ignorance. On n'a pas à Londres des notions exactes sur l'Escaut,
sur la France; car au moment où nous parlons, 80 mille hommes se
réunissent dans le Nord, et il est fort heureux qu'ayant plusieurs
points pour employer leurs forces, ils choisissent celui où tout
succès est impossible.»
»Faites mettre cette note dans le _Moniteur_, si aucun événement
inattendu ne dément ces conjectures au moment où vous recevrez cette
lettre.
»NAPOLÉON.»
* * * * *
_Au ministre de la police._
«Schoenbrunn, 22 août 1809.
»Je reçois votre lettre du 16. Vous dites que Flessingue est bombardé
à vous faire craindre qu'il ne succombe. Vous avez tort d'avoir
cette crainte. Flessingue est imprenable tant qu'il y a du pain,
et il y en a pour six mois. Flessingue est imprenable, parce qu'il
faut exécuter un passage de fossé qui est rempli d'eau, et qu'enfin
on peut en coupant les digues inonder toute l'île. Si Flessingue
était pris avant six mois, il faudrait que les généraux, colonels
et officiers supérieurs qui commandent cette place fussent arrêtés
et mis en jugement. Je ne crois pas davantage que Rameskens soit
pris. Je ne connais pas ce fort; mais puisqu'il y a la ressource de
couper les digues, il ne doit pas être pris. Écrivez, dites partout
que Flessingue ne peut être pris, à moins de lâcheté de la part des
commandants; aussi je suis persuadé qu'il ne le sera pas, et que
les Anglais s'en iront sans l'avoir. Je n'ai donc aucune espèce de
crainte là-dessus. Les bombes ne sont rien, absolument rien; elles
écraseront quelques maisons; mais cela n'a jamais influé sur la
reddition d'une place.
»Cependant tandis que les Anglais perdent leur temps sur l'Escaut,
lord Wellesley est battu en Espagne, cerné, en déroute, il cherche
son salut dans une fuite précipitée au milieu des chaleurs. En
quittant Talavera, il a recommandé au duc de Bellune 5 mille Anglais
malades et blessés qu'il a été obligé d'y laisser. Le sang anglais
coule enfin! c'est le meilleur pronostic d'arriver enfin à la paix.
Sans doute, si les affaires d'Espagne eussent été mieux conduites,
pas un Anglais n'eût dû échapper, mais enfin ils ont été battus, 6
mille ont péri, 8 mille sont nos prisonniers. Commentez ces idées
dans des articles de journaux; démontrez l'extravagance des ministres
d'exposer 30 mille Anglais dans le coeur de l'Espagne devant 120
mille Français, les meilleures troupes du monde, en même temps
qu'ils en envoient 25 mille autres se casser le nez dans les marais
de la Hollande, où leurs efforts n'aboutissent qu'à exciter le
zèle des gardes nationales. Faites sentir l'ineptie de leurs plans
en disséminant ainsi leurs forces, et que les petits paquets ont
toujours été le cachet des sots.
»NAPOLÉON.»
* * * * *
_Au ministre de la guerre._
«Schoenbrunn, 22 août 1809.
»J'ai lu dans le _Moniteur_ votre rapport au Sénat.
»Vous avez sans doute reçu mes ordres pour faire mettre dans le
_Moniteur_ les dépêches officielles des généraux, en ayant seulement
le soin d'en ôter quelques lignes et ce qui pourrait faire connaître
le nombre de mes troupes. Dans des événements de cette nature le
public doit tout savoir.
»Vous aurez reçu le décret qui nomme le général sénateur Collaud
gouverneur d'Anvers; cela annulera le décret du roi de Hollande. Vous
aurez écrit au roi que j'ai nommé un maréchal, et que c'est à ce
maréchal à prendre toutes les mesures pour la défense de nos côtes.
Vous aurez ordonné au général Collaud de se rendre à Anvers et de
faire les dispositions pour défendre la ville et y tenir pendant
trois mois de tranchée ouverte. Tenez la main à ce que mon escadre
soit placée en aval et en amont du fleuve, comme je l'ai prescrit au
ministre de la marine. Le général Saint-Laurent doit rester à Anvers
pour commander l'artillerie, le ministre Dejean doit y rester pour
commander le génie, et le vice-amiral Missiessy pour commander la
marine et l'escadre. Indépendamment de 6 mille hommes que fournit
l'escadre, on laissera dans cette place 6 mille gardes nationales et
à peu près autant de troupes de ligne. Veillez à ce qu'on y fasse
arriver des vivres en grande quantité.
