de Cléry, Créteil, rue Poupée, Dathene, rue saint Antoine[25], Voudry,
rue saint Jacques, Boudet, rue saint Martin, Thierry, rue sainte
Marguerite, du Catel et l’Esclop, rue Omer[26], Clico, rue Philippot, et
le Febvre, rue Aubry Boucher, fabriquent, rajustent et accordent les
Orgues et les Clavecins.
[24] «Près Saint-Nicolas du Chardonnet.» Edit. 1691, p. 60.
[25] «Le sieur Dathene, qui fait des clavecins, demeure rue et devant
le petit Saint-Antoine.» _Id._, p. 64. «Le sieur Créteil, faiseur
d’orgues, demeure dans la rue Poupée.» _Ibid._
[26] Lisez rue au Maire.
_Maitres pour la Violle._
Messieurs de sainte Colombe[27], rue...; Marais, ruë Bertin Poirée[28],
Theobal, rue de Richelieu[29], des Fontaines[30], rue de Grenelle saint
Honoré, de Machy, rue des fossez saint Germain, Garnier, prés le Palais
Royal, Bellier, rue de Mommorency, Fourcroy le fils, rue vieille du
Temple, etc.
[27] Il n’est plus connu que parce qu’il fut le maître de celui qui
vient ici après lui.
[28] «Monsieur Marais touche la viole par excellence, et donne des
leçons chez luy, rue Quincampoix.» Edit. 1691, p. 48.--Marin Marais,
élève de Sainte-Colombe, et le plus habile joueur de viole de son
temps, il a beaucoup écrit pour cet instrument, et, de plus, l’on a
de lui plusieurs partitions pour l’Opéra, où il avoit commencé à
être simple batteur de mesures. La plus célèbre est celle
d’_Alcione_, dont la Tempête fut un des morceaux les plus à effet de
ce temps-là. Elle est décrite dans le poëme de _la Musique_ cité
plus haut.
[29] Théobaldo Gaddi, qui, attiré de Florence à Paris par son
admiration pour Lulli, fut mis par celui-ci dans l’orchestre de
l’Opéra, où il joua pendant près de cinquante ans de la basse de
viole. Il avoit fait, en 1691, la musique de la pastorale héroïque
de _Coronis_.
[30] «Le même Des Fontaines montre d’ailleurs à toucher le clavecin et
la basse de viole.» Edit. 1691, p. 48.
Mademoiselle Mengey, rue saint Honoré, prés la rue des Poullies, fait
aussi profession de toucher et de montrer à toucher la Violle.
_Maîtres pour le Theorbe[31]._
[31] C’étoit une espèce de grand luth, qui lui-même étoit une sorte de
guitare.
Messieurs du Pré, rue des Escoufles, et de la Barre en Cour, qui sont de
la Chambre du Roy[32], et encore Messieurs Pinet[33], rue le Moyne,
Cloître saint Jacques de l’Hôpital, Aubin, rue de l’Escharpe, Poussilac,
prés les Jacobins saint Jacques, Lavaux, rue Hurel, Quay de la
Mégisserie.
[32] Du Pré n’étoit qu’en survivance, en 1692, à la chambre du Roi
pour le théorbe. Pierre Chabançeau de La Barre, beaucoup plus
célèbre, jouoit de la grosse-basse ou du théorbe à la
Chapelle-Musique. Il étoit valet de chambre de la Dauphine.
[33] Lisez Pinel. Il jouoit du théorbe à la chambre du Roi, mais y
avoit, auparavant, chanté les hautes tailles.
_Maîtres pour la basse de Violon._
Messieurs Marchands père et fils, et Converset, rue des Poulies[34],
Boudet, rue saint Antoine, Reffiet, rue des vieux Augustins[35], la Rue,
prés saint Mederic.
[34] «Rue Bétizy, Gillet, place du Palais-Royal.» Edit. 1691, p.
48.--A la chambre du Roi, les deux Marchand: Jean Noël, le père, et
Jean-Baptiste, le fils, jouoient non la basse, mais le dessus de
violon.
