LES FINANCES DU CONSISTOIRE

Les comptes du «receveur des deniers de l’église» et du «receveur des

deniers des pauvres».

Deniers des pauvres: Recettes. Qui on assiste. Secours en nature.

Tableau des secours délivrés par le consistoire de Nîmes entre janvier

et mars 1596. Visites de charité. Surveillance de l’hôpital des

pauvres.

Deniers de l’église: Dépenses. Recettes: les imposés; la levée des

rôles. Églises «ingrates». Pension payée à l’église par la ville.

Il reste maintenant à étudier les finances du consistoire de Nîmes et à

montrer quels étaient ses revenus. Il lui en fallait d’importants pour

subvenir aux dépenses qui lui étaient imposées: entretien des pasteurs

et des proposants, gages de l’avertisseur et des autres fonctionnaires,

aumônes, pensions aux nouveaux convertis, enfin dépenses des synodes et

colloques, car chaque église doit solder les frais de ses députations

aux assemblées ecclésiastiques. En matière de finances, comme en tout

le reste, ce sont les consistoires qui forment la base de l’édifice

protestant: sans leur argent, pas d’assemblées, et toute la hiérarchie

du parti se trouve désagrégée.

* * * * *

A Nîmes, le budget de l’église se divise en deux parts distinctes: les

«deniers de l’église» et les «deniers des pauvres».

Chacune a son «receveur», son banquier, choisi chaque année parmi

les membres du consistoire, le plus souvent un ancien[267]. Une

délibération du 31 janvier 1601 montre que le receveur des deniers du

ministère touchait à cette époque des gages de 100 l.; mais c’est le

seul renseignement que j’aie trouvé sur ce point[268].

Les receveurs ne devaient délivrer aucune somme que sur la présentation

de «mandements», tirés sur eux par les anciens[269]. Et à l’expiration

de leur charge, chaque année, il fallait qu’ils rendissent compte de

leur gestion devant une commission nommée par le consistoire[270].

Le «receveur des deniers de l’église» à Nîmes présentait: 1^o les

pièces justificatives de ses comptes, comprenant, d’une part, les

mandements tirés sur lui, et d’autre part, les quittances de ses

payements, avec leur bordereau[271]; 2^o le «livre des quitances

des paiements de nos pasteurs.....», comprenant les quittances des

pasteurs, proposants et autres salariés du consistoire, qui était

en quelque sorte la mise au net des pièces précédentes, dont il ne

comprenait pas le détail[272]; 3^o un registre contenant les noms des

imposés pour l’entretien des ministres, avec le chiffre de leurs taxes,

et une liasse renfermant toutes les pièces relatives au recouvrement de

ces impositions[273].

Le receveur des deniers des pauvres avait des comptes moins compliqués:

il ne présentait que les mandements tirés sur lui et les quittances de

ses paiements avec leur bordereau[274]. La commission déléguée par le

consistoire vérifiait tous ces comptes et en donnait aux deux receveurs

une «décharge» qu’elle inscrivait sur un autre registre spécial[275],

et qu’on mentionnait souvent dans le livre du consistoire[276]. Puis

les comptes étaient renfermés dans un coffre et formaient les archives

de l’église[277].

* * * * *

J’ai dit que les deniers des pauvres étaient tout à fait distincts

des deniers de l’église. Il arrive, en effet, qu’on fasse procès aux

«povres de l’église[278]», dont les revenus provenaient soit de legs

testamentaires, soit de quêtes faites par les diacres.

Les legs étaient assez fréquents et variaient beaucoup; je n’en ai

pas trouvé, néanmoins, de considérables: en 1598, un conseiller au

présidial, Antoine de Malmont, lègue 20 l., et le baile de Saint-Jean

de Valeriscle 25 l. aux pauvres de Nîmes[279]. En revanche, il y en a

un grand nombre de peu d’importance: voici, par exemple, à Congeniès,

un laboureur qui laisse 30 sols[280]; l’hôte du logis des Arènes à

Nîmes, Armand Gaubin, ne destine aux indigents que 10 sols[281], et,

même, un certain Jacques Malafosse, de Congeniès, ne leur en donne pas

plus de 5[282]. Ce ne sont pas d’ailleurs ces «légatz pies» qui forment

la plus grosse part du revenu des pauvres, et heureusement, car ils

ne doivent pas être fort exactement payés, s’il arrive fréquemment,

comme en 1597, que les magistrats se permettent d’en disposer[283]. Au

reste, une partie des legs est consacrée à l’entretien des pasteurs,

et ainsi les pauvres n’ont pas le bénéfice de toute la charité des

testateurs[284].

Les quêtes faites par les anciens et les diacres formaient leur

principale ressource. Il n’y a que fort peu de renseignements sur

ce point. On faisait la quête au temple dans un «bassin[285]». En

outre, on plaçait des troncs «aux» boutiques des marchands, et on les

visitait, ce semble, au commencement de chaque année[286]. Enfin,

tous les ans, on réunissait les objets perdus dans le temple et non

réclamés, on les vendait, et l’on en versait le produit au bassin: en

1596, on retire ainsi 2 l. 14 sols, et en 1601, 2 l. 16 sols[287].

Ces quêtes étaient les vraies ressources des pauvres. Elles devaient

fournir parfois des sommes importantes. Le synode national de

Montauban, en 1594, décide que, lorsqu’il se trouvera une somme

notable des deniers des pauvres «que l’urgente nécessité n’obligera

pas d’emploier pour leur subvention, les diacres, par l’avis du

consistoire, pourront en faire quelque prêt à des gens solvables pour

faire valoir cet argent à la plus grande utilité des pauvres...., à la

charge qu’on le puisse retirer promptement en cas de nécessité[288]».

C’était là une permission assez dangereuse, mais ces spéculations

paraissaient si séduisantes que, le synode national de Saumur les

ayant interdites en 1596[289], celui de Montpellier les autorisa de

nouveau en 1598[290]. Il est peu probable que le consistoire de Nîmes

ait pu user de la permission à l’époque qui nous occupe, car il avait

grand mal à entretenir ses très nombreux indigents[291] et, l’«urgente

nécessité» ne devait pas lui permettre d’amasser un capital pour le

placer.

Il secourait non seulement les pauvres de la ville, mais encore ceux

des autres provinces. Ainsi, en 1597, l’église de Grenoble ayant fait

parvenir aux Nîmois une lettre réclamant secours, le consistoire décide

que «tout ce qui sera levé au bassin» lui sera envoyé, et que l’on

communiquera la lettre aux autres églises du colloque[292]. On faisait

également l’aumône aux pauvres étrangers à la cité qui se présentaient

avec des attestations de leur église d’origine. Cette coutume, nommée

la «passade[293]», prêtait à de nombreux abus.

Des vagabonds exploitaient les églises en exhibant de fausses lettres

de leurs prétendus consistoires. C’est en vain que, pour y remédier,

le synode national de Montpellier (1598) décide que l’on ne devra

accorder aucune attestation avant d’avoir examiné en consistoire

si les raisons données par l’intéressé pour partir au loin sont

plausibles; que ses «âge, poil, stature» devront être spécifiés; et

que les ministres auxquels il s’adressera en chemin devront garder ou

détruire l’attestation qu’il présentera et lui en donner une autre,

s’il y a lieu, «pour la prochaine église[294]». L’abus subsiste, et le

consistoire de Nîmes se voit forcé d’ordonner que, dorénavant, les

pasteurs comme les anciens ne pourront délivrer à ceux qui «demandent

la passade.... aucungz bilhetz de 5 solz.... qui n’aye esté délibéré

au consistoire, ou à l’yssue du presche, et signé par quatre pour le

moingz[295]».

