—Je viens d'emprunter deux cent mille livres sur ma propriété, et avec
les trois cent mille livres que les États m'ont promis pour cette
année, je suis en mesure d'achever mon canal pour l'an prochain. Je
venais vous en avertir, reprit Riquet.
—Ne comptez plus sur ces trois cents mille livres, monsieur, dit le
gouverneur, les États refusent d'emprunter à nouveau pour vous.
—Eh quoi! une nouvelle entrave! les États refusent de tenir la parole
donnée. Ah! je vous en prie, veuillez parler en ma faveur, s'écria
Riquet alarmé, je suis perdu si je n'ai cette somme. J'y ai compté
absolument: je ne saurais m'en passer.
—Je parlerai aux États, je vous le promets, mais il y a encore cette
dette... et M. d'Aguesseau s'arrêta embarrassé, n'osant continuer.
—Qu'y a-t-il encore? apprenez-moi tout!
Il faut que je sache à quoi m'en tenir. Vous n'avez pas reçu l'ordre de
suspendre encore les travaux. Ce serait trop cruel, échouer au port au
moment où j'arrive, où j'aperçois le but, s'écria Riquet anxieux.
—Non, rassurez-vous, monsieur, ce n'est point un ordre du ministre. Le
trésorier général veut vous retirer les fonds qu'il vous a prêtés.
—Cette prétention est indigne, répondit Riquet; j'avais sa parole
qu'il attendrait l'achèvement du canal; je vais de ce pas la lui
rappeler, il ne pourra la nier.
Vous, monsieur, daignez intercéder pour mon œuvre auprès des États;
représentez-leur que c'est la prospérité du pays tout entier qu'ils
entravent par ce refus.
Je compte sur votre éloquence, votre bonté et votre puissance, acheva
Riquet en prenant congé du gouverneur.
Riquet courut chez le trésorier général qu'il trouva inflexible dans
sa résolution d'exiger le remboursement immédiat des sommes dues.
Alors, ne sachant à qui s'adresser, Riquet écrivit à M. de Colbert, lui
promettant l'ouverture du canal pour l'année suivante:
«Je fais ce qui m'est possible, disait Riquet, afin de trouver des gens
qui veuillent bien me prêter de l'argent pour me donner le moyen de
finir le canal dans ce qui reste de l'année courante.
»Mais je suis tellement endetté, que, jusqu'ici, personne n'a voulu le
faire; de sorte que je suis dans la nécessité d'avoir recours à vous,
et de vous faire connaître mes besoins; vous le verrez dans le mémoire
ci-inclus.
»J'ose me promettre que vous voudrez marquer votre volonté à côté de
chaque article, afin de me mettre en état de finir heureusement mon
entreprise du canal. C'est toute ma passion, et je me désespérerais si
je ne pouvais pas le faire.
»Le temps échappe, et quand il est une fois perdu, il ne se retrouve
jamais.»
Colbert, avec son grand sens, comprit les raisons que lui donnait
Riquet, et il ordonna au trésorier général de laisser les sommes
prêtées. Colbert recommandait à tous de publier la nouvelle de
l'achèvement du canal dans un an, d'inviter les marchands à en donner
avis dans les pays étrangers.
Il recommandait spécialement à Riquet d'envoyer de temps en temps des
articles sur le canal à l'abbé Renaudot[11] pour mettre dans sa gazette.
Monsieur d'Aguesseau tint religieusement la promesse qu'il avait faite
d'intercéder auprès des États du Languedoc. Il parla chaleureusement et
obtint les trois cent mille livres indispensables à Riquet.
Il lui apprit ce résultat dans une lettre charmante; et Riquet eut, en
la lisant, un sourire joyeux.
—Allons, dit-il, les honnêtes gens s'entendent toujours entre eux!
Il revint alors à ses travaux, l'esprit rasséréné sur la question
pécuniaire, mais le corps malade.
Cette dernière lutte l'avait brisé. Il éprouvait des douleurs au
cœur, qui le faisaient souffrir cruellement. Parfois il sentait le
sang envahir violemment les artères, il étouffait, il restait sans
haleine, les yeux voilés, attendant que les spasmes se dissipassent;
et ce n'était qu'avec un effort de volonté qu'il surmontait le mal
et s'occupait encore activement du canal dont il organisait alors le
fonctionnement.
