III

Sous cette barbarie native, il y avait des penchants nobles, inconnus au

monde romain, et qui de ses débris devaient tirer un meilleur monde. Au

premier rang, «un certain sérieux qui les écarte des sentiments frivoles

et les mène sur la voie des sentiments élevés[32].» Dès l'origine, en

Germanie, on les trouve tels, sévères de moeurs, avec des inclinations

graves et une dignité virile. Ils vivent solitairement, chacun près de

la source ou du bois qui lui a plu[33]. Même dans leurs villages, leurs

chaumières ne se touchent pas; ils ont besoin d'indépendance et d'air

libre. Nul goût pour la volupté: chez eux l'amour est tardif,

l'éducation dure, la nourriture simple; pour tous divertissements, ils

chassent l'uroch et sautent parmi les épées nues. L'ivresse violente et

les paris dangereux, c'est de ce côté qu'ils donnent prise; ils sont

enclins à rechercher, non les plaisirs doux, mais l'excitation forte. En

toutes choses, dans les instincts rudes et dans les instincts mâles, ils

sont des _hommes_. Chacun chez soi, sur sa terre et dans sa hutte, est

maître de soi, debout et entier, sans que rien le courbe ou l'entame.

Quand la communauté prend quelque chose de lui, c'est qu'il l'accorde.

Il voté armé dans toutes les grandes résolutions communes, juge dans

l'assemblée, fait des alliances et des guerres privées, émigré, agit et

ose[34]. L'Anglais moderne est déjà tout entier dans ce Saxon. S'il se

plie, c'est qu'il veut bien se plier; il n'est pas moins capable

d'abnégation que d'indépendance: le sacrifice est fréquent ici, l'homme

y fait bon marché de son sang et de sa vie. Chez Homère, le guerrier

faiblit souvent, et on ne le blâme point de fuir. Dans les Sagas, dans

l'Edda, il est tenu d'être trop brave; en Germanie, le lâche est noyé

dans la boue, sous une claie. À travers les emportements de la brutalité

primitive, on voit percer obscurément la grande idée du devoir, qui est

celle de la contrainte exercée par soi sur soi en vue de quelque but

noble. Chez eux le mariage est pur et la pudicité volontaire. Chez les

Saxons, l'homme adultère est puni de mort, la femme obligée de se

pendre, ou percée à coups de couteau par ses compagnes. Les femmes des

Cimbres, ne pouvant obtenir de Marius la sauvegarde, de leur chasteté,

se sont tuées par multitudes de leur propre main. Ils croient qu'il y a

dans les femmes «quelque chose de saint,» n'en épousent qu'une, et lui

gardent leur foi. Depuis quinze siècles, l'idée du mariage n'a pas

changé dans cette race[35]. L'épouse, en entrant sous le toit de son

mari, sait qu'elle se donne tout entière[36], «qu'elle n'aura avec lui

qu'un corps, qu'une vie; qu'elle n'aura nulle pensée, nul désir au delà;

qu'elle sera la compagne de ses périls et de ses travaux; qu'elle

souffrira et osera autant que lui dans la paix et dans la guerre.» Comme

elle, il sait se donner: quand il a choisi son chef, il s'oublie en lui,

il lui attribue sa gloire, il se fait tuer pour lui; «celui-là est

infâme pour toute sa vie, qui revient sans son chef du champ de

bataille[37].» C'est sur cette subordination volontaire que s'assiéra

la société féodale. L'homme, dans cette race, peut accepter un

supérieur, être capable de dévouement et de respect. Replié sur lui-même

par la tristesse et la rudesse de son climat, il a découvert la beauté

morale pendant que les autres découvraient la beauté sensible. Cette

espèce de brute nue qui gît tout le long du jour auprès de son feu,

inerte et sale, occupée à manger et à dormir[38], dont les organes

rouillés ne peuvent suivre les linéaments nets et fins des heureuses

formes poétiques, entrevoit le sublime dans ses rêves troubles. Il ne le

figure pas, il le sent; sa religion est déjà intérieure, comme elle le

sera lorsqu'au seizième siècle il rejettera le culte sensible importé de

Rome, et consacrera la foi du coeur[39]. Ses dieux ne sont point

enfermés dans des murailles; il n'a point d'idoles. Ce qu'il désigne par

des noms divins, c'est ce je ne sais quoi d'invisible et de grandiose

qui circule à travers la nature et qu'on devine au delà d'elle[40],

mystérieux infini que les sens n'atteignent pas, mais que «la vénération

révèle;» et quand plus tard les légendes précisent et altèrent cette

vague divination des puissances naturelles, une idée reste debout dans

ce chaos de rêves gigantesques: c'est que ce monde est une guerre et

que l'héroïsme est le souverain bien.

[Footnote 32: «Ein sinniger Ernst, der sie dem Eitlen entfuhrt, und auf

die Spur des Erhabenen leitet.» Grimm, _Mythologie_, 52. Vorrede.]

[Footnote 33: Tacite, XX, XXIII, XI, XII, XIII _et passim_. On peut voir

encore les traces de ce goût dans les constructions anglaises.]

[Footnote 34: Tacite, XII.]

[Footnote 35: «Une fois mariées, ce sont exactement des couveuses

occupées à faire des enfants, et en adoration perpétuelle devant le

faiseur.» Stendhal, _de l'Amour en Allemagne_.]

[Footnote 36: Tacite, XIX, VIII, XVI. Kemble, I, 232.]

[Footnote 37: Tacite, XIV. Kemble, I, 32.]

[Footnote 38: «In omni domo, nudi et sordidi.... Plus per otium

transigunt, dediti somno, ciboque; totos dies juxta focum atque ignem

agunt.»]

[Footnote 39: Grimm, 53, Vorrede, Tacite, X.]

[Footnote 40: «Deorum nominibus appellant secretum illud, quod sola

reverentia vident.» Plus tard, à Upsal par exemple, il y eut des

statues. (Adam de Brême.)

Wuotan (Odin) signifie, par sa racine, le Tout-Puissant, celui qui

pénètre et circule à travers tout. (Grimm, _Mythologie_.)]

Au commencement, disent ces vieilles légendes écrites en Islande[41], il

y avait deux mondes: Nilflheim le glacé et Muspill le brûlant. Des

gouttes de la neige fondante naquit un géant, Ymer. «Ce fut le

commencement des siècles,--quand Ymer s'établit.--Il n'y avait ni

sables, ni mers, ni ondes fraîches.--On ne trouvait ni terres, ni ciel

élevé.--Il y avait le gouffre béant,--mais de l'herbe nulle part.»--Il

n'y avait qu'Ymer, l'horrible Océan glacé, avec ses enfants, nés de ses

pieds et de son aisselle, puis leur informe lignée, les Terreurs de

l'abîme, les Montagnes stériles, les Ouragans du Nord, et le reste des

êtres malfaisants, ennemis du soleil et de la vie. Alors la vache

Andhumbla, née aussi de la neige fondante, mit à nu, en léchant le givre

des rochers, un homme, Bur, dont les petits-fils tuèrent Ymer. «De sa

chair ils firent la terre, de son sang le sol et les fleuves, de ses os

les montagnes, de sa tête le ciel, et de son cerveau enfin les nuées.»

Ainsi commença la guerre entre les monstres de l'hiver et les dieux

lumineux, fécondants, Odin, le fondateur, Balder, le doux et le

bienfaisant, Thor, le tonnerre d'été qui épure l'air et par les pluies

nourrit la terre. Longtemps les dieux combattront contre «les Iotes

glacés,» contre les noires puissances bestiales, contre le loup Fenris,

qu'ils tiendront enchaîné, contre le grand Serpent, qu'ils plongeront

dans la mer, contre le perfide Loki, qu'ils lieront sur des rochers,

sous une vipère dont le venin distillera incessamment sur son visage.

