J'avais envie de tomber à ses genoux pour implorer mon pardon.
Ma mère est entrée. Elle m'a remis une lettre que le facteur venait
d'apporter.
Il m'en vient comme cela tous les jours, des lettres qui menacent et ne
sont pas signées.
Je les cache, quand je ne les détruis pas.
En les lisant, je pense à Olympe--et à cet homme de Paris, celui qui me
vendit l'arme mystérieuse avec laquelle j'ai frappé.
J'ai menacé, je suis menacé: c'est justice.
Mais Jeanne, Jeanne!...
Ils l'avaient attaquée. Elle n'avait pas de protecteur: je l'ai
défendue. Hormis cette action que la nécessité commandait, ma vie a été
celle d'un enfant solitaire. J'ai beau interroger ma conscience, je n'y
trouve rien; jamais je n'ai fait le mal.
Et elle! Depuis que je la connais, je passe mes jours à sonder la
limpidité de son âme. Elle, c'est le Bien. Elle est faite de candeur, de
bonté, de franchise. À toute heure, elle me laisse regarder au travers
de son passé, transparent comme l'histoire d'un ange. Elles mentent les
lettres anonymes puisqu'elles me crient de m'arrêter comme si j'avais le
pied au bord d'un précipice.... Demain, c'est demain. Le vin de ma
félicité est versé, je tiens la coupe pleine. Le proverbe est-il vrai,
Geoffroy? Y a-t-il si loin de la coupe aux lèvres?...