fallait disposer les Italiens à venir à Lyon, et ce fût l'objet d'une
nouvelle communication aux membres du gouvernement provisoire. On leur
fit sentir la difficulté de constituer la République Cisalpine en
restant à Paris, de faire sept à huit cents choix, loin des hommes et
des lieux; la difficulté en même temps pour le Premier Consul de se
rendre de Paris à Milan, l'avantage au contraire de partager la
distance, de réunir les Italiens en corps à Lyon, et d'y faire venir
le Premier Consul; de former là une sorte de grande diète italienne,
où la République nouvelle serait constituée, avec un appareil et un
éclat qui donneraient plus de solennité à l'engagement que le Premier
Consul prenait, en la créant, de la maintenir et de la défendre. Cette
idée avait quelque chose de grand, qui devait plaire à des
imaginations italiennes. Elle réussit comme toutes les idées qu'on
avait mises en avant, et fut sur-le-champ adoptée. Un projet était
déjà préparé, et il fut converti en décret du gouvernement provisoire.
On choisit des députations dans le clergé, la noblesse, la grande
propriété, le commerce, les universités, les tribunaux, les gardes
nationales. Quatre cent cinquante-deux personnes furent désignées, au
nombre desquelles se trouvaient des prélats vénérables, chargés
d'années, dont quelques-uns même devaient succomber aux fatigues du
voyage. Ils partirent au mois de décembre, et traversèrent les Alpes
par un des hivers les plus rigoureux qu'on eût essuyés depuis
long-temps. Tous voulaient assister à cette proclamation de
l'indépendance de leur patrie, par le héros qui l'avait affranchie.
Les routes du Milanais, de la Suisse, du Jura étaient encombrées. Le
Premier Consul, qui pensait à tout, avait donné des ordres pour que
rien ne manquât, tant sur les routes qu'à Lyon même, à ces
représentants de la nationalité italienne, qui venaient par leur
présence lui rappeler ses premiers et ses plus beaux triomphes. Le
préfet du Rhône avait fait d'immenses préparatifs pour les recevoir,
et disposé de grandes et belles salles pour les solennités qui
devaient avoir lieu. Une partie de la garde consulaire avait été
envoyée à Lyon. L'armée d'Égypte, autrefois armée d'Italie, et
récemment débarquée, venait d'y arriver aussi. On se hâtait de la
vêtir magnifiquement, et d'une manière conforme au climat de la
France, qui semblait tout nouveau à ces soldats brunis par le soleil
de l'Égypte, et transformés en véritables africains. La jeunesse
lyonnaise avait été réunie, et formée en un corps de cavalerie, aux
armes et aux couleurs de l'antique cité lyonnaise. M. de Talleyrand et
M. Chaptal, ministre de l'intérieur, avaient précédé le Premier
Consul, pour recevoir les membres de la _Consulte_. Le général Murat,
M. Petiet étaient accourus de Milan, M. Marescalchi de Paris, au
rendez-vous commun. Les préfets, les autorités de vingt départements
étaient accumulés à Lyon. Le Premier Consul se fit attendre, à cause
du congrès d'Amiens, dont les négociations avaient exigé sa présence à
Paris quelques jours de plus. Les députés italiens commençaient à
s'impatienter. Pour les occuper, on les divisa en cinq sections, une
par province du nouvel État, et on leur soumit le projet de
Constitution. Ils firent des observations utiles, que M. de Talleyrand
avait ordre d'écouter, de peser, et d'admettre, sans toutefois porter
atteinte aux principes fondamentaux du projet. Sauf quelques
dispositions de détail qui furent modifiées, la nouvelle Constitution
obtint l'assentiment général. On proposa aussi aux députés cisalpins,
pour tromper leur impatience, de faire des listes de candidats, afin
d'aider le Premier Consul dans les choix nombreux qu'il avait à faire.
Ce dépouillement de noms remplit utilement leur temps.
[En marge: Arrivée du Premier Consul à Lyon.]
Le Premier Consul arriva le 11 janvier 1802 (21 nivôse). La population
des campagnes, assemblée sur les routes, l'attendait jour et nuit.
