IV

Dans le ciel du couchant encombré de nuages le soleil faisait saigner

sur le paysage sa blessure ouverte.

Devant la porte de sa chaumière, la mère Laurent le regardait comme les

paysans regardent la nature, d’un œil qui observe, comprend et se

souvient. Elle tourna enfin vers Fanny sa figure de cire jaune

craquelée, qui sentait la pomme et le lait, et elle dit d’une petite

voix fêlée:

--J’ai ouï dire à défunt mon père que le ciel était souvent de cette

couleur-là, l’année qu’on a coupé la tête au roi.

Fanny tenait à la main une assiette dans laquelle elle venait de porter

des os au chien enchaîné devant la porte, et les paroles de la mère

Laurent succédaient à d’autres qui n’étaient point parvenues jusqu’à son

entendement préoccupé. Elle fit un effort pour comprendre:

--Le roi?

--Oui, le roi qu’on a tué là-bas, à Paris, dans le temps...

Elle faisait un geste court de vieille femme dans la direction de la

ville d’iniquité. Et le siècle s’abolissait comme un jour sur ce paysage

immuable entouré jusqu’à l’horizon de champs monotones, de fermes et

d’herbages.

Fanny sentit comme jamais toute cette durée dont elle faisait partie et

cela fut une halte dans le tourbillon qui l’emportait furieusement par

des chemins inconnus, depuis le jour si proche encore où elle avait

révélé sa maternité à son fils. Après tout, c’était peut-être la seule

chose réelle, durable, cette continuité de la race. Et elle, elle, dans

la douleur et dans la honte, elle la continuait, cette lignée...

La durée, durer... si c’était là le vrai sens de la vie? Elle ne fut

qu’effleurée par cette révélation qui, pourtant, s’incrustait là, dans

un coin de sa raison pour s’y développer obscurément, sans qu’elle le

sût. Car, déjà, son tourment la reprenait toute.

Félix. L’enfer de cet instant auquel elle ne pourrait jamais penser sans

honte était passé. Mais ceci restait: quand elle criait: «Je suis ta

mère!» Il était parti sans un mot, sans un regard de pitié, sinon

d’affection... Et toujours, comme une brûlure, revenait la certitude que

l’abandon l’avait fait ainsi.

Et elle n’osait plus lui parler. Huit jours d’hésitation passés, il ne

lui en restait plus qu’un pour obtenir cet avis qu’elle devait donner à

Silas le lendemain. Car, dans son désarroi, cela seul subsistait: elle

_devait_ une réponse à Silas. Et ce couchant, plein de sang céleste,

était celui du samedi.

Soudain éperdue, elle chercha des yeux le gars, et l’aperçut, tout au

fond de la cour, sous la charretterie, occupé à quelque besogne. Allons,

c’était le moment; il n’y avait plus à différer. Après un adieu à la

vieille fermière, elle prit le sentier qui traversait la cour.

Félix la vit venir. Elle eut l’impression qu’il n’était pas étonné,

qu’il l’attendait peut-être, qu’il n’avait cessé de l’attendre depuis le

jour où il _savait_.

Elle se retourna. Du seuil de la maison, Berthe les regardait, oisive,

et singulièrement absorbée dans cette contemplation.

Fanny soupira. Toujours autour d’elle des conspirations, des silences

soudains, des présences furtives. Elle se détourna et parla très vite:

--Félix, je vous cherchais; je voulais vous parler.

Il attendit un instant et dit, très naturellement:

--Pourquoi que tu ne me dis pas tu, puisque t’es ma mère?

Elle recula avec un faible cri, comme s’il l’avait frappée. Alors, il

reprit:

--Ben oui, y’a pu rien de caché, à c’t’heure, alors?

Fanny bégaya:

--Ça ne se peut pas, c’est, c’est pas possible.

Il avança près de la figure de sa mère sa mauvaise figure pâle sous le

tan.

--Pourquoi, qu’ ça s’ peut pas? Faut une raison dans tout. T’es-t-il ma

mère, oui ou bien non?

Elle baissa la tête pour affirmer.

--Alors, faut.

Désespérément, elle dit:

--Mais tout le monde le saura.

Il se mit à rire sans bruit.

--Ça changera pas guère c’ qu’on croit.

Alors, abandonnée par son courage, elle se laissa tomber sur la brouette

qu’il réparait et cacha sa figure dans ses mains. Au bout d’un instant

que le silence avait rempli, elle dit d’une voix étouffée:

--Si tu m’aimais, seulement!

Mais ce fut le marteau qu’il avait repris qui lui répondit.

Pourtant, la brutalité de la diversion la remit. Elle le regarda

travailler un instant. Dans sa petite taille presque chétive, il ne

manquait pas d’une certaine grâce découplée. Et il savait le secret des

mouvements nécessaires. Elle se leva, incertaine. Il s’arrêta, sentant

peut-être sourdement que des paroles décisives allaient venir.

--Quoi? fit-il.

Elle se serrait les mains convulsivement, comme toujours lorsqu’elle

hésitait. Enfin, elle se décida.

--Félix... Il faut que je te dise une chose.

Il sentit le moment venu et parut en arrêt.

--Qui qu’ c’est?

Elle se recueillit. C’était difficile. Quelle femme avait eu tant de

choses difficiles à annoncer!

--Félix, je vais peut-être me marier.

Malgré sa crainte, malgré sa honte, malgré tout, elle levait les yeux.

Et elle vit que l’étonnement vrai, celui qui ne ment pas, ne luisait

point dans ceux du garçon. Mais, déjà, il donnait le change.

--Comment, cria-t-il, te marier?

--Oui. C’est décidé. J’ voulais te le dire.

Il lâcha son marteau et se croisa les bras.

--Par exemple! Et avec qui?

Il prenait un ton outragé. Elle dit:

--Avec M. Froment, l’instituteur, notre voisin.

Allons, c’était fait. Elle se sentit soulagée. Mais elle vit qu’elle ne

lui apprenait rien. D’avance, il savait tout, et sa réponse

précautionneuse arriva trop vite:

--Avec M. Froment! Ah! c’est ça! Je me disais «aussite»!

S’étant ainsi donné du temps, il continua:

--Vous avez arrangé tout ensemble. Et vous croyez que ça va se passer

comme ça. Et moi, alors?

--Comment, toi?

--Oui, c’est moi qui ai des droits sur toi, c’est pas lui! Qui qu’il

vient faire ici, lui? On n’en a pas besoin. Qu’il s’en aille faire son

école!

Sa haine dépassait sa prudence et l’emportait. Atterrée, Fanny dit:

--Mais, nous étions d’accord avant que tu viennes, mon pauvre gars.

Il ne se contint plus devant ce rappel du temps où il n’était rien qu’un

inconnu dans le passé. Rageusement il rétorqua:

--Tu n’as pas le droit de t’ marier à c’t’heure que tu m’as retrouvé!

cria-t-il. T’as pas le droit!

Suffoquée, elle ne trouva rien à répondre. Le jour tombait. Un vent

froid s’éleva. Le ciel ne portait plus que les nuages rejoints. Toutes

les paroles dites restaient là, autour d’eux, vivantes, bruissantes à

leurs oreilles. Elle balbutia enfin:

--Mais pourquoi, pourquoi qu’ tu dis ça? J’ te ferais pas d’ tort.

Tout de suite, il se retrouva.

--Si, tu me ferais du tort! T’as pas qu’ faire de te marier. Tu l’as été

assez.

Il se mit à rire d’un rire ignoble qu’elle ne put supporter.

--Tais-toi, supplia-t-elle. Tais-toi. Tu ne sais pas le mal...

Ils reprirent haleine, car les terribles joutes de paroles et de

sentiments ont, comme les autres, des moments de trêve où on soigne les

blessés, où l’on emporte les morts. Et Fanny dit encore:

--Si tu savais tout ce que j’ai souffert dans ma vie, tu ne serais pas

si dur.

Elle hésita et, à voix presque basse:

--Je l’aime, Félix. Et lui aussi.

Elle ne le distinguait plus, car il était rentré dans la charretterie

complètement obscure, maintenant. Mais sa voix lui parvint, dure,

inflexible, certaine comme le destin. Et cette voix disait:

--Tu n’avais qu’à ne pas fauter.

* * * * *

L’ouragan se déchaîna avec le jour. Fanny, au sortir d’un sommeil de dix

heures, se réveillait comme foudroyée de fatigue. Elle ouvrit les yeux,

surprise de ne pas retrouver son fardeau de soucis. Non. Ils avaient

glissé d’elle, ou, peut-être qu’elle gisait, assommée, sous leur poids,

mais elle ne les sentait plus. La température de la souffrance suit des

courbes comme celle de la fièvre. Et la guérison ou la mort ont la même

apparence, parfois. Et puis, quand la nature s’en mêle et qu’elle jette

sa folie au travers de la nôtre, il faut bien s’arrêter pour la laisser

passer.

Le grand courant d’air du fleuve drainait à lui tous les vents du

plateau qui menaient infernalement la ronde. Par moments, une averse

impétueuse faisait mollir la tempête. Le ciel se déchirait et

s’effilochait en nuages incessants accourus du fond de l’horizon marin

vers la bouche immense de l’estuaire. Fanny songea d’abord:

«Il faut que j’aille au-devant de Silas. Je ne veux pas qu’il le voie

avant.»

De tous ses tourments, il semblait ne lui rester plus que ce petit souci

lancinant.

Quand dix heures sonnèrent, elle sortit.

Dès la porte, une rafale la prit et la colla contre le mur, suffoquée,

sans voix et sans souffle. Il y avait de tout dans le vent: de la pluie,

de la grêle et des feuilles chassées horizontalement.

Enfin, une accalmie lui permit de gagner le chemin détrempé. La tête et

les épaules sous un châle de laine noire, elle marchait, pliée en deux,

les oreilles bourdonnantes, ahurie, abrutie, vidée de réflexion et même

d’idées.

Quand elle aperçut Silas, il débouchait du tournant de la route de

Villebonne et le vent d’ouest le poussait vers elle tout en la retenant.

Elle songea confusément: «C’est notre vie». Mais il la rejoignait et lui

cria ses salutations.

Une cavée s’ouvrait à leur droite. Elle prit son bras et l’y entraîna.

Il y régnait un certain calme. Les talus, barrant le vent par leur digue

d’arbres et de terre, les accueillirent comme une église. Le grand

homme ôta son chapeau.

--Tonnerre de Brest! cria-t-il, quel temps? J’ai eu chaud à monter de la

gare.

Tout son corps vigoureux tremblait encore de l’effort donné. Il se mit à

rire.

--Eh bien, Fanny?

Puis, il la regarda mieux et n’ajouta rien. Alors, elle dit:

--Je suis venue parce que...

--Oui, fit-il, comme elle s’arrêtait.

--Parce que je voulais vous voir avant...

Elle s’arrêta encore.

--Pourquoi? demanda-t-il impatiemment.

Elle baissa la tête.

--Il ne veut pas.

Le grand homme parut de pierre. Puis il dit:

--Il ne _veut_ pas?

Sans parler, elle fit «non».

La phrase était tombée entre eux comme un bolide: fulgurante,

incompréhensible, inattendue. Enfin, M. Froment prononça:

--Qu’est-ce que ça signifie? Est-il fou? A-t-il des droits sur vous? Que

lui avez-vous dit depuis quinze jours?

Elle répliqua seulement:

--Il sait.

--Ah! fit-il.

Elle le vit qui semblait vaincre une difficulté à parler. Enfin, il

ajouta:

--Et alors?

--Alors, il m’a dit qu’il était le premier, le seul, à avoir des droits

sur moi.

Elle ajouta encore:

--Il a eu une vie malheureuse, à cause de moi.

--Ce n’est pas vrai, ce n’est pas vrai! cria-t-il passionnément. Il y en

a de plus malheureux. Et maintenant vous l’accueillez, vous ne lui

refusez pas une place: il doit vous laisser vivre.

--Non, dit-elle, il ne veut pas.

Alors, fâché, il cria plus fort dans le vent qui s’élevait de nouveau:

--C’est que vous n’avez pas su lui dire. Vous acceptez tout!

Elle baissa la tête.

--Comment a-t-il osé! dit-il encore. Vous ne lui avez pas dit que

c’était décidé?

--Si. Il est buté. Il ne veut rien écouter. Il me reproche...

Il pencha sa tête vers elle.

--Quoi donc?

--Ma faute.

Cette fois, il recula, les mains inertes.

--C’est un monstre! siffla-t-il entre ses dents serrées.

--C’est tout de même mon garçon, dit-elle simplement.

Il la regarda. Quelque chose comme de l’adoration parut dans ses yeux,

et il lui prit violemment les mains.

--Fanny, vous avez besoin qu’on vous protège contre vous-même. Sans

quoi, vous serez toujours esclave et martyre. Votre fils ne veut pas que

vous vous mariiez, dites-vous? Légalement, il ne peut s’y opposer. Il ne

peut que faire du scandale.

Elle répéta obstinément:

--Il ne veut pas.

Sans écouter, il continua:

--Voulez-vous passer outre? Retournez à Beuzeboc. Laissez-moi faire nos

publications. Vous êtes libre.

--Il ne veut pas.

Il s’exaspérait:

--Est-ce le scandale qui vous fait peur?

Elle frissonna:

--C’est pas possible.

Il sembla recueillir sa patience de maître qui se prépare à convaincre

un élève obstiné:

--Voyons, raisonnez. Tout être s’appartient. Personne ne peut vous

empêcher de suivre votre route. Faites votre devoir vis-à-vis de votre

fils, un partage, ce que vous trouverez juste, et ne vous sacrifiez pas

davantage.

Elle secoua la tête.

--Vous ne comprenez pas. Ce serait trop facile. Non, j’ai bien vu qu’il

ne veut pas et qu’il saura m’empêcher d’être autre chose que sa mère.

--Il vous aime, alors?

--Ce n’est pas ça, fit-elle humblement, non, ce n’est pas ça, mais il ne

veut pas que je lui fasse tort.

Déjà, acceptant l’objection, il courait, en homme, aux réalisations.

--Mettons que vous ayez raison. Il ne reste qu’un moyen. Laissons tout.

