Dans le fatras de nouvelles hétéroclites que certains journaux
enregistrent à la manière anglaise, sans choix et sans goût, on pouvait
lire, avant-hier, entre un assassinat et un cambriolage extravagant,
celle qui relatait la promotion de la défunte petite Bernadette, de
Lourdes, au grade de vénérable dans la milice céleste. L’Église a
résisté à la canonisation des gamins visionnaires de La Sallette,
maintenant à peu près tombés dans l’oubli; la bergère de Lourdes a eu de
meilleurs et de plus généreux protecteurs et la voilà sur les autels. Il
paraît que Lourdes a moins vieilli, on y fait encore des miracles, que
des médecins et des philosophes s’amusent même à contester, ce qui est
bien inutile. Le miracle étant absurde semble tout indiqué comme preuve
de l’absurde, mais souvent il dépasse le but. Au fond, le genre admis,
il ne signifie rien. Le miracle est fort commun. Il n’est pas d’hôpital,
de maison de santé, de clinique qui n’ait eu à enregistrer fréquemment
des guérisons qu’on appellerait miraculeuses dans un milieu dévôt. On ne
connaît pas encore toutes les ressources de la physiologie animale. Je
dis animale parce que j’ai observé récemment un véritable miracle sur un
chat. Cette bête, donc, passa sous la roue d’une automobile et en sortit
absolument aplatie, mais non morte. On croyait que ce n’était qu’une
question d’heures: deux jours après, le chat se regonflait, buvait du
lait, commençait à remuer. A cette heure, il va bien. Le chat,
d’ailleurs, est sujet aux miracles, sa vitalité est prodigieuse. Mais il
paraît que les puissances célestes ne s’occupent pas des animaux et
qu’il faut leur intervention pour qu’il y ait miracle. Elles n’agissent
que sur l’imagination et l’animal n’a pas d’imagination. L’homme en est
abondamment pourvu, ce qui lui permet de prendre constamment des vessies
pour des lanternes, ce qui est le vrai miracle, le miracle perpétuel.
Ouvrière de cette belle œuvre, la petite Bernadette a donc bien mérité
son avancement posthume.