Longtemps les braves qui par une mort sanglante ont mérité d'être mis

«dans les enclos d'Odin et s'y livrent un combat chaque jour,» aideront

les dieux dans leur grande guerre. Un jour pourtant viendra où, dieux et

hommes, ils seront vaincus: «Alors tremble le grand frêne

d'Yggdrasil.--Il frissonne, le vieil arbre.--Le Iote Loki brise ses

liens.--Les ombres frémissent sur les routes de l'Enfer,--jusqu'à ce que

le feu de Surtr--ait dévoré l'arbre.--Le nocher Hrymr s'avance de

l'Orient, un bouclier le couvre.--Izrmungandr se roule--avec une rage de

géant.--Le serpent soulève les flots,--l'aigle bat des ailes,--l'oiseau

au bec pâle déchire les cadavres.--Le navire Naglfar est lancé.--Surtr

arrive du Midi avec les épées désastreuses.--Le soleil resplendit sur

les glaives des dieux héros.--Les montagnes de rochers s'ébranlent,--les

géantes tremblent.--Les ombres foulent le chemin de l'enfer,--le ciel

s'entr'ouvre.--Le soleil commence à noircir,--la terre s'affaisse dans

la mer.--Elles disparaissent du ciel,--les étoiles brillantes.--La fumée

tourbillonne--autour du feu destructeur du monde.--La flamme gigantesque

joue--contre le ciel même.» Les dieux périssent tour à tour dévorés par

les monstres, et la légende céleste, lugubre et grandiose ici comme

l'histoire humaine, annonce des cours de combattants et de héros.

[Footnote 41: Voyez _passim_. Edda Soemundi, Edda Snorri. Ed.

Copenhague, 3 vol.

M. Bergmann en a traduit plusieurs poëmes; j'emprunte parfois sa

traduction. Visions de la Vala. Discours de Vafthrudnis, etc.]

Nulle crainte de la douleur, nul souci de la vie. Ils en font litière

sitôt que leur idée les prend. Le frémissement des nerfs, la répugnance

de l'instinct animal qui, devant les plaies et la mort, se rejette en

arrière, tout disparaît sous la volonté irrésistible. Voyez dans leur

épopée[42] le sublime pousser au milieu de l'horrible, comme une

éclatante fleur de pourpre au milieu d'une mare de sang. Sigurd a

enfoncé son épée dans le coeur du dragon Fafnir, et «à ce moment tous

deux se regardent.» Alors Fafnir chante en mourant:

[Footnote 42: Fafnismâl, Edda, t. III. Cette épopée est commune aux

races du Nord comme l'Iliade aux peuplades de la Grèce, et se retrouva

presque tout entière en Allemagne dans les Niebelungen.]

«Jeune homme, jeune homme!--de quel jeune homme es-tu né?--de quelle

race d'hommes es-tu?--Car tu as trempé et rougi dans Fafnir--ton épée,

cette épée étincelante.--Ton fer s'est arrêté dans mon coeur.»

«C'est mon coeur qui m'a poussé.--Ce sont mes mains qui ont accompli

l'oeuvre,--mes mains et mon fer aigu.--Rarement il devient brave--et

aguerri aux blessures,--celui qui tremble--au moment du danger!»

