Le conseil général de la Meuse a décrété récemment que le moineau est un
animal nuisible, oh! nuisible à l’agriculture seulement, et c’est
peut-être vrai. Mais cela ne l’est peut-être pas. En d’autres termes, le
moineau qui mange certainement des graines, mange certainement aussi des
insectes et des chenilles. La séparation entre les deux régimes
alimentaires est beaucoup moins rigide qu’on ne le croit généralement.
Il en est des animaux, en particulier des oiseaux, un peu comme de
nous-mêmes. On mange ce que l’on peut, bien plus souvent que l’on ne
mange ce que l’on veut. Comparons-les plus étroitement à des mendiants
ou à des pillards, à des maraudeurs qui savent très bien qu’ils ont faim
mais qui ne savent pas avec quoi le hasard leur permettra de calmer leur
faim. Ce sera particulièrement vrai pour le moineau. Habitué à vivre
autour des maisons, des cultures, des vergers, il mange indifféremment
de presque tous les produits des champs et ces produits sont en même
temps que graines et fruits, larves et insectes, les uns renfermant les
autres. Il est à peu près chimérique de vouloir classer les oiseaux en
utiles et en nuisibles à l’agriculture. Celui qui mange cette année
toutes vos cerises est aussi celui qui a mangé les larves qui sans cela
se développeraient au printemps suivant en redoutables insectes
dévastateurs. Il y a là un cycle très complexe de causes et d’effets.
Tout se tient dans la nature. Ce n’est jamais impunément que l’on
détruit un de ses rouages. Les cultivateurs de la Meuse en feront
l’expérience.