»Si jamais, ce que je ne puis croire, Flessingue venait à se rendre
avant le 1er février, vous ferez arrêter à leur arrivée en France les
généraux, colonels et officiers. Flessingue est imprenable, parce
qu'il y a un fossé plein d'eau à passer et à cause de l'inondation.
Il faut écrire par le télégraphe et par tous les signaux de rompre
les digues.
»Je suis fort aise que le général Rousseau ne se soit pas rendu à
Flessingue. C'était une mesure insensée; il y a assez de monde dans
cette place. Répétez par toutes les occasions au général Rousseau,
aux officiers d'artillerie à Breskens, dans l'île de Cadzand, de
ne pas se décourager, de tirer et de tirer toujours. Il faut que
les officiers d'artillerie aient un principe inverse au protocole
ordinaire; qu'au lieu d'économiser la poudre et les munitions ils les
prodiguent. Il y a des circonstances où c'est un devoir de ménager
ses ressources; c'est lorsqu'on est loin de la France; mais ici, il
faut les prodiguer. Veillez à ce que l'artillerie prenne des mesures
pour pourvoir abondamment ces points de poudres, de bombes, afin
qu'on puisse tirer continuellement. On ne voit jamais le mal de
l'ennemi, surtout sur mer. J'ai vu des combats de six heures dans
lesquels on croyait n'avoir rien fait après avoir tiré sans relâche,
et puis tout à coup on était tout étonné de voir des bâtiments couler
et d'autres s'éloigner à pleines voiles. Mais il faut pour que cela
soit efficace, que l'on ne manque point de munitions, et qu'on prenne
toutes les mesures nécessaires pour en faire arriver une grande
quantité. Qu'est-ce que c'est qu'une distance de 1,300 toises pour
nos mortiers qui portent de 15 à 1,800 toises? 30 bombes ne font
rien, mais la 31e touche. Recommandez surtout que les bombes soient
garnies de roches à feu. Si les bâtiments de l'ennemi sont à mille
toises du bord, ils ne sont pas hors de la portée de la batterie
impériale. Pourquoi ne les coule-t-on pas? Écrivez aux généraux et
aux officiers d'artillerie de l'île de Cadzand et de la côte de
prodiguer les munitions.
»Je suppose que ces détails que donne le général Rousseau que la
garnison combat hors de Flessingue, que la première bombe vient
d'être lancée, etc., vous les mettez dans le _Moniteur_. Il faut
faire imprimer toutes les dépêches que vous m'envoyez, en ayant le
soin d'en retrancher quelques lignes et de changer quelques chiffres.
»Quant au tir des boulets, le tir de l'ennemi va loin, parce que les
marins, lorsqu'ils sont hors de portée, tirent ordinairement à toute
volée, et que le tir de l'artillerie de marine a plus de degrés que
le tir des pièces de terre.
»Ordonnez que la place d'Izendick soit armée, approvisionnée
et mise en état de siége. Envoyez-y un officier commandant, un
officier du génie, un officier d'artillerie, un commissaire des
guerres et un garde-magasin. Faites-y mettre une grande quantité
d'approvisionnements.
»NAPOLÉON.»
* * * * *
_Au ministre de la guerre._
«Schoenbrunn, 22 août 1809.
»Je reçois votre lettre du...
»Je vois dans la copie de celle que vous avez écrite au prince de
Ponte-Corvo que vous lui dites qu'il faut hasarder une bataille pour
sauver Anvers. Je crains que vous ayez mal saisi mon idée. J'ai dit
que, dans aucun cas, il ne fallait hasarder une bataille, si ce n'est
pour sauver Anvers, ou à moins qu'on ne fût quatre contre un, et dans
une bonne position couverte par des redoutes et par des batteries.
Voici ma pensée tout entière: il y a deux points distincts, Anvers et
l'île de Cadzand, tous deux fort importants, parce que si l'ennemi
s'en emparait..... nos villes de France..... et inquiéterait la rive
gauche.