Elle était réunie autour de grands feux, et accourait au devant de
toutes les voitures qui venaient de Paris, en criant: _Vive
Bonaparte!_--Le Premier Consul parut enfin, et fit le chemin jusqu'à
Lyon, au milieu de transports continuels d'enthousiasme. Il y entra le
soir, accompagné de sa femme, de ses enfants adoptifs, de ses
aides-de-camp, et fut reçu par les ministres, les autorités civiles et
militaires, une députation italienne, l'état-major d'Égypte, et la
jeunesse lyonnaise à cheval. La ville, illuminée tout entière, était
resplendissante comme en plein jour. On le fit passer sous un
arc-de-triomphe, que surmontait un noble emblème de la France
consulaire: c'était un lion endormi. Il descendit à l'Hôtel-de-Ville,
qu'on avait disposé convenablement pour lui servir d'habitation.
[En marge: Le Premier Consul proclamé Président de la République
italienne.]
Le lendemain, le Premier Consul employa la journée à recevoir toutes
les députations départementales, et après elles la _Consulte_
italienne, qui comptait quatre cent cinquante membres présents sur
quatre cent cinquante-deux, exemple d'exactitude bien rare, si on
considère le nombre des personnes, la saison, et les distances: et
encore l'un des deux absents était-il le respectable archevêque de
Milan, qui venait de mourir d'une attaque d'apoplexie chez M. de
Talleyrand. Les Italiens, auxquels le Premier Consul parlait leur
langue, étaient charmés de le revoir, et de trouver en lui un Français
et un Italien tout à la fois. On procéda les jours suivants aux
derniers travaux de la _Consulte_. Les modifications proposées à la
Constitution avaient été agréées par le Premier Consul; les listes de
candidats étaient arrêtées. On imagina de composer un comité de trente
membres, pris dans la _Consulte_ tout entière, pour discuter avec le
Premier Consul la longue série des choix qui étaient à faire. Ce
travail prit plusieurs jours, pendant lesquels le Premier Consul,
après avoir employé une partie de ses journées à voir et à entretenir
les Italiens, s'occupait en même temps des affaires de France,
recevait les préfets, les députations départementales, entendait
l'expression de leurs voeux et de leurs besoins, et apprenait à
connaître de ses propres yeux l'état vrai de la République.
L'enthousiasme allait chaque jour croissant, et c'est au milieu de cet
entraînement général, que les Français et les Italiens se
communiquaient les uns aux autres, que fut produite l'idée de nommer
le Premier Consul Président de la République Cisalpine. MM.
Marescalchi, Petiet, Murat, de Talleyrand, voyaient tous les jours les
membres du comité des Trente, et conféraient avec eux sur le choix
d'un Président. Quand on les jugea bien embarrassés, bien divisés sur
ce choix, qui était en effet très-difficile à faire, on leur laissa
entrevoir une manière de sortir d'embarras, en donnant au personnage
italien qui serait préféré la simple qualité de vice-président, et en
couvrant son insuffisance de la gloire du Premier Consul, qui serait
nommé Président. Cette idée si simple, encore plus utile à la
Cisalpine, à son existence, à la bonne administration de ses affaires,
qu'à la grandeur du Premier Consul, fut trouvée excellente, mais à la
condition toutefois d'un vice-président italien. On décida le citoyen
Melzi à se charger de la vice-présidence, sous le Premier Consul. Tout
étant prêt, un des membres du comité des Trente, fit cette proposition
au comité. Elle fut reçue avec joie, et convertie sur-le-champ en
projet de décret. On ne perdit pas de temps, et le lendemain 25
janvier (5 pluviôse) le projet fut présenté à la _Consulte_ assemblée.
Elle l'accueillit avec acclamation, et proclama NAPOLÉON BONAPARTE
Président de la République italienne. C'est la première fois qu'on
voit ces deux noms de NAPOLÉON et de BONAPARTE, réunis l'un à l'autre.
Le général devait joindre au titre de Premier Consul de la République
française, le titre de Président de la République italienne. Une
députation lui fut envoyée pour lui en exprimer le voeu.
[Illustration: Revue à Lyon de l'armée d'Égypte.]
[En marge: Revue à Lyon de l'armée d'Égypte.]
