WOLCOTT.]

J'ai détaillé ailleurs la victoire d'Uncas sur Miantonimo, et la manière

dont il le fit périr. Depuis cette catastrophe les Mohicans n'eurent

plus de repos. Sans cesse Pessacus et Ninigret se jettaient sur leurs

habitations. Assiégé jusques dans son fort, Uncas ne fut délivré que par

les forces réunies de Connecticut et de New-Haven. Les Mohacks le

réduisirent de nouveau à l'extrémité. Bloqué une troisième fois, il fut

sauvé par un nommé Leffingweld, homme de tête et de main, qui s'aventura

sur la rivière Thames, et ravitailla la place. Si Miantonimo et

Sequassem ne purent faire assassiner l'adroit mohican, le poison, les

calomnies mêmes n'eurent pas plus de succès. Sequassem, qui tenta

vainement de tuer le gouverneur Haynes, l'accusa de ce complot; mais

Ouatalibrock, sauvage Ouaranoke, éclaircit toute l'affaire, et le vrai

coupable s'enfuit chez les Mohacks. Uncas demeuré le mignon des Anglais,

envoya son fils Onecho contre Philippe. Mais il ne se montra pas

favorable au Christianisme. Je crains fort, écrivait un M. Gookin, que

le grand obstacle, qu'éprouve le Révérend Fitche ne vienne d'Uncas,

vieillard méchant et têtu, ivrogne et livré à tous les vices. Ce

jugement bien peu favorable des qualités morales du Sachem est confirmé

par une multitude de faits. Obechiquod, Pequot, prouve qu'il a enlevé sa

femme, et la recouvre. Sanops, un autre sauvage, l'accuse du même crime.

Les preuves de ses fraudes sont encore plus abondantes. Miantonimo

prouve qu'il a soustrait des prisonniers sous couleur qu'ils sont

Mohicans. Il se déshonore par ses cruautés envers le Pequots soumis à

son autorité. Ainsi, ayant perdu un enfant, il affecta de faire un riche

présent à sa femme pour la consoler, et força ces malheureux d'en faire

autant. Accusé de leur avoir quarante fois extorqué du blé, et d'avoir

voulu tuer leurs guerriers, il se défend avec son habileté ordinaire,

par l'intermédiaire de Foxon, son orateur, en jetant le blâme sur Ouëque

son frère. Il disait que ce traître, pour porter les Pequots à la

révolte, leur annonçait qu'il avait l'ordre de les faire passer par les

armes. Il ajoutait que s'il n'avait pas souffert que les Pequots

portassent leur blé aux colons, ce n'était que parce que Tassaquamot,

frère de Sassacus, ne le fesait que par insubordination. Si ces raisons

ne parurent pas absolument spécieuses, et le Sachem Ouëque était bien

vraiment un homme turbulent. Il le prouva en dépouillant à la tête de

cinquante guerriers la tribu des Mopmets, alliée du gouvernement. On se

borna à avertir Uncas de réprimer plus efficacement l'ardeur guerrière

de ses vassaux. Il n'en devint pas plus pacifique. Après avoir ravagé le

pays des Roratucks, il se joignit à Ninigret contre les Sachems de

Long-Island, et défit Arrahamet, Sachem de Mussauko. Voici une ruse dont

il se servit. Ayant pénétré dans cette tribu, et tué quelques guerriers,

il y laissa la marque des Mohacks. Tandis que le Sachem se mettait à la

poursuite des prétendus Iroquois vers le Nord-ouest il rentra dans les

forts et détruisit tout ce qui y était. La source de cette étrange série

de rapines et de guerres, de fraudes et d'adultères, se trouve dans des

appétits vicieux qui ne connaissaient aucun frein. Miantonimo semble

craindre de combattre ses semblables, s'il va en personne contre

Sassacus. Uncas, placé vis-à-vis de ce Sachem, à peu près comme un

d'Orléans vis-à-vis de Louis XVI, ne saurait laisser échapper un seul

Pequot. Sassacus n'a pas plutôt péri, qu'il accuse Ninigret d'être de

complot avec les Hollandais, et va jusqu'à intercepter un canot où il

prétend en découvrir les preuves. Il fait mille attaques directes contre

Mexham. Massassoit avait été le protecteur des Anglais: Uncas se

contente d'être leur courtisan et leur esclave, semblable à ces rois qui

paraissaient avec tant de honte devant le sénat romain, baisant en

entrant le seuil de la porte. On s'explique la partialité des Bretons

pour un tel homme. Il leur céda tout son territoire hors le terrein

qu'habitait sa tribu, qui conserve encore trois cents acres de terre

près de Norwich. Pour me résumer, Uncas paraît éloquent et sagace, mais

plus astucieux encore. Chez lui point de patriotisme, point de

générosité, mais tous les vices. Je le comparerais à Ulysse mieux que M.

Dainville ne lui a comparé Garrangulé; mais le Grec avait moins de

défauts. Uncas n'avait-il donc aucune qualité? il n'est point de coeur

si méchant qu'il n'en recèle quelqu'une.

Isaiah Uncas, dernier Sachem des Mohicans, étudia sous le Docteur

Whelock, dans la célèbre école de Lebanon. L'épitaphe suivante prise par

le Président Stites, sur le monument qui se voit sur le territoire

sauvage, indique la fin de la généalogie de cette célèbre famille:

Here lies the body of Sunseeto

Own son to Uncas, grandson to Onecho

Who were the famous Sachem of Mohegan,

But now they are all dead, I think it is Wherheeghen![98]

[Note 98: Ce mot signifie cela vaut mieux.]

Biographie des Sagamos illustres de l'Amérique Septentrionale (1848) · 第 57 / 110 题