»Je crois que le maréchal Moncey doit porter son quartier général
à Gand et avoir le commandement de l'île de Cadzand, de Terneuse,
jusqu'aux inondations de la tête de Flandre. Le prince de Ponte-Corvo
doit porter son quartier général à Anvers et avoir sous ses
ordres toute la partie de l'armée qui est actuellement à Lille et
Berg-op-Zoom; qu'il doit choisir de bonnes positions pour empêcher
l'ennemi de passer le canal de Berg-op-Zoom, n'engager d'affaires
qu'en nombre très-supérieur à lui et dans de bonnes positions, et
passer son temps à exercer et discipliner ses troupes. Si l'ennemi
n'a que 20 ou 25 mille hommes pour se porter sur Anvers, que le
prince de Ponte-Corvo puisse l'attendre dans une position avantageuse
et l'attaquer avec 50 mille hommes Français et Hollandais, et surtout
avec beaucoup d'artillerie, il peut le faire, mais en s'assurant la
retraite sur Anvers. Dans tous les cas il devrait se retirer sur
Anvers, considérer cette place comme un grand camp retranché, s'y
renfermer, en occuper les dehors et voir ce que font les Anglais.
Alors le mouvement de ceux-ci serait bien déterminé. Le maréchal
Moncey approcherait dans ce cas son quartier général de la tête de
Flandre pour être à portée d'Anvers; le duc de Valmy se porterait sur
Maëstricht pour harceler l'ennemi, et si l'ennemi faisait la folie
d'investir Anvers, le maréchal Moncey ferait passer en une nuit tout
ce qu'il aurait de disponible par la tête de Flandre sur Anvers;
le duc de Valmy et les Hollandais qui sont dans Breda harcèleraient
l'ennemi, et le prince de Ponte-Corvo sortirait sur un des points
avec toutes ses forces et écraserait l'ennemi. Ainsi le prince de
Ponte-Corvo, cerné de la citadelle à l'autre extrémité de la place,
ne serait pas cerné par la tête de Flandre, et aurait par là sa
communication avec le maréchal Moncey. On ferait avancer la réserve,
et l'ennemi ne tarderait pas à lever le siége pour éviter une entière
destruction. Ainsi Anvers ne doit jamais être abandonné: le prince de
Ponte-Corvo doit en défendre les approches le plus possible et s'y
enfermer avec l'escadre, faire des redoutes et des forts tout autour
pour défendre le camp retranché, qui tiennent l'ennemi à 1,000 ou
1,200 toises de la place, l'empêchent de bombarder la ville; et se
mettre à même, après avoir réuni tous les moyens, les faisant passer
par la tête de Flandre, de tomber sur lui avec 70 ou 80 mille hommes,
et surtout avec une immense quantité d'artillerie de campagne.
»En résumé, le duc de Conegliano doit défendre l'île de Cadzand,
Terneuse, et étendre sa défense à la tête de Flandre. Les
communications doivent être assurées au travers de l'inondation
entre la tête de Flandre, Gand et Bruxelles. Le duc de Conegliano
doit avoir le double but d'empêcher l'île de Cadzand d'être prise,
de défendre la rive gauche et d'empêcher l'ennemi de cerner la tête
de Flandre, par laquelle il doit se mettre en communication avec
le prince de Ponte-Corvo. Le but du prince de Ponte-Corvo doit
être d'empêcher l'ennemi de passer le canal de Berg-op-Zoom, de se
placer autour d'Anvers comme dans un camp retranché, de protéger sa
communication avec la tête de Flandre et de profiter d'une occasion
favorable pour tomber sur l'ennemi.
»Si le duc d'Istrie se porte bien, envoyez-le à Lille remplacer le
duc de Conegliano.
»Nommez l'armée du prince de Ponte-Corvo, l'_armée d'Anvers_; l'armée
du duc de Conegliano, l'_armée de la tête de Flandre_, et la réserve
l'_armée de réserve_. Donnez au duc de Conegliano la division des
gardes nationales du sénateur d'Aboville, qui est à Bruxelles, et ce
qui défend l'île de Cadzand; cela fait 24 à 30 mille hommes. Vous
pouvez composer l'armée du prince de Ponte-Corvo de tout ce qui est
sous les armes d'Anvers à Berg-op-Zoom et de la division des gardes
nationales qui est aujourd'hui dans Anvers.