Il m’est revenu quelques milliers de francs de mon père. J’ai un cousin

du côté de Lyon qui me donnerait une situation dans sa fabrique; j’avais

déjà pensé abandonner l’enseignement lors d’un événement de ma vie...

Partons ensemble librement.

Elle joignit les mains d’horreur, mais il les prit, les serra, essayant

de dompter cette pauvre volonté défaillante de toute sa dure volonté

d’homme fort.

--Fanny, venez, soyez à moi, je vous attends, je veux vous délivrer.

Vous voyez bien que vous n’aurez de bonheur qu’en moi. Votre sœur, votre

fils ne vous font que du mal. Laissez-moi vous rendre heureuse.

Ses mains fiévreuses pétrissaient les mains glacées et ses lèvres

cherchaient les lèvres pâles. Fanny ferma les yeux un instant. Tout le

bonheur de sa vie tint en cette minute. Ce fut sa nuit de noce et le

matin plus délicieux qui la suit, et toute la douceur et toute la folie

de l’amour concentré pour elle, ici, sans son amertume et ses

désillusions. Mais elle rouvrit les yeux.

L’accalmie cessait. Les branches pliées fouettaient l’air. Au sommet des

hêtres, des corbeaux dérangés se fâchaient bruyamment. Et le vent, ayant

sauté, entrait à présent dans la cavée.

Ce fut comme si Fanny retrouvait son sang-froid, sa raison et tout ce

que l’amour emporte. D’ailleurs, il fallait lutter. Déjà, la respiration

coupée, ils durent se séparer. Et tout débat, tout entretien même

devenait impossible. Il fallait crier dans le vent pour se comprendre.

L’ouragan reprenait, formidable.

Ils suivirent la cavée. Au tournant, le vent les bouscula à revers.

Alors, Silas s’approcha de l’oreille de Fanny:

--Je m’en vais, cria-t-il.

Il y avait autant de fureur dans sa voix que dans celle de la tempête.

N’était-ce pas par elle qu’il était vaincu? Sait-on la part des petites

choses dans les grandes et l’effet des grands mouvements de la nature

sur nos petites passions humaines?

Elle fit «oui» des yeux et de la bouche. La barrière était en vue, et,

en face, le sentier bordé de peupliers qui rejoignait la route du

plateau.

Elle lui tendit la main. Il se détourna sans la prendre. Et il cria:

--Vous regretterez ce jour-là!

Maintenant, elle se possédait tout à fait. La maison apparue la

reprenait: la maison, la terre, la race, tous les obscurs devoirs dont

on a l’habitude, et qui sont si lassants et si nécessaires.

Elle voulut le regarder encore, et se retourna avec peine contre une

bourrasque.

Il était déjà au milieu du sentier. Elle le suivait des yeux quand,

soudain, il y eut un long craquement et l’un des arbres du talus, choisi

comme victime, oscilla et s’abattit avec un affreux bruit d’écrasement à

la place même où Silas venait de passer un instant auparavant.

Elle cria follement dans le vent:

--Silas!

Il avait franchi le tournant sans se retourner. Sa pensée fut traversée

par un éclair:

--S’il revient, je le rejoins et je pars avec lui!

Mais la tempête intérieure qui emportait l’homme était plus forte que

l’ouragan et il ne reparut plus.

V

Fanny laissa tomber l’_Almanach des Bons Conseils_ qu’elle lisait. La

solitude ne lui pesait jamais et elle se trouvait souvent seule en ce

début de printemps.

Elle s’approcha de la fenêtre. Le beau dimanche d’avril traînait sa

longue après-midi désœuvrée. L’oncle Nathan, sitôt le déjeuner fini,

avait aiguillé Félix vers les champs, pour la visite dominicale de

rigueur. Quant à Berthe, elle venait de disparaître sans rien dire,

comme elle le faisait depuis quelque temps.

Après la tourmente qui, passant sur elle à l’automne, manquait de

l’arracher de son existence, comme le bel arbre s’arrachait du talus,

elle était restée anéantie au point de garder plusieurs jours le lit. Sa

sœur expliquait avec volubilité qu’elle avait eu les «sangs tournés» en

entendant l’arbre tomber sur ses talons. Elle restait prostrée, sans

fièvre et sans aucun symptôme précis, simplement atone, indifférente,

privée cette fois tout à fait du goût de vivre.

Avec le géant foudroyé, son amour lui semblait anéanti. Elle appuyait

sur la plaie sans la sentir. Elle répétait: «Il est parti. Je ne le

reverrai jamais ou je le reverrai comme on revoit un indifférent.» Et

cela ne lui faisait rien. Elle se disait même: «Est-ce que je l’aimais

vraiment? Qu’est-ce que c’est que l’amour? Est-ce ça?» C’était comme si,

en devenant femme trop vite et trop tôt, elle avait perdu la profonde

sensibilité féminine qui juge et pèse si sûrement les choses de la

passion.

Après la crise d’inappétence à la vie, elle entra dans la souffrance.

