Au cours de cette semaine, Mathieu s’était retrouvé plusieurs fois avec
Mme Randal. De son dîner chez les monstres, il ne lui avait parlé que
pour en décrire la tristesse pesante.
«Pourquoi donc vous y être rendu? Boucbélère s’imagine qu’il fait
plaisir aux gens en les invitant, mais chacun n’est pas de son avis.
Moi, je me sentais déjà les nerfs à vif; j’ai refusé...»
Elle paraissait inquiète, agitée, prête à quelque folie, à toutes les
imprudences, et n’en donnait d’autre raison que le changement survenu en
l’humeur soudain adoucie de James.
«Depuis deux jours, disait-elle, j’ai peur: on croirait qu’il se
repent, qu’il va me demander pardon de quelque chose. Il ne me heurte
pas, il ne tâche plus de m’exaspérer, il a des attentions que je ne lui
connaissais pas... J’ai peur.»
Quoi que Mathieu pût lui dire, sa conclusion ne variait guère: elle
avait peur, et cette peur se manifestait par des paroles déraisonnables,
par de beaux projets, fiévreusement construits, qu’elle démolissait par
un éclat de rire.
* * * * *
Or, le samedi matin, comme Mathieu était seul dans son bureau, Ida,
retenue par quelque surveillance nécessaire, ne devant pas venir, il
reçut, vers dix heures, le billet suivant, porté par un palefrenier du
cirque: