On s'en tint là, et on ne dit pas un mot de la présidence. Mais il

fallait disposer les Italiens à venir à Lyon, et ce fût l'objet d'une

nouvelle communication aux membres du gouvernement provisoire. On leur

fit sentir la difficulté de constituer la République Cisalpine en

restant à Paris, de faire sept à huit cents choix, loin des hommes et

des lieux; la difficulté en même temps pour le Premier Consul de se

rendre de Paris à Milan, l'avantage au contraire de partager la

distance, de réunir les Italiens en corps à Lyon, et d'y faire venir

le Premier Consul; de former là une sorte de grande diète italienne,

où la République nouvelle serait constituée, avec un appareil et un

éclat qui donneraient plus de solennité à l'engagement que le Premier

Consul prenait, en la créant, de la maintenir et de la défendre. Cette

idée avait quelque chose de grand, qui devait plaire à des

imaginations italiennes. Elle réussit comme toutes les idées qu'on

avait mises en avant, et fut sur-le-champ adoptée. Un projet était

déjà préparé, et il fut converti en décret du gouvernement provisoire.

On choisit des députations dans le clergé, la noblesse, la grande

propriété, le commerce, les universités, les tribunaux, les gardes

nationales. Quatre cent cinquante-deux personnes furent désignées, au

nombre desquelles se trouvaient des prélats vénérables, chargés

d'années, dont quelques-uns même devaient succomber aux fatigues du

voyage. Ils partirent au mois de décembre, et traversèrent les Alpes

par un des hivers les plus rigoureux qu'on eût essuyés depuis

long-temps. Tous voulaient assister à cette proclamation de

l'indépendance de leur patrie, par le héros qui l'avait affranchie.

Les routes du Milanais, de la Suisse, du Jura étaient encombrées. Le

Premier Consul, qui pensait à tout, avait donné des ordres pour que

rien ne manquât, tant sur les routes qu'à Lyon même, à ces

représentants de la nationalité italienne, qui venaient par leur

présence lui rappeler ses premiers et ses plus beaux triomphes. Le

préfet du Rhône avait fait d'immenses préparatifs pour les recevoir,

et disposé de grandes et belles salles pour les solennités qui

devaient avoir lieu. Une partie de la garde consulaire avait été

envoyée à Lyon. L'armée d'Égypte, autrefois armée d'Italie, et

récemment débarquée, venait d'y arriver aussi. On se hâtait de la

vêtir magnifiquement, et d'une manière conforme au climat de la

France, qui semblait tout nouveau à ces soldats brunis par le soleil

de l'Égypte, et transformés en véritables africains. La jeunesse

lyonnaise avait été réunie, et formée en un corps de cavalerie, aux

armes et aux couleurs de l'antique cité lyonnaise. M. de Talleyrand et

M. Chaptal, ministre de l'intérieur, avaient précédé le Premier

Consul, pour recevoir les membres de la _Consulte_. Le général Murat,

M. Petiet étaient accourus de Milan, M. Marescalchi de Paris, au

rendez-vous commun. Les préfets, les autorités de vingt départements

étaient accumulés à Lyon. Le Premier Consul se fit attendre, à cause

du congrès d'Amiens, dont les négociations avaient exigé sa présence à

Paris quelques jours de plus. Les députés italiens commençaient à

s'impatienter. Pour les occuper, on les divisa en cinq sections, une

par province du nouvel État, et on leur soumit le projet de

Constitution. Ils firent des observations utiles, que M. de Talleyrand

avait ordre d'écouter, de peser, et d'admettre, sans toutefois porter

atteinte aux principes fondamentaux du projet. Sauf quelques

dispositions de détail qui furent modifiées, la nouvelle Constitution

obtint l'assentiment général. On proposa aussi aux députés cisalpins,

pour tromper leur impatience, de faire des listes de candidats, afin

d'aider le Premier Consul dans les choix nombreux qu'il avait à faire.

Ce dépouillement de noms remplit utilement leur temps.

[En marge: Arrivée du Premier Consul à Lyon.]

Le Premier Consul arriva le 11 janvier 1802 (21 nivôse). La population

des campagnes, assemblée sur les routes, l'attendait jour et nuit.

Elle était réunie autour de grands feux, et accourait au devant de

toutes les voitures qui venaient de Paris, en criant: _Vive

Bonaparte!_--Le Premier Consul parut enfin, et fit le chemin jusqu'à

Lyon, au milieu de transports continuels d'enthousiasme. Il y entra le

soir, accompagné de sa femme, de ses enfants adoptifs, de ses

aides-de-camp, et fut reçu par les ministres, les autorités civiles et

militaires, une députation italienne, l'état-major d'Égypte, et la

jeunesse lyonnaise à cheval. La ville, illuminée tout entière, était

resplendissante comme en plein jour. On le fit passer sous un

arc-de-triomphe, que surmontait un noble emblème de la France

consulaire: c'était un lion endormi. Il descendit à l'Hôtel-de-Ville,

qu'on avait disposé convenablement pour lui servir d'habitation.

[En marge: Le Premier Consul proclamé Président de la République

italienne.]

Le lendemain, le Premier Consul employa la journée à recevoir toutes

les députations départementales, et après elles la _Consulte_

italienne, qui comptait quatre cent cinquante membres présents sur

quatre cent cinquante-deux, exemple d'exactitude bien rare, si on

considère le nombre des personnes, la saison, et les distances: et

encore l'un des deux absents était-il le respectable archevêque de

Milan, qui venait de mourir d'une attaque d'apoplexie chez M. de

Talleyrand. Les Italiens, auxquels le Premier Consul parlait leur

langue, étaient charmés de le revoir, et de trouver en lui un Français

et un Italien tout à la fois. On procéda les jours suivants aux

derniers travaux de la _Consulte_. Les modifications proposées à la

Constitution avaient été agréées par le Premier Consul; les listes de

candidats étaient arrêtées. On imagina de composer un comité de trente

membres, pris dans la _Consulte_ tout entière, pour discuter avec le

Premier Consul la longue série des choix qui étaient à faire. Ce

travail prit plusieurs jours, pendant lesquels le Premier Consul,

après avoir employé une partie de ses journées à voir et à entretenir

les Italiens, s'occupait en même temps des affaires de France,

recevait les préfets, les députations départementales, entendait

l'expression de leurs voeux et de leurs besoins, et apprenait à

connaître de ses propres yeux l'état vrai de la République.

L'enthousiasme allait chaque jour croissant, et c'est au milieu de cet

entraînement général, que les Français et les Italiens se

communiquaient les uns aux autres, que fut produite l'idée de nommer

le Premier Consul Président de la République Cisalpine. MM.

Marescalchi, Petiet, Murat, de Talleyrand, voyaient tous les jours les

membres du comité des Trente, et conféraient avec eux sur le choix

d'un Président. Quand on les jugea bien embarrassés, bien divisés sur

ce choix, qui était en effet très-difficile à faire, on leur laissa

entrevoir une manière de sortir d'embarras, en donnant au personnage

italien qui serait préféré la simple qualité de vice-président, et en

couvrant son insuffisance de la gloire du Premier Consul, qui serait

nommé Président. Cette idée si simple, encore plus utile à la

Cisalpine, à son existence, à la bonne administration de ses affaires,

qu'à la grandeur du Premier Consul, fut trouvée excellente, mais à la

condition toutefois d'un vice-président italien. On décida le citoyen

Melzi à se charger de la vice-présidence, sous le Premier Consul. Tout

étant prêt, un des membres du comité des Trente, fit cette proposition

au comité. Elle fut reçue avec joie, et convertie sur-le-champ en

projet de décret. On ne perdit pas de temps, et le lendemain 25

janvier (5 pluviôse) le projet fut présenté à la _Consulte_ assemblée.

Elle l'accueillit avec acclamation, et proclama NAPOLÉON BONAPARTE

Président de la République italienne. C'est la première fois qu'on

voit ces deux noms de NAPOLÉON et de BONAPARTE, réunis l'un à l'autre.

Le général devait joindre au titre de Premier Consul de la République

française, le titre de Président de la République italienne. Une

députation lui fut envoyée pour lui en exprimer le voeu.

[Illustration: Revue à Lyon de l'armée d'Égypte.]

[En marge: Revue à Lyon de l'armée d'Égypte.]

Pendant que cette délibération avait lieu, le général des armées

d'Italie et d'Égypte passait la revue de ses anciens soldats. Les

demi-brigades de l'armée d'Égypte, qu'on avait eu le temps de réunir,

avaient été jointes à la garde consulaire, à de nombreux détachements

de troupes, et à la milice lyonnaise. Ce jour-là, les brumes de

l'hiver s'étaient dissipées un instant, et, par un soleil étincelant

et un froid rigoureux, le général Bonaparte parcourait le front de ces

vieilles bandes, qui le recevaient avec d'incroyables transports de

joie. Les soldats d'Égypte et d'Italie, charmés de retrouver si grand

ce fils de leurs oeuvres, le saluaient de leurs cris, et tenaient à

lui persuader qu'ils n'avaient pas cessé d'être dignes de lui, quoique

conduits un moment par des chefs indignes d'eux. Il faisait sortir de

vieux grenadiers hors des rangs, leur parlait des combats auxquels ils

avaient assisté, des blessures qu'ils avaient reçues; il reconnaissait

çà et là des officiers qu'il avait vus en plus d'une rencontre, leur

serrait la main à tous, et les remplissait d'une sorte d'ivresse, dont

lui-même ne pouvait se défendre, en présence de ces braves gens, qui

l'avaient aidé par leur dévouement à produire les merveilles dont il

jouissait, et dont la France jouissait avec lui. Cette scène se

passait sur les ruines de la place Bellecour, et en effaçait la

tristesse, comme la gloire efface le malheur.

C'est en rentrant à l'hôtel-de-ville après cette revue, que le Premier

Consul trouva la députation de la _Consulte_, reçut son voeu, déclara

qu'il l'agréait, et qu'il répondrait le lendemain à ce nouvel acte de

confiance de la nation italienne.

Le lendemain, 26 janvier (6 pluviôse), il se rendit dans le local

destiné aux séances générales de la _Consulte_. C'était dans une

grande église, disposée et décorée pour cet usage. Tout s'y passa

comme dans une séance royale, soit en France, soit en Angleterre. Le

Premier Consul, entouré de sa famille, des ministres français, d'un

grand nombre de généraux et de préfets, était placé sur une estrade.

Il fit en langue italienne, qu'il prononçait parfaitement, un discours

simple et précis, dans lequel il annonça son acceptation, ses vues

pour le gouvernement et la prospérité de la nouvelle République, et

proclama les principaux choix qu'il avait faits, conformément aux

voeux de la _Consulte_. Ses paroles furent couvertes par les cris de

_Vive Bonaparte! Vive le Premier Consul de la République française!

Vive le Président de la République italienne!_ On lut ensuite la

Constitution, et la liste des citoyens de tous les rangs qui devaient

contribuer à la mettre en activité. Une longue acclamation exprima

l'accord des volontés, entre le peuple italien et le héros qui l'avait

affranchi. Cette séance fut solennelle et imposante; elle commençait

dignement l'existence de la nouvelle république qui devait s'appeler

désormais RÉPUBLIQUE ITALIENNE. Cette fois, comme tant d'autres, il ne

fallait souhaiter au général Bonaparte qu'une chose: c'est que le

génie qui conserve accompagnât, chez ce favori de la fortune, le génie

qui crée.

Le Premier Consul était depuis vingt jours à Lyon. Le gouvernement de

la France réclamait sa présence à Paris, et il avait à donner les

derniers ordres pour la signature de la paix définitive, qui se

négociait au congrès d' Amiens. Pendant ce temps, le consul Cambacérès

et le Sénat travaillaient à le débarrasser des opposants inconsidérés,

qui l'avaient contrarié si violemment, dans le moment de sa carrière

où il a le moins mérité de l'être. Il allait se trouver en mesure de

reprendre cette longue série de travaux, qui faisaient le bonheur et

la grandeur de la France. Il était donc pressé de revenir à Paris,

reprendre ses occupations accoutumées, et y recevoir probablement,

pour prix de ses oeuvres, une grandeur nouvelle juste récompense de la

plus noble, de la plus féconde ambition qui fût jamais.

[En marge: Retour du Premier Consul à Paris.]

Il partit le 28 janvier (8 pluviôse) laissant les Italiens

enthousiasmés et remplis d'espérance, laissant les Lyonnais enchantés

d'avoir possédé quelques jours l'homme extraordinaire qui remplissait

le monde de son nom, et qui montrait pour leurs ville une prédilection

si marquée. Il avait reçu de l'empereur Alexandre une réponse à une

lettre, dans laquelle il demandait à ce monarque quelques avantages

pour le commerce de Lyon. Cette lettre, qui annonçait les meilleures

dispositions de la part de la Russie, fut publiée en substance, et

produisit la plus vive satisfaction. En partant, le Premier Consul

donna trois écharpes aux trois maires de la ville de Lyon, en mémoire

de cette glorieuse visite. Les Bordelais lui avaient envoyé une

députation pour le prier de traverser leurs murs. Il leur en fit la

promesse, dès que la paix définitive lui aurait rendu un peu de

loisir. Il passa par Saint-Étienne, Nevers, et arriva le 31

janvier[22] (11 pluviôse) à Paris.

[Note 22: Nous donnons quelques extraits de la correspondance

du Premier Consul pendant son séjour à Lyon.

_Aux consuls Cambacérès et Lebrun._

Lyon, 24 nivôse an X (14 janvier 1802).

Je reçois, citoyens consuls, votre lettre du 21. Il fait ici

un froid excessif, et je passe les matinées, de midi à six

heures, à recevoir les préfets et les notables des

départements voisins. Vous savez que dans ces sortes de

conférences il faut parler long-temps.

Ce soir la ville de Lyon donne un concert et un bal. Je vais

y aller dans une heure.

Les travaux de la Consulte avancent.

Les troupes de l'armée d'Orient arrivent à force à Lyon; je

prends des mesures pour les faire habiller. Je compte en

passer la revue le 28.

Je continue à être extrêmement satisfait de tout ce que je

vois, soit du peuple de Lyon, soit du midi de la France.

Les négociations d'Amiens me paraissent avancer.

Je vous félicite de la manière dont tout marche dans vos

mains.

Joseph m'a écrit d'Amiens que le lord Cornwallis lui avait

dit que le cabinet britannique avait reçu des nouvelles de

Saint-Domingue favorables à l'armée française, que la

division s'était manifestée dans l'armée de Toussaint.

_Aux mêmes._

Lyon, 26 nivôse an X (16 janvier 1802).

J'ai reçu, citoyens consuls, vos dépêches des 22 et 23

nivôse... Les Lyonnais nous ont donné une fête

très-distinguée. Vous en trouverez ci-joint le détail, ainsi

que les vers qui ont été chantés.

Je vais très-lentement dans mes opérations, car je passe

toutes mes matinées à recevoir des députations des

départements voisins.

Il fait aujourd'hui très-beau, mais très-froid.

Le bien-être de la République est sensible depuis deux ans.

Lyon, pendant les années VIII et IX, a vu accroître sa

population de plus de vingt mille âmes, et tous les

manufacturiers que j'ai vus de Saint-Étienne, d'Annonay,

etc., m'ont dit que leurs fabriques sont en grande activité.

Toutes les têtes me paraissent pleines d'activité, non de

celle qui désorganise les empires, mais de celle qui les

recrée, et produit leur prospérité et leur richesse.

Je passerai en revue dans quelques jours près de six

demi-brigades de l'armée d'Orient.

_Au consul Cambacérès._

Lyon, 28 nivôse an X (18 janvier 1802).

Je viens, citoyen consul, de recevoir la députation de

Bordeaux. Elle m'a remis une pétition pour me solliciter de

passer dans leur ville, ce que je leur ai promis de faire,

lorsque leurs relations seraient en pleine activité avec les

Antilles et l'île de France.

Votre lettre du 25 m'a instruit des délibérations du Sénat.

Je vous prie de tenir la main à ce qu'on nous débarrasse

exactement des vingt et des soixante mauvais membres, que

nous avons dans les autorités constituées. La volonté de la

nation est que l'on n'empêche point le gouvernement de faire

le bien, et que la tête de Méduse ne se montre plus dans nos

tribunes ni dans nos assemblées.

La conduite de Sieyès dans cette circonstance prouve

parfaitement qu'après avoir concouru à la destruction de

toutes les constitutions depuis 91, il veut encore s'essayer

contre celle-ci. Il est bien extraordinaire qu'il n'en sente

pas la folie. Il devrait faire brûler un cierge à Notre-Dame

pour s'être tiré de là si heureusement, et d'une manière si

inespérée; mais plus je vieillis, et plus je m'aperçois que

chacun doit remplir son destin.

J'imagine que vous avez pris toutes les mesures pour démolir

le Châtelet.

Si le ministre de la marine a besoin des frégates du roi de

Naples, il peut s'en servir. Il serait même bien qu'il les

fît partir le plus tôt possible pour l'Amérique. Tout

s'arrangera après avec le roi de Naples.

Le froid a beaucoup diminué aujourd'hui.

Le général Jourdan, qui est arrivé aujourd'hui du Piémont,

me rend un compte assez satisfaisant de cette province.

Les opérations de la Consulte avancent, toutes leurs lois

organiques se rédigent.

J'ai conféré une partie de la matinée avec les préfets.

Je vous recommande de voir le ministre de la marine pour vous

assurer que les vivres de Saint-Domingue sont partis.

_Aux consuls Cambacérès et Lebrun._

Lyon, 30 nivôse an X (20 janvier 1802).

Je désirerais, citoyens consuls, que le ministre du Trésor

public envoyât dans la 16e division militaire le citoyen

Roger, pour y vérifier la comptabilité du payeur et des

principaux receveurs des départements qui composent cette

division.

Je désirerais également que le ministre du Trésor public

envoyât à Rennes un homme comme le citoyen Roger pour faire

la même opération dans la 13e division militaire.

Faites aussi partir les conseillers d'État Thibaudeau et

Fourcroy, l'un pour la 13e division militaire et l'autre pour

la 16e, pour inspecter ces divisions comme ils l'ont fait

déjà dans leur précédente mission. Une partie des plaintes

vient de ce que le ministre de la guerre n'a pas fait toucher

aux officiers l'indemnité de fourrage et de logement pour le

premier trimestre de l'an X, de ce que les receveurs gardent

long-temps les fonds et que les payeurs payent le plus tard

qu'ils peuvent. Les payeurs et les receveurs forment la plus

grande plaie de l'État...

_Aux mêmes._

Lyon, 30 nivôse an X (20 janvier 1802).

Je reçois, citoyens consuls, votre lettre du 26 et 27. À Lyon

comme à Paris, le temps s'est considérablement adouci...

J'ai vu hier différents ateliers. J'ai été satisfait de

l'industrie et de la sévère économie dont j'ai cru entrevoir

que la fabrique de Lyon use envers ses ouvriers.

Je devais aujourd'hui faire ma parade, mais je l'ai remise au

5 pluviôse, les troupes de l'armée d'Orient n'étaient pas

habillées; j'ai l'espoir, au contraire, que le 5 elles le

seront, ce qui offrira un coup d'oeil satisfaisant.

J'ai vu avec grand plaisir l'arrêté que vous avez pris sur le

Châtelet. Si les temps devenaient rigoureux, je ne crois pas

que la mesure que vous avez prise, de donner 4,000 francs par

mois pour les ateliers extraordinaires, soit suffisante.

Il serait nécessaire que vous ordonnassiez qu'indépendamment

des 100,000 francs que le ministre de l'intérieur donne par

mois aux comités de bienfaisance, on y joignît 25,000 fr.

d'extraordinaire pour distribuer du bois; et si le froid

revenait, il faudrait, comme en 89, faire allumer du feu dans

les églises et autres grands établissements, pour chauffer

beaucoup de monde.

Je compte être à Paris dans le courant de la décade. Je vous

prie de voir s'il ne serait pas convenable de mettre dans le

_Moniteur_ le dernier message au Sénat, et de mettre à la fin

deux lignes pour dire que le Sénat a nommé une commission

qui, ayant fait son rapport dans la séance du... il a décidé

qu'il procéderait au renouvellement, conformément à l'article

38 de la Constitution, etc., etc.

Plusieurs renseignements qui me sont venus me porteraient à

croire que Caprara exige que des prêtres signent des formules

ou professions de foi à peu près dans ces termes:

«Aimons d'ailleurs à faire ici une profession solennelle d'un

respect filial, d'une soumission parfaite, d'une obéissance

ponctuelle envers...»

Ces renseignements me sont venus, entre autres, de

Maëstricht. Je vous prie d'en conférer avec Portalis. Cette

formule paraît bien inconcevable.

