SCENE IX

LE MARQUIS, ARISTE, JULIE.

ARISTE, à part.

Ne sommes-nous pas seuls?... Que penser de ce discours?

LE MARQUIS, à part, au fond du théâtre.

Je les trouve fort à propos ensemble.

JULIE, à part.

Que vient faire ici le marquis?.... Le fâcheux contre-temps!

LE MARQUIS, à Julie.

Je vous trouve donc, divine personne?... (A Ariste.) Eh bien!

seigneur Ariste, mon oncle m'a rapporté que vous agissiez en

galant homme. Tout est convenu, sans doute.

ARISTE, à part.

Je ne l'avois pas vu d'abord; mais voilà l'énigme expliquée.

LE MARQUIS.

Mais quel présage funeste! L'un parle tout seul et ne me

répond pas; l'autre détourne la tête et me fait un clin

d'oeil. Comment interpréter tout ceci?

JULIE.

Un clin-d'oeil! Qui? moi, monsieur?

LE MARQUIS.

Oui, ma charmante. Qu'en dois-je augurer? Mon oncle auroit-il

fait un faux rapport? auroit-on juré de traverser nos feux?

Parlez.... (A Ariste.) Ah! seigneur Ariste, dissipez une

inquiétude mortelle.

JULIE, à part.

Que je suis malheureuse!

ARISTE.

Vous avez lieu d'être, tous deux, contents; rien ne s'oppose

à vos désirs, la volonté de Julie est une loi pour moi.... (Au

marquis.) Et, à votre égard, monsieur, l'amitié que j'ai

toujours eue pour votre oncle est trop intime pour que je ne

consente pas volontiers à ce qui peut en resserrer les noeuds.

LE MARQUIS.

Vous nous rendez la vie. Vous êtes un homme charmant, divin,

adorable. Je vous sais bon gré de n'avoir pas d'entêtement

ridicule et de connoître que je vaux quelque chose.

ARISTE.

Vous appartenez à de trop honnêtes gens pour ne pas espérer

que vous rendrez une femme heureuse.

LE MARQUIS.

Ecoutez donc, nous sommes jeunes, riches; nous nous aimerons

: il faudroit qu'une influence bien maligne tombât sur nous

pour nous rendre malheureux. Il est vrai que le diable s'en

mêle quelquefois.

ARISTE.

Je vais trouver Orgon, et lui apprendre que tout va selon ses

intentions..... Nous reviendrons bientôt, pour prendre les

arrangements nécessaires.... (A Julie, en montrant le

marquis.) Monsieur voudra bien vous tenir compagnie, Julie,

pendant le peu de temps que je suis obligé de vous quitter.

LE MARQUIS.

Allez, allez, monsieur, je me charge de ce soin.

(Ariste sort.)

La Pupille · 第 9 / 27 章