[Illustration: FRAGMENT DU BAS-RELIEF DU PONT DU CANAL du MIDI, A
TOULOUSE.]
Le roi avait fixé pour tout le parcours le droit de péage à six deniers
par quintal et par lieue.
Riquet en régla toutes les parties, affectant telle somme par an au
dégrèvement des dettes, telle autre à l'entretien du canal et à son
nettoyage.
Il prit toutes les mesures nécessaires avec une sûreté de calcul si
grande, que le canal fonctionna, d'après ses arrangements, jusqu'en
1792, sans que personne de ses descendants eût rien à y changer.
Il ne se trompa que sur un point; ce fut sur les recettes qui
dépassèrent de beaucoup ses prévisions.
Riquet reçut, dans le courant de l'hiver 1680, deux demandes qui lui
firent grand plaisir.
Deux gentilshommes Languedociens, Gramont, baron de Lanta, et M. de
Lombrail, trésorier de France, sollicitèrent la main de ses deux filles.
M. de Lanta était en relation d'amitié, depuis quelques années, avec la
famille Riquet, et Henriette-Charlotte avait été distinguée par lui.
Quant à M. de Lombrail, il considérait comme un honneur d'entrer dans
la famille du créateur du canal du Languedoc.
Riquet leur manda de lui faire le plaisir de venir à Bonrepos, là, il
leur dit simplement:
—Vous savez, messieurs, que mes filles n'ont pas de dot: au moins quant
à présent. Il vous faudra attendre que mes dettes soient payées, et que
le canal rapporte pour que je puisse les doter.
—Je le savais, monsieur, répondit monsieur de Lanta, je sollicite
l'honneur de votre parenté, et la main de mademoiselle Henriette Riquet
de Bonrepos sans dot.
—Nous attendrons votre bon plaisir, monsieur, dit M. de Lombrail;
mademoiselle Marie de Bonrepos m'a prévenu en me permettant la démarche
que je tente aujourd'hui.
Riquet leur tendit les mains.
—Alors je n'ai plus qu'à donner mon consentement, dit-il souriant; ces
demoiselles me paraissent avoir arrangé fort bien leurs affaires.
Il fit prévenir sa femme et ses filles, et présenta à ces dernières
leurs fiancés.
—Eh bien? mon papa, dit Marie, tout bas, à son père, en prenant son
bras pour aller souper, tandis que son jeune fiancé offrait le sien à
sa mère; eh bien? vous voyez que mesdemoiselles Riquet se marieront
quoique sans dot! Vous faisiez injure à la noblesse française, en
doutant.
Son père lui pinça gaiement l'oreille.
—Et j'injuriais, sans le savoir, monsieur le baron de Lombrail,
n'est-ce pas? lui répondit-il en riant.
Riquet, durant l'été qui suivit le mariage de ses filles, se fatigua
outre mesure, ne consentant jamais à laisser son fils Mathias seul
chargé de toute la surveillance.
Ses douleurs et ses spasmes augmentèrent.
Pierre le surprit un jour presque évanoui, renversé dans un fauteuil,
pressant sa poitrine à deux mains.
—Ah! lui dit-il, haletant, suffoqué à demi. Ah! Pierre j'ai cru que
j'allais mourir.
Pierre effrayé parla de courir chercher un médecin. Riquet secoua la
tête.
—Non, dit-il, cela passera, cela passe déjà, vois! ne parle à personne
de l'état où tu m'as trouvé. Je me sens mieux, n'inquiète pas les
miens. Oh! j'irai bien encore jusqu'à l'achèvement de mon œuvre, fit
Riquet avec énergie.
Malgré la défense de son maître, Pierre fit part de ses craintes à
Mathias de Bonrepos qui s'alarma et manda des médecins de Toulouse.
Lorsque ceux-ci sortirent de leur consultation, ils avaient la mine
sombre, l'air soucieux, et ils ne cachèrent pas à Mme Riquet et à son
fils la gravité de la maladie de Riquet.
—Il faudrait immédiatement cesser tout travail, éviter la moindre
émotion, la plus petite préoccupation, dirent-ils; à ce prix, peut-être
monsieur Riquet pourra-t-il recouvrer la santé.
—Éviter tout travail, est-ce possible? s'écria madame Riquet. Mon mari
n'y consentira jamais.
—Nous suivrons vos instructions le mieux possible, dit Mathias, et les
médecins partirent, secouant leurs perruques, promettant de revenir
souvent, sans promettre en même temps une guérison prochaine.
Lorsque Mathias rentra dans la chambre de son père, il ne put lui
cacher ses appréhensions, ses traits trahissaient malgré lui ses
craintes et son chagrin.
Riquet s'aperçut de suite de cette altération, et les yeux rougis de sa
femme le convainquirent qu'il ne se trompait pas.
—Ces médecins me trouvent donc bien malade? leur demanda-t-il. Pourquoi
les avoir mandés? Vous voyez, vous voilà alarmés sans raison. Ne vous
inquiétez pas, ma mie, dit-il à sa femme; je suis vieux, c'est vrai,
usé par les chagrins que je viens de supporter; mais, avec l'aide de
Dieu et vos bons soins, je durerai encore un peu; il faut que j'aille
jusqu'à l'achèvement de mon œuvre: oh! cela, il le faut! Après, ma
vieille compagne de route, vous laisserez votre mari s'en aller se
reposer enfin de tout ce travail, acheva Riquet souriant, en serrant la
main de sa femme qui refoulait à grand peine son émotion.
—Où en sommes-nous, Mathias? demanda Riquet, et malgré sa femme, malgré
son fils, il se remit à travailler, prétendant que le travail seul
l'empêchait de souffrir.
A quelques jours de là, il fut repris de spasmes plus violents que
d'habitude, d'où il sortit abattu et sans forces. Il dut s'aliter.
Sur son lit, il s'occupait encore de son canal, mis au courant, jour
par jour, de l'état des travaux.
Enfin, quand il sentit le mal le plus fort, il éloigna de ses yeux ses
chers plans, et les tendant à son fils Mathias qui ne le quittait pas:
—Mon fils, lui dit-il, je vous en supplie, achevez mon œuvre
consciencieusement, c'est la fortune pour les vôtres, c'est la gloire
pour notre nom.
Nous y laissons notre bien, qu'importe! tout sera réparé une fois le
canal achevé; n'oubliez pas, Mathias, la recommandation de votre père
mourant.
—Mon père, répondit Mathias, comptez sur moi: le canal de Riquet sera
terminé dans les délais promis, je vous le jure.
Riquet espérait encore qu'il vaincrait la maladie, lorsqu'il comprit
que c'en était fait, et qu'elle était plus forte que son énergie. Il
eut alors un moment de révolte atroce contre la destinée.
Un instant, son courage l'abandonna.
La nuit, son fils et le fidèle Pierre, qui le veillaient, l'entendirent
se débattre.
—Quoi! je vais mourir, disait-il, tout est fini! je vais mourir! Je
n'aurai pas la suprême joie de voir acclamé par tous l'œuvre de ma vie
entière. Oh! c'est trop cruel!
Et un long sanglot vint à ses lèvres.
Mathias de Bonrepos et Pierre, émus, désolés, n'osèrent troubler sa
douleur.
Il sembla se calmer peu à peu.
—Qu'importe que je ne sois plus là; mes fils me remplaceront,
murmura-t-il, et se tournant vers Mathias, il ajouta doucement.
—Il faudra prévenir votre frère et vos sœurs, mon fils, je veux les
embrasser encore.
Il eut cette dernière et triste joie du père de famille, qui meurt aimé
et respecté des siens, de voir, réunis autour de son lit, sa femme et
ses enfants en pleurs.
Il leur montra d'un geste Pierre, accroupi à ses côtés, qui sanglotait
tout bas.
—Mes enfants, dit-il, je vous le donne, laissez vous aimer par lui,
comme il m'a aimé et servi.
Le cœur n'a point besoin de quartiers de noblesse.
