A l'époque de la révolution française, la colonie du Cap était assez

puissante pour songer à s'affranchir de la métropole. Elle travaillait à

se constituer en république indépendante, lorsqu'en 1795, une flotte

anglaise parut dans la baie False. Un détachement du 78e régiment et un

corps de marins débarquèrent sous les ordres du général Craig,

s'emparèrent de plusieurs points fortifiés, et s'y maintinrent jusqu'à

l'arrivée d'un corps d'armée considérable, amené par sir Alured-Clarke.

Les colons capitulèrent, et les Anglais occupèrent sans coup férir

Kaapstad, qui devint Cape-Town. Pour se concilier les vaincus, ils

s'attachèrent à leur assurer les bienfaits d'une bonne administration;

et quand, en vertu du traité d'Amiens, la colonie fut rendue aux

descendants de ceux qui l'avaient fondée, le trésor public avait un

excédant de recettes d'environ trois cent mille rycksdales.

Des forces navales, commandées par sir David Baird et sir Howe Popham,

reconquirent Cape-Town en 1804.

En 1806, le vaisseau le _Marengo_ et la frégate la _Belle-Poule_, sous

les ordres du contre-amiral Lincis, croisèrent vainement dans les

parages du Cap en cherchant l'occasion d'en chasser les Anglais.

L'occasion ne se présenta pas, et, sacrifiant le plus faible au plus

fort, les puissances signataires des traités de 1815 n'hésitèrent pas à

dépouiller la Hollande au profit de la Grande-Bretagne. Les _boors_ ou

cultivateurs hollandais opposèrent une héroïque, mais stérile résistance

à la domination qu'on leur infligeait.

La colonie du Cap comprend actuellement environ 14,800 lieues carrées

géographiques. Elle se compose des districts du Cap, de Graaf-Reinet,

d'Albany, de Sommerset, de Woicester, de Zwellendam, de George, de

Beaufort, de Stellenbosh, de Clanwilliam, et d'Uitenhagen. La population

est évaluée à plus de deux cent mille âmes, dont cent mille blancs,

soixante mille noirs ou mulâtres affranchis, trente mille Hottentots et

dix mille Malais.

Cape-Town, capitale de la colonie, compte environ cinquante mille

habitants. Toutes les principales puissances de l'Europe y ont des

consuls, et la ville est dotée de toutes les institutions des grandes

cités européennes. On y a créé, en 1829, un collège où l'on enseigne le

latin, le grec, l'anglais, l'allemand, le français, les mathématiques,

l'astronomie, le dessin, etc. Cape-Town possède encore plusieurs églises

protestantes, une cathédrale catholique, un temple de francs-maçons

hollandais, une riche bibliothèque, un observatoire, un jardin

botanique. La société littéraire et scientifique de l'Afrique

méridionale a fondé à Cape-Town un muséum d'histoire naturelle

qu'enrichissent sans cesse d'infatigables travaux. Le mouvement

intellectuel de la colonie est attesté par de nombreuses associations

bibliques, médicales, agricoles, philanthropiques, et par la publication

de plusieurs journaux politiques, scientifiques ou littéraires.

Une bourse, une chambre de commerce, la banque du cap de

Bonne-Espérance, la banque de l'Afrique méridionale, les banques

coloniales de l'Union, de l'Epargne, témoignent de l'activité

commerciale de ce riche pays. Des laines brutes, de l'ivoire, des plumes

d'autruche, des cuirs, des peaux de léopard et de lion, du guano, de

l'aloès, des vins blancs, dit madères du Cap, sont ses principaux objets

d'exportation.

La ville est régulière, bien bâtie et éclairée au gaz. La baie du Cap

(_Table-bay_), fermée d'un côté par une chaîne de montagnes et de

l'autre par une langue de terre, semble devoir être un asile sûr; mais

d'impétueuses rafales y harcellent les vaisseaux et les poussent parfois

à la côte. En définitive, le roi Jean II a imposé au Cap une

qualification moins convenable que celle que Barthélémy Diaz avait

adoptée.