_Aux mêmes._

Lyon, 2 pluviôse an X (22 janvier 1802).

Je n'ai reçu, citoyens consuls, votre lettre du 29 nivôse

qu'aujourd'hui à trois heures après midi. Le dégel et les

inondations ont retardé de quelques heures votre courrier.

Le service des fourrages est entièrement désorganisé dans le

département de la Drôme; il faudrait retenir 10,000 francs

sur l'ordonnance de pluviôse, jusqu'à ce que ce service soit

au courant.

Les hôpitaux civils, auxquels il n'est accordé que 14 sous

pour les journées des militaires malades, se plaignent de

n'avoir encore rien reçu pour l'an X. Celui de Valence

réclame même, avec l'an X, le mois de fructidor an IX.

Le travail de l'organisation des troupes piémontaises, que

j'ai signé il y a plus d'un mois, n'est pas encore arrivé à

Turin, ce qui met de l'incertitude parmi ces troupes. En

général, il y a du retard et pas d'activité dans le

département de la guerre; c'est l'opinion de tous ceux qui

ont affaire avec ce département.

Il est indispensable que le ministre de la guerre envoie un

ancien et bon ordonnateur à Turin...

Toutes les principales dispositions de la Consulte sont

arrêtées. Je compte toujours être dans le courant de la

décade à Paris.

Il serait à désirer que le Sénat nommât une douzaine de

préfets, soit au Tribunat, soit au Corps Législatif. Celui du

Mont-Blanc serait du nombre.

Je désirerais que vous fissiez mettre dans les journaux

plusieurs articles pour relever l'escroquerie de Fouilloux,

et tourner en ridicule les gobe-mouches étrangers qui

répandaient des bruits absurdes, tous fondés sur le bulletin

manuscrit d'un petit escroc qui n'avait pas de quoi dîner et

qui les a dupés. Il est bon de revenir plusieurs fois sur cet

objet.

_Aux mêmes._

Lyon, 5 pluviôse an X (25 janvier 1802).

Je reçois, citoyens consuls, votre lettre du 2 pluviôse.

J'ai eu aujourd'hui parade à la place Bellecour. La journée a

été superbe. Le soleil était comme au mois de floréal.

La Consulte a nommé un comité de trente individus qui lui a

fait un rapport, que, vu les circonstances intérieures et

extérieures de la Cisalpine, il était indispensable de me

laisser gérer la première magistrature, jusqu'à ce que les

circonstances permettent, et que je juge convenable de nommer

un successeur. Demain je compte me rendre à la Consulte

réunie. On y lira la Constitution, les nominations, et tout

sera terminé. Je serai à Paris décadi...

_Aux mêmes._

Lyon, 6 pluviôse an X (26 janvier 1802).

J'ai reçu, citoyens consuls, votre lettre du 3 pluviôse. Je

crois qu'il est bon d'attendre la signature de la paix à

Amiens, avant de lever l'état de siége de la ville de Brest.

À deux heures je me suis rendu dans la salle des séances de

la Consulte extraordinaire; j'y ai prononcé en italien un

petit discours, dont vous trouverez ci-joint la traduction

française. On y a lu la Constitution, la première loi

organique, une relative au clergé. Les différentes

nominations ont été proclamées.

Je vous enverrai demain le procès-verbal de toute la

Consulte, dans lequel se trouvera la Constitution. Les deux

ministres, quatre conseillers d'État, vingt préfets, des

généraux et officiers supérieurs m'ont accompagné. Cette

séance a eu de la majesté, une grande unanimité, et j'espère

du Congrès de Lyon tout le résultat que j'en attendais.

Je crois qu'il est inutile, si l'on ne fait pas courir de

faux bruits sur le congrès de Lyon, que vous publiiez rien

avant l'arrivée du courrier que je vous expédierai demain. Ce

ne serait que dans le cas où l'on aurait répandu que la

Consulte m'a nommé Président, que vous pourriez faire

imprimer les deux pièces ci-jointes, qui font connaître la

véritable tournure qu'ont prise les choses.

Je passerai la journée de demain à Lyon pour terminer tout,

et je partirai dans la nuit. Je serai décadi à Paris...]

FIN DU LIVRE TREIZIÈME.

LIVRE QUATORZIÈME.

CONSULAT À VIE.

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 03 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 27 / 39 段