Et posant sa main alourdie sur la tête de l'humble ami de sa vie de
luttes:
—Pierre, lui dit-il, ne pleure donc pas, tu verras notre canal, toi!
Puis il parut s'assoupir; tous, immobiles, respectaient ce sommeil qui
semblait le dernier: il se souleva tout-à-coup.
—Mathias, demanda-t-il, où en est le canal?
—Nous n'avons plus qu'une lieue juste, mon père, pour nous raccorder à
l'étang de Thau.
—Une lieue! murmura-t-il, une lieue!
Quelle déception de voir là, tout près, la terre promise et n'y pouvoir
entrer. Un sourire triste sur les lèvres, il ajouta:
—Une lieue! et je meurs!
Et se renversant en arrière, Riquet rendit le dernier soupir.
Ainsi s'éteignit cet homme de bien, cette volonté puissante, cette
énergie que rien n'abattait.
Il avait trois millions; ne pouvait-il vivre heureux, tranquille,
évitant les luttes, et jouissant en égoïste du luxe que devait lui
procurer une fortune considérable pour l'époque; non, il préféra
le bien de tous au sien propre, il travailla, lutta, vainquit les
obstacles de la nature et ceux, plus difficiles à surmonter, que lui
opposaient les hommes.
Il mourait pauvre, laissant deux millions de dettes; mais qu'importe
de mourir riche et comblé de biens; ce qui est beau, ce qui est grand,
c'est d'avoir été utile à sa patrie, c'est de laisser à ses enfants et
à son pays le souvenir d'une belle vie et d'une œuvre utile et noble.
*****
CHAPITRE VINGT ET UNIÈME
Riquet mourut le 1er octobre 1680.
Après tant de lettres cordiales échangées avec lui, Colbert, lorsqu'il
apprit ce malheur, écrivit à M. d'Aguesseau:
«La mort du sieur Riquet me donne un peu de crainte que nos travaux du
canal ne soyent retardés.»
Et il s'informait si le fils continuait l'œuvre.
Deux mots secs, sans un regret, tout est dit.
Le grand ministre, quelques années plus tard, devait sentir à son tour
ce que c'est que l'ingratitude.
Il en devait mourir.
Se souvint-il, en ce moment suprême où l'âme, presque dégagée de
ses liens terrestres, anime encore le corps qu'elle va quitter, se
souvint-il de sa lettre sèche à propos de la mort de Riquet? Qui le
sait?
En tous cas, n'est-elle pas vraie, cette parole du philosophe qui a dit:
«On souffre toujours ce que l'on fait souffrir aux autres.»
D'Aguesseau, lui, au contraire, rendant pleine justice à Riquet,
écrivait de lui:
«Il était de ces hommes en qui le génie tient la place de l'art.
Élevé pour la finance, sans avoir jamais eu la moindre teinture de
mathématiques, il n'avait pour tout instrument qu'un méchant compas de
fer, et ce fut avec aussi peu d'instruction et de secours que, conduit
seulement par un instinct naturel, il osa former le vaste projet d'unir
l'Océan à la Méditerranée.»
Il oubliait deux choses, M. d'Aguesseau, dans son appréciation
du créateur du canal du Languedoc, deux choses essentielles qui
avaient été les grandes qualités de Riquet: ce sont la volonté et la
persévérance.
Les plus beaux dons de l'esprit ne servent à rien, ou s'annihilent si
on n'y joint pas la volonté qui exécute ce qu'a conçu l'esprit, et la
persévérance qui aide à surmonter tous les obstacles.
Avec elles seules, on arrive à son but, quelqu'il soit dans la vie,
et le secret, pour réussir, c'est de vouloir fortement et avec
persévérance.
Un poète du temps, M. de Cassan, fit à Riquet une épitaphe qui se
terminait ainsi. Comparant Riquet à Moïse il disait:
«L'un mourut près d'entrer dans la terre promise, l'autre est mort sur
le point d'entrer dans son canal.»
Jean-Mathias de Bonrepos tint la parole qu'il avait donnée à son père
mourant.
[Illustration: ÉRECTION DE LA STATUE DE RIQUET A BÉZIERS.]
Six mois après, le canal était achevé.
Son frère cadet, Pierre-Paul, l'aida dans ces derniers travaux.
Riquet laissait deux millions de dettes; ses enfants durent aliéner
sept douzièmes de la propriété que le génie de leur père avait créée,
mais le succès de l'entreprise fut si grand qu'en 1724, ils l'avaient
rachetée complètement.
La dépense pour les travaux du canal, dont les trois quarts furent
payés par le roi et les États du Languedoc, et l'autre quart par
Riquet, montait à la somme de seize millions deux cent soixante
dix-neuf mille cinq cent huit livres, ce qui équivaudrait, à notre
époque, à trente-quatre millions.
Le 2 mai 1681, M. d'Aguesseau, M. de la Feuille, et le père Mourgues,
commissaire du roi, partis de Béziers, visitèrent, à sec, le canal
jusqu'à son embouchure dans la Garonne.
Ils le déclarèrent parfait, décidèrent que Riquet avait rempli tous ses
engagements, et donnèrent l'ordre d'y faire entrer l'eau.
Le 19 mai suivant eut lieu l'inauguration. Monseigneur d'Anglure,
archevêque de Toulouse, les évêques de la région prêtèrent leurs
concours à la pompe de la cérémonie. Des barques, en grand nombre,
chargées pour la foire de Beaucaire, attendaient l'ordre du départ.
Elles suivirent la galère où s'installèrent le gouverneur, M. de la
Feuille et les deux fils du créateur du canal. Alors aux acclamations
mille fois répétées de: gloire à Riquet, la flottille s'engagea dans le
canal qu'elle descendit en six jours jusqu'à Cette.
Partout sur la route l'affluence fût prodigieuse.
On ne se lassait pas d'admirer le spectacle qu'offrait une flottille
naviguant dans des lieux autrefois arides, où les habitants trouvaient
avec peine de l'eau pour leurs besoins journaliers.
Le canal mit en rapport les terres incultes qui l'entouraient, décupla
la valeur de celles déjà cultivées, porta vers les deux mers les
richesses de l'intérieur, et amena à l'intérieur les richesses de
l'étranger.
A peine le canal fut-il ouvert, que les marais, les bois et les autres
terrains vacants, qui couvraient une partie du Languedoc, furent
remplacés par les cultures les plus productives qui, en enrichissant
cette province, amenèrent l'abondance dans les contrées voisines.
Dans l'ordre des constructions utiles, le canal de Riquet doit être
considéré comme la merveille du siècle.
En 1684, la province du Languedoc voulut augmenter le nombre des
épanchoirs: le roi envoya Vauban pour visiter le canal; il y vint,
en 1686. Étonné de la grandeur de ce magnifique ouvrage, il s'écria
dans un moment d'enthousiasme «qu'il eût préféré la gloire d'en être
l'auteur, à tout ce qu'il avait.»
Ces paroles, toutes honorables qu'elles sont pour Riquet, le sont
moins que la décision de Vauban qui ne voulut indiquer pour le
perfectionnement du canal, que la continuation d'ouvrages semblables à
ceux que Riquet lui-même avait fait exécuter.
Selon les calculs de Dupont de Nemours[12] en 1797, le canal avait
augmenté de vingt millions le revenu des propriétés territoriales de
cette partie de la France, et produit au trésor public en taxes et
impôts divers, en un siècle, au moins cinq cents millions.
Toute cette prospérité, la France la devait à un seul homme.
A un homme dont un de ses descendants, M. le comte de Caraman a dit
excellemment:
«Étranger aux sciences qui forment un ingénieur habile, Riquet n'avait
pour lui que l'enthousiasme né d'une grande idée, le sens droit qui en
découvre toute la partie, une âme forte qu'aucun obstacle ne pouvait
décourager et un dévouement sans bornes aux intérêts de son pays.»
Belles paroles qui résument admirablement le caractère du créateur du
canal du Languedoc. Oui, il fut dévoué à son pays, oui, il sacrifia
sans réserve sa fortune à la prospérité de ses concitoyens; et nous
devons honorer, comme un des grands hommes de notre patrie, Pierre-Paul
Riquet.