Les autres villes remarquables de la colonie sont Graham's-Town,

chef-lieu du district d'Albany; Constance, dont les vins sont célèbres;

Simon's-Town, sur la baie False, station navale commandée par un

commodore, et où les navires trouvent pendant l'hiver un abri contre les

vents du nord-ouest.

Le chef-lieu du district de Graaf-Reinet est situé à cinq cents milles

(640 kilomètres) du Cap, sur les bords de la Rivière Sondag. Barrow,

secrétaire particulier de lord Macartney, gouverneur du Cap en 1797, a

laissé la plus triste description de cette localité, où il se rendit

pour réinstaller le landdrost, que les boors avaient chassé. «Ce n'est,

dit-il, qu'un assemblage de huttes de terre isolées, rangées en deux

files, et laissant entre elles une espèce de rue. A l'un des bouts est

la maison du landdrost, dont l'architecture n'a rien de brillant. Les

cabanes qu'on avait construites pour y placer les bureaux de

l'administration tombent en ruines, ou sont tout à fait écroulées. La

prison est également construite en terre et couverte en chaume; mais cet

édifice est si peu convenable à l'usage auquel on le destine, qu'un

déserteur anglais qu'on y avait enfermé s'échappa pendant la nuit en

passant au travers du toit.

Les hôtes qui habitent ces masures ont des visiteurs fort incommodes: ce

sont d'une part des termès ou fourmis blanches, qui minent le plancher

d'argile et dévorent tout ce qu'elles rencontrent, excepté le bois; et

d'un autre côté des chauves-souris, qui, cachées pendant le jour,

envahissent pendant la nuit les habitations. Il n'est pas possible d'y

conserver de la lumière.

»Le village de Graaf-Reinet n'est guère habité que par des ouvriers ou

par des employés subalternes du landdrost. Son aspect est plus misérable

que celui de la dernière bicoque de France ou d'Angleterre. On ne peut

s'y procurer qu'avec une difficulté extrême les choses les plus

nécessaires à la vie. Les habitants n'ont ni vin ni bière; ils sont

réduits à boire de l'eau. Ce n'est pas la terre qui manque, mais

l'industrie pour la cultiver.»

Les progrès considérables accomplis depuis 1797 jusqu'en 1856 ont

complètement transformé Graaf-Reinet. C'est maintenant une jolie ville,

dont les maisons ne manquent pas d'élégance, et dont les environs sont

couverts de riches établissements agricoles.

Graaf-Reinet, comme tous les autres districts, est en rapport journalier

avec Cape-Town. Les journaux et les correspondances circulent rapidement

dans toute la colonie. La poste est desservie par les boors établis près

des grandes routes, à l'aide de leurs domestiques hottentots, et

moyennant une indemnité proportionnelle à la distance parcourue.

Les routes de la colonie sont bien entretenues, et il faut qu'elles le

soient pour résister au passage de grands véhicules comme celui où

voyage et loge la famille Von Bloom. La description qu'en fait Mayne

Reid n'a rien d'ailleurs d'exagéré; en voici une qui la corrobore en

tout point. «C'est un spectacle curieux, dit M. Jacques Arago, que de

voir un Cafre ou un Hottentot, serviteur d'un colon, et conduisant un de

ces immenses chariots chargés de provisions, de meubles et même de

petites pièces de canon, de la ville à une maison de campagne, ou d'une

petite plantation au grand marché de la ville. Dix-huit buffles, attelés

deux par deux, conduisent la lourde machine roulante; un coureur les

précède; ils vont au galop; mais ce qu'il faut admirer surtout, c'est la

merveilleuse adresse du conducteur, du cocher principal, assis en avant

du chariot, armé d'un fouet dont le manche n'a pas plus de deux pieds,

et la lanière pas moins de soixante. Il stimule les quadrupèdes, et

atteint, dès qu'un frissonnement de ceux-ci l'indique, la mouche qui les

harcèle. Au premier ou au second coup, l'insecte importun est écrasé sur

la bête. L'automédon africain qui manquerait trois fois sa victime

serait déclaré indigne de conduire ces immenses voitures, dont nos

omnibus ne donnent qu'une imparfaite idée.»

