PARIS FUTUR

Je n’aime pas beaucoup qu’on se préoccupe à l’excès du futur. Notre

manière de le voir n’est pas la manière qui plaira le mieux aux

générations à venir, dont l’idéal sera sans doute assez différent du

nôtre. C’est pourquoi, j’entre avec une certaine réserve dans les plans

de M. Delanney touchant le Paris de l’an 1980. Il sera peut-être plus

grand, peut-être moins grand que le Paris actuel. La facilité de

demeurer aux champs et de rester tout de même en communication constante

avec la civilisation s’opposera peut-être à la tendance au rassemblement

des hommes sur un même point. Mais, si c’est cette dernière tendance qui

l’emporte, je crois qu’il serait sage de laisser aux hommes de demain le

soin d’organiser à leur gré la cité agrandie. M. Delanney semble surtout

préoccupé de ménager dans la banlieue, telle que destinée à une plus ou

moins prochaine incorporation, des parcs, des jardins, des espaces

libres, en un mot. Les trois quarts de cette région étant encore à

bâtir, le souci semblera un peu prématuré. Le jardin public est une

heureuse conception, mais ce n’est qu’un pis aller: combien plus

heureuse est la conception du jardin privé! Peut-être que l’édilité

future reposera sur ce principe que la construction des maisons ne sera

autorisée que sur un tiers ou sur un quart de la place disponible, je

n’ose dire davantage. Les villes seront conçues en forme de parcs où

s’élèveront de place en place des maisons pas trop hautes, ce qui sera

charmant et très sain. Des villes américaines sont déjà ainsi comprises.

Le jardin public sera la ville au lieu d’être dans la ville. Peut-être

même les maisons n’auront-elles plus qu’un seul, rarement deux étages.

Les rues ou allées auront cent mètres de large. C’est le moins,

d’ailleurs que puissent demander les aéroplanes. Au reste, ne faisons

pas de mal à l’avenir, mais ne lui faisons pas de bien, non plus: c’est

lui qui choisira.

Dissociations · 第 79 / 99 题