«....... Le temps et le chagrin
«Ont desséché son coeur, aigri son caractère.
«N'importe, il faut le voir, s'offrir à sa colère;
«Conduisez-nous vers lui......»
Ancienne comédie.
La personne qui entra était M. Ratcliffe; Ellieslaw, dans le
trouble qui l'agitait, ayant oublié de révoquer les ordres qu'il
avait donnés pour le faire venir.
--Vous désirez me voir, monsieur, dit-il en ouvrant la porte; et
ne voyant qu'Isabelle:--Miss Vere est seule! S'écria-t-il; à
genoux! en pleurs!
--Laissez-moi, monsieur Ratcliffe, laissez-moi!
--Non! de par le ciel, répondit Ratcliffe: j'ai demandé plusieurs
fois la permission de prendre congé de vous; on me l'a refusée; le
hasard m'a mieux servi que mes prières. Excusez-moi donc; mais
j'ai un devoir important dont je dois m'acquitter envers vous.
--Je ne puis vous écouter, monsieur Ratcliffe, je ne puis vous
parler! ma tête n'est plus à moi. Recevez mes adieux, et laissez-moi,
pour l'amour du ciel.
--Dites-moi seulement s'il est vrai que ce monstrueux mariage
doive avoir lieu..., et cela, ce soir même? J'ai entendu les
domestiques en parler. J'ai entendu donner l'ordre de disposer la
chapelle.
--Épargnez-moi, de grâce, monsieur Ratcliffe: vous pouvez juger,
d'après l'état où vous me voyez, combien une pareille question est
cruelle!
--Mariée! à sir Frédéric Langley! cette nuit même...!
--Cela ne se peut...--Cela ne doit pas être...--Cela ne sera
pas.
--Il faut que cela soit, monsieur Ratcliffe! la vie de mon père
en dépend.
--J'entends!--Vous vous sacrifiez pour sauver celui qui...;
mais que les vertus de la fille fassent oublier les fautes du
père. En vingt-quatre heures j'aurais plus d'un moyen pour
empêcher ce mariage. Mais le temps presse: quelques heures vont
décider le malheur de votre vie, et je n'y trouve qu'un seul
remède..,--Il faut, miss Vere, que vous imploriez la protection
du seul être humain qui a le pouvoir de conjurer les maux qu'on
vous prépare.
--Et qui peut être doué d'un tel pouvoir sur la terre? dit miss
Vere respirant à peine.
--Ne tressaillez pas quand je vous l'aurai nommé, dit Ratcliffe
en s'approchant d'elle et en baissant la voix c'est celui qu'on
nomme Elsender, le solitaire de Mucklestane-Moor.
--Ou vous avez perdu l'esprit, monsieur Ratcliffe, ou vous venez
insulter à mon malheur par une plaisanterie hors de saison.
--Je jouis, comme vous, de toute ma raison, miss Vere, et vous
devez savoir que je ne suis pas un homme à me permettre de
mauvaises plaisanteries, surtout dans un moment de détresse et
quand il s'agit du bonheur de votre vie. Je vous atteste que cet
être, qui est tout autre que vous ne le supposez, a le moyen de
mettre un obstacle invincible à cet odieux mariage.
--Et d'assurer les jours de mon père?
--Oui, dit Ratcliffe, si vous plaidez sa cause auprès de lui...
Mais comment parvenir à lui parler ce soir?
--J'espère y parvenir, dit Isabelle, se rappelant tout-à-coup la
rose qu'il lui avait donnée. Je me souviens qu'il m'a dit que je
pouvais avoir recours à lui dans l'adversité; que je n'aurais qu'à
lui montrer cette fleur, ou seulement une de ses feuilles. J'avais
regardé ce discours comme une preuve de l'égarement de son esprit,
et j'étais honteuse de l'espèce de sentiment superstitieux qui m'a
fait conserver cette rose.
--Heureux événement! dit Ratcliffe: ne craignez plus rien. Mais
ne perdons pas de temps. Êtes-vous en liberté? ne veille-t-on pas
sur vous?
--Que faut-il donc que je fasse? dit Isabelle.
--Sortir du château à l'instant, et courir vous. Jeter aux pieds
de cet être qui, dans une situation en apparence si méprisable,
possède une influence presque absolue sur votre destinée. Les
convives et les domestiques ne songent qu'à se divertir. Les chefs
sont enfermés et s'occupent du plan de leur conjuration. Mon
cheval est sellé, je vais en préparer un pour vous. La plaine de
Mucklestane n'est pas éloignée d'ici. Nous pourrons être rentrés
avant qu'on s'aperçoive de votre absence. Venez me joindre dans
deux minutes à la petite porte du jardin... Ne doutez ni de ma
prudence ni de ma fidélité. N'hésitez pas à faire la démarche qui
peut seule vous préserver du malheur de devenir l'épouse de sir
Frédéric Langley.
--Un malheureux qui se noie, dit Isabelle, s'attache au plus
faible rameau. D'ailleurs, monsieur Ratcliffe, je vous ai toujours
regardé comme un homme plein d'honneur et de probité; je
m'abandonne donc à vos conseils. Je vais aller vous joindre à la
porte du parc.
Dès que M. Ratcliffe fut sorti, elle tira les verrous de sa porte,
et, descendant par un escalier dérobé qui donnait dans son cabinet
de toilette, dont elle ferma pareillement la porte, et dont elle
mit la clé dans sa poche, elle se rendit dans le jardin. Il
fallait pour y arriver qu'elle passât près de la chapelle du
château: elle entendit les domestiques occupés à la préparer, et
elle reconnut la voix d'une servante qui disait:
--Épouser un pareil homme! Oh ma foi! tout, plutôt qu'un pareil
sort.
--Elle a raison, pensa Isabelle, elle a raison! tout, plutôt que
ce mariage; et elle arriva bientôt à la porte du jardin.
M. Ratcliffe l'y attendait avec deux chevaux, et ils se mirent en
marche vers la hutte du solitaire.
--Monsieur Ratcliffe, dit Isabelle, plus je réfléchis sur ma
démarche, plus elle me paraît inconséquente. Le trouble et
l'agitation de mon esprit ont pu seuls me déterminer à me la
permettre. Mais réfléchissez-y bien! ne ferions-nous pas mieux de
retourner au château?... Je sais que cet homme est regardé par le
peuple comme un être doué d'une puissance surnaturelle, comme
ayant commerce avec les habitants d'un autre monde; mais vous
devez bien penser que je ne puis partager de telles idées, et que
si j'avais la faiblesse d'y croire, la religion m'empêcherait
d'avoir recours à de tels moyens.
--J'aurais espéré, miss Vere, dit Ratcliffe, que mon caractère et
ma façon de penser vous étaient assez connus pour que vous me
crussiez incapable d'ajouter foi à de pareilles absurdités.
--Mais de quelle manière un être en apparence si misérable peut-il
avoir le pouvoir de me secourir?
--Miss Vere, répondit Ratcliffe après un moment de réflexion, je
suis lié par la promesse d'un secret inviolable. Il faut que, sans
exiger de moi d'autre explication, vous vous contentiez de
l'assurance solennelle que je vous donne qu'il en a le pouvoir, si
vous parvenez à lui en inspirer la volonté; et je ne doute pas que
vous n'y réussissiez.
--J'ai en vous une confiance sans bornes, monsieur Ratcliffe;
mais ne pouvez-vous pas vous tromper vous-même?
--Vous souvenez-vous, ma chère miss, que lorsque vous me priâtes
d'intercéder auprès de votre père en faveur d'Haswell et de sa
malheureuse famille, et que j'obtins de lui une chose qu'il
n'était pas facile de lui arracher, le pardon d'une injure, j'y
mis pour condition que vous ne me feriez aucune question sur les
causes de l'influence que j'avais sur son esprit? Vous ne vous
êtes pas repentie alors de votre confiance en moi: pourquoi n'en
auriez-vous pas autant aujourd'hui?
--Mais la vie extraordinaire de cet homme, sa retraite absolue,
sa figure, son ton amer de misanthropie... Mon sieur Ratcliffe,
que dois-je penser de lui, s'il a réellement le pouvoir que vous
lui attribuez?
--Je puis vous dire qu'il a été élevé dans la religion
catholique, et cette secte chrétienne offre mille exemples de
personnes qui se sont condamnées à une vie aussi dure et à une
retraite aussi absolue.
--Mais il ne met en avant aucun motif religieux.
--Il est vrai. C'est le dégoût du monde qui a fait naître en lui
l'amour de la retraite. Je puis encore vous dire qu'il est né avec
une grande fortune. Son père voulait l'augmenter encore en
l'unissant à une de ses parentes qui était élevée dans sa maison.
Vous connaissez sa figure. Jugez de quels yeux la jeune personne
dut voir l'époux qu'on lui destinait. Cependant, habituée à lui
dès son enfance, elle ne montrait aucune répugnance à l'épouser;
et les amis de sir..., de l'homme dont je parle, ne doutèrent pas
que le vif attachement qu'il avait conçu pour elle, les
excellentes qualités de son coeur, un esprit cultivé, le caractère
le plus noble, n'eussent surmonté l'horreur naturelle que son
extraordinaire laideur devait naturellement inspirer à une jeune
fille.
--Et se trompèrent-ils?
--Vous allez l'apprendre. Il se rendait justice à lui-même, et
savait fort bien ce qui lui manquait. «--Je suis, me disait-il...,
c'est-à-dire, disait-il à un homme en qui il avait confiance,--je
suis, en dépit de tout ce que vous voulez bien me dire, un
pauvre misérable proscrit, qu'on eût mieux fait d'étouffer
au berceau que de laisser grandir pour être un épouvantail
sur cette terre où je rampe.» Celle qu'il aimait s'efforçait
en vain de le convaincre de son indifférence pour les formes
extérieures, en lui parlant de l'estime qu'elle faisait des
qualités de l'âme et de l'esprit.--«Je vous entends, lui disait-il,
mais vous parlez le langage du froid stoïcisme, ou du moins
celui d'une partiale amitié. Voyez tous les livres que nous avons
lus, à l'exception de ceux qui, dictés par une philosophie
abstraite, n'ont point d'écho dans notre coeur: un extérieur
avantageux, une figure au moins qu'on puisse regarder sans
horreur, ne sont-ils pas toujours une des premières qualités
exigées dans un amant? Un monstre tel que moi ne semble-t-il pas
avoir été exclus par la nature de ses plus douces jouissances?
Sans mes richesses, tout le monde, excepté vous peut-être et
Létitia, ne me fuirai-il pas? Ne me regarderait-on pas comme un
être étranger à votre nature, et plus odieux à cause de mon
analogie avec ces êtres que l'homme abhorre comme la caricature
insultante de son espèce.
--Ces sentiments sont ceux d'un insensé, dit Isabelle.
--Nullement: à moins qu'on ne donne le nom de folie à une
sensibilité excessive. Je ne nierai pourtant pas que ce sentiment
ne l'ait entraîné dans des excès qui semblaient le fruit d'une
imagination dérangée. Se trouvant à ses propres yeux comme séparé
du reste des hommes, il se croyait obligé de chercher à se les
attacher par des libéralités excessives et souvent mal placées; il
croyait que ce n'était qu'à force de bienfaits qu'il pouvait,
malgré sa conformation extérieure, obliger le genre, humain à ne
pas le repousser de son sein. Il n'est pas besoin de dire que
souvent sa bienveillance fut abusée, sa confiance trahie, sa
générosité payée d'ingratitude. Ces événements ne sont que trop
ordinaires, mais son imagination les attribuait à la haine et au
mépris que faisait naître, selon lui, sa difformité. Je vous
fatigue peut-être, miss Vere?
--Je vous écoute, au contraire, avec le plus vif intérêt.
--Je continue donc. Il finit par devenir l'être le plus ingénieux
à se tourmenter. Le rire des gens du peuple qu'il rencontrait dans
les rues, le tressaillement d'une, jeune fille qui le voyait en
compagnie pour la première fois, étaient des blessures mortelles
pour son coeur. Il n'existait que deux personnes sur la bonne foi
et sur l'amitié desquelles il parût compter: l'une était la jeune
fille qu'il devait épouser; l'autre un ami qui paraissait lui être
sincèrement attaché, et qu'il avait comblé de bienfaits. Le père
et la mère de ce malheureux si disgracié de la nature moururent à
peu d'intervalle l'un de l'autre, et leur mort retarda la
célébration de son mariage, dont l'époque avait été fixée. La
future épouse ne changea pourtant pas de détermination, et ne fit
aucune objection lorsque, après les délais convenables, il lui
proposa d'arrêter le jour de leur union. Il recevait chez lui
presque journellement l'ami dont je vous ai parlé. Sa malheureuse
étoile voulut qu'il acceptât l'invitation que lui fit cet ami
d'aller passer quelques jours chez lui. Il s'y trouva des hommes
qui différaient d'opinions politiques. Un soir, après une longue
séance à table, les têtes étant échauffées par le vin, une
querelle sérieuse survint, plusieurs épées furent tirées à la
fois, le maître de la maison fut renversé et désarmé par un de ses
convives; il tomba aux pieds de son ami. Celui-ci, quelque
contrefait qu'il soit, est doué par la nature d'une grande force,
il a des passions violentes; il crut son ami mort, il tira son
épée, et perça le coeur de son antagoniste. Il fut arrêté, jugé,
et condamné à un an d'emprisonnement, comme coupable d'homicide
sans préméditation. Cet événement l'affecta d'autant plus
vivement, que celui qu'il avait tué jouissait de la meilleure
réputation, et qu'il n'avait tiré l'épée que pour se défendre et à
la dernière extrémité. Depuis ce moment, je remarquai...--je
veux dire on remarqua que la teinte de misanthropie qu'il avait
toujours eue se rembrunissait encore; que le remords, sentiment
qu'il était incapable de supporter, ajoutait à sa susceptibilité
naturelle; enfin que toutes les fois que le meurtre qu'il avait
commis, dans un premier mouvement de colère, se représentait à son
imagination, il tombait dans des accès de frénésie qui faisaient
craindre un égarement d'esprit.--Son année d'emprisonnement
expira. Il se flattait qu'il allait trouver près d'une tendre
épouse et d'un ami chéri l'oubli de ses maux, la consolation de
ses peines: il se trompait. Il les trouva mariés ensemble. Il ne
put résister à ce dernier coup: c'était le dernier câble qui
retient un navire, et qui, en se rompant, le laisse exposé à la
fureur de la tempête. Sa raison s'aliéna. Il fallut le placer dans
une maison destinée aux infortunés qui sont dans cette funeste
position; mais son faux ami, qui, par son mariage, était devenu
son plus proche parent, fit durer sa détention long-temps après
que la cause n'en existait plus, afin de conserver la jouissance
des biens immenses du malheureux. Il yavait un homme qui devait
tout à cette victime de l'injustice. Il n'avait ni crédit, ni
puissance, ni richesses; mais il ne manquait ni de zèle, ni de
persévérance: après de longs efforts, il finit par obtenir
justice; l'infortuné fut remis en liberté et rétabli dans la
possession de ses biens. Ses richesses s'augmentèrent même de
toutes celles de la femme qu'il devait épouser: elle mourut sans
enfants mâles, et elles lui appartenaient comme son héritier par
substitution; mais la liberté n'avait plus de prix à ses yeux, et
sa fortune, qu'il méprisait, ne fut plus pour lui qu'un moyen de
se livrer aux bizarres caprices de son imagination. Il avait
renoncé à la religion catholique; mais peut être-quelques-unes de
ses doctrines continuaient-elles à exercer leur influence sur son
âme, qui parut désormais ne plus connaître que les inspirations du
remords et de la misanthropie. Depuis lors, il a mené
alternativement la vie errante d'un pèlerin et celle d'un ermite,
s'imposant les privations les plus sévères, non par un principe de
dévotion, mais par haine du genre humain. Tous ses discours
annoncent l'aversion la plus invétérée contre les hommes, et
toutes ses actions tendent à les soulager: jamais hypocrite n'a
été plus ingénieux à donner de louables motifs aux actions les
plus condamnables, qu'il l'est à concilier avec les principes de
sa misanthropie des actions qui prennent leur source dans sa
générosité naturelle et dans la bonté de son coeur.
--Mais encore une fois, dit Isabelle, ce portrait représente un
homme dont la raison est dérangée.
--Je ne prétends pas vous dire que toutes ses idées soient
parfaitement saines. Il tient quelquefois des propos qui feraient
croire à tout autre qu'à... qu'à celui qui seul le connaît
parfaitement, que son esprit est égaré; mais non, ce n'est qu'une
suite du système qu'il s'est formé, et dont je suis convaincu
qu'il ne se départira jamais.
--Mais encore une fois, monsieur Ratcliffe, vous me faites là le
portrait d'un homme en démence.
--Nullement, reprit Ratcliffe. Que son imagination soit exaltée,
je n'en disconviendrai pas; je vous ai déjà dit qu'il a eu
quelquefois comme des paroxysmes d'aliénation mentale; mais je
parle de l'état habituel de son esprit: il est irrégulier et non
dérangé; les ombres en sont aussi bien graduées que celles qui
séparent la lumière du jour des ténèbres de la nuit. Le courtisan
qui se ruine pour un vain titre ou un pouvoir dont il ne saurait
user en homme sage, l'avare qui accumule ses inutiles trésors, et
le prodigue qui dissipe les siens, sont tous un peu marqués au
coin de la folie. Les criminels, qui le sont devenus malgré leur
propre horreur du forfait et la certitude du supplice qui les
attend, rentrent dans mon observation; et toutes les violentes
passions, aussi bien que la colère, peuvent être appelées de
courtes folies.
--Voilà bien une philosophie excellente, répondit miss Vere; mais
pardonnez-moi si elle ne suffit pas pour me rassurer. Je tremble
de visiter à une telle heure quelqu'un dont vous ne pouvez vous-même
que pallier l'extravagance.
--Recevez donc mon assurance solennelle que vous ne courez pas le
moindre danger. Mais je ne vous ai pas encore parlé d'une
circonstance qui va peut-être vous alarmer plus que tout le reste;
et c'est même pour cela que je ne l'ai pas mentionnée plus tôt...
Maintenant que nous voici près de sa retraite,--il ne m'est pas
possible de vous accompagner chez lui, vous devez vous y présenter
seule.
--Seule? Je n'ose!
--Il le faut. Je vais rester ici et vous y attendre.
--Vous n'en bougerez pas?--Mais si je vous appelais, croyez-vous
que vous pourriez m'entendre?
--Bannissez toutes craintes, lui dit son guide, je vous en
supplie, et surtout gardez-vous bien de lui en montrer aucune. Il
prendrait votre timidité pour l'expression de l'horreur qu'il
croit que sa figure ne peut manquer d'inspirer. Adieu pour
quelques instants, souvenez-vous des maux dont vous êtes menacée,
et que la crainte qu'ils doivent vous inspirer triomphe de vos
scrupules et de vos terreurs.
--Adieu, monsieur Ratcliffe, dit Isabelle, je me confie en votre
honneur, en votre probité. Il est impossible que vous vouliez me
tromper.
--Sur mon honneur, sur mon âme, cria Ratcliffe, élevant la voix à
mesure qu'elle s'éloignait, vous ne courez aucun risque.