Le sol de la colonie du Cap est très-accidenté; elle est coupée par

plusieurs chaînes de montagnes élevées qui s'étendent de l'est à

l'ouest, à l'exception d'une seule qui se dirige au nord, en suivant la

côte occidentale.

La première grande chaîne de l'est à l'ouest est bordée d'une plaine

longue de dix à trente milles, dentelée par plusieurs baies et arrosée

d'un grand nombre de ruisseaux. La terre en est riche, et le climat égal

et doux à cause de la proximité de l'Océan.

La deuxième chaîne est celle des Zwaarte-Bergen ou montagnes noires,

plus élevée et plus âpre que la chaîne précédente, dont elle est séparée

par un espace de dix à vingt milles. Cet espace contient certaines

parties fertiles et bien arrosées; mais elle offre en général des

collines stériles et des plaines argileuses que les colons appellent

_karoos_.

La troisième chaîne est celle des Snieuwveld's-Bergen (monts des champs

de neige). Entre ces montagnes et la deuxième chaîne est le grand Karoo

ou désert, haute terrasse large de quatre-vingts milles et longue

d'environ trois cents milles de l'est à l'ouest. Elle est élevée de

mille pieds au-dessus du niveau de la mer.

La surface du grand Karoo présente des aspects très-divers. Dans

beaucoup d'endroits, c'est une argile de couleur brune; dans d'autres,

un lit de sable traversé de veines de quartz et d'une sorte de pierre

ferrugineuse; ailleurs, c'est un sable lourd, où l'on trouve çà et là de

la marne noirâtre.

Auprès du lit de la rivière Buffalo, tout le pays est parsemé de petits

fragments d'ardoise pourpre, détachés d'une longue couche de bancs

parallèles. Parmi ces fragments, on trouve des pierres noires qui ont

toute l'apparence de laves volcaniques ou de scories de fournaise; la

plaine est hérissée de monticules, tantôt coniques, tantôt tronqués au

sommet; et quoiqu'ils semblent d'abord avoir été jetés là par des

éruptions volcaniques, en examinant avec attention les couches

alternatives de sable et de terre régulièrement disposées, on reconnaît

le produit des eaux. Quelques marais sablonneux du Karoo sont couverts

de roseaux et abondent en sources fortement salées.

Le long de la côte occidentale, le pays s'échelonne en terrasses

successives, le Roggeveld se rattache à la chaîne des Sniewveld's-Bergen.

La chaîne de Roggeveld commence presque au 30e degré de latitude sud, et

s'étend pendant l'espace de deux degrés et demi; ensuite elle s'abaisse

vers l'est, puis vers le nord-est, jusqu'à ce qu'elle atteigne la baie

de Lagoa. C'est ce qui forme la limite septentrionale du grand Karoo.

A l'extrémité la plus méridionale du Roggeveld se rencontrent les

hauteurs suivantes:

La montagne de la Table (_Table-Mountain_), à 3,582 pieds, séparée de la

baie par la plaine où la ville du Cap est bâtie.

Le pic du Diable (_Devil's-Peak_), à 3,315 pieds.

La tête du Lion (_Lion's-Head_), à 2,760 pieds.

La croupe du Lion (_Lion's-Rump_), à 1,143 pieds.

Neuyzenberg, à environ 2,000 pieds.

Le pic d'Elsey (_Elsey-Peak_), à 1,200 pieds.

La montagne de Simon ou des Signaux (_Simon's-Berg_ ou _Signal-Hill_), à

2,500 pieds.

Le Paulus-Berg, à 1,200 pieds.

Constantia, à 3,200 pieds.

Le pic du Cap, à 1,000 pieds.

Hanglip-Cap, à 1,800 pieds.

L'Afrique méridionale est évidemment d'origine diluvienne. La formation

de la péninsule est suffisamment indiquée par la structure de la

montagne de la Table, qui est formée de plusieurs couches superposées

comme des tables immenses, sans aucune veine intermédiaire. La plaine

environnante est un schiste bleu, disposé en lignes parallèles du

nord-ouest au sud-est, coupées par des masses de roches dures, mais

également schisteuses.

VI

Gouvernement et administration du Cap.--Etat moral des Hottentots et des

Cafres.

La belle colonie du Cap est l'objet de la constante sollicitude du

gouvernement britannique; il y est représenté par un gouverneur, qui

reçoit un traitement annuel de 6,000 livres sterling (150,000 fr.).

Auprès de lui sont deux conseils.

Le conseil législatif, dont les membres nommés par la métropole

deviennent inamovibles au bout de deux ans;

Le conseil exécutif, où siégent le commandant militaire, le grand juge,

le trésorier général et le secrétaire du gouvernement.

Le grand juge, avec deux accesseurs, constitue la cour suprême. Les

tribunaux de première instance se composent des hemraaden, et sont

présidés par le landdrost dans chaque district. L'exécution des

sentences est confiée à un haut shérif, qui a un vice-shérif dans chaque

chef-lieu.

Les commissaires des cantons ont conservé le titre de _vel-cornet_ ou

_field-cornets_.

Le gouvernement britannique n'a pas seulement souci des intérêts de ses

sujets d'origine européenne; il a fait de louables efforts pour

améliorer la condition des Hottentots, que les Hollandais avaient

réduits à l'esclavage en les soumettant à un système de contrats forcés.

La race indigène est sortie insensiblement de son état d'abjection, et a

montré des dispositions qu'on ne lui avait pas supposées. Une commission

spéciale a été chargée, en 1837, d'examiner les mesures propres à

garantir aux aborigènes des possessions anglaises et aux tribus

voisines, une justice impartiale et la protection de leurs droits, ainsi

que pour répandre parmi eux la civilisation et leur inculquer les

principes de la religion chrétienne. Le rapport de cette commission rend

compte d'expériences qui venaient d'être tentées avec succès. «Des

Hottentots, dit-il, furent invités à s'établir entre les deux bras de la

rivière Kat. Ils devaient s'y trouver dans le voisinage des Cafres,

alors vivement irrités contre la colonie. Plusieurs familles ne

tardèrent pas à se rendre sur le lieu indiqué; il en était très-peu qui

possédassent quelque chose; le plus grand nombre étaient pauvres, comme

on devait s'y attendre; mais c'étaient des hommes d'un caractère ferme.

»Bientôt on s'aperçut qu'il était impossible de restreindre le nombre de

ces nouveaux colons. Des Hottentots arrivaient de tous côtés; beaucoup

étaient assez mal famés; il y en avait même qui jusque-là n'avaient

cessé de mener une existence vagabonde, et qui demandèrent à être mis à

l'épreuve. Les exclure était difficile; d'autre part, il semblait cruel

de refuser à un homme l'occasion d'améliorer son sort, par la seule

raison qu'il se montrerait indigne de la faveur qu'on lui accorderait.

»Sur ces entrefaites, les Cafres menacèrent les nouveaux établissements;

il devenait nécessaire d'en armer les habitants, à moins de les laisser

exposés à être massacrés. La ruine de l'entreprise tentée paraissait

imminente. Les Cafres et leurs zagaies étaient moins dangereux

peut-être pour la colonie qu'une agglomération d'hommes armés de fusils

et presque sans vivres. On présageait que ces derniers tourneraient

aussi bien contre nous que contre les Cafres les armes que nous aurions

mises dans leurs mains, et que le pays serait arrosé de sang.

