ARISTE, ORGON.
ORGON.
Bon jour au seigneur Ariste.
ARISTE.
On vient de me dire que vous étiez ici, Orgon; je suis charmé
de vous voir.
ORGON.
Je suis charmé, moi, de voir la santé dont vous jouissez. Sans
flatterie, vous ne paroissez pas trente-cinq ans; et.... vous
en avez bien dix par de-là.
ARISTE.
La vie tranquille et réglée que je mène depuis quelque temps,
me vaut ce peu de santé dont je jouis.
ORGON.
Ma foi! une femme vous siéroit fort bien.
ARISTE.
A moi? Vous plaisantez, Orgon.
ORGON.
Ah! il est vrai que vous avez toujours été un peu philosophe,
et, par conséquent, peu curieux d'engagement.
ARISTE.
Il y a eu, dans ce qu'on appelle philosophes, des gens qui ne
se sont point mariés, et peut-être ont-ils bien fait. Mais,
selon moi, le célibat n'est point essentiel à la philosophie;
et je pense qu'un sage est un homme qui se résout à vivre
comme les autres, avec cette seule différence qu'il n'est
esclave ni des évènements, ni des passions. Ce n'est donc
point par philosophie, mais parce que j'ai passé l'âge de
plaire que je vous demande grâce sur cet article-là.
ORGON.
Ce que je vous en dis est par forme de conversation. Parlons-en
donc pour un autre. Votre dessein n'est-il pas de pourvoir
Julie?
ARISTE.
Oui. C'est dans cette vue que je l'ai retirée du couvent.
ORGON.
Je crois même vous avoir entendu dire que son père, en vous la
confiant, vous avoit recommandé de lui faire prendre un parti,
dès qu'elle seroit en âge.
ARISTE.
Cela est encore vrai, et je m'y détermine d'autant mieux que
je compte faire un bon présent à quiconque l'épousera; car
elle a des sentiments dignes de sa naissance: elle est douce,
modeste, attentive; en un mot, je ne vois rien de plus
aimable ni de plus sage. Il y a peut-être un peu de prévention
de ma part.
ORGON.
Non; elle est parfaite, assurément: mais il se passe quelque
chose dont vous n'êtes peut-être pas instruit.
ARISTE.
Comment! que se passe-t-il donc?