faisaient une cour assidue, réalisa le projet qui l'amenait à Paris.
Elle voulait rencontrer la duchesse de Rhétoré, voir cette merveilleuse
femme et la plonger dans d'éternels remords. Aussi Philomène était-elle
d'une recherche et d'une coquetterie étourdissantes afin de se trouver
avec la duchesse sur un pied d'égalité. La première rencontre eut lieu
dans le bal annuellement donné pour les pensionnaires de l'ancienne
Liste civile, depuis 1830.
Un jeune homme, poussé par Philomène, dit à la duchesse en la lui
montrant:--Voilà l'une des jeunes personnes les plus remarquables, une
forte tête! Elle a fait jeter dans un cloître, à la Grande Chartreuse,
un homme d'une grande portée, Albert de Savarus dont l'existence a été
brisée par elle. C'est mademoiselle de Watteville, la fameuse héritière
de Besançon....
La duchesse pâlit, Philomène échangea vivement avec elle un de ces
regards qui, de femme à femme, sont plus mortels que les coups de
pistolet d'un duel. Francesca Soderini, qui soupçonna l'innocence
d'Albert, sortit aussitôt du bal, en quittant brusquement son
interlocuteur incapable de deviner la terrible blessure qu'il venait de
faire à la belle duchesse de Rhétoré.
«Si vous voulez en savoir davantage sur Albert, venez au bal de
l'Opéra mardi prochain, en tenant à la main un souci.»
Ce billet anonyme, envoyé par Philomène à la duchesse, amena la
malheureuse Italienne au bal où Philomène lui remit en main toutes les
lettres d'Albert, celle écrite par le vicaire-général à Léopold
Hannequin ainsi que la réponse du notaire, et même celle où elle avait
fait ses aveux à monsieur de Grancey.
--Je ne veux pas être seule à souffrir, car nous avons été tout aussi
cruelles l'une que l'autre! dit-elle à sa rivale.
Après avoir savouré la stupéfaction qui se peignit sur le beau visage de
la duchesse, Philomène se sauva, ne reparut plus dans le monde, et
revint avec sa mère à Besançon.
Mademoiselle de Watteville, qui vécut seule dans sa terre des Rouxey,
montant à cheval, chassant, refusant ses deux ou trois partis par an,
venant quatre ou cinq fois par hiver à Besançon, occupée à faire valoir
sa terre, passa pour une personne extrêmement originale. Elle est une
des célébrités de l'Est.
Madame de Soulas a deux enfants, un garçon et une fille, elle a rajeuni;
mais le jeune monsieur de Soulas a considérablement vieilli.
--Ma fortune me coûte cher, disait-il au jeune Chavoncourt. Pour bien
connaître une dévote, il faut malheureusement l'épouser!
Mademoiselle de Watteville se conduit en fille vraiment extraordinaire.
On disait d'elle:--_Elle a des lubies!_ Elle va tous les ans voir les
murailles de la Grande-Chartreuse. Peut-être voulait-elle imiter son
grand-oncle en franchissant l'enceinte de ce couvent pour y chercher son
mari, comme Watteville franchit les murs de son monastère pour recouvrer
la liberté.
En 1841, elle quitta Besançon dans l'intention, disait-on, de se marier;
mais, on ne sait pas encore la véritable cause de ce voyage d'où elle
est revenue dans un état qui lui interdit de jamais reparaître dans le
monde. Par un de ces hasards auxquels le vieil abbé de Grancey avait
fait allusion, elle se trouva sur la Loire dans le bateau à vapeur dont
la chaudière fit explosion. Mademoiselle de Watteville fut si
cruellement maltraitée qu'elle a perdu le bras et la jambe gauche; son
visage porte d'affreuses cicatrices qui la privent de sa beauté; sa
santé soumise à des troubles horribles lui laisse peu de jours sans
souffrance. Enfin, elle ne sort plus aujourd'hui de la Chartreuse des
Rouxey où elle mène une vie entièrement vouée à des pratiques
religieuses.
Paris, mai 1842.
FIN DU PREMIER VOLUME.
Nous n'ignorons pas que le culte de sainte Philomène n'a commencé
qu'après la Révolution de 1830 en Italie. Cet anachronisme, à propos du
nom de mademoiselle de Watteville, nous a paru sans importance; mais il
a été si remarqué par des personnes qui voudraient une entière
exactitude dans cette histoire de moeurs, que l'auteur changera ce
détail aussitôt que faire se pourra.