Les jours et les nuits se succédèrent, désolés ou cruels, tandis qu’elle

éprouvait cette sensation qu’on a d’être dans des mâchoires qui se

referment perpétuellement. Alors, Silas grandissait dans sa mémoire,

dans son cœur, pour mieux la déchirer de l’avoir perdu. Ses mots, se

gestes, ses moindres attitudes la torturaient en souvenir. Et elle sut

enfin qu’elle l’aimait comme jamais elle n’avait cru pouvoir aimer.

Elle vécut enfermée avec son rêve agonisant pendant les mois noirs de

l’hiver, sans rien apercevoir d’extérieur, comme si ses yeux eussent été

tournés en dedans sur le seul spectacle de sa douleur.

Et jamais elle ne se disait: «Je vais aller le rejoindre.» Cette chose

possible, cette chose suggérée et déjà un peu réalisée par les paroles

qui l’avaient représentée, ne se montrait pas à elle comme une

alternative. Peut-être était-ce parce qu’elle allait instinctivement

vers la souffrance à cause de l’orientation de sa vie, ou peut-être

simplement parce que les habitudes sont trop difficiles à quitter.

* * * * *

Son premier apaisement lui vint dans ces mois aigres où le printemps

s’éveille. L’isolement parfait de la vie à la Hêtraye, qui séparait les

deux sœurs de leur petit monde connu, environnait leur retraite d’une

sorte de paix silencieuse. Un soir de mars où elle rentrait à la maison

en tenant les premières primevères trouvées au revers d’un fossé, sous

un ciel qui allait du violet le plus profond à un safran

inexprimablement doux, elle crut sentir mystérieusement que sa

souffrance ne resterait pas inutile, qu’elle serait la rançon du

scandale étouffé. Son péché, cette fois, était enterré, et rien n’en

subsisterait qui pût éclabousser les autres. Le nom des Bernage ne

serait pas sali. Ce fut une certitude consolante qui descendit sur elle.

Les autres, cependant, continuaient leur vie parallèle et, sortant tout

à coup de son sommeil intérieur, elle se mit à les considérer.

Berthe ne la tourmentait plus. L’exil de Beuzeboc, si amèrement

consenti, ne semblait plus lui peser, même pendant la noire période

mortelle de la terre.

C’était comme si une mystérieuse influence travaillait son humeur et

toutes ses passions de colère et même de curiosité pour les changer. Et

Fanny se sentait plus éloignée d’elle que jamais et un peu effrayée de

ce changement inexplicable. Pourtant, elle avait tant soupiré après

l’affection fraternelle qu’un peu d’espoir lui en venait. «Elle a vu mon

malheur, elle a peut-être fini par avoir pitié.» Et cela préparait son

cœur dévasté à revivre.

Quant à Félix, il n’approchait guère de la maison que le dimanche. Et il

y apportait les mêmes airs, oscillant de la sournoiserie à l’assurance.

Et jamais il n’adressait la parole à sa mère depuis le jour de leur

terrible entretien de la charretterie. Fanny devait dépenser des trésors

de diplomatie, de vigilance, pour se garer ainsi des mots dangereux qui

eussent pu rappeler ceux de ce jour-là. Mais Berthe déployait une si

étourdissante volubilité que rien ne pouvait se remarquer et que le

drame de ce mutisme se poursuivait à leurs seuls yeux.

Ce jour-là, de la fenêtre, elle vit l’oncle Nathan qui passait dans le

fond de la cour, tout seul, l’air absorbé. Fanny s’étonna de ne pas voir

Félix avec lui, car le vieillard, dans ses visites, le recherchait

toujours. Il semblait à présent en faire grand cas.

--C’est un cultivateur, celui-là, et un bon, disait-il.

Ou encore:

--On ne peut pas lui en remontrer sur la chose de la culture. Sacré

Félix, va!

Tout l’hiver, il avait fait ainsi de longues promenades avec le gars, et

les sœurs, qui marchaient par derrière, les voyaient passer cette revue

des terres nues ou emblavées, pure jouissance dominicale des terriens.

On devinait que le vieillard étudiait profondément le jeune homme avec

une idée secrète.

Fanny goûta un moment la paix qui baignait la chambre aux rideaux

blancs, luisante et ordonnée, comme, autour d’elle, la maison, le

village, le plateau et la vallée. Elle éprouvait ainsi des moments de

quiétude où, la sourde douleur s’endormant, elle n’était plus sensible

qu’à un pauvre espoir de bonheur qui s’éveillait au fond d’elle.

Tout bas, elle répéta, comme elle le faisait quelquefois:

--Mon péché est enterré.

Et c’est alors qu’elle aperçut M. et Mme Gallier qui ouvraient la

barrière.

Elle ne les reconnut pas tout d’abord, tant ils étaient loin de sa

mémoire. Mais, dès qu’ils eurent fait quelques pas dans l’allée, elle

les retrouva tout entiers avec leurs vêtements noirs que rien n’égayait

jamais et leur allure un peu grotesque de citadins endimanchés dans un

chemin de campagne.

Elle posa sa main sur sa poitrine: c’était du malheur qui arrivait avec

eux. Pourtant, elle se remit, et sortit au-devant d’eux.

M. Gallier roulait sa courte taille à jambes torses, dans un tangage qui

n’appartenait qu’à lui. Son haut-de-forme et sa redingote semblaient

ainsi avancer en largeur. Mme Gallier trottinait menu, avec une espèce

d’obstination, et sans perdre un instant. Ils hélèrent Fanny.

--Hé! bonjour!

Elle jeta un coup d’œil autour de la cour. L’oncle Nathan avait disparu.

Quant à Berthe, elle ne revenait pas. Elle ne songea pas à Félix,

puisque la visite ne le concernait pas.

--Nous avons pensé venir vous surprendre, dit Mme Gallier, il faisait si

beau!

Sous les fines gouttelettes qui perlaient à sa peau rose d’ancienne

blonde, son honnête figure portait une expression un peu angoissée. Et

M. Gallier laissait tomber, plus encore que de coutume, sa grosse bouche

lippue dans sa face ravinée où la bonté traçait ses signes mystérieux.

Fanny leur proposa de s’asseoir dehors, mais, d’un geste pareil, ils

refusèrent.

Quand ils furent installés dans la «salle», assis avec le rond de

sparterie sous les pieds, près de la table couverte d’un châle-tapis, il

y eut un silence, car toutes les congratulations sans danger étaient

finies. Et puis, ayant regardé sa femme, ce fut M. Gallier qui commença:

--Mademoiselle Fanny, vous êtes seule et c’est préférable pour ce que

nous voulons vous dire. Aussi je ne tarderai pas davantage.

L’accent du Midi roulait par la chambre, dépaysé, se cognant au mur,

étrange et étranger dans cette maison faite à l’économe patois de Caux.

Fanny pâlit un peu plus. Elle songea: «Hélas!» Et sa bouche desséchée

dit avec peine:

--Qu’est-ce qu’il y a donc?

--Il y a, reprit aussitôt le vieil homme, que nous avons entendu courir

des bruits qui nous ont chagrinés. Et, quand je dis des bruits, cela

prend l’allure d’accusations.

Il regarda sa femme, comme si Fanny lui faisait peur, avec sa face

exsangue de condamnée attendant le supplice.

Mme Gallier se pencha, posa sa main sèche sur les siennes.

--Nous vous aimons trop pour ne pas venir vous le dire tout droit, afin

d’être à même de répondre à ceux qui parlent si mal.

Fanny se redressa péniblement. Elle ne pouvait que les laisser aller.

La bonne dame reprit:

--On dit une chose affreuse, dont jamais nous n’avons entendu parler

jusqu’ici et que nous ne pouvons pas croire, n’est-ce pas, monsieur

Gallier?

Un signe de tête lui permit de reprendre du champ.

--Et vous allez nous dire si nous avons eu raison de répondre que tout

ça n’était pas vrai. Mais vous nous expliquerez quelque chose...

Elle chercha une longue respiration:

--Voyons, mademoiselle Fanny, vous qui êtes l’aînée...

Dans la courte pause, Fanny eut le temps de penser:

--Tout est découvert. Elle va me parler de mon malheur.

Et elle faillit crier:

--Ne dites rien. C’est vrai. On ne vous a pas trompés. La vérité est

venue au jour.

Mais la bonne dame continuait:

--Pourquoi laissez-vous votre sœur se compromettre à ce point-là?

Fanny la regarda avec de tels yeux d’incompréhension qu’elle parut

découvrir tout à coup la vérité.

--Comment! Vous ne savez rien? Vous n’avez rien remarqué? C’est encore

plus étonnant que je ne pensais.

Fanny put trouver enfin sa voix:

--Ma sœur?

Mme Gallier expliqua avec une patience décidée à tout:

--Votre sœur se compromet très gravement en ce moment. Votre voyage à

Paris avait déjà attiré l’attention. Puis, à peine revenues, vous

quittez Beuzeboc une première fois, puis une deuxième, et vous

abandonnez votre belle maison de ville pour passer tout l’hiver ici. On

n’y comprend déjà rien. On cherche des raisons... Enfin, «vous êtes dans

la langue du monde».

Fanny l’écoutait avec le même étonnement. Et, comme l’autre se taisait,

elle plaça:

--Mais pourquoi?

--A cause des raisons qu’on a trouvées en cherchant. On ne se retire pas

à la campagne avec un jeune homme.

Fanny répéta:

--Avec un jeune homme?

Et elle pensa à Silas.

--Mais oui, ma petite, voyons: ce soldat, ce garçon qu’on a vu rôder

autour de chez vous et qui est reçu chez vous avant votre voyage et

après... et qui vous a suivies ici... Mettez-vous à la place du monde:

ça semble drôle, drôle...

Fanny cria:

--Félix?

Et elle se mit à rire, de son rire nerveux, incoercible.

M. Gallier se leva et se dirigea discrètement vers la fenêtre. Mme

Gallier tapotait le dos de Fanny d’un air effrayé. Enfin, celle-ci put

parler:

--Félix, vous dites: Félix?

Elle allait ajouter:

--C’est son neveu, à Berthe!

Mais elle se retint à temps.

--C’est un gamin qu’on a vu tout petit chez Marthe, notre vieille bonne,

dit-elle, vous vous rappelez?

La vieille dame hocha la tête et dit, plus brusquement que de coutume:

--Ça n’empêche pas que ça fasse jaser. Aussi, dans son intérêt, dites-le

à votre sœur. Vous n’avez qu’une chose à faire: revenez à Beuzeboc.

Fanny baissa la tête. Elle savait bien qu’on ne pouvait pas satisfaire

le monde en cela. D’ailleurs, la visiteuse, délestée de son message, se

levait aussi. Ils se trouvèrent tous deux devant la fenêtre. Les deux

formes noires faisaient sur la clarté de tristes taches de deuil qui

entraient de force dans les yeux de Fanny en les violentant. Elle les

suivit:

--Voulez-vous venir dehors, en attendant la collation?

Mme Gallier accepta. Ils sortirent. L’oncle Nathan arrivait à grandes

enjambées et, au fond de la cour, ils aperçurent Berthe et Félix qui

marchaient côte à côte.

Les Gallier partirent après la collation plantureuse dont les

«nourolles», les grands plats de crème aux œufs marbrés de brun et le

cidre bouché avaient fait les frais. On se leva pour mettre les

visiteurs en voiture, car Félix les reconduisait à la gare de

Villebonne.

Quand le couple se fut éloigné, au trot pesant de l’épais cheval pattu

que Félix trouvait moyen de galvaniser, l’oncle et les nièces

regardèrent autour d’eux avec cet air dérouté qui suit les départs.

Le ciel passait en magnificence le printemps posé sur la terre. La vaste

coupole de turquoise verdie répandait une sorte de fraîcheur lumineuse.

Machinalement, ils prirent le chemin qui mène aux cavées. Mais Fanny ne

sut jamais bien où ils étaient allés ce jour-là. Quand elle y pensait

plus tard, elle revoyait seulement les «fossés», comme des murs de

primevères, car la grâce de la saison, touchant la terre brune couverte

encore de feuilles mortes, et le soleil d’un jour, avaient suffi pour

faire jaillir du sol la moisson qui a la couleur et l’odeur du miel.

Et c’était Fanny, pourtant, qui entraînait les autres, avertis

confusément de ces paroles qu’on voyait sur elle comme un fardeau qui

allait bientôt lui échapper.

Depuis la conversation avec les visiteurs, elle se sentait possédée par

une force étrangère. Ce soupçon affreux qu’ils lui avaient apporté

grandissait en elle d’heure en heure. La chose monstrueuse, seulement

suggérée, cachait tout le reste, et il lui fallait la rejeter sous peine

d’étouffement. Pourtant de sa mémoire surgissaient vingt souvenirs qui

corroboraient _la chose_; et, par-dessus tout, le souvenir du jour

horrible qui lui démontrait clairement de quoi son fils était capable.

N’avait-il pas dit: «Une tante, c’est une femme tout de même»?

L’air fraîchissait. Dans le ciel, maintenant violet à l’est, une étoile

trembla.

--Où que tu nous mènes comme ça, ma Fanny? cria l’oncle.

Il marchait cependant à vingt pas devant les deux sœurs et il reprit sa

marche sans attendre de réponse. Elle s’arrêta. On ne distinguait plus

très bien les couleurs de la terre, comme si le ciel eût tout à la fois

rayonné et absorbé la lumière. C’était bien, elle aurait moins de honte

à parler.

--Berthe, commença-t-elle, il faut que je te dise quelque chose.

Berthe ne tourna pas la tête. Et elle dit, de cette voix contrainte avec

laquelle on essaye de jouer le naturel:

--Qu’est-ce que c’est?

--M. et Mme Gallier m’ont dit quelque chose.

--Quelque chose?

Le mot puéril qui couvrait des révélations que l’une savait, que l’autre

devinait si graves, sonna faux. Fanny dut faire un effort.

--Oui, on parle à Beuzeboc, on parle de nous.

Berthe, qui continuait à marcher, s’arrêta et, se tournant, croisa les

bras.

--Ah bon! dit-elle. Fallait bien croire que ça finirait par là.