»Vous pouvez donner au duc d'Istrie les trois divisions de réserve
des gardes nationales.
»Ainsi donc le prince de Ponte-Corvo, mon escadre, le sénateur
Collaud, ne doivent pas quitter Anvers. Vous devez faire connaître
le plan de défense au duc de Valmy, qui doit s'approcher pour porter
son quartier général à Maëstricht. Le duc de Conegliano doit porter
son quartier général à Gand, pour être à portée de l'île de Cadzand,
de Terneuse et de la tête de Flandre. Enfin le duc d'Istrie, s'il
est en santé, doit se charger de commander la réserve et d'organiser
les trois divisions de gardes nationales. Pour avoir de vrais succès
contre les Anglais, il faut de la patience et attendre tout du temps
qui ruinera et dégoûtera leur armée, laisser venir l'équinoxe qui ne
leur laissera de ressource que de s'en aller par capitulation. En
principe, des affaires de postes, mais pas d'affaires générales.
»_P. S._ Le duc de Conegliano et le duc de Valmy devraient se
communiquer tous les jours.
»NAPOLÉON.»
* * * * *
_Au ministre de la guerre._
«Schoenbrunn, 11 septembre 1809.
»Vous trouverez ci-joint un décret que je viens de prendre. Mon
intention est de ne pas laisser plus longtemps le commandement dans
les mains du prince de Ponte-Corvo, qui continue de correspondre
avec les intrigants de Paris et qui est un homme auquel je ne puis
me fier. Je vous envoie directement ce décret, pour que, si l'on
était aux mains au moment où vous le recevrez, vous en différiez
l'exécution. Si, comme je le pense, on ne se bat point et que le duc
d'Istrie soit en état de marcher, vous enverrez ce dernier prendre
le commandement de l'armée du Nord, et vous écrirez au prince de
Ponte-Corvo de se rendre à Paris. Vous lui ferez connaître que j'ai
été mécontent de son ordre du jour; qu'il n'est pas vrai qu'il n'ait
que 15 mille hommes, lorsqu'avec les corps des ducs de Conegliano
et d'Istrie j'ai sur l'Escaut plus de 60 mille hommes; mais que
n'eût-il que 15 mille hommes, son devoir était de ne pas le laisser
soupçonner à l'ennemi; que c'est la première fois qu'on voit un
général trahir le secret de sa position par un excès de vanité; qu'il
a donné en même temps des éloges à mes gardes nationales, qui savent
bien elles-mêmes qu'elles n'ont eu occasion de rien faire. Vous lui
témoignerez ensuite mon mécontentement de ses correspondances de
Paris, et vous insisterez pour qu'il cesse de recevoir les mauvais
bulletins des misérables qu'il encourage par cette conduite. Le
troisième point sur lequel vous lui notifierez mes intentions est
qu'il se rende à l'armée ou aux eaux.
»NAPOLÉON.»
* * * * *
_Au ministre de la police._
«Schoenbrunn, 13 septembre 1809.
»Je reçois votre lettre du 7. Vous me mandez que vous avez 12 mille
habits de gardes nationales de faits. Je pense qu'il ne faut pas les
donner à la garde nationale de Paris. Il faut se contenter d'habiller
le bataillon de volontaires qu'on formera, c'est-à-dire ceux qui
veulent aller se battre. Pour les autres, je désire ne pas donner
suite à cette garde nationale de Paris, et qu'aussitôt que possible
elle ne fasse plus de service.
»Quant aux gardes nationales du Nord, il faut qu'elles restent
jusqu'à nouvel ordre. Ces habits seront mieux employés à habiller
ceux qui sont sur les frontières que les badauds qui ne veulent point
sortir de Paris.
»NAPOLÉON.»
* * * * *
_Au ministre de la police._
«Schoenbrunn, 14 septembre 1809.
