Selon toute apparence, l'acteur prononcait _empreut_, avec un _t_
euphonique final, comme il est figure dans le texte de Du Guez: ainsi la
versification de _Pathelin_ ne contenait pas dans ce passage l'hiatus
que l'oeil croirait y surprendre. On ne saurait trop repeter que
l'ecriture est un faux temoin, surtout par rapport a l'ancien langage,
et que la comparaison des erreurs peut conduire a la verite.
Palsgrave, en vingt endroits, tombe avec une roideur impitoyable sur les
pauvres imprimeurs francais:
"Telle est l'ignorance de ces imprimeurs, qui ne connaissent pas leur
propre langue." (P. 293.)
"Mais c'est plutot par l'ignorance des imprimeurs, qui ne connaissent
pas leur propre langue." (P. 300.)
En parlant de la perfection de la langue francaise: "Elle a ete
singulierement corrompue par la negligence de ceux qui se melent de
l'art d'imprimer." (P. 163.)
"...Et combien le francais est defigure par la negligence des
imprimeurs." (P. 162.)
"J'en accuse la negligence, ou, pour mieux dire, l'ignorance des
imprimeurs." (P. 181.)
Le patriotisme de Palsgrave lui multipliait les fetus dans l'oeil de nos
imprimeurs, et lui dissimulait les poutres dans l'oeil des imprimeurs
anglais. Nous ne voulons pas ici recriminer, autrement il serait permis
de demander ou Palsgrave prend le droit de se montrer si rigoureux, et
quels typographes illustres l'Angleterre du XVIe siecle peut mettre en
concurrence de nos Verard, Estienne, Simon de Colines, Francois et
Sebastien Gryphe, Vascosan, et tant d'autres. Le moins inconnu qu'il fut
possible de leur opposer est justement ce Pynson, qui a imprime la
premiere partie du livre de Palsgrave avec quatre fautes des la premiere
page.
Reimprimer Palsgrave, c'est reconnaitre la valeur de son temoignage en
general; par consequent, il devenait necessaire de protester, lorsque,
sur un point de fait aussi important, son temoignage passionne pouvait
induire en erreur.