[Note 2: La collection qui a pour titre le _Pèlerin amoureux_ se termine
avec le sonnet sur divers airs en musique qui porte le no. XIX. Malone
ajoute à cette collection ce charmant petit poëme dont on trouve la
première strophe dans _Mesure pour Mesure_.]
Écarte, oh! écarte ces lèvres qui se sont si doucement parfumées, et ces
yeux, l'aube du jour, ces flambeaux qui induisent l'amour en erreur;
mais rends-moi mes baisers, ces sceaux d'amour apposés en vain.
Cache, oh! cache ces collines de neige que porte ton sein glacé; les
roses qui croissent à leur cime sont de celles qui couronnent le mois
d'avril, mais rends-moi d'abord mon pauvre coeur que tu as lié dans ces
chaînes de glace.
VERS FAISANT PARTIE DES POËMES A LA SUITE DU _Martyr de l'amour_, PAR
CHESTER, IMPRIMÉS EN 1601.
Que l'oiseau à la voix la plus forte qui perche sur l'arbre unique de
l'Arabie soit le triste héraut et le trompette au son duquel obéissent
de chastes ailes.
Mais toi, avant-coureur criard, odieux précurseur du démon, prophète de
l'issue des fièvres, n'approche pas de cette réunion.
Interdisez l'approche de cette assemblée à tous les oiseaux aux ailes de
proie, à l'exception de l'aigle, le roi emplumé; réglez strictement les
obsèques.
Que le cygne, lui qui prévoit la mort, soit le prêtre en surplis blanc
qui chante la musique des morts, de peur que le _Requiem_ ne manque de
solennité.
Et toi, vieille corneille qui engendres ta race d'ébène avec le souffle
que tu donnes et reprends, tu feras partie de nos pleureurs.
C'est ici que commence l'antienne: l'amour et la constance sont morts,
le phénix et la tourterelle ont disparu dans la même flamme.
Ils s'aimaient tant qu'en eux l'essence de l'amour n'était qu'une; ils
étaient deux et distincts, mais la division était nulle, le nombre
périssait devant l'amour.
Les coeurs étaient éloignés mais non séparés; on ne voyait ni distance
ni espace entre la tourterelle et son roi, mais chez eux c'était une
merveille.
L'amour brillait à ce point entre eux que la tourterelle voyait briller
ses droits dans les yeux du phénix: chacun des deux était le trésor de
l'autre.
La propriété était ainsi troublée de ce que l'individualité n'était pas
la même; le double nom d'une nature unique n'était ni un ni deux.
La raison confondue en elle-même voyait des êtres divisés exister
ensemble, ne se connaissant plus séparément, tant leurs natures étaient
confondues.
Et elle criait: Comme cet être unique semble véritablement en former
deux! L'amour a raison, la raison n'en a point; ce qui est séparé peut
ainsi rester uni.
C'est là-dessus qu'elle a chanté cet hymne funèbre au phénix et à la
tourterelle, tous les deux maîtres et étoiles de l'amour, pour servir de
choeur à leur fin tragique.