[35] Urbain Reffiet. Il étoit un des vingt-cinq violons ordinaires,
dont Dumanoir étoit le roi.
_Maîtres pour le dessus de Violon._
Messieurs Favre, rue saint Honoré, le Peintre, à Versailles[36], Thoüin,
rue de la Verrerie[37], Verdier, rue du Chantre, Baptiste, Cloitre saint
Honoré, du Bois, rue des fossez saint Germain, de l’Isle, rue saint
Honoré, Charpentier, rue de la Harpe, du Chesne, rue Aubry Boucher,
Jobert, rue saint Antoine, Marchand, rue de Berry, etc.
[36] Augustin-Jean Le Peintre. Il étoit aussi des vingt-cinq violons,
et, de plus, un des violons du Cabinet, où il jouoit les dessus,
avec 600 liv. de gages. Il étoit en outre attaché, comme violon, à
la maison du Dauphin, ce qui lui valoit 600 liv. sur la cassette du
prince, 400 sur le trésor royal, «et quelques autres
gratifications», dit l’_Etat de France_. On comprend qu’avec le
cumul de ces gages et ce que pouvoient lui rapporter ses leçons, il
ait pu faire dire à Richelet, au mot _violon_ de son dictionnaire:
«Le Peintre, l’un des meilleurs joueurs de violon de Paris, gagne
plus que Corneille, l’un des plus excellents de nos plus fameux
poëtes françois.»
[37] L’édition précédente l’appelle à tort Thonin.
_Maîtres pour la Guitarre._
Messieurs de Vizé, à Luxembourg[38], Cheron, rue Dauphine[39], Medard,
prés saint Nicolas des Champs, le Tellier, rue du Foin, Galet,
cul-de-sac saint Sulpice, du Gesne, rue des Prouvaires, Poussilot[40],
prés les Jacobins saint Jacques, etc.
[38] C’est-à-dire au palais du Luxembourg. Vizé fut très-célèbre en
son temps. Palaparat, dans la préface du _Grondeur_, parlant d’un
joueur de flûte fameux, dit qu’il tire de la flûte allemande «des
sons plus doux...»
Que ceux que De Vizé tire de sa guitarre.
[39] Nous le trouverons plus loin parmi les faiseurs d’instruments.
[40] Lisez Poussillac, comme plus haut.
Le Sieur Alexandre Roboam fait des Guitarres par excellence[41].
[41] Il demeurait rue des Arcis.
_Maîtres pour le Luth._
Messieurs Mouton, rue saint Antoine, et du Buc, ruë[42].
[42] L’édition de 1691, p. 61, nomme, avec lui, «Gallot et Jacqueson.»
Mouton étoit, de beaucoup, le plus célèbre. On a de lui, d’après de
Troyes, un très-beau portrait gravé par Edelinck. Mariette en parle
ainsi dans une note de l’_Abecedario_, t. II, p. 219, que nous
reproduisons avec toute sa singularité: «Jean Mouton, célèbre
joueur, jouant de la guitare--est-ce un luth? est-ce une guitare?
C’est un luth--à demy corps, d’après Fr. De Troyes; d’après un des
plus beaux tableaux qu’ait peints M. de Troyes. Il a été peint en
1690, Mouton étant, pour lors, âgé de 64 ans. J’ai vu, ajoute
Mariette, ce tableau en 1755, et j’ose dire que le plus beau tableau
de Van Dyck ne me paroît pas supérieur.» Edelinck grava ce beau
portrait pour remercier Mouton d’avoir enseigné le luth à sa fille
sans vouloir être payé. (_Mém. inéd. sur la vie et les ouvrages des
membres de l’Acad. de peinture_, t. II, p. 55.)
_Maîtres pour le Jeu et pour la Fabrique des Instruments à Vent, Flûtes,
Flageolets, Hautbois, Bassons, Musettes, etc._
Messieurs Colin Hotteterre[43], ruë d’Orléans; Jean Hotteterre, rue des
fossez S. Germain; Fillebert, rue S. Antoine[44]; des Costeaux,
Fauxbourg saint Antoine[45]; Filidot en Cour[46]; du Mont, rue de
Tournon; Rousselet, rue des Assis; Dupuis, carrefour de l’Ecole[47]; le
Breton et Fremont, rue de l’Arbre sec; Héron, prés le cadran saint
Honoré; du Buc, rue de Richelieu; Roset, rue neuve saint Eustache[48],
etc.
[43] Colin étoit un diminutif de Nicolas, son vrai prénom. Il étoit
basson à la Chapelle-Musique. Lui, et son fils Jean, qui le suit
ici, et un autre, dont nous ne savons pas le prénom, excelloient
surtout comme _facteurs_: «le père, lisons-nous dans un _Traité de
la Musette_, etc. (Lyon, 1682, pet. in-fol., p. 38), est un homme
unique pour la construction de toutes sortes d’instruments de bois,
d’ivoire, d’ébeine, comme sont les musettes, flageolets, hautbois;
et mesme pour faire des accords parfaits de tous ces instruments.
Ses fils ne luy cèdent en rien pour la pratique de cet art.»
[44] Philibert Rebillé. Très-renommé comme flûtiste et acteur de
société. Palaprat dit de lui dans une note de son théâtre (t. I, p.
183): «fameux joueur de flûte allemande, qui a mérité d’être chanté
sur la lyre de M. De La Mothe, _Ode de la Flûte_.» La flûte
allemande étoit ce qu’on appelle aujourd’hui «flûte traversière.»
L’autre étoit la clarinette. Philibert eut de très-grands succès à
la Cour, comme on le voit par les _Poésies_ de Lainez, son ami, et
de très-vifs aussi, trop vifs même dans la bourgeoisie. Une certaine
Mme Brunet, qui s’étoit affolée de lui, empoisonna son mari, et
l’épousa en secondes noces. Les révélations de La Voisin, qui lui
avoit fourni le poison, la firent prendre, condamner et exécuter.
Philibert, dont le roi ne mit pas en doute l’innocence, fut sauvé.
Il y a, dans les _Caractères_, une allusion à cette affaire.
Philibert y est nommé Dracon. (_Comédie de Jean de La Bruyère_, t.
I, p. 212-214.)
[45] Il étoit joueur de flûte, comme Philibert, dont il fut l’ami
dévoué. Il avoit beaucoup connu Molière, et en parloit
très-curieusement. Sa passion pour les fleurs fut célèbre. C’est
pour la mieux satisfaire qu’il s’étoit logé au faubourg
Saint-Antoine, où, comme nous le verrons, se trouvoient les grands
«floristes.» C’est lui, suivant Math. Marais, qui aurait posé pour
le curieux de fleurs des _Caractères_.
[46] André-Danican Philidor, et non Filidot. Il jouoit de la basse à
la Chapelle-Musique et dans la chambre du Roi. Veuf de Marguerite
Monginot, il eut, de son second mariage avec Elisabeth Le Roy, un
fils qui devint célèbre comme compositeur, mais surtout comme joueur
d’échecs.
[47] Nous le retrouverons, avec les quatre autres qui suivent, parmi
les fabricants d’instruments.
[48] «Le sieur Rozet est renommé pour les instruments de musique de la
garde-robe du Roy. Il demeure rue Neuve-Saint-Eustache.» Edit. 1691,
p. 49.
Plusieurs d’entre les Maîtres de tous les Instrumens ci-dessus,
travaillent par excellence à la composition de la Musique, outre
lesquels entre les habiles Compositeurs de Paris, on compte d’ailleurs
Messieurs Oudot à la place Royale; Mignon[49], cloître Notre Dame[50];
l’Alloüette, prés saint Germain de l’Auxerrois[51]; Charpentier, rue
Dauphine[52]; Bertet, Isle Notre Dame; Chaperon, cour du Palais; Martin,
rue des saints Pères; Terrier, prés les Innocens, etc.[53].
[49] Il étoit maître de la musique de Notre-Dame, et, comme on le voit
ici, logeoit auprès. Il étoit aussi, à son temps perdu, grand
amateur de bouts rimés. C’est lui qui, en 1682, avoit proposé un
prix à quiconque rempliroit le mieux à la louange du roi les rimes
de _pan_, _guenuche_, etc., qui pendant une saison entière
occupèrent toutes les sociétés. (_Menagiana_, t. I, p. 35.)