»Je ne vous ai pas autorisé à lever des gardes nationales dans toute
la France. Cependant on inquiète la population en Piémont, où vous
avez écrit qu'il fallait tout préparer pour la levée. Je ne veux
pas qu'on lève des gardes nationales dans ce pays. C'est une grande
question que celle de savoir s'il faut une garde nationale en Piémont.
»NAPOLÉON.»
* * * * *
_Au ministre de la marine._
«Schoenbrunn, 20 septembre 1809.
»Je suppose que vous aurez réarmé mes vaisseaux d'Anvers, et que
vous aurez donné l'ordre à l'amiral Missiessy de se porter avec ma
flottille pour balayer l'Escaut, en lui donnant carte blanche, et que
ma flottille de Boulogne file sur Anvers. À présent que les Anglais
m'ont fait connaître le secret de l'Escaut, sur lequel vous aviez
tant de doutes, mon intention est de transporter ma flottille à
Anvers.
»NAPOLÉON.»
* * * * *
_Au ministre de la police._
«Schoenbrunn, 24 septembre 1809.
»Je reçois votre lettre dans laquelle vous me rendez compte que
partout les cadres des gardes nationales sont formés. Je le sais et
n'en suis pas content. Une pareille mesure ne peut être prise sans
mon ordre. On a été trop vite. Tout ce qu'on a fait n'avancera pas
d'une heure la mise en armes de ces gardes nationales, si on en avait
besoin. Cela produit de la fermentation, tandis qu'il aurait suffi de
mettre en mouvement les gardes nationales des divisions militaires
que j'avais désignées. Mettez tous vos soins à tranquilliser les
citoyens et à ce que le peuple ne soit pas dérangé de ses occupations
habituelles.
»Je n'ai jamais voulu avoir plus de 30 mille gardes nationales: on en
a levé davantage, on a eu tort. J'ai pris, pour régler tout cela, un
décret que le ministre de la guerre doit avoir reçu. Tout ce qu'on
peut tirer de Paris volontairement, il faut l'enrégimenter; mais il
faut y laisser tout ce qui veut rester, et éteindre insensiblement
ce mouvement qu'on avait produit; faire monter la garde par la
gendarmerie, la garde de Paris et les dépôts, et faire tomber toute
cette agitation en laissant chacun tranquille. Il ne fallait faire
que ce qui était nécessaire pour me donner des soldats sur la côte;
on m'en a donné, je ne puis qu'en être satisfait; mais on a fait dans
beaucoup d'endroits un mouvement qui était inutile.
»NAPOLÉON.»
* * * * *
_Au ministre de la police._
«Schoenbrunn, 26 septembre 1809.
»Je vois dans le bulletin de police qu'on a appelé les gardes
nationales du Jura, de la Côte-d'Or, du Doubs, de Lot-et-Garonne;
je ne veux rien de tout cela. J'ai désigné les divisions militaires
qui doivent en fournir. Je ne sais quelle rage on a de mettre en
mouvement toute la France. À quoi tout cela aboutit-il? Il y a une
excessive légèreté dans ces mesures. Tout cela fait beaucoup de mal,
et dans cette disposition d'esprit le moindre événement amènerait
une crise. Tandis que l'ennemi menaçait Anvers, le mouvement des
gardes nationales des départements du Nord était simple. On ne
s'amuse point à discuter lorsqu'on a l'ennemi devant soi et qu'on a à
défendre ses propriétés; mais les départements placés à l'autre bout
de la France n'ont pas le même intérêt. Ces mesures sont illégales.
Contremandez-les et calmez la France. De toutes les questions
politiques la moins importante n'est pas celle de savoir s'il faut
former une garde nationale en Piémont, et on se prépare à l'organiser
sans prendre aucune précaution pour nommer les officiers. Tout cela
est de la folie. La France ne sait ce qu'on lui demande. Quand vous
demandez les gardes nationales de Flandre pour accourir sur les
frontières par lesquelles l'ennemi veut entamer la Flandre, c'est une
raison; mais quand on lève le Languedoc, le Piémont, la Bourgogne,
on croit à une agitation qui n'existe pas: on ne remplit pas mes
intentions, et cela me coûte des dépenses inutiles.
»NAPOLÉON.»
* * * * *
_Au ministre de la police._
«Schoenbrunn, 26 septembre 1809.
