«La femme demeurant au derrière de la maison {10 sols par semaine
de M de Chasteauneuf» {durant sa maladie.
V^{ve} de M^{re} Parant et ses enfants 10 s. par semaine.
Médecin demeurant chez M. Saint-Estienne {somme remise au jugement
{de son ancien.
Bernardine Maure 4 l. 10 s. 6 d.
Anne Pagese 10 s.
Leonarde 1½ teston.
Guiraud 1 escu
Canonge 15 s.
Sezarde et Arnassane {somme remise au jugement
{de leur ancien.
Astruc 15 s.
Janon 7 s. 6 d.
Maurin et sa femme 10 s.
Astruc (de nouveau) 15 s.
De Montloy 15 s.
Veuve Augier 40 s.
Bourcas 2 escus
Bunye 10 francs.
Vallonne 10 s.
Jean Astruc, dit Barbut (de nouveau) 1 chemise
Les parents de done Boutarde 20 s.
La femme et ses 4 enfants demeurant à la {somme remise à la
maison de Bollanges, ensemble un nommé {discrétion de leur
Vidal {diacre.
«Loyse Arsegnelle» 2 escus.
Marguerite Cloche 10 s.
Saurette Saujette {10 s. par semaine
{durant sa maladie.
Saurette Saujette (de nouveau) 24 s.
«Loyse Segnelle» (de nouveau) 6 l.
Jean Astruc (de nouveau) 30 s.
Cathelin Bonhomme 15 l.
Claude de Cussy «pauvre passant» 1 escu.
Honnorade Rousse 5 s.
Gaspard, cardeur {somme remise à la
{discrétion du diacre.
Le consistoire avait donc, en l’espace de trois mois, fourni à 26
personnes différentes des secours variant entre 10 l. et 5 sols. Il est
juste de constater que ce tableau ne comprend que les aumônes énumérées
dans le livre du consistoire, et que les anciens et les pasteurs
avaient le droit de distribuer des bons pour des sommes peu importantes.
Ce qu’il faut retenir, c’est le soin avec lequel l’église s’occupe
des indigents. Il ne se passe pas une séance sans qu’un des anciens
propose une infortune à soulager, et sans que le consistoire fasse
la charité suivant ses moyens, assez faibles à la vérité. En janvier
1602, il décide de reprendre une ancienne coutume qui lui semble
propre à ranimer le zèle des dames de la ville: elle consiste à
faire visiter les pauvres chaque semaine, par des «damoiselles et
autres honnorables personnes[311]». Il fait donc dresser un rôle des
demoiselles «honnorables», et, tous les mercredis, il désigne deux
d’entre elles à cet effet. Ce sont les plus hautes dames de la ville:
M^{me} d’Aubais et M^{me} de Rochemore[312], M^{lle} la Criminelle et
M^{lle} la lieutenante de Rozel[313], M^{lles} de la Rouvière[314],
de la Croix[315], etc. Elles sont chargées, notamment, d’aller voir
les pensionnaires de l’hôpital. Le consistoire semble avoir toujours
exercé une surveillance efficace sur cet hôpital. En 1597, il rappelle
sévèrement à l’avocat des pauvres que c’est son devoir de s’en
occuper[316]. Il prie les consuls de veiller à ce que «les serviteurs
et servantes de l’hospital traictent bien les povres[317]». Il leur
recommande encore d’y recevoir une malheureuse «femme boiteuse[318]».
Enfin, il s’assemble avec les consuls et les magistrats pour pourvoir
au logement des indigents[319].
Voilà comment on employait les deniers des pauvres. Ce n’était pas une
grosse somme, et l’on en retenait encore un cinquième pour l’entretien
des proposants[320]. Mais tout au moins les aumônes étaient distribuées
équitablement.
* * * * *
La part la plus importante des revenus du consistoire était comprise
sous la dénomination: «deniers de l’église» ou encore «deniers du
ministère», parce qu’elle était surtout destinée aux pasteurs.
Le «receveur des deniers de l’église» avait bien des dépenses à
couvrir: d’abord, les frais qu’entraînaient les longues négociations
auxquelles il fallait se livrer pour obtenir un pasteur «perpétuel»,
quand l’église s’en trouvait dépourvue; puis les gages des pasteurs
en exercice; en leur absence l’entretien des ministres «prêtés», et
après leur mort, la pension de leurs veuves[321]; enfin, il payait
l’avertisseur, les employés du consistoire[322] et les députations aux
colloques et aux synodes.
Celles-ci devaient être, autant que possible, nombreuses, «afin de
resserrer l’union des églises». Un synode national recommande aux
localités qui ont plusieurs pasteurs d’en envoyer «alternativement...
le plus grand nombre qu’elles pourront[323]». Mais de telles
délégations coûtaient cher, et d’autant plus cher qu’elles étaient
composées d’un plus grand nombre de personnes. Certaines églises
n’étaient pas assez riches pour les supporter; aussi elles
s’entendaient pour choisir le même représentant au synode national et
s’unissaient pour payer son entretien[324].
Lorsqu’il s’agissait seulement d’un synode provincial, les frais de
voyage et de séjour des députés étaient moins élevés. C’est pourquoi
Nîmes y envoyait assez souvent, outre ses représentants réguliers, des
députations extraordinaires[325].
La note présentée par Isaac Roux, ancien d’Aimargues, délégué par
son église au synode de Saint-Germain de Calberte, peut nous donner
une idée de ce que devaient dépenser les députés de Nîmes: «Pour la
disnée à Calvisson», on lui doit 1 l. 6 sols; «pour avoir refferré la
cavale à Canes», 2 sols; «pour la souppée et couchée à Enduse», 1 l.
6 sols; «pour avoir fait raccoutrer la celle de la cavale,» 5 sols;
pour la ferrure «du petit bidet,» 1 sol 6 deniers; «pour une guide de
Saint-Étienne jusques à Saint-Jan», 1 sol; «item 1 sol en pain [_sic_]
pour la cavalle[326]», etc. On rembourse aux députés le prix de la
location de leurs chevaux, et, pour aller au colloque de Montpellier,
un cheval loué par le pasteur, avec sa selle et sa bride, se paye 30
sols[327].
Généralement les délégations aux synodes coûtent plus cher que les
délégations aux colloques, car le voyage qu’ont à faire les envoyés
est plus long. Ainsi la députation de l’église de Nîmes au synode de
Sauve (1597) lui revient à 39 l. 12 s. tournois[328]; au lieu que le
consistoire ne débourse que 4 écus, soit 12 l., pour les frais du
pasteur Chambrun et de l’ancien De Vieulx au colloque d’Aiguesmortes en
novembre 1598[329], et un seul écu pour les dépenses de Falguerolles
à celui de Vauvert, au mois d’août de la même année[330].—Jusqu’en
1599, la ville où se tenait le synode était très favorisée puisque
ses députés n’avaient pas à se déplacer; mais à cette date on décida
qu’elle aurait à «loger les pasteurs et anciens [des autres localités],
avec les montures, en maison bourgeoise» et à ses dépens[331]. Malgré
cette mesure, les frais de délégation paraissaient encore trop lourds
aux petites églises réunies sous un seul pasteur: contrairement à la
Discipline, elles n’envoyaient qu’un ancien avec leur ministre pour
les représenter[332] et payaient chacune leur part des frais[333].
Outre les députations aux assemblées, on prenait encore sur les deniers
du ministère l’achat des objets servant au culte, l’entretien du
temple[334] et de la bibliothèque.
L’église de Nîmes n’avait pas attendu les encouragements des synodes
nationaux de Saumur (1596), ou de Jargeau (1601) pour «dresser» une
bibliothèque propre à servir à ses ministres et à ses proposants[335].
En janvier 1596, elle ne s’occupait plus déjà que de la «parachever»
et achetait pour 7 écus les livres qu’un libraire avait apportés à
Nîmes[336]; peu après, le pasteur Falguerolles et l’avocat Chalas
découvraient dans «la bibliothèque de feu M. de Saint-Cézary...
deux volumes de _Concilles_ et la _Response et examen du concile
de Trante_, faictz par Rennitus», et les achetaient 3 écus pour le
consistoire[337]. Les livres étaient alors chez Chalas[338], et il y
en avait un nombre suffisant pour que leur catalogue fût considéré
comme un travail nécessaire et assez important[339]. D’ailleurs, on ne
cessait d’en acheter de nouveaux. Ainsi, le 8 janvier 1597, on paye «3
l. 8 sols tournois pour huit livres de M. de Falguerolles[340]». Chalas
partant en voyage, on le charge d’en rapporter quelques-uns[341]. On
presse, en 1597, la rédaction de l’«inventaire et contrerollage» de la
bibliothèque[342], que le nouveau consistoire de 1599 fait vérifier
en entrant en charge[343]. En octobre de cette même année, le synode
ayant arrêté que «les ministres seroyent tenuz tenir en leurs cheres
une bible de la nouvelle version», le consistoire se décide à vendre
celle qui lui sert actuellement. «Et au mesme instant, au consistoire,
a este enchérie, et, après plusieurs enchères, délivrée à M. Rostang du
Vieux pour le prix de 3 escus sol[344]». Puis, on achète une superbe
bible «de la nouvelle version..., dorée, lavée, réglée», que l’on paye
4 écus et demi[345]. En 1601, la «_Bibliotheca patrum_ par Marguarites
de la Bigne, impression de Paris de l’an 1589, en 9 tomes» est acquise
moyennant 18 écus, et sa reliure en «vert carton», plus le port,
revient à 5 écus 30 sols[346]. Enfin, il faut ajouter à cela qu’en 1600
on avait fait faire un «cabinet» pour les livres[347].