Pendant que cette délibération avait lieu, le général des armées
d'Italie et d'Égypte passait la revue de ses anciens soldats. Les
demi-brigades de l'armée d'Égypte, qu'on avait eu le temps de réunir,
avaient été jointes à la garde consulaire, à de nombreux détachements
de troupes, et à la milice lyonnaise. Ce jour-là, les brumes de
l'hiver s'étaient dissipées un instant, et, par un soleil étincelant
et un froid rigoureux, le général Bonaparte parcourait le front de ces
vieilles bandes, qui le recevaient avec d'incroyables transports de
joie. Les soldats d'Égypte et d'Italie, charmés de retrouver si grand
ce fils de leurs oeuvres, le saluaient de leurs cris, et tenaient à
lui persuader qu'ils n'avaient pas cessé d'être dignes de lui, quoique
conduits un moment par des chefs indignes d'eux. Il faisait sortir de
vieux grenadiers hors des rangs, leur parlait des combats auxquels ils
avaient assisté, des blessures qu'ils avaient reçues; il reconnaissait
çà et là des officiers qu'il avait vus en plus d'une rencontre, leur
serrait la main à tous, et les remplissait d'une sorte d'ivresse, dont
lui-même ne pouvait se défendre, en présence de ces braves gens, qui
l'avaient aidé par leur dévouement à produire les merveilles dont il
jouissait, et dont la France jouissait avec lui. Cette scène se
passait sur les ruines de la place Bellecour, et en effaçait la
tristesse, comme la gloire efface le malheur.
C'est en rentrant à l'hôtel-de-ville après cette revue, que le Premier
Consul trouva la députation de la _Consulte_, reçut son voeu, déclara
qu'il l'agréait, et qu'il répondrait le lendemain à ce nouvel acte de
confiance de la nation italienne.
Le lendemain, 26 janvier (6 pluviôse), il se rendit dans le local
destiné aux séances générales de la _Consulte_. C'était dans une
grande église, disposée et décorée pour cet usage. Tout s'y passa
comme dans une séance royale, soit en France, soit en Angleterre. Le
Premier Consul, entouré de sa famille, des ministres français, d'un
grand nombre de généraux et de préfets, était placé sur une estrade.
Il fit en langue italienne, qu'il prononçait parfaitement, un discours
simple et précis, dans lequel il annonça son acceptation, ses vues
pour le gouvernement et la prospérité de la nouvelle République, et
proclama les principaux choix qu'il avait faits, conformément aux
voeux de la _Consulte_. Ses paroles furent couvertes par les cris de
_Vive Bonaparte! Vive le Premier Consul de la République française!
Vive le Président de la République italienne!_ On lut ensuite la
Constitution, et la liste des citoyens de tous les rangs qui devaient
contribuer à la mettre en activité. Une longue acclamation exprima
l'accord des volontés, entre le peuple italien et le héros qui l'avait
affranchi. Cette séance fut solennelle et imposante; elle commençait
dignement l'existence de la nouvelle république qui devait s'appeler
désormais RÉPUBLIQUE ITALIENNE. Cette fois, comme tant d'autres, il ne
fallait souhaiter au général Bonaparte qu'une chose: c'est que le
génie qui conserve accompagnât, chez ce favori de la fortune, le génie
qui crée.
Le Premier Consul était depuis vingt jours à Lyon. Le gouvernement de
la France réclamait sa présence à Paris, et il avait à donner les
derniers ordres pour la signature de la paix définitive, qui se
négociait au congrès d' Amiens. Pendant ce temps, le consul Cambacérès
et le Sénat travaillaient à le débarrasser des opposants inconsidérés,
qui l'avaient contrarié si violemment, dans le moment de sa carrière
où il a le moins mérité de l'être. Il allait se trouver en mesure de
reprendre cette longue série de travaux, qui faisaient le bonheur et
la grandeur de la France. Il était donc pressé de revenir à Paris,
reprendre ses occupations accoutumées, et y recevoir probablement,
pour prix de ses oeuvres, une grandeur nouvelle juste récompense de la
plus noble, de la plus féconde ambition qui fût jamais.
[En marge: Retour du Premier Consul à Paris.]