[50] «Colasse, rue Sainte-Anne, Lorenzani...» Edit. 1691, p. 62.--Ce
dernier est nommé dans les _Caractères_, au § 29 du chapitre de _la
Mode_: «on sait que Lorenzani fait de beaux motets.» Il en publia
quelques-uns, en 1693, chez Ballard. Lulli s’étoit opposé de tous
ses efforts à sa célébrité. Sénecé, qui l’appelle Lorenzain, parle
ainsi de cette jalousie du Florentin dans le libelle qu’il fit
contre lui, _Lettre de Clément Marot_, etc.: «Je t’atteste encore,
célèbre Lorenzain, à qui un mérite connu de toute l’Europe n’a servi
qu’à blesser les yeux du jaloux Lulli...»
[51] Jean-François Lalouette, qui passe pour avoir travaillé aux
opéras de Lulli, son maître, mais qui fut surtout célèbre
pour ses motets. Il étoit maître de musique de l’église
Saint-Germain-l’Auxerrois, près de laquelle nous le voyons logé ici.
[52] Marc-Antoine Charpentier, que son logement place Dauphine mettoit
à proximité de la Sainte-Chapelle, où il étoit maître de musique. Il
enseigna la composition au Régent, et fit avec lui l’opéra de
_Philomèle_, qui ne fut ni joué, ni imprimé.
[53] A la suite de ces «habiles compositeurs de musique», on lit dans
l’édit. précédente, p. 62: «le sieur Jolly, rue des Rosiers, près la
vieille rue du Temple, l’enseigne avec une grande facilité.»
_Maîtres pour l’Art de Chanter[54]._
[54] Ils étoient, depuis quelques années, en grande faveur.
«--Fais-toi plutôt maître à chanter, dit Colombine. On te donnera
deux louis d’or par mois, et tu trouveras peut-être quelque écolière
à qui tu ne déplairas pas: car voilà la grippe des femmes
d’aujourd’hui... On est de tous les bons repas; jamais de promenade
sans le maître à chanter.» (Regnard, _La descente de Mezzetin aux
Enfers_, acte I, scène 1re.)
Massieurs Dambruy, rue Betizy, du Buisson, rue Dauphine, du Bousset, rue
des Fontaines, Hallé, rue des Marais saint Germain, du Parc, rue de la
Savaterie: Saint Germain, près la Madelaine, Chevalier, rue ; la
Pommeraye, prés saint Leu de saint Gilles: de Lair, rue saint Honoré:
Gillier, rue de Berry[55]: Bonnamy, rue Tictonne, etc.
[55] C’est le père de Gillier qui fit tous les divertissements de
musique à la Comédie et aux Italiens pour les pièces de Dancourt,
Regnard, etc.
Messieurs Hallin frères sont renommez pour le Jeu de la Trompette et des
Timbales qu’on trouve de la meilleure Fabrique chez le Sieur Crestien,
rue de la Ferronnerie, à la Ville de Vernon.
Les Cordes de Rome pour les Instrumens, se vendent en gros rue saint
Denis aux trois Maillets, et en détail chez tous les faiseurs
d’Instrumens, entre lesquels le Sieur Offlard[56], rue de Bussy, et les
Sieurs Cheron[57], rue Dauphine et rue de la vieille Bouclerie en ont un
grand assortiment.
[56] Il faut, je crois, lire «Offland.» Nous trouvons, en effet, un
Jean Offland parmi «les maistres faiseurs d’instruments de musique»,
dans un compte du commencement du siècle. (_Bulletin archéolog._, t.
II, p. 542.)
[57] «Luttier.» Edit. precéd., p. 112. Ces deux Chéron étoient sans
doute frères. L’édit. précédente n’indique que celui de la rue
Dauphine, qui figure déjà plus haut parmi les maîtres de guitare. Un
Nicolas Chéron, comme nous le voyons par un acte de baptême, étoit
déjà «faiseur d’instruments de musique», en 1658. Peut-être étoit-ce
le père de celui-ci.
