «Chat-qui-pelotte» par «Chat-qui-pelote» (les commerçants du

Chat-qui-pelote, que le Chat-qui-pelote l'était pour lui.)

Page 39: «Guilllaume» par «Guillaume» (dit monsieur Guillaume à ses

trois néophytes)

Page 40: «d'indiennne» par «d'indienne» (modestement vêtues

d'indienne)

Page 42: «modement» par «modestement» (Toujours modestement vêtues)

: «n'avait» par «n'avaient» (Augustine et Virginie n'avaient

donné)

Page 45: «momment» par «moment» (y était resté un moment en

contemplation)

Page 51: «barrrières» par «barrières» (Partout des barrières)

Page 54: «Jeseph» par «Joseph» (quand Joseph Lebas se montra soudain)

Page 60: «pèrre» par «père» (De Sommervieux, mon père!)

Page 65: «créée» par «crée» (qu'une jeune demoiselle du grand monde

se crée)

Page 66: «l'étroitresse» par «l'étroitesse» (l'étroitesse de ses

idées)

Page 67: «impression» par «impressions» (que celle de Théodore des

impressions étrangères)

Page 69: «connaissancess» par «connaissances» (elle sentait son

esprit et ses connaissances)

Page 70: «diriga» par «dirigea» (elle se dirigea vers la grotesque

façade)

: «aisanse» par «aisance» (annonçait une aisance sans luxe)

: «reconnaisant» par «reconnaissant» (fut bientôt pénétrée

d'attendrissement, en reconnaissant)

: «exeessif» par «excessif» (n'ayant pas rencontré dans son

mari un amour excessif)

Page 83: «toilette» par «toile» (sur Augustine et sur la toile

accusatrice)

Page 84: «ferment» par «forment» (aux régions où se forment les

orages)

Page 88: «vienx» remplacé par «vieux» (Le vieux Vendéen ne laissa

pas)

Page 92: «dout» par «dont» (mais dont le nom n'était pas précédé)

Page 93: «dédomageait» par «dédommageait» (la splendeur de sa maison

qui les dédommageait)

Page 109: «Qoique» par «Quoique» (Quoique pleine d'élégance et de

fierté)

Page 127: «nobleese» par «noblesse» (j'étais entichée de noblesse)

Page 156: «niassent» remplacé par «naissent» (Les réflexions les plus

douces naissent)

Page 177: «Matilde» remplacé par «Mathilde» (mademoiselle Mathilde

Roguin)

Page 183: «gravé» par «gravée» (en emportant gravée dans son souvenir)

Page 191: «exquisse» par «esquisse» (Servin, qui avait une esquisse

à terminer)

Page 198: «Semblable» par «Semblables» (Semblable à des amants, ils

savaient rester)

Page 202: «Bartoloméo» par «Bartholoméo» (Enfin, Bartholoméo rompit

le silence)

Page 236: «anecdoctes» remplacé par «anecdotes» (Il faut accepter

ses paroles, ses anecdotes,)

Page 241: «exquisse» par «esquisse» (Cette esquisse d'une figure

admirable de naturel)

Page 244: «assujettisant» par «assujettissant» (l'oncle le plus

commode, le moins assujettissant)

Page 250: «viennes» par «viennent» (elles viennent toujours de nous.)

Page 251: «TÜRHEIN» par «TÜRHEIM» (A MADAME LA COMTESSE LOUISE DE

TÜRHEIM)

Page 252: «que» remplacé par «qui» (l'humidité permanente qui régnait)

Page 263: «le» par «la» (la traverser au matin)

Page 267: «Crovisard» par «Crochard» (et coururent dans une allée

sombre devant madame Crochard)

Page 268: «mervelles» par «merveilles» (pour donner une idée des

merveilles)

Page 269: «multitde» par «multitude» (de distinguer une multitude de

voitures)

Page 272: «colerette» par «collerette» (qui retombaient en mille

boucles sur une collerette brodée)

Page 277: «quatres» par «quatre» (le plan formé par ces quatre

femmes)

Page 280: «Grandville» par «Granville» (Eh! bien, monsieur _de_

Granville)

Page 285: «Bontemps» par «Bontems» (par l'idée d'enter les Bontems)

Page 288: «Bontemps» par «Bontems» (comme prétendu de mademoiselle

Bontems)

: «ami» par «amie» (il vint assidûment trouver son amie)

Page 297: «pelotte» par «pelote» (le bonnet de la maîtresse de la

maison jusqu'à sa pelote)

Page 321: «Moncornet» remplacé par «Montcornet» (Vous croyez,

Montcornet?)

Page 337: «apparaissait» par «apparaissaient» (apparaissaient tour à

tour les joies de l'espérance et les angoisses)

Page 348: «le» par «la» (souvent de la reconnaissance)

Page 350: «lesquels» remplacé par «lesquelles» (l'aspect des

fortifications de consonnes par lesquelles)

Page 363: «parfaites» par «parfaits» (avec un ordre et une économie

si parfaits)

Page 364: «fortnue» par «fortune» (Ma fortune est la sienne)

: «mis» par «mais» (mais la mutuelle connaissance de nos âmes)

Page 368: «montant» par «montrant» (répondit Adam en montrant un

petit étage)

Page 373: «cachotier» par «cachottier» (il est sournois et cachottier)

Page 376: «tricotte» par «tricote» (tricote des bas)

Page 388: «pavillion» par «pavillon» (assise sous le pavillon chinois)

Page 393: «le» par «la» (où mon bonheur me tournait la tête)

Page 398: «loins» par «loin» (ses yeux, loin d'être éteints,)

Page 401: «Stendalh» par «Stendhal» (Stendhal, a eu la bizarre

idée de nommer)

Page 405: «chanment» remplacement par «changement» (qui lui demandent

raison de ce changement)

Page 416: «Vatteville» par «Watteville» (mademoiselle de Watteville

était une jeune fille)

Page 417: «brouillantes» par «bouillantes» (que les laves bouillantes

le sont)

Page 425: «pierre» par «pierres» (d'un gros tas de pierres)

Page 430: «embellies» par «embellis» (dont les trésors apparaissent

embellis)

Page 432: «Rodophe» par «Rodolphe» (la remplacer auprès de Rodolphe)

Page 436: «au-dessous» par «au-dessus» (il entendit parler et marcher

au-dessus de sa tête)

: «mis» par «miss» (quand la prétendue miss Fanny)

Page 438: «Rodolohe» par «Rodolphe» (Quand Rodolphe put sortir)

Page 450: «Rodophe» par «Rodolphe» (Le sentiment de ses fautes

redoubla chez Rodolphe)

Page 453: «Gandolpdini» par «Gandolphini» (le beau nom de princesse

Gandolphini)

Page 454: «d'dées» par «d'idées» (d'idées libérales)

Page 458: «compdant» par «comptant» (en comptant les intérêts des

intérêts)

Page 466: rajouté «à» (et s'il n'arrivait pas à poser sa couronne)

Page 485: «balottage» par «ballottage» (vous étiez maître de

l'élection par le ballottage)

: «consiences» par «consciences» (si mes déclarations

troublaient vos consciences)

Page 490: «voies» par «voix» (Moi, je ne suis coupable que des voix

légitimistes)

Page 492: «étouffé» par «étouffée» (La joie du triomphe ne fut pas

si bien étouffée)

Page 499: «marble» par «marbre» (en marbre blanc,)

Page 503: «Garnde» par «Grande» (De la Grande-Chartreuse.)

: «la» par «le» (le combat n'en a pas été moins vif)

La Comédie humaine - Volume 01 · 第 49 / 49 段