TABLE DES MATIÈRES
DU PREMIER VOLUME
DES
SCÈNES DE LA VIE PRIVÉE.
LA MAISON DU CHAT-QUI-PELOTE 33
LE BAL DE SCEAUX 85
LA BOURSE 139
LA VENDETTA 168
MADAME FIRMIANI 231
UNE DOUBLE FAMILLE 251
LA PAIX DU MÉNAGE 316
LA FAUSSE MAITRESSE 350
ETUDE DE FEMME 397
ALBERT SAVARUS 406
FIN DE LA TABLE DU PREMIER VOLUME.
PARIS, IMPRIMERIE DE E. MARTINET, RUE MIGNON, 2.
* * * * *
Liste des modifications:
Page 1: «ii» remplacé par «il» (il ne prenait pas sa leçon)
Page 6: «Raphaët» par «Raphaël» (Il faut être Raphaël)
Page 9: «seul» par «seuil» (il vous laissait franchir le seuil)
Page 33: «au» par «aux» (pouvait-il donner aux X et aux V)
: «enthousiame» par «enthousisame» (et paraissait l'examiner
avec un enthousiasme d'archéologue.)
Page 34: «n'invenserait» par «n'inventerait» (le plus spirituel des
peintres modernes n'inventerait)
Page 36: «Chat-qui-pelotte» par «Chat-qui-pelote» (les commerçants du
Chat-qui-pelote, que le Chat-qui-pelote l'était pour lui.)
Page 39: «Guilllaume» par «Guillaume» (dit monsieur Guillaume à ses
trois néophytes)
Page 40: «d'indiennne» par «d'indienne» (modestement vêtues
d'indienne)
Page 42: «modement» par «modestement» (Toujours modestement vêtues)
: «n'avait» par «n'avaient» (Augustine et Virginie n'avaient
donné)
Page 45: «momment» par «moment» (y était resté un moment en
contemplation)
Page 51: «barrrières» par «barrières» (Partout des barrières)
Page 54: «Jeseph» par «Joseph» (quand Joseph Lebas se montra soudain)
Page 60: «pèrre» par «père» (De Sommervieux, mon père!)
Page 65: «créée» par «crée» (qu'une jeune demoiselle du grand monde
se crée)
Page 66: «l'étroitresse» par «l'étroitesse» (l'étroitesse de ses
idées)
Page 67: «impression» par «impressions» (que celle de Théodore des
impressions étrangères)
Page 69: «connaissancess» par «connaissances» (elle sentait son
esprit et ses connaissances)
Page 70: «diriga» par «dirigea» (elle se dirigea vers la grotesque
façade)
: «aisanse» par «aisance» (annonçait une aisance sans luxe)
: «reconnaisant» par «reconnaissant» (fut bientôt pénétrée
d'attendrissement, en reconnaissant)
: «exeessif» par «excessif» (n'ayant pas rencontré dans son
mari un amour excessif)
Page 83: «toilette» par «toile» (sur Augustine et sur la toile
accusatrice)
Page 84: «ferment» par «forment» (aux régions où se forment les
orages)
Page 88: «vienx» remplacé par «vieux» (Le vieux Vendéen ne laissa
pas)
Page 92: «dout» par «dont» (mais dont le nom n'était pas précédé)
Page 93: «dédomageait» par «dédommageait» (la splendeur de sa maison
qui les dédommageait)
Page 109: «Qoique» par «Quoique» (Quoique pleine d'élégance et de
fierté)
Page 127: «nobleese» par «noblesse» (j'étais entichée de noblesse)
Page 156: «niassent» remplacé par «naissent» (Les réflexions les plus
douces naissent)
Page 177: «Matilde» remplacé par «Mathilde» (mademoiselle Mathilde
Roguin)
Page 183: «gravé» par «gravée» (en emportant gravée dans son souvenir)
Page 191: «exquisse» par «esquisse» (Servin, qui avait une esquisse
à terminer)
Page 198: «Semblable» par «Semblables» (Semblable à des amants, ils
savaient rester)
Page 202: «Bartoloméo» par «Bartholoméo» (Enfin, Bartholoméo rompit
le silence)
Page 236: «anecdoctes» remplacé par «anecdotes» (Il faut accepter
ses paroles, ses anecdotes,)
Page 241: «exquisse» par «esquisse» (Cette esquisse d'une figure
admirable de naturel)
Page 244: «assujettisant» par «assujettissant» (l'oncle le plus
commode, le moins assujettissant)
Page 250: «viennes» par «viennent» (elles viennent toujours de nous.)