»Une espèce de vertige tourne les têtes en France. Tous les rapports
que je reçois m'annoncent qu'on lève des gardes nationales en
Piémont, en Languedoc, en Provence, en Dauphiné. Que diable veut-on
faire de tout cela, lorsqu'il n'y a pas d'urgence et que cela ne
pouvait se faire sans mon ordre? Comme ces mesures passent le pouvoir
ministériel, elles devraient être autorisées par le conseil des
ministres. On ne m'a pas envoyé ce procès-verbal. À la nouvelle de
l'expédition j'ai levé 30 mille gardes nationales, et j'ai désigné
les divisions militaires qui devaient les fournir. Si j'en avais
voulu partout, je l'aurais dit. Que l'Artois, la Flandre, le Brabant,
la Lorraine fournissent des gardes nationales pour marcher au secours
d'Anvers, parce que l'ennemi a débarqué dans l'Escaut, on comprend
ce que cela veut dire. Mais lorsqu'on met en armes le Piémont, le
Languedoc, la Franche-Comté, le Dauphiné, ces provinces ne savent
ce qu'on leur demande. Le peuple prend de l'incertitude sur le
gouvernement, les esprits travaillent, le moindre incident peut faire
naître une crise. Je ne sais pas si l'on doit blâmer les individus
du département des Forêts qui ont demandé à voir le décret qui leur
ordonnait de marcher; il me semble qu'ils avaient ce droit. Aussi me
suis-je empressé d'envoyer le décret pour les départements que je
voulais lever. Je ne sais ce qui s'est fait aux environs de Paris.
Il était plus simple d'organiser 3 mille hommes pour remplacer la
garde municipale, et de former deux ou trois bataillons pour aller
à l'ennemi. Voilà ce qu'il y avait à faire. Au moment où je demande
la conscription, occupez-vous de tout calmer. Parlez de cela au
conseil des ministres. Comme je ne suis pas sur les lieux, je ne
puis savoir ce qu'on a fait. Prenez des mesures pour que les préfets
remettent les choses dans l'état où elles étaient. Je ne veux pas
de gardes nationales autres que celles que j'ai requises, et en y
pensant mûrement je ne veux pas d'officiers que je ne connais pas.
Les préfets, qui sont des têtes médiocres pour la plupart, sont loin
d'avoir ma confiance pour un sujet de cette importance. Si les gardes
nationales étaient comme les gardes d'honneur, on aurait donné au
peuple des chefs qui auraient un intérêt différent du sien, surtout
s'il y avait une crise.
»NAPOLÉON.»
* * * * *
_Au ministre de la police._
«Schoenbrunn, le 14 octobre 1809.
»Je reçois votre lettre du 7. Je n'ai jamais pu approuver l'appel
d'autres gardes nationales que de celles intéressées à repousser
l'agression des Anglais à Anvers. La Provence, le Languedoc, le
Dauphiné et les autres départements éloignés ne pouvaient avoir aucun
rapport avec l'expédition anglaise. Je n'ai pu que blâmer qu'on ait
levé les gardes nationales de ces provinces. D'ailleurs, depuis le 9
septembre, que l'expédition a cessé d'être effective, je n'ai cessé
de demander qu'on les contremandât, et c'est depuis ce moment que
je vois la France le plus en mouvement pour les gardes nationales.
Dans un grand État, dans une grande administration, il faut du zèle
et de l'activité, mais il faut aussi de la mesure et de l'aplomb. La
garde nationale de Paris est dans le même cas; on ne l'a point levée
quand les Anglais ont attaqué notre territoire, on l'a levée depuis
qu'ils sont partis. Quand je continue à vous écrire sur tout cela, ce
n'est pas que je méconnaisse votre zèle; mais je ne puis voir qu'avec
peine qu'on remue la France quand je me suis borné à lever 30 mille
gardes nationales, en y comprenant la division du général Rampon.
En dernière analyse, le résultat a été de prouver le bon esprit qui
anime les Français, ce dont je n'ai jamais douté.
»NAPOLÉON.»
FIN DES DOCUMENTS.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES
DANS LE TOME ONZIÈME.
LIVRE TRENTE-SIXIÈME.
TALAVERA ET WALCHEREN.