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[Transcriber's note: Christophe-Barthélemi Fagan (1702-1755),
_La Pupille_, 1734, édition de 1760]
LA PUPILLE,
COMEDIE,
PAR FAGAN,
Représentée, pour la première fois, le 5 juillet
1734.
NOTICE SUR FAGAN.
Christophe-Barthélemi FAGAN, né à Paris le 30 mars 1702, reçut
une éducation très soignée. La perte totale de la fortune de
son père avoit obligé ce dernier à accepter une place au
bureau des consignations, et força également le jeune homme à
prendre un emploi dans la même partie.
L'agrément de son esprit le fit accueillir dans diverses
sociétés. Il y rencontra Pannard, se lia avec lui, et bientôt
ils composèrent ensemble plusieurs opéras comiques qui eurent
du succès. Le goût de Fagan pour le théâtre s'en accrut de
plus en plus, et, excité par les besoins d'une famille
nombreuse, il entreprit de travailler seul pour le théâtre
François. La première pièce qu'il y donna fut LE RENDEZ-VOUS.
Cette petite comédie en un acte, et en vers, représentée pour
la première fois le 27 mai 1733, eut douze représentations
très suivies. L'année suivante, le 11 février, il fit jouer LA
GRONDEUSE, aussi en un acte et en prose, qu'il retira après la
cinquième représentation. Le 5 juillet de la même année, parut
LA PUPILLE, que l'on regarde généralement comme le chef-d'oeuvre
de l'auteur. Cette charmante comédie en un acte et en
prose fut applaudie avec enthousiasme pendant vingt-trois
représentations. LUCAS ET PERRETTE OU LE RIVAL UTILE, comédie
en un acte et en vers, mise au théâtre le 17 novembre de la
même année 1734, ne fut jouée que deux fois.
L'AMITIE RIVALE DE L'AMOUR, comédie en un acte, en vers, jouée
le 16 novembre 1735, excita beaucoup de tumulte dans le
parterre à la première représentation; elle fut cependant
jouée dix fois, et a été reprise avec quelque succès.
LES CARACTERES DE THALIE, comédie en trois actes, mise au
théâtre le 15 juillet 1737, fut jouée dix-huit fois avec
succès. Chaque acte de cette pièce formoit une comédie
entière. La première en un acte, en vers, étoit L'INQUIET; la
seconde en un acte, en prose, avoit pour titre L'ETOURDERIE;
et la troisième, aussi en un acte en prose, que l'on joue
encore aujourd'hui, est intitulée LES ORIGINAUX.
LE MARIE SANS LE SAVOIR, comédie en un acte, en prose,
représentée le 8 janvier 1739, ne fut donnée que six fois.
JOCONDE, comédie en un acte, en prose, donnée le 5 novembre
1740, eut quatorze représentations.
L'HEUREUX RETOUR, comédie en un acte, en vers, composée à
l'occasion de la convalescence du roi et de son retour de Metz
à la cour, fut mise au théâtre le 6 novembre 1744, et eut
quinze représentations.
On trouve encore dans les oeuvres de l'auteur LE MUSULMAN,
comédie en un acte, en prose, LE MARQUIS AUTEUR, comédie en un
acte en vers, et L'ASTRE FAVORABLE, comédie en un acte et en
vers libres. Ces trois pièces étoient destinées au théâtre
François, mais elles n'ont pas été représentées.
Fagan mourut à Paris le 8 avril 1755, dans sa cinquante-quatrième
année.
PERSONNAGES.
ARISTE.
ORGON, ami d'Ariste.
LE MARQUIS VALERE, neveu d'Orgon.
JULIE.
LISETTE, suivante de Julie.
Un laquais, personnage muet.
La scène est à Paris, dans l'appartement d'Ariste.
LA PUPILLE,
COMEDIE.
SCENE I.
ORGON, LE MARQUIS.
ORGON.
Valère, encore un coup, songez à ce que vous me faites faire.
LE MARQUIS.
Que je sois anéanti, mon oncle, si je voulois, pour toute
chose au monde, vous engager dans une fausse démarche. Faut-il
vous le répéter cent fois? Je vous dis que je suis avec elle
sur un pied à ne pouvoir pas reculer.
ORGON.
Mais ne vous flattez-vous pas? Etes-vous bien sûr d'être aimé?
LE MARQUIS.
Si j'en suis sûr? Premièrement, quand je viens ici, à peine
ose-t-elle me regarder: preuve d'amour; et quand je lui
parle, elle ne me répond pas le mot: preuve d'amour; et
quand je parois vouloir me retirer, elle affecte un air plus
gai, comme pour me dire: "Pourquoi me fuyez-vous, marquis?
Craignez-vous de me sacrifier quelques moments? Restez, petit
volage, restez; je vais vaincre le trouble où me jette votre
presence, et vous fixer par mon enjouement. Mon esprit va
briller aux dépens de mon coeur. J'aime mieux que vous me
croyez moins tendre, et vous paroître plus aimable. Demeurez,
mon adorable marquis! demeurez...." Je pourrois vous en dire
davantage; mais vous me permettrez de me taire là-dessus: il
faut être modeste.
ORGON.
Ces preuves-là me paroissent assez équivoques. Au surplus,
Ariste est trop judicieux et trop mon ami pour s'opposer à ce
mariage, si sa pupille y consent... (Voyant paroître Ariste
dans le fond.) Je le vois sortir de son appartement. Retirez-vous.
LE MARQUIS.
Y a-t-il quelque inconvénient que je reste? Vous porterez la
parole: il donnera son consentement; je donnerai le mien:
on fera venir Julie; ce sera une chose faite.
ORGON.
Les affaires ne se mènent pas si vite. Retirez-vous, vous dis-je.
LE MARQUIS.
Cependant....
ORGON, l'interrompant.
Retirez-vous.
LE MARQUIS.
Allons donc. Je reviendrai, quand il sera question d'épouser.
(Il sort.)