Yasmine et Kenza, les petites adoptées que nous avions laissées à Rabat,
arrivent avec notre serviteur le Hadj Messaoud, très ahuries par ce long
voyage qu’il leur fallut faire pour nous rejoindre.
Misérables fillettes du Sous que leur destin conduisit chez des
Nazaréens, elles y ont pris l’âme de Marocaines habituées au luxe des
villes. Oubliant les gourbis de terre et les tentes en poils de chèvre,
elles évoluent sans étonnement dans notre nouvelle et somptueuse
demeure.
--Celle de Rabat était mieux, déclarent elles. Par les fenêtres on
apercevait toute la ville française!... Ici, on ne voit que les maisons
du pays...
--Mais il y a des mosaïques et des stucs ciselés.
--Qu’ai-je à faire de ces choses à nous? riposte Yasmine.
Pourtant, la terrasse les ravit, car elles pourront y bavarder, au
crépuscule, avec des voisines.
--O ma mère! sais-tu comment ces femmes portent la tfina?... Étrange est
leur coutume!
Non, certes, je n’avais pas remarqué ce détail...
Il y a quelques heures à peine que Yasmine et Kenza sont arrivées, et
déjà elles retroussent élégamment leurs tuniques, selon la mode de
Meknès!