Il y a une fabrique pour l’Orgue et pour le Manicordium[58], rue saint
Julien des Ménetriers[59].
[58] Sorte de petite épinette à sons amortis par du drap étendu sur
les cordes. On l’appeloit aussi _épinette sourde_.
[59] «Les musettes et les autres instruments à vent, se vendent chez
les sieurs Dupuis, carrefour de l’Ecole, Le Breton et Froment, rue
de l’Arbre-Sec, Héron, près le cadran Saint-Honoré, et Du Buc, rue
de Richelieu.» Edit. 1691, p. 49.--La musette étoit alors à la mode.
Nous avons vu, dans une note précédente, comment Van-Dyck peignit le
libraire Langlois jouant de cet instrument. La vielle le remplaça.
Sous Louis XV, tout le monde en jouoit. _V._ aux _Mss._ de la
Biblioth. Nat. les _Stromates_ de Jamet, t. II, p. 2050.
FAMEUX CURIEUX DES OUVRAGES MAGNIFIQUES[1].
[1] Le Roux de Lincy a publié cette liste, avec quelques notes
insuffisantes, dans la _Gazette des Beaux-Arts_ du 15 février 1859,
p. 224.--Nous n’avons pas besoin de dire ce qu’on entendoit alors
par «curieux», _les Caractères_ de La Bruyère nous l’ont assez
appris. Nous ajouterons toutefois que, sous Louis XIII, le mot avec
ce sens n’étoit pas encore employé. On disoit des «grippés.» Dans
une curieuse pièce _Ms._ du _Supplément françois_, à la Biblioth.
Nat., nº 12, 491, p. 268, intitulée les _Francs grippez_, nous
trouvons: _le grippé des fleurs_, _le grippé des médailles_, etc. Il
y eut aussi alors un ballet, _les Grippez à la mode_. (_V._ le
catal. Soleinne, t. III, p. 85.)
Monsieur le Duc d’Aumont, rue de Jouy[2].
[2] C’est le père de celui qui, à la fin du règne, fut ambassadeur en
Angleterre. Il avoit eu d’abord son cabinet de tableaux--c’est ce
qu’il collectionnoit--rue Vivien, ou Vivienne. La liste des curieux,
publiée par Spon dans _Les Recherches des antiquités et curiosités
de la ville de Lyon_, 1673, in-8, p. 212-218, que nous aurons
souvent à citer, d’après la reproduction qu’en a faite la _Revue
universelle des Arts_, t. XV, p. 259, lui donne cette adresse, il
s’installa ensuite dans l’hôtel de sa famille rue de Jouy, dont nous
avons déjà parlé. Il y joignit à son goût pour les tableaux, celui
de l’Antiquité. «Monsieur le duc d’Aumont, écrivoit, en 1686,
Bourdelot d’Airval au t. II de son livre de l’_Utilité des Voyages_,
a bien fait voir qu’il se connoissoit en tout dans les conférences
qu’il a tenues chez lui, touchant l’histoire ancienne: il a
découvert depuis peu deux portraits en agathe de quelques-uns des
tyrans du temps de Gallien.»
M. le Duc de Saint Simon, rue de Taranne[3].
[3] Claude de Saint-Simon, père de l’auteur des _Mémoires_. Il ne
mourut que l’année suivante. Il avoit des tableaux. Son fils
(_Mém._, édit. in-18, t. I, p. 34) parle entre autres de celui de
Pomone et Vertumne, un des plus beaux de Carrache, que lui avoit
donné le duc de Montmorency avant de monter à l’échafaud.
M. le Duc de Richelieu, place Royale[4].
[4] Père du maréchal duc de Richelieu. Il avoit une fort belle galerie
de tableaux, avec de nombreux et remarquables Rubens: «On en trouve
dans cet hôtel, dit G. Brice, 3e édit., t. I, p. 330, un plus grand
nombre qu’en nul endroit de Paris.» De Piles les a décrits dans ses
_Dissertations sur les ouvrages des plus fameux peintres_. La
description du plus beau de tous, _la Chute des mauvais Anges_, est
de M. de Richelieu lui-même.
M. le Chevalier de Lorraine, au Palais Royal[5].
[5] Le chevalier de Lorraine, dont on sait la faveur équivoque près de
Monsieur, avoit dans son appartement, l’un des plus beaux du
Palais-Royal, un cabinet sur le jardin, tout rempli de tableaux
rares, des italiens surtout, tels que l’Albane. On y trouvoit aussi
quelques Poussin.
M. le Marquis d’Hauterive[6], au Cherche Midy.
[6] Suivant la liste de Spon, ce marquis, souvent nommé par Dangeau,
avoit aussi le goût des tableaux.
M. le Marquis de Rieux, rue de Seine.
M. le Comte de Flamarin[7], prés saint Roch.
[7] Grossolle de Flamarens. Il paroît avoir eu surtout le goût des
livres. On en rencontre à ses armes: _d’or, au lion de gueules,
naissant d’une rivière d’argent, chef d’azur chargé de trois étoiles
d’or_.
M. le Comte de Bartolet, rue de Tournon.
M. le Marquis de Rhodes[8], prés la porte saint Honoré.
[8] Grand maître des cérémonies, charge qu’il vendit, au grand blâme
de tous, car on l’étoit de père en fils, depuis longtemps, dans sa
famille.
M. le Baron de Breteuil[9], rue de Paradis.
[9] Ce baron qui ne l’étoit pas, selon Saint-Simon, est le même qui
mena avec la présidente Ferrand le scandaleux roman dont nous avons
parlé. Nous ignorons quels étoient ses goûts de curieux.
M. le Comte de Morstein, sur le Quay des Théatins[10].
[10] M. de Morstein, ancien grand trésorier de Pologne, avoit son
hôtel, qui devint ensuite celui du maréchal d’Estrées, au coin de la
rue des Saints-Pères et du quai des Théatins, aujourd’hui quai
Voltaire. C’étoit un grand curieux en toutes choses. Ses jardins à
Montrouge étoient magnifiques. Rigaud l’avoit peint avec sa fille,
puis séparément.
M. le Comte de Renes, rue saint Dominique, quartier S. Germain.
M. le Commandeur d’Hautefeuille, rue du Bac[11].
[11] Étienne-Texier d’Hautefeuille, grand prieur d’Aquitaine et
ambassadeur extraordinaire de la religion de Malthe en France. Il
mourut le 3 mai 1703, laissant, suivant Saint-Simon (t. IV, p. 453),
tous ses tableaux à son Ordre. Ils étoient d’un grand prix, car au
dire de Mariette (_Abecedario_, t. II, p. 345), «il étoit très-grand
curieux, et avoit de très-belles choses.» Il habitoit dans le haut
de la rue du Bac une des maisons neuves bâties par l’administration
des Incurables.
M. le Commandeur de Gaults, derrière saint Roch[12].
[12] Sur la liste de Spon, son nom est écrit Gotz, et son adresse est
donnée au bout de la rue des Petits-Champs. Son cabinet, y est-il
dit, comprenoit tableaux, médailles modernes, curiosités de toutes
sortes.
M. le Chevalier de Simonville[13], rue sainte Croix de la Bretonnerie.
[13] Lisez de Sémonville. Nous ne savons rien sur ses collections.
M. le Chevalier de Nogent[14], rue d’Anjou au Marais.
[14] Un des favoris préférés de Louvois, qui lui donna une maison
charmante à Meudon, où il réunit les plus précieuses de ses
curiosités. Il mourut très-âgé, en 1708.
Messieurs les Présidens Lambert et Bretonvilliers, Isle Notre Dame[15].
[15] Nous n’avons pas à insister sur la magnificence des hôtels
Lambert et Bretonvilliers, elle est connue: tableaux rares, meubles
du plus grand prix se trouvoient partout dans l’un et dans l’autre.
On peut s’en faire une idée par ce qu’en a dit G. Brice, 3e édit.,
t. II, p. 388-394.
M. le Président Dorieux, prés les Enfans Rouges[16].
[16] Il étoit fils de Nicolas Dorieu, mort intendant de Limoges en
1686, qui lui avoit légué une bibliothèque qu’il compléta, et dont
le prix venoit surtout des documents imprimés et manuscrits qu’elle
contenoit sur l’histoire de la noblesse de France. Ses livres
portoient sur les plats: _un écusson d’azur à la bande d’or chargée
de 3 molettes de gueules dans le sens de la bande_.
M. le Président de la Proutiere, rue saint Dominique[17].
[17] François Gourreau de la Proustière. Il aimoit les livres. Nous en
avons vu passer dans les ventes quelques-uns à ses armes: _d’or à
l’aigle à deux têtes, éployée de sable, becquée et membrée de
gueules_.
M. Jolly, Conseiller en la Cour, rue saint Antoine[18].
[18] Il figure déjà, avec la même adresse, dans la liste de Spon, en
1673. Il y est donné comme amateur de tableaux modernes.
M. de Caumartin, rue sainte Avoye[19].
[19] Le Fèvre de Caumartin, que nous ayons déjà vu parmi les
intendants des finances. Il aimoit, lui aussi, les tableaux
modernes, surtout ceux de Rigaud, qui lui fit deux fois son
portrait, et peignit aussi celui de sa femme.
M. Mendat, rue saint Loüis du Marais[20].
[20] Conseiller à la Grand’Chambre, père du maître des requêtes,
Galiot de Mandat, baron de Nully, dont les goûts nous sont plus
connus que les siens: il étoit bibliophile. L’écusson des livres de
sa bibliothèque, dont la vente se fit en 1755, avec _Catalogue_
dressé par David l’aîné, porte: _d’azur au lion couronné d’or, au
chef d’argent chargé d’une hure de sanglier de sable, accostée de
deux roses de gueules_.
M. Jabac, rue Neuve saint Mederic[21].
[21] Evérard Jabach, banquier de Cologne, établi en France, où il
devint directeur de la compagnie des Indes orientales, et l’un des
maîtres de la curiosité. Il a déjà été parlé de lui, p. 109, note
11. Ses acquisitions à Londres, après la mort de Charles Ier, furent
considérables selon Mariette. Il eut dès lors, tant comme peintures
et dessins, que comme marbres et bronzes, le plus riche cabinet de
Paris. La gêne vint par la prodigalité. Jabach dut vendre à Mazarin
l’admirable série de ses Corrège, qui, plus tard, passèrent au Roi,
et sont maintenant au Louvre. Puis, la ruine à peu près complète
ayant suivi, il fallut céder la collection entière: 101 tableaux et
5,542 dessins. Le roi offrit 200,000 livres, et, au mois de mars
1671, marché fut conclu. Jabach garda quelques dessins, dont il ne
put s’empêcher de faire le fonds d’une collection nouvelle que
vendit son petit-fils. Il avoit aussi conservé quelques tableaux,
entre autres celui où Lebrun, qui s’y étoit peint lui-même, l’avoit
représenté avec sa femme et ses enfants. Il fut vendu à Cologne, en
février 1787.--L’hôtel de Jabach, rue Neuve-Saint-Merry, existe
encore en partie ainsi que le passage qui le fait communiquer avec
la rue Saint-Martin. Bullet en avoit été le principal architecte. Au
XVIIIe siècle, les membres de l’Académie de Saint-Luc y firent leurs
expositions jusqu’en 1777. C’est ce qui faisoit appeler par Diderot
«Jabach» ces tableaux d’ordre inférieur. Un fameux magasin de
tabatières s’établit aussitôt après à l’hôtel Jabach.
M. de la Saldiere, rue du gros Chenet[22].
[22] Ne seroit-ce pas, comme nous l’avons dit dans la COMÉDIE DE LA
BRUYÈRE, le bibliophile Guyon de Sardière qui pouvoit alors
commencer sa riche collection? Si ce n’est lui, nous ne savons qui
c’est.
M. le Doyen de saint Germain l’Auxerrois[23].
[23] Il avoit entre autres belles peintures son portrait peint par
Rigaud, et aimoit aussi beaucoup les antiