(De la main d'un écrivain public, signée d'une croix, par François
Bochon, valet de chambre.)
Yvetot, 16 septembre 1865.
_À M. L. Thibaut, démissionnaire, à Paris._
La présente est pour vous faire savoir que ça ne me chausse qu'à moitié
de supporter les raisons de Madame et de ses demoiselles, du matin
jusqu'au soir, par la mauvaise humeur qu'elles ont de ne pas pouvoir
taper sur vous.
J'y mets encore de la patience assez, parce que je ne peux pas dire le
contraire que c'est maladroit à Monsieur d'avoir lâché un bon état pour
se mettre à rien faire à la suite d'une bêtise comme celle que Monsieur
a faite. N'empêche que, trouvant une bonne place en ville, avec un
particulier seul et garçon, pas marié, je prie bien Monsieur de me payer
mon compte en me disant qu'il n'a plus besoin de moi et un certificat.
Rien de nouveau d'ailleurs, si ce n'est que Madame et ses deux
demoiselles parlent du matin au soir de vous faire interdire de vos
droits dans la société. Comme elles n'osent plus sortir dans la rue,
rapport à ce qu'elles croient que les polissons vont les suivre au
doigt, elles sont toujours à la maison, et c'est pour ça que je m'en
vas.
Mme la marquise de Chambray est partie hier avec Louette. En voilà
une qui chante partout que Monsieur n'a point d'esprit. Dame! Elle a ses
raisons pour ça, moi, je ne me mêle que de mes affaires. Et bien juste.
Le nouveau M. le président est arrivé. C'est un petit sec, gravé de la
vérette. Il n'y a plus rien pour ceux de Normandie. C'est un Picard.
Quant à la chose de vos noces, ça ne faiblit pas, on en parlera
longtemps.
De cette histoire-là, ils disent que le petit M. Pivert va enfler et se
marier. Ce qui casse les uns raccommode les autres.
Rien autre à vous marquer que mon dévouement et mes gages à me payer.