Sur ce cri d'aigle triomphant, Régin, le frère de Fafnir, arrive, lui

arrache le coeur, boit le sang de la blessure et s'endort. Cependant

Sigurd, qui faisait rôtir le coeur, porte sans y penser son doigt

sanglant à sa bouche. Aussitôt il comprend le langage des oiseaux qui

gazouillent au-dessus de lui dans les feuilles vertes des arbres. Ils

l'avertissent de se défier de Régin. Sigurd coupe la tête de Régin,

mange le coeur de Fafnir, boit son sang et celui de son frère. C'est

parmi «cette rosée de meurtres» que végètent ici le courage et la

poésie. Sigurd a conquis Brynhild, la vierge indomptée, en traversant la

flamme et en lui fendant sa cuirasse, et il a dormi avec elle trois

nuits, mais ayant placé entre elle et lui son épée, «sans prendre entre

ses bras la jeune fille florissante, sans lui donner un baiser,» parce

que, selon la foi jurée, il doit la remettre à son ami Gunnar. Elle,

amoureuse de lui, «demeurait assise seule,--à la chute du jour,--et

ouvertement,--se dit en elle-même:--J'aurai Sigurd,--ou je

mourrai,--Sigurd, l'homme florissant de jeunesse,--je l'aurai dans mes

bras.» Mais le voyant marié, elle le fit tuer. «Alors elle rit,

Brynhild,--la fille de Budli,--cette fois-là seulement,--de tout son

coeur,--lorsque du lit,--on put entendre--le cri éclatant de la veuve.»

Elle-même, revêtant sa cuirasse, se perça de son glaive, et, pour

dernière demande, se fit étendre sur un grand bûcher avec Sigurd, l'épée

entre eux, comme au jour où ils avaient dormi ensemble, avec des

boucliers, avec des esclaves ornés d'or, avec deux faucons, avec cinq

femmes, avec huit serviteurs, avec son père nourricier et sa nourrice,

et tous brûlèrent ensemble. Cependant Gudrun, la veuve, restait immobile

près du corps et ne pouvait pleurer. Les femmes des chefs vinrent près

d'elle, et chacune pour la consoler lui conta ses propres peines, toutes

les calamités des grandes dévastations et de l'antique vie barbare.