»Sage ou non, une résolution fut prise; on confia aux Hottentots des

armes et des munitions. Ils se montrèrent dignes de cette confiance. Au

lieu de manger et de dormir jusqu'à ce que leurs provisions fussent

épuisées, et de se laisser surprendre par les Cafres, ils se mirent au

travail, tout en prenant des mesures pour repousser au besoin une

attaque. Ils creusèrent des canaux dans des terrains tellement

accidentés, et avec des outils si imparfaits, qu'on n'aurait pas cru

qu'il fût possible d'y parvenir. Sans autre secours que les plus

misérables instruments, ils cultivèrent des champs sur une étendue qui

causa la surprise de tous ceux qui les visitèrent. Les travailleurs qui

n'avaient pas de vivres se nourrissaient de racines, ou se louaient à

leurs compatriotes plus fortunés. Ces derniers eux-mêmes furent obligés

d'économiser pour soutenir leurs familles, jusqu'à ce que, quelques mois

après, ils eussent récolté en abondance des citrouilles, du maïs, des

pois, des haricots, etc. Loin de montrer de l'apathie et de

l'indifférence pour la propriété, à présent qu'ils en ont une à

défendre, ils sont devenus aussi désireux de la conserver et de

l'étendre que les autres colons. Ils témoignent un grand désir de voir

se propager des écoles au milieu d'eux; celles qui existent sont déjà

dans un état florissant. Tel est leur amour pour l'instruction, que si

quelqu'un se trouve savoir seulement épeler, et qu'il n'y ait dans les

environs aucun moyen d'en apprendre davantage, il s'empresse de

communiquer sa science aux autres.

»Le dimanche, ils font un chemin considérable pour assister au service

divin, et leur guides spirituels parlent avec ravissement des succès qui

ont payé leurs soins. Nulle part les sociétés de tempérance n'ont

réussi aussi bien qu'au milieu de ce peuple, autrefois plongé dans

l'ivrognerie. Ils ont eux-mêmes demandé au gouvernement de faire

inscrire dans les actes de concession la prohibition des cantines ou

débits d'eau-de-vie. Chaque fois que les Cafres les ont attaqués, ils

ont été repoussés; et maintenant les deux nations vivent dans la

meilleure intelligence.

»Les Hottentots de la rivière Kat n'ont coûté au gouvernement que

l'entretien de leur ministre et des mesures de maïs et d'avoine qu'ils

ont reçues pour ensemencer, les fusils qu'on leur a prêtés, et quelques

munitions qui leur ont été données pour leur défense et celle du pays en

général. Ils payent toutes les taxes comme le reste de la population. On

leur doit d'avoir rendu la rivière Kat la partie la plus sûre de la

frontière.»

Interrogé par les commissaires spéciaux du gouvernement britannique, le

docteur Philip rendit ce témoignage à des Bosjesmans qui s'étaient

installés dans une concession en 1832: «Ils ne possédaient absolument

rien; au moyen d'une hachette, qu'ils empruntèrent, ils confectionnèrent

une charrue en bois, sans un seul clou de fer, et s'en servirent pour

cultiver leurs terres. La première récolte leur produisit assez pour

s'entretenir pendant l'hiver, et un léger excédant, qu'ils vendirent. La

seconde année, ils cultivèrent une grande étendue de terrain; ils

avaient alors une excellente charrue, faite par eux-mêmes et garnie d'un

soc en fer; ils s'étaient aussi construit un chariot.»

Questionné sur différents points par les membres de la commission, le

docteur Philip répond:

D. A l'époque de votre résidence, les écoles étaient-elles suivies par

un grand nombre d'enfants?

R. En 1834 il y en avait sept cents.

D. Sur quelle population?

R. Sur quatre mille individus.

D. C'est donc en raison d'un sur sept?

R. Oui; et, relativement à la population, c'est une proportion aussi

forte que dans aucun autre pays de l'Europe.

D. Avez-vous interrogé les enfants instruits dans les écoles?

R. Je les ai interrogés en 1834. Sir John Wide, chef de la justice, se

trouvant à la rivière Kat, je leur fis passer un examen public, à la

suite duquel il me dit que dans toute la colonie aucune école ne lui

avait procuré autant de satisfaction que celle du Hottentot.

D. Pensez-vous que dans ces écoles l'éducation soit conduite aussi loin,

et que les enfants y répondent aussi bien que dans nos écoles

d'Angleterre?

R. Je ne pense pas que des enfants placés dans une position égale

auraient pu soutenir plus convenablement un examen.

D. Quels étaient les sujets d'instruction?

R. La lecture de l'anglais, le hollandais étant la langue du pays. Ils

lisaient parfaitement l'anglais et connaissaient bien la géographie,

ainsi que l'histoire générale. Ils écrivaient passablement et

comprenaient l'arithmétique. Le mode général d'éducation m'a paru ne

pouvoir être meilleur.

D. La population adulte se montrait-elle assidue au service divin?

R. Je n'ai jamais su qu'aucun individu en état d'y assister s'en fût

abstenu.

D. Les chapelles étaient-elles aussi remplies, et la conduite était-elle

aussi décente que dans notre pays?

R. Selon moi, et d'après le témoignage des gens les plus respectables,

aucune congrégation religieuse du monde ne pouvait offrir le tableau de

plus de recueillement, d'attention et de sentiments religieux?

D. Les congrégations religieuses sont-elles entièrement composées

d'indigènes?

R. Oui. On voit rarement les yeux d'un seul individu se détourner du

prédicateur. Il y a entre eux une force de sympathie qui fait que la

respiration semble suspendue tant qu'une phrase n'est pas achevée. Ce

qu'ils ont entendu devient l'objet de leurs prières après le service, et

de leurs entretiens pendant la semaine.

D. Êtes-vous d'avis que l'établissement de la rivière Kat et les progrès

des habitants dans la civilisation puissent tendre à élever une défense

contre les incursions des tribus sauvages?

R. Je le crois.

D. Quel était à ce sujet l'opinion du gouvernement?

R. Je pense que c'était l'opinion générale.

Des essais de civilisation ont été également tentés sur les Cafres,

terribles voisins dont les incursions désolent la colonie; on leur a

envoyé des missionnaires; on a opéré quelques conversions, mais

l'influence de quelques chefs devenus chrétiens n'a pas empêché cette

belliqueuse nation de franchir les frontières par bandes nombreuses,

cependant qu'au lieu de massacrer, comme par le passé, tous ceux qu'ils

attaquaient, sans distinction d'âge ni de sexe, il leur arrive parfois

de rendre des femmes et des enfants tombés entre leurs mains.

TABLE DES MATIÈRES

Pages.

Chapitre I.--Les boors 5

--II.--Le kraal 10

--III.--Les sauterelles 14

--IV.--Causerie sur les criquets 18

--V.--Le lendemain 25

--VI.--L'émigration 29

--VII.--De l'eau! de l'eau! 32

--VIII.--Ce que devient le troupeau 37

--IX.--Le lion 41

--X.--Le lion pris au piège 45

--XI.--La mort du lion 49

--XII.--La vérité sur les lions 52

--XIII.--Les voyageurs anuités 55

--XIV.--Le trek-boken 59

--XV.--A la recherche d'une fontaine 65

--XVI.--Le terrible tsetsé 68

--XVII.--Le rhinocéros à longues cornes 72

--XVIII.--Combat sanglant 78

--XIX.--Mort de l'éléphant 83

--XX.--Les chasseurs 88

--XXI.--Dissection de l'éléphant 92

--XXII.--Les hyènes 95

--XXIII.--L'ourebi 99

--XXIV.--Les aventures du petit Jan 105

--XXV.--Digression sur les hyènes 109

--XXVI.--Une maison dans les arbres 114

--XXVII.--La bataille des outardes 118

--XXVIII.--Sur la piste de l'éléphant 123

--XXIX.--Le rodeur 128

--XXX.--Les gnous 133

--XXXI.--La fourmilière 138

--XXXII.--Désagrément d'être poursuivi par un gnou 141

--XXXIII.--Le siège 145

--XXXIV.--L'oryctérope 148

--XXXV.--La chambre à coucher de l'éléphant 152

--XXXVI.--On fait le lit de l'éléphant 155

--XXXVII.--Les ânes sauvages de l'Afrique 158

--XXXVIII.--Le couagga et l'hyène 162

--XXXIX.--Le piège 166

--XL.--L'élan 170

--XLI.--Le couagga emporté 175

--LXII.--Le piège à détente 180

--XLIII.--Les tisserins 184

--XLIV.--Le serpent cracheur 187

--XLV.--Le secrétaire 189

--LXIV.--Totty et les chacmas 194

--XLVII.--Les chiens 199

--XLVIII.--Conclusion 205

Notice sur le cap de Bonne-Espérance 209

Limoges.--Imprimerie Charles Barbou, avenue du Crucifix.

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