Page 251: «TÜRHEIN» par «TÜRHEIM» (A MADAME LA COMTESSE LOUISE DE
TÜRHEIM)
Page 252: «que» remplacé par «qui» (l'humidité permanente qui régnait)
Page 263: «le» par «la» (la traverser au matin)
Page 267: «Crovisard» par «Crochard» (et coururent dans une allée
sombre devant madame Crochard)
Page 268: «mervelles» par «merveilles» (pour donner une idée des
merveilles)
Page 269: «multitde» par «multitude» (de distinguer une multitude de
voitures)
Page 272: «colerette» par «collerette» (qui retombaient en mille
boucles sur une collerette brodée)
Page 277: «quatres» par «quatre» (le plan formé par ces quatre
femmes)
Page 280: «Grandville» par «Granville» (Eh! bien, monsieur _de_
Granville)
Page 285: «Bontemps» par «Bontems» (par l'idée d'enter les Bontems)
Page 288: «Bontemps» par «Bontems» (comme prétendu de mademoiselle
Bontems)
: «ami» par «amie» (il vint assidûment trouver son amie)
Page 297: «pelotte» par «pelote» (le bonnet de la maîtresse de la
maison jusqu'à sa pelote)
Page 321: «Moncornet» remplacé par «Montcornet» (Vous croyez,
Montcornet?)
Page 337: «apparaissait» par «apparaissaient» (apparaissaient tour à
tour les joies de l'espérance et les angoisses)
Page 348: «le» par «la» (souvent de la reconnaissance)
Page 350: «lesquels» remplacé par «lesquelles» (l'aspect des
fortifications de consonnes par lesquelles)
Page 363: «parfaites» par «parfaits» (avec un ordre et une économie
si parfaits)
Page 364: «fortnue» par «fortune» (Ma fortune est la sienne)
: «mis» par «mais» (mais la mutuelle connaissance de nos âmes)
Page 368: «montant» par «montrant» (répondit Adam en montrant un
petit étage)
Page 373: «cachotier» par «cachottier» (il est sournois et cachottier)
Page 376: «tricotte» par «tricote» (tricote des bas)
Page 388: «pavillion» par «pavillon» (assise sous le pavillon chinois)
Page 393: «le» par «la» (où mon bonheur me tournait la tête)
Page 398: «loins» par «loin» (ses yeux, loin d'être éteints,)
Page 401: «Stendalh» par «Stendhal» (Stendhal, a eu la bizarre
idée de nommer)
Page 405: «chanment» remplacement par «changement» (qui lui demandent
raison de ce changement)
Page 416: «Vatteville» par «Watteville» (mademoiselle de Watteville
était une jeune fille)
Page 417: «brouillantes» par «bouillantes» (que les laves bouillantes
le sont)
Page 425: «pierre» par «pierres» (d'un gros tas de pierres)
Page 430: «embellies» par «embellis» (dont les trésors apparaissent
embellis)
Page 432: «Rodophe» par «Rodolphe» (la remplacer auprès de Rodolphe)
Page 436: «au-dessous» par «au-dessus» (il entendit parler et marcher
au-dessus de sa tête)
: «mis» par «miss» (quand la prétendue miss Fanny)
Page 438: «Rodolohe» par «Rodolphe» (Quand Rodolphe put sortir)
Page 450: «Rodophe» par «Rodolphe» (Le sentiment de ses fautes
redoubla chez Rodolphe)
Page 453: «Gandolpdini» par «Gandolphini» (le beau nom de princesse
Gandolphini)
Page 454: «d'dées» par «d'idées» (d'idées libérales)
Page 458: «compdant» par «comptant» (en comptant les intérêts des
intérêts)
Page 466: rajouté «à» (et s'il n'arrivait pas à poser sa couronne)
Page 485: «balottage» par «ballottage» (vous étiez maître de
l'élection par le ballottage)
: «consiences» par «consciences» (si mes déclarations
troublaient vos consciences)
Page 490: «voies» par «voix» (Moi, je ne suis coupable que des voix
légitimistes)
Page 492: «étouffé» par «étouffée» (La joie du triomphe ne fut pas
si bien étouffée)
Page 499: «marble» par «marbre» (en marbre blanc,)
Page 503: «Garnde» par «Grande» (De la Grande-Chartreuse.)
: «la» par «le» (le combat n'en a pas été moins vif)