Il ne leur enlevait point, ce semble, le droit de distribuer des

«bilhetz» de moins de 5 sols, payables par le receveur des deniers des

pauvres. Celui-ci, comme nous l’avons vu, conservait précieusement

tous ces mandements comme pièces justificatives de ses dépenses. Ils

pouvaient monter à des sommes variables. Par exemple, du 1^{er} janvier

au 27 mai 1601, sire Dalbiac, à Nîmes, a reçu des billets pour 52 l.

19 sols[296], ce qui donne environ une moyenne de 125 l. d’aumônes par

an. Cela ne me paraît pas très considérable, si l’on songe que chaque

pasteur reçoit 600 l. de traitement annuel[297].

D’ailleurs, ces sommes, pour minimes qu’elles soient, semblent

distribuées avec équité. Marque d’une tolérance rare à cette époque,

on fait la charité même à des catholiques, et sans leur demander la

plus petite abjuration en retour. «Jane Varlède, _papiste_, sera

assistée de 10 souls pour une fois, atandu sa pouvretté[298]», décide

le consistoire. «La femme de Pierre Michel...., estant en extrême

pouvreté..., _bien que soit papiste_, luy sera assisté de 10 sols sans

conséquance[299].»

Les nouveaux convertis sont entretenus pendant un certain temps, quand

ils sont incapables de gagner leur vie, comme il arrive aux défroqués.

On paye leur apprentissage: Pierre, fustier, réclame au consistoire la

dépense «que le novisse moyne a faict à sa maison à raison de 5 sols

chascung jour[300]». Si l’église ne peut placer son converti, elle

écrit à ses voisines et le leur adresse[301]. Le synode provincial

et le colloque en prennent «soing» et cherchent «si quelque église

le voudra entretenir[302]». D’ailleurs, ils se trouvent souvent mal

de leur bonté. Le colloque de Nîmes, par exemple, se voit réclamer

400 l. par M^{re} Mathieu Guilien, apothicaire, «qu’un jadis moine,

nommé François Hon», mis en apprentissage chez lui pour trois ans par

le colloque, «auroit dérobé[303]». Ailleurs, c’est un ancien moine

de Tournon, nommé Denys Enard, que le consistoire de Nîmes envoie

comme apprenti chez M^{re} Noguier, chirurgien, au prix de 8 l. par

mois: «lequel apprenti s’en seroit allé sans luy rien dire» au bout

de onze jours, en emportant «deux couvre chefz de valleur de 24 solz

tous deux»; il faut donc payer les 24 sols et 3 l. pour les onze

jours d’apprentissage, plus 4 l. 10 sols pour deux chemises que le

consistoire avait fait acheter «pour bailher au susd. Denys Enard[304]».

Car il remettait souvent les secours en nature. Je vois, en effet,

qu’il fait délivrer pour 20 l. de «cadis à la vefve de Parant pour lui

fere une robbe[305]»; qu’il assiste d’une «eymine de bled», valant

15 sols, Jean S^t-Huict, serrurier[306], etc. En tout cas, pour le

principe, lorsqu’il donne une somme d’argent, il spécifie presque

toujours l’emploi qu’en doit faire l’assisté: si Estienne Audiballe

reçoit un écu, c’est «pour achepter une robbe à la fripperye[307]».

Certains pauvres étaient en quelque sorte abonnés et touchaient une

certaine somme chaque semaine, tandis que d’autres étaient secourus une

fois pour toutes. Parmi les premiers se trouvaient les malades, dont

le consistoire prenait grand soin. Une pauvre femme, Claude Deleuse,

étant tombée «malade à l’extrémité», il décide que l’ancien du quartier

devra avertir ses parents tout d’abord, mais «en cas de nécessité luy

adressera avec son diacre[308]». Souvent, il ordonne que certains

pauvres recevront une somme remise à la discrétion «du diacre et

surveillant de leur cartier[309]». Le tableau suivant renferme les noms

des indigents assistés entre janvier et mars 1596, avec la mention de

ce qu’on leur a donné[310].

Les protestants à Nîmes au temps de l'Édit de Nantes · 第 27 / 86 题