Un instant après qu'Olympe eut rendu son dernier soupir, nous entendîmes
une voix qui appelait dans le lointain de la galerie: «Madame! Madame!»
Lucien et moi nous étions en train d'arranger un fauteuil en civière
pour porter le corps de la marquise de Chambray dans sa maison.
La personne qui appelait était Stéphanie. Le vieux Jean Rochecotte était
à l'article de la mort. Il demandait instamment sa nièce Olympe, ou,
pour employer ses expressions, répétées par Stéphanie: «Quelqu'un de sa
famille.»
Nous nous mîmes en marche. Stéphanie nous éclairait. Lucien et moi nous
portions la civière.
M. Ferrand nous suivait de tout près, plié en deux et vieilli de vingt
ans.
Derrière venaient Jeanne et Fanchette qui se tenaient par la main.
Stéphanie nous fit trouver, par une route plus courte, l'escalier qui
montait à la maison neuve.
En chemin, nous entendîmes deux fois la voix douce de la folle qui
disait sa chanson, perdue dans ces vastes ténèbres:
_Mon petit enfant,_
_Où s'en est allée_
_Ton âme envolée?..._
Quand nous arrivâmes au premier étage de la Maison neuve, le vieux Jean
Rochecotte était couché dans une chambre richement meublée, mais sur son
lit, autour duquel se drapaient des rideaux de lampas, il avait voulu
ses haillons sordides.
Il y avait entre autres son petit manteau de chasseur de Vincennes
qu'il ramenait jusqu'à sa face et que ses dernières convulsions
semblaient caresser.
Nous entrâmes dans la chambre du vieil homme, nous n'étions plus que
quatre: Lucien, les deux soeurs et moi.