Fanny n’osait plus la regarder. Elle n’éprouvait pas ce sentiment de

revanche naturel au persécuté qui peut enfin persécuter. Et elle ne

savait comment formuler la laide accusation. Elle balbutia:

--Oui, nous sommes «dans la langue du monde».

Berthe répéta:

--Nous?

Fanny n’osa pas dire: «Toi!» Elle affirma seulement:

--Oui. C’est à cause de Félix.

--Tout se découvre toujours, fit sentencieusement la cadette.

Elles avaient repris leur marche dans le sentier velouté d’ombre à

présent. Berthe reprit:

--Et qu’est-ce qu’on dit, au juste?

--C’est à cause de toi, dit enfin l’aînée.

--De moi?

--Oui, avec Félix.

Elle eut peur en entendant ses paroles et se hâta de les commenter.

«Mme Gallier m’a assuré qu’on parlait de lui depuis notre voyage à

Paris. Et puis notre séjour ici, ça a semblé drôle... Enfin, on dit que

c’est pour toi qu’il est là... Oui, on dit ça, crois-tu? Quelle horreur,

comme si c’était possible.»

Comme Berthe faisait un geste, elle se hâta d’ajouter:

--Oh! mais je ne le crois pas, moi, non! Une chose pareille, jamais!

Mais, enfin, tu vois, voilà où on en est. Tu comprends, les gens ne

savent pas ce qu’il nous est.

La voix de Berthe, changée à ne pas la reconnaître, proféra:

--Et alors?

--Alors, je ne sais pas... Mme Gallier dit: «Rentrez à Beuzeboc, ça fera

taire le monde.» Voyons, il faut que nous trouvions un moyen de laisser

Félix ici. Il s’y plaît...

Elle hésitait. Elle n’avait pas l’habitude de proposer; de choisir...

Et la voix nouvelle, la voix frémissante de Berthe s’éleva de l’ombre.

--Il y restera, Félix, il y restera tant qu’on voudra. Mais pas tout

seul.

Fanny répéta sans comprendre la menace:

--Comment, pas tout seul?

--Non, avec moi, avec moi. Nous nous parlons. On est d’accord.

Ecrasée, Fanny ne trouva que les mots qu’elle venait d’entendre:

--On est d’accord?

--Oui. Je croyais que tu l’aurais deviné à nous voir, mais tu ne vois

rien, toi.

Elle haletait un peu. Certainement, une grande émotion la secouait. Elle

reprit haleine.

--Ah! le monde parle? Eh bien, il a raison. Mais on va le faire taire.

On va lui apprendre que je me marie avec Félix. On allait vous le dire à

Pâques, mais, puisque c’est comme ça, autant tout de suite.

Elles rejoignirent l’oncle. Maintenant qu’on n’y voyait plus, le parfum

des primevères semblait plus fort, plus tangible. Il les enveloppa

jusqu’à la maison où elles se retrouvèrent sans que Fanny pût s’en

rendre compte.

Et, comme elles allumaient la chandelle dans la cuisine, on entendit

rouler la voiture. Alors, Berthe sortit sans rien dire. L’oncle Nathan

regarda Fanny.

--Où qu’elle va, ta sœur?

La chandelle vacillante jetait des clartés rougeâtres qui dansaient dans

l’ombre de la vaste cuisine. Les durs traits du vieillard semblaient

grimacer selon les jeux de la flamme qui argentaient ses bouclettes. Il

dit encore:

--Elle est-il folle?

Fanny ne se sentit pas le courage de chercher des mots. Elle ne trouvait

plus même de pensées cohérentes. Et, pour dissimuler, elle alluma une

autre chandelle dans l’arrière-cuisine et se mit à desservir la table.

Elle terminait sa besogne lorsque des pas résonnèrent sur le chemin, et

le couple entra.

Ils se tenaient «crochés» bras dans bras selon la plus correcte formule

cauchoise des promis. Fanny manqua crier d’énervement, de chagrin, de

honte à ce premier contact avec la réalité. Et l’oncle Nathan, debout

devant la cheminée, les regardait sans parler.

Enfin, Berthe prononça:

--Voilà. On est venu vous le dire.

Il y eut un silence qui parut interminable, puis, l’oncle Nathan dit

posément:

--Ah! ah! C’est ça! Je me disais: «Aussitte!»

Il les considéra encore et ajouta:

--Vous pourriez faire plus mal.

Il s’arrêta pour réfléchir à quelque chose et il dit encore:

--Mais, es-tu protestant comme nous, toi, mon gars?

La question parut tomber dans un gouffre de silence. Sans doute était-ce

parce qu’elle touchait à ces choses interdites que chacun évitait avec

tant de soin depuis leur vie commune. Et ce fut encore Berthe qui

répondit:

--Il est «rien». Les Malandain savaient pas quoi faire. Il est resté

comme ça.

Elle ajouta après quelques secondes:

--Il fera ce que je voudrai.

Le joug: roman · 第 30 / 34 题