Il partit le 28 janvier (8 pluviôse) laissant les Italiens
enthousiasmés et remplis d'espérance, laissant les Lyonnais enchantés
d'avoir possédé quelques jours l'homme extraordinaire qui remplissait
le monde de son nom, et qui montrait pour leurs ville une prédilection
si marquée. Il avait reçu de l'empereur Alexandre une réponse à une
lettre, dans laquelle il demandait à ce monarque quelques avantages
pour le commerce de Lyon. Cette lettre, qui annonçait les meilleures
dispositions de la part de la Russie, fut publiée en substance, et
produisit la plus vive satisfaction. En partant, le Premier Consul
donna trois écharpes aux trois maires de la ville de Lyon, en mémoire
de cette glorieuse visite. Les Bordelais lui avaient envoyé une
députation pour le prier de traverser leurs murs. Il leur en fit la
promesse, dès que la paix définitive lui aurait rendu un peu de
loisir. Il passa par Saint-Étienne, Nevers, et arriva le 31
janvier[22] (11 pluviôse) à Paris.
[Note 22: Nous donnons quelques extraits de la correspondance
du Premier Consul pendant son séjour à Lyon.
_Aux consuls Cambacérès et Lebrun._
Lyon, 24 nivôse an X (14 janvier 1802).
Je reçois, citoyens consuls, votre lettre du 21. Il fait ici
un froid excessif, et je passe les matinées, de midi à six
heures, à recevoir les préfets et les notables des
départements voisins. Vous savez que dans ces sortes de
conférences il faut parler long-temps.
Ce soir la ville de Lyon donne un concert et un bal. Je vais
y aller dans une heure.
Les travaux de la Consulte avancent.
Les troupes de l'armée d'Orient arrivent à force à Lyon; je
prends des mesures pour les faire habiller. Je compte en
passer la revue le 28.
Je continue à être extrêmement satisfait de tout ce que je
vois, soit du peuple de Lyon, soit du midi de la France.
Les négociations d'Amiens me paraissent avancer.
Je vous félicite de la manière dont tout marche dans vos
mains.
Joseph m'a écrit d'Amiens que le lord Cornwallis lui avait
dit que le cabinet britannique avait reçu des nouvelles de
Saint-Domingue favorables à l'armée française, que la
division s'était manifestée dans l'armée de Toussaint.
_Aux mêmes._
Lyon, 26 nivôse an X (16 janvier 1802).
J'ai reçu, citoyens consuls, vos dépêches des 22 et 23
nivôse... Les Lyonnais nous ont donné une fête
très-distinguée. Vous en trouverez ci-joint le détail, ainsi
que les vers qui ont été chantés.
Je vais très-lentement dans mes opérations, car je passe
toutes mes matinées à recevoir des députations des
départements voisins.
Il fait aujourd'hui très-beau, mais très-froid.
Le bien-être de la République est sensible depuis deux ans.
Lyon, pendant les années VIII et IX, a vu accroître sa
population de plus de vingt mille âmes, et tous les
manufacturiers que j'ai vus de Saint-Étienne, d'Annonay,
etc., m'ont dit que leurs fabriques sont en grande activité.
Toutes les têtes me paraissent pleines d'activité, non de
celle qui désorganise les empires, mais de celle qui les
recrée, et produit leur prospérité et leur richesse.
Je passerai en revue dans quelques jours près de six
demi-brigades de l'armée d'Orient.
_Au consul Cambacérès._
Lyon, 28 nivôse an X (18 janvier 1802).
Je viens, citoyen consul, de recevoir la députation de
Bordeaux. Elle m'a remis une pétition pour me solliciter de
passer dans leur ville, ce que je leur ai promis de faire,
lorsque leurs relations seraient en pleine activité avec les
Antilles et l'île de France.
Votre lettre du 25 m'a instruit des délibérations du Sénat.
Je vous prie de tenir la main à ce qu'on nous débarrasse
exactement des vingt et des soixante mauvais membres, que
nous avons dans les autorités constituées. La volonté de la
nation est que l'on n'empêche point le gouvernement de faire
le bien, et que la tête de Méduse ne se montre plus dans nos
tribunes ni dans nos assemblées.
La conduite de Sieyès dans cette circonstance prouve
parfaitement qu'après avoir concouru à la destruction de
toutes les constitutions depuis 91, il veut encore s'essayer
contre celle-ci. Il est bien extraordinaire qu'il n'en sente
pas la folie. Il devrait faire brûler un cierge à Notre-Dame
pour s'être tiré de là si heureusement, et d'une manière si
inespérée; mais plus je vieillis, et plus je m'aperçois que
chacun doit remplir son destin.
J'imagine que vous avez pris toutes les mesures pour démolir
le Châtelet.
Si le ministre de la marine a besoin des frégates du roi de
Naples, il peut s'en servir. Il serait même bien qu'il les
fît partir le plus tôt possible pour l'Amérique. Tout
s'arrangera après avec le roi de Naples.
Le froid a beaucoup diminué aujourd'hui.
Le général Jourdan, qui est arrivé aujourd'hui du Piémont,
me rend un compte assez satisfaisant de cette province.
Les opérations de la Consulte avancent, toutes leurs lois
organiques se rédigent.
J'ai conféré une partie de la matinée avec les préfets.
Je vous recommande de voir le ministre de la marine pour vous
assurer que les vivres de Saint-Domingue sont partis.
_Aux consuls Cambacérès et Lebrun._
Lyon, 30 nivôse an X (20 janvier 1802).
Je désirerais, citoyens consuls, que le ministre du Trésor
public envoyât dans la 16e division militaire le citoyen
Roger, pour y vérifier la comptabilité du payeur et des
principaux receveurs des départements qui composent cette
division.
Je désirerais également que le ministre du Trésor public
envoyât à Rennes un homme comme le citoyen Roger pour faire
la même opération dans la 13e division militaire.
Faites aussi partir les conseillers d'État Thibaudeau et
Fourcroy, l'un pour la 13e division militaire et l'autre pour
la 16e, pour inspecter ces divisions comme ils l'ont fait
déjà dans leur précédente mission. Une partie des plaintes
vient de ce que le ministre de la guerre n'a pas fait toucher
aux officiers l'indemnité de fourrage et de logement pour le
premier trimestre de l'an X, de ce que les receveurs gardent
long-temps les fonds et que les payeurs payent le plus tard
qu'ils peuvent. Les payeurs et les receveurs forment la plus
grande plaie de l'État...
_Aux mêmes._
Lyon, 30 nivôse an X (20 janvier 1802).
Je reçois, citoyens consuls, votre lettre du 26 et 27. À Lyon
comme à Paris, le temps s'est considérablement adouci...
J'ai vu hier différents ateliers. J'ai été satisfait de
l'industrie et de la sévère économie dont j'ai cru entrevoir
que la fabrique de Lyon use envers ses ouvriers.
Je devais aujourd'hui faire ma parade, mais je l'ai remise au
5 pluviôse, les troupes de l'armée d'Orient n'étaient pas
habillées; j'ai l'espoir, au contraire, que le 5 elles le
seront, ce qui offrira un coup d'oeil satisfaisant.
J'ai vu avec grand plaisir l'arrêté que vous avez pris sur le
Châtelet. Si les temps devenaient rigoureux, je ne crois pas
que la mesure que vous avez prise, de donner 4,000 francs par
mois pour les ateliers extraordinaires, soit suffisante.
Il serait nécessaire que vous ordonnassiez qu'indépendamment
des 100,000 francs que le ministre de l'intérieur donne par
mois aux comités de bienfaisance, on y joignît 25,000 fr.
d'extraordinaire pour distribuer du bois; et si le froid
revenait, il faudrait, comme en 89, faire allumer du feu dans
les églises et autres grands établissements, pour chauffer
beaucoup de monde.
Je compte être à Paris dans le courant de la décade. Je vous
prie de voir s'il ne serait pas convenable de mettre dans le
_Moniteur_ le dernier message au Sénat, et de mettre à la fin
deux lignes pour dire que le Sénat a nommé une commission
qui, ayant fait son rapport dans la séance du... il a décidé
qu'il procéderait au renouvellement, conformément à l'article
38 de la Constitution, etc., etc.
Plusieurs renseignements qui me sont venus me porteraient à
croire que Caprara exige que des prêtres signent des formules
ou professions de foi à peu près dans ces termes:
«Aimons d'ailleurs à faire ici une profession solennelle d'un
respect filial, d'une soumission parfaite, d'une obéissance
ponctuelle envers...»
Ces renseignements me sont venus, entre autres, de
Maëstricht. Je vous prie d'en conférer avec Portalis. Cette
formule paraît bien inconcevable.
_Aux mêmes._
Lyon, 2 pluviôse an X (22 janvier 1802).
Je n'ai reçu, citoyens consuls, votre lettre du 29 nivôse
qu'aujourd'hui à trois heures après midi. Le dégel et les
inondations ont retardé de quelques heures votre courrier.
Le service des fourrages est entièrement désorganisé dans le
département de la Drôme; il faudrait retenir 10,000 francs
sur l'ordonnance de pluviôse, jusqu'à ce que ce service soit
au courant.
Les hôpitaux civils, auxquels il n'est accordé que 14 sous
pour les journées des militaires malades, se plaignent de
n'avoir encore rien reçu pour l'an X. Celui de Valence
réclame même, avec l'an X, le mois de fructidor an IX.
Le travail de l'organisation des troupes piémontaises, que
j'ai signé il y a plus d'un mois, n'est pas encore arrivé à
Turin, ce qui met de l'incertitude parmi ces troupes. En
général, il y a du retard et pas d'activité dans le
département de la guerre; c'est l'opinion de tous ceux qui
ont affaire avec ce département.
Il est indispensable que le ministre de la guerre envoie un
ancien et bon ordonnateur à Turin...
Toutes les principales dispositions de la Consulte sont
arrêtées. Je compte toujours être dans le courant de la
décade à Paris.
Il serait à désirer que le Sénat nommât une douzaine de
préfets, soit au Tribunat, soit au Corps Législatif. Celui du
Mont-Blanc serait du nombre.
Je désirerais que vous fissiez mettre dans les journaux
plusieurs articles pour relever l'escroquerie de Fouilloux,
et tourner en ridicule les gobe-mouches étrangers qui
répandaient des bruits absurdes, tous fondés sur le bulletin
manuscrit d'un petit escroc qui n'avait pas de quoi dîner et
qui les a dupés. Il est bon de revenir plusieurs fois sur cet
objet.
_Aux mêmes._
Lyon, 5 pluviôse an X (25 janvier 1802).
Je reçois, citoyens consuls, votre lettre du 2 pluviôse.
J'ai eu aujourd'hui parade à la place Bellecour. La journée a
été superbe. Le soleil était comme au mois de floréal.
La Consulte a nommé un comité de trente individus qui lui a
fait un rapport, que, vu les circonstances intérieures et
extérieures de la Cisalpine, il était indispensable de me
laisser gérer la première magistrature, jusqu'à ce que les
circonstances permettent, et que je juge convenable de nommer
un successeur. Demain je compte me rendre à la Consulte
réunie. On y lira la Constitution, les nominations, et tout
sera terminé. Je serai à Paris décadi...
_Aux mêmes._
Lyon, 6 pluviôse an X (26 janvier 1802).
J'ai reçu, citoyens consuls, votre lettre du 3 pluviôse. Je
crois qu'il est bon d'attendre la signature de la paix à
Amiens, avant de lever l'état de siége de la ville de Brest.
À deux heures je me suis rendu dans la salle des séances de
la Consulte extraordinaire; j'y ai prononcé en italien un
petit discours, dont vous trouverez ci-joint la traduction
française. On y a lu la Constitution, la première loi
organique, une relative au clergé. Les différentes
nominations ont été proclamées.
Je vous enverrai demain le procès-verbal de toute la
Consulte, dans lequel se trouvera la Constitution. Les deux
ministres, quatre conseillers d'État, vingt préfets, des
généraux et officiers supérieurs m'ont accompagné. Cette
séance a eu de la majesté, une grande unanimité, et j'espère
du Congrès de Lyon tout le résultat que j'en attendais.
Je crois qu'il est inutile, si l'on ne fait pas courir de
faux bruits sur le congrès de Lyon, que vous publiiez rien
avant l'arrivée du courrier que je vous expédierai demain. Ce
ne serait que dans le cas où l'on aurait répandu que la
Consulte m'a nommé Président, que vous pourriez faire
imprimer les deux pièces ci-jointes, qui font connaître la
véritable tournure qu'ont prise les choses.
Je passerai la journée de demain à Lyon pour terminer tout,
et je partirai dans la nuit. Je serai décadi à Paris...]
FIN DU LIVRE TREIZIÈME.
LIVRE QUATORZIÈME.
CONSULAT À VIE.