Table des matières

CHAPITRE PREMIER Préliminaire

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

CHAPITRE VI

CHAPITRE VII

CHAPITRE VIII

CHAPITRE IX

CHAPITRE X

CHAPITRE XI

CHAPITRE XII

CHAPITRE XIII

CHAPITRE XIV

CHAPITRE XV

CHAPITRE XVI

CHAPITRE XVII

CHAPITRE XVIII

CHAPITRE PREMIER

Préliminaire

«Berger, as-tu de la philosophie?»

Shakespeare. (Comme il vous plaira.)

C'était une belle matinée d'avril, quoique la neige fût tombée

abondamment pendant la nuit; aussi la terre était couverte d'un

manteau éblouissant de blancheur, lorsque deux voyageurs à cheval

arrivèrent à l'auberge de Wallace. Le premier était un homme grand

et robuste, vêtu d'une redingote grise (Riding-coat: manteau de

cavalier), avec une toile cirée sur son chapeau, un grand fouet

garni en argent, des bottes et de gros éperons. Il montait une

grande jument baie, au poil rude, mais en bon état, avec une selle

de campagne et une bride militaire à double mors un peu rouillé.

Celui qui l'accompagnait paraissait être son domestique; il

montait un poney gris (Petit bidet d'Écosse), portait un bonnet

bleu, une grosse cravate autour du cou, et de longs bas bleus au

lieu de bottes. Ses mains, sans gants, étaient noircies de

goudron, et il avait vis-à-vis de son compagnon un air de respect

et de déférence, mais aucun de ces égards affectés que prodiguent

à leurs maîtres les valets des grands. Au contraire, les deux

cavaliers entrèrent de front dans la cour, et la dernière phrase

de leur entretien fut cette exclamation:--Dieu nous soit en

aide! si ce temps-là dure, que deviendront les agneaux? Ces mots

suffirent à mon hôte, qui s'avança pour prendre le cheval du

principal voyageur, et le tint par la bride pendant que celui-ci

descendait; le garçon d'écurie rendit le même service à son

compagnon; et mon hôte, saluant l'étranger, lui demanda:--Eh

bien! quelles nouvelles des montagnes du sud? (Par opposition aux

montagnes du nord. C'est le nom qu'on donne aux montagnes des

comtés de Rosburgh, de Selkirk, etc.)

--Quelles nouvelles? dit le fermier; d'assez mauvaises, je crois;

si nous pouvons sauver les brebis, ce sera beaucoup; quant aux

agneaux, il faudra les laisser aux soins du Nain noir.

--Oui, oui, ajouta le vieux berger (car c'en était un) en hochant

la tête, le Nain aura beaucoup à faire avec les morts ce

printemps.

--Le Nain noir! dit mon savant ami et patron Jedediah

Cleishbotham; et quel personnage est celui-là?

--Allons donc, mon brave homme, vous devez avoir entendu parler

du bon Elsy, le Nain noir, ou je me trompe fort... Chacun raconte

son histoire à son sujet; mais ce ne sont que des folies, et je

n'en crois pas un mot depuis le commencement jusqu'à la fin,

--Votre père y croyait bien, dit le vieux berger, évidemment

fâché du scepticisme de son maître.

--Oui, sans doute, Bauldy; mais c'était le temps des têtes noires

(Black-faces, loups-garous); on croyait alors à tant d'autres

choses curieuses qu'on ne croit plus aujourd'hui.

--Tant pis, tant pis, reprit le vieillard; votre père, je vous

l'ai dit souvent, aurait été bien contrarié de voir démolir sa

vieille masure pour faire des murs de pare, et ce joli tertre

couronné de genêts où il aimait tant à s'asseoir au coucher du

soleil, enveloppé de son plaid pour voir revenir les vaches du

loaning (endroit découvert, près de la ferme, où l'on trait les

vaches);... pensez-vous que le pauvre homme serait bien aise de

voir son joli tertre bouleversé par la charrue comme il l'a été

depuis sa mort?

--Allons, Bauldy, prends ce verre que t'offre l'hôte, dit le

fermier, et ne t'inquiète plus des changements dont tu es témoin,

tant que pour ta part tu seras bien toi-même.

--A votre santé, messieurs, dit le berger; puis, après avoir vidé

son verre et protesté que le whisky était toujours la chose par

excellence, il continua:--Ce n'est pas, certes, à des gens comme

nous qu'il appartient de juger, mais c'était un joli tertre que le

tertre des genêts, et un bien brave abri dans une matinée froide

comme celle-ci.

--Oui, dit le maître, mais vous savez qu'il nous faut avoir des

navets pour nos longues brebis, mon camarade, et que, pour avoir

ces navets, il nous faut travailler rudement avec la charrue et la

houe; ça n'irait guère bien de s'asseoir sur le tertre des genêts

pour y jaser à propos du Nain noir et autres niaiseries, comme on

faisait autrefois, lorsque c'était le temps des courtes brebis.

--Oui bien, oui bien, maître, dit le serviteur, mais les courtes

brebis payaient de courtes rentes, que, je crois.

Ici mon respectable et savant patron s'interposa de nouveau, et

remarqua qu'il n'avait jamais pu apercevoir aucune différence

matérielle, en fait de longueur, entre une brebis et une autre.

Cette remarque occasionna un grand éclat de rire de la part du

fermier, et un air d'étonnement de la part du berger.--C'est la

laine, mon brave homme, c'est la laine, et non la bête elle-même,

qui fait appeler la brebis courte ou longue. Je crois que si vous

mesuriez leur dos, la courte brebis serait la plus longue des

deux, mais c'est la laine qui paie la rente au jour où nous

sommes, et nous en avons bon besoin.

--Sans doute, Bauldy a bien parlé, les courtes brebis payaient de

courtes rentes, mon père ne donnait pour notre ferme que soixante

pounds, et elle m'en coûte à moi trois cents, pas un plack ni un

bowbie de moins (Le pound d'Écosse ne vaut que la vingtième partie

du pound anglais ou livre sterling, environ un shelling ou vingt-cinq

sous de notre monnaie. Le plack et le bowbie répondent à peu

près à nos liards); et il est vrai aussi que je n'ai pas le temps

de rester ici à conter des histoires.--Mon hôte, servez-nous à

déjeuner, et voyez si nos rosses ont à manger. Il me faut aller

voir Christy Wilson, afin de nous entendre sur le luckpenny (C'est

l'escompte qu'obtient dans un marché celui qui paie comptant), que

je lui dois, depuis notre dernier compte; nous avions bu six

pintes ensemble en faisant le marché à la foire de Saint Boswell;

et j'espère que nous n'en viendrons pas à un procès, dussions-nous

passer autant d'heures à régler ce petit compte qu'il nous en

coûta pour le marché lui-même. Mais, écoutez, voisin, ajouta-t-il

en s'adressant à mon digne et savant patron, si vous voulez savoir

quelque chose de plus sur les brebis longues et les brebis

courtes, je reviendrai manger ma soupe aux choux vers une heure de

l'après-midi, ou si vous voulez entendre de vieilles histoires sur

le Nain noir, et d'autres semblables, vous n'aurez qu'à inviter

Bauldy, que voici, à boire une demi-pinte; il vous craquera comme

un canon de plume. Et je promets de fournir moi-même une pinte

entière si je m'arrange avec Christy Wilson.

Le fermier revint à l'heure dite, et avec lui Christy Wilson, leur

différend ayant été terminé sans qu'ils eussent eu recours aux

messieurs en robes longues. Mon digne et savant patron ne manqua

pas de se trouver à leur arrivée, autant pour entendre les contes

promis, que pour les rafraîchissements dont il avait été question,

quoiqu'il soit reconnu pour être très modéré sur l'article de la

bouteille.

Notre hôte se joignit à nous, et nous restâmes autour de la table

jusqu'au soir, assaisonnant la liqueur avec maintes chansons et

maints contes. Le dernier incident que je me rappelle fut la chute

de mon savant et digne patron, qui tomba de sa chaise en concluant

une longue morale sur la tempérance par deux vers du gentil berger

(Pastorale de Ramsay), qu'il appliqua très heureusement à

l'ivresse, quoi que le poète parle de l'avarice:

«En avez-vous assez, dormez tranquillement;

«Le superflu n'est bon qu'à causer du tourment.»

Dans le cours de la soirée, le Nain noir n'avait pas été oublié:

le vieux berger Bauldy nous fit sur ce personnage un grand nombre

d'histoires qui nous intéressèrent vivement. Il parut aussi, avant

que nous eussions vidé le troisième bol de punch, qu'il y avait

beaucoup d'affectation dans le scepticisme prétendu de notre

fermier, qui croyait sans doute qu'il ne convenait pas à un homme

faisant une, rente annuelle de trois cents livres de croire les

traditions de ses ancêtres; mais au fond du coeur il y avait foi.

Selon mon usage, je poussai plus avant mes recherches, en

m'adressant à d'autres personnes qui connaissaient le lieu où

s'est passée l'histoire suivante, et je parvins heureusement à me

faire expliquer certaines circonstances qui mettent dans leur vrai

jour les récits exagérés des traditions vulgaires.

Le nain noir · 第 4 / 24 题