(Suite).
Chaudet avait déjà la satisfaction d'être l'unique artiste devant qui
daignât poser le vainqueur d'Austerlitz.
Il eut cet autre succès d'amour-propre de faire prévaloir--quant à
l'habillement de la statue projetée--son opinion personnelle sur celle
de l'Empereur, renforcée de l'avis du baron Denon.
Il fut donc arrêté que le héros serait représenté pourpre à l'épaule,
lauriers au front, s'appuyant de la dextre sur une épée au fourreau, et
tenant, de la senestre, le globe symbolique surmonté d'une figurine
antique de la Victoire.
Et voilà comment ce fut un véritable empereur romain qui couronna cette
colonne de la Grande-Armée, si essentiellement française!
Ajoutons que, pour comble, on s'était imaginé de planter un paratonnerre
dans une des feuilles du laurier classique. L'appareil était disposé de
telle sorte que le fluide suivît le _listel_, qui contourne le fût avec
les bas-reliefs, pour aller se perdre dans un bassin creusé sous le
seuil de la porte.
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Quant à la valeur artistique de la statue, les appréciations ont varié.
Dans le principe, les commissaires chargés de l'examiner en ont fait,
dans leur rapport officiel, les plus pompeux éloges. Elle valut même à
son auteur un des grands prix décennaux.--Mais depuis, l'école de David
a beaucoup perdu de sa faveur première. Et, tout en reconnaissant dans
cette oeuvre--une fois admis le parti-pris du travestissement--une
grande entente du style et de la composition, on s'est généralement
accordé à en trouver l'exécution froide, sèche et grêle. Il paraît
certain, en effet, qu'elle répondait assez mal aux exigences
monumentales de la colonne. En tous cas, il est facile de démêler, à
travers les enthousiasmes et les critiques dont ce bronze a été l'objet,
qu'il n'eût pas ajouté grand'chose à la gloire de son auteur.
[Illustration: LA RECONSTRUCTION DE LA COLONNE VENDOME.--Restauration
artistique des pièces de la colonne dans l'usine de M. Thiébault.]