«Alors parla Gjaflogd,--soeur de Gjuki:--«Je sais que sur la terre--je

suis entre toutes la plus dénuée de joie.--De cinq maris--j'ai souffert

la perte,--et aussi de deux filles,--de trois soeurs,--de huit

frères;--pourtant me voilà, et je survis seule.»--Alors parla

Herborgd,--reine de la terre des Huns:--«Moi j'ai à raconter--un deuil

plus cruel.--Mes sept fils,--dans la région de l'Est,--et mon mari le

huitième--sont morts dans la bataille.--Mon père et ma mère,--mes quatre

frères,--le vent a joué avec eux--dans la mer.--Le flot a battu--le

plancher de leur vaisseau.--Moi-même j'étais forcée de recueillir leurs

corps,--moi-même j'étais forcée de veiller à leur sépulture,--moi-même

j'étais forcée--de faire leurs funérailles.--Tout cela, je l'ai

souffert--en une année,--et pendant ce temps,--nul d'entre les

hommes--ne m'a apporté de consolation.--Cependant j'étais enchaînée--et

captive de guerre,--quand six mois de cette année se furent

écoulés.--J'étais forcée de parer--la femme d'un chef de guerre--et de

lui attacher sa chaussure--chaque matin. Elle me menaçait--par jalousie,

et me frappait de rudes coups.»--Tout cela est vain, nulle parole ne

peut mouiller ces yeux secs; il faut qu'on mette le corps sanglant sur

ses genoux pour lui tirer des larmes. Alors elle éclate, s'affaisse, et

les cygnes de sa cour répondent à ses cris. Elle mourrait, comme Sigrun,

sur le cadavre de celui qu'elle a uniquement aimé, si par un breuvage

magique on ne lui faisait perdre la mémoire. Ainsi dénaturée, elle part

pour épouser Atli, le roi des Huns. Et néanmoins elle part malgré elle,

avec des prédictions sinistres. Car le meurtre engendre le meurtre; et

ses frères, les meurtriers de Sigurd, attirés chez Atli, vont tomber à

leur tour dans un piége pareil à celui qu'ils ont tendu. Gunnar est lié,

et l'on veut qu'il livre le trésor; il répond avec l'étrange rire des

barbares: «Je demande qu'on me mette dans la main--le coeur de mon frère

Högni,--le coeur sanglant,--arraché de la poitrine du puissant

cavalier,--du fils de roi,--avec un poignard émoussé.»--Ils arrachèrent

le coeur--de la poitrine de l'esclave Hjalli.--Ils le mirent sanglant

sur un plat--et le portèrent à Gunnar....--Alors parla Gunnar,--le chef

des hommes:--«Ici est le coeur--de Hjalli le lâche.--Il ne ressemble pas

au coeur de Högni le brave.--Il tremble beaucoup--maintenant qu'il est

sur le plat.--Il tremblait davantage--quand il était dans sa

poitrine.»--....«Högni rit--lorsqu'on coupa jusqu'à son coeur,--jusqu'au

coeur vivant du guerrier qui savait arranger le panache des casques.--Il

ne pensa pas du tout à pleurer.--Ils mirent le coeur sanglant dans un

plat--et le portèrent à Gunnar.--Gunnar, d'un visage serein, parla

ainsi,--le vaillant Niflung!--«Voici le coeur--d'Högni le brave!--Il ne

ressemble pas au coeur--de Hjalli le lâche.--Il tremble peu--maintenant

qu'il est dans le plat.--Il tremblait beaucoup moins--quand il était

dans sa poitrine.--Que n'es-tu,--Atli,--aussi loin de mes yeux--que tu

seras toujours loin--de nos colliers, de notre trésor!--À moi seul est

confié maintenant--tout le trésor caché,--toute la richesse des

Niflungs.--Car Högni n'est plus parmi les vivants.--Je n'étais point

rassuré--tant que nous vivions tous deux.--Mais maintenant je suis

tranquille,--car je survis seul.» Suprême insulte de l'homme sûr de soi,

à qui rien ne coûte pour s'assouvir, ni sa vie ni celle d'autrui. On l'a

jeté parmi les serpents, et il y est mort, frappant du pied sa harpe.

Mais la flamme inextinguible de la vengeance a passé de son coeur dans

celui de sa soeur; cadavre sur cadavre, on les voit tomber tour à tour

l'un sur l'autre; une sorte de fureur colossale les précipite les yeux

ouverts dans la mort. Elle a égorgé les enfants qu'elle a eus d'Atli,

elle lui donne à manger leurs coeurs dans du miel, un jour qu'il revient

du carnage, et rit froidement en lui découvrant de quelle pâture il

s'est repu. Les Huns hurlent, et sur les bancs, sous les tentes, chacun

pleure; elle ne pleure point; elle n'a point pleuré depuis la mort de

Sigurd, ni sur ses frères «au coeur d'ours,» ni sur «ses tendres

enfants, ses enfants sans défiance.» La nuit venue, elle égorge Atli

dans son lit, met le feu au palais, brûle tous les serviteurs et toutes

les femmes guerrières. Jugez par ce monceau de dévastations et de

carnages à quels excès la volonté ici est tendue. Il y avait des hommes

parmi eux, les Berserkirs[43] qui, dans la bataille, saisis par une

sorte de folie, déchaînaient tout d'un coup une force surhumaine et ne

sentaient plus les blessures. Voilà le héros tel qu'il est conçu dans

cette race à sa première aurore. N'est-il pas étrange de les voir mettre

le bonheur dans les batailles et la beauté dans la mort? Y a-t-il un

peuple, Hindous, Persans, Grecs ou Gaulois, qui se soit formé de la vie

une conception aussi tragique? Y en a-t-il qui ait peuplé sa pensée

enfantine de songes aussi funèbres? Y en a-t-il un qui ait chassé aussi

entièrement de ses rêves la douceur de la jouissance et la mollesse de

la volupté? L'effort, l'effort tenace et douloureux, l'exaltation dans

l'effort, voilà leur état préféré. Carlyle disait bien que dans la

sombre obstination du travailleur anglais subsiste encore la rage

silencieuse de l'ancien guerrier scandinave. Lutter pour lutter, c'est

là leur plaisir. Avec quelle tristesse, quelle fureur et quels dégâts un

pareil naturel se déborde, on le verra dans Byron et dans Shakspeare;

avec quelle efficacité, avec quels services il s'endigue et s'emploie

sous les idées morales, on le verra dans les puritains.

[Footnote 43: Ce mot désigne les hommes qui combattaient sans cuirasse,

probablement vêtus d'une simple blouse.]

Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5) · 第 35 / 92 题