Il est fort probable que les petites églises du colloque de Nîmes ne
devaient pas avoir de bibliothèques faute d’argent, puisque une ville
comme Montpellier, siège d’une académie, se voyait, en 1598, exhortée
par le synode à se faire «une collection de livres en théologie[348]».
Quoi qu’il en soit, ce ne fut pas, comme le dit M. de Felice[349], le
synode nat. de La Rochelle, en 1607, qui encouragea le premier les
églises à se créer des bibliothèques, et Nîmes en possédait une fort
importante bien longtemps auparavant.
* * * * *
Les deniers du ministère devaient subvenir à toutes les dépenses que je
viens d’énumérer; voyons d’où ils provenaient.
Le roi promit aux églises, en 1598, de leur donner 45 000 écus.
Cette promesse ne fut pas tenue[350], si bien que le consistoire
de Nîmes dut continuer à pourvoir à l’entretien des ministres par
des impositions sur les habitants. A l’époque qui nous occupe, on
décidait officiellement que ceux de la Religion seuls en auraient la
charge[351]; mais, vu les difficultés de toutes sortes qu’on avait à
recouvrer une subvention si nécessaire, on n’hésitait pas, en pratique,
à taxer les catholiques, et ce après comme avant l’édit de Nantes[352].
Chaque année, le consistoire extraordinaire, avec le concours des
magistrats et des consuls[353], décidait quelle somme on prélèverait:
tantôt 500 écus comme en 1596[354], tantôt 800 comme en 1601[355]. Il
déléguait ensuite quelques membres des consistoires vieux et nouveau,
un des magistrats, un ou deux consuls, pour en faire la répartition
sur les habitants[356]. Cette répartition, inscrite sur un livre long
nommé «la tariffe[357]», était alors présentée au magistrat pour qu’il
en autorisât l’exaction[358]. Une fois le «livre signé», on chargeait
de lever l’imposition celui qui faisait «meilheure condition», après
avoir pris l’avis des consuls: ainsi, en 1600, l’ancien Salveton ayant
accepté «d’en fere l’exaction pour 100 l. tournois», on décide «que le
bail de lever led. libvre sera passé aud. sire Salveton[359]». Mais
on ne donnait pas toujours la levée à forfait et le consistoire la
confiait souvent à des agents qu’il surveillait lui-même. Le 9 décembre
1598, en effet, nous le voyons décider que «les diacres et anciens...
poursuyvront ceulx quy sont commis à la levée des rolles[360]»; et une
autre fois, il ordonne qu’elle se fera «par survelliances et ysles...
par les nommés à cest effect..., suivant les rolles[361]».
La levée a lieu d’ailleurs très malaisément et les petites églises
comme les grandes ne mettent aucun enthousiasme à entretenir leurs
pasteurs. A Nîmes, les uns se plaignent d’être trop imposés et ne
veulent pas payer intégralement leur taxe; les autres «ne veullent
payer rien du tout[362]» et il y réussissent: on décide de les
«adjouster» aux rôles de l’année suivante[363], mais c’est toujours un
an de gagné, et pourquoi céderaient-ils davantage plus tard? Un nommé
Jehan de Vidalle déclare «qu’il yroit plus tost baptizer son enfant à
la messe que bailher rien à MM. les ministres[364]», et il est probable
que l’«exhortation pour l’entretenement des pasteurs» que Chambrun
fait en chaire après le prêche ne doit pas être sur lui d’un effet
puissant[365].
Aussi, la levée est-elle loin de rendre ce qu’elle devrait et les
pasteurs ne peuvent-ils obtenir leurs gages. En mars 1598, il est dû à
Falguerolles, «oultre les arreyrages de l’année passée... ung cartier
de la présante[366]». En mai, le consistoire est forcé d’emprunter
300 l., remboursables dans trois mois et au taux de 12%, desquelles
Chambrun prend 100 l., Falguerolles 200 et Moynier rien[367]. Cela
ne remplit pas la bourse du ministère: en septembre, il ne s’y trouve
encore «pas d’argent, mesmes pour les pasteurs servans[368]». On
atteint ainsi l’époque[369] de la levée de l’imposition, que l’on
décide le 21 octobre. Naturellement, elle ne se fait pas mieux que
d’habitude; en décembre, on décide de «poursuyvre» ceux qui en sont
chargés[370], car, sans doute, on la veut terminée pour la fin de
l’année. Les pasteurs sont tellement pressés qu’à peine quelque argent
se trouve-t-il entre les mains du receveur qu’ils demandent qu’on leur
délivre à chacun 12 écus[371]. D’ailleurs, c’est la coutume de leur
distribuer à mesure ce qui rentre[372], car il est impossible de réunir
une somme suffisante pour les payer en une fois.
Cependant, en 1599, le consistoire semble vouloir se libérer à l’égard
des ministres. Il charge le sieur de Saint-Cézary de prévenir le
conseil de ville de la difficulté que présentent la levée des rôles
et l’entretien du ministère; il ordonne de poursuivre rigoureusement
«ceulx quy doibvent d’argent des bénéfices pour le payement» des
pasteurs[373]; le receveur déposera le compte de ce que les ministres
ont reçu sur leur assistance[374]; enfin, ceux qui refuseront de
payer seront traînés devant le juge criminel[375]. Malgré tout, en
juillet, il reste dû encore tellement d’argent aux pasteurs que l’un
d’eux, Falguerolles, prévient le consistoire qu’il s’en plaindra au
colloque[376]. Quelques mois plus tard, il mourait[377] sans avoir
jamais pu toucher les 200 écus qui lui étaient dus[378].
Ainsi la ville de Nîmes ne pouvait arriver à fournir les sommes
nécessaires à «l’entretien de l’église». S’il en était ainsi dans
la plus riche et la plus puissante ville du colloque, on imagine ce
qui se passait dans les autres. Les assemblées sont remplies par les
querelles d’argent des pasteurs et des consistoires. D’ailleurs, que
pouvait-on sur les fidèles? La Discipline autorisait les colloques et
les synodes à procéder par des censures ecclésiastiques contre les
églises coupables d’«ingratitude» envers leurs ministres et à aller
même jusqu’à les priver du culte. Cette peine grave, la seule efficace,
on peut le dire, pouvait bien être prononcée contre des églises de peu
d’importance[379], mais comment l’appliquer à des villes comme Nîmes,
exposée aux influences catholiques et où les fidèles se trouvaient
livrés aux «séductions» des prêtres et des jésuites? Nous verrons que
les pasteurs combattaient ces influences à grand’peine. Ceux d’Alais,
réclamant au synode leur ministre Ferrier qui leur avait été emprunté
pour quelque temps, se plaignent que «plusieurs de la Religion, se
voyantz sans preche, seroient alez au sermon de Rhodes, jésuite[380]».
On juge de ce qui se serait passé dans les mêmes conditions à Nîmes,
où le consistoire se trouve forcé de sévir à chaque instant contre des
fidèles et même contre des proposants[381], qui ont été «ouyr» le P.
Coton.
Aussi ne songeait-on pas à appliquer de peines aussi radicales, ni même
à appliquer aucune peine. En voici la preuve. Un synode de 1594 avait
ordonné que les diacres et anciens ne pourraient quitter leurs charges
avant d’avoir «satisffait à l’entretainement des ministres[382]».
Conformément à cette décision, on voit, en janvier 1597, le consistoire
de Nîmes s’engager à ne pas se séparer avant d’avoir soldé «ce que
restera des gaiges deubz à MM. les pasteurs[383]». Cependant, le 9
décembre, il décide de procéder à la nomination des anciens pour
l’année suivante. Les pasteurs en appellent «d’aultant qu’ilz ne sont
payés de leurs gaiges[384]»; mais le consistoire nouveau n’en remplace
pas moins tranquillement le «vieux», et le règlement reste inappliqué.
La municipalité payait une pension à l’église, destinée notamment
à l’entretien des proposants. C’était, d’ailleurs, assez peu de
chose et insuffisant à sortir le consistoire de peine: en 1598,
la pension se monte à 86 l. 15 sols[385]. Elle était levée par un
exacteur des tailles[386] et portait sur tous les habitants, même les
catholiques[387]. De plus, le gouvernement communal aidait les anciens
à poursuivre le payement des impositions faites pour le ministère[388].
Son intervention fut autorisée par l’édit de Nantes qui donna le droit
aux consistoires de citer en justice les huguenots se refusant à payer
leur taxe[389].
L’église de Nîmes se résolut à employer ce moyen en février 1599[390].
Il ne paraît pas qu’elle en ait obtenu des résultats excellents,
si l’on on juge par les plaintes et les menaces de Falguerolles en
juillet 1599[391] et de Moynier en mai 1600[392], qui contraignirent le
consistoire à faire des emprunts onéreux pour fournir quelque argent à
ses ministres[393]. C’était encore un moyen inefficace. Les pasteurs
durent se résigner à n’être pas payés.