(Écriture de Lucien, pénible et altérée.--Sans adresse.)
Paris. 22 septembre.
J'ai cru que j'allais mourir. C'est toi Geoffroy à qui j'aurais légué la
continuation de ma tâche. J'avais fait, moi-même, à ma dernière heure de
force, le paquet qui devait t'être adressé.
Je le défais aujourd'hui. Le recueil n'est pas complet. Dieu veut que
j'y ajoute encore.
Pendant ma maladie, je n'ai pas eu une minute de trouble mental. Je me
sentais mourir. J'en éprouvais une grande joie--et un inexprimable
chagrin.
Mon chagrin était pour Jeanne que je laissais en péril.
Ma joie était pour moi. Je m'en repens. J'ai bien souffert, mais je n'ai
pas plus souffert que la plupart des autres hommes. Et j'ai fait mon
devoir.
J'ai eu autour de moi, à plusieurs reprises, pendant ma maladie, M.
Louaisot, l'homme de la rue Vivienne, sa gouvernante Pélagie et un
médecin qu'il avait amené. Mes papiers étaient à l'abri. Une seule
lettre m'a manqué que j'avais entrevue sur ma table de nuit.
C'était moi qui avais mandé Louaisot, mais je ne l'avais pas appelé en
qualité de garde malade.
Ma mère et mes soeurs ne m'ont pas écrit. Je n'ai aucune nouvelle de
Jeanne, sinon par M. Cressonneau qui, par deux fois, a eu l'obligeance
de me faire dire que la santé de ma femme bien-aimée n'était pas
mauvaise.
Je ne suis pas encore bien fort. La plume tremble dans ma main.
Et pourtant Geoffroy, l'heure de travailler arrive. Jeanne m'attend. Je
vais me mettre à l'oeuvre. Je sens que je serai courageux et patient.
Dieu est bon de m'avoir conservé pour ma tâche.
Les assises me trouveront prêt, Geoffroy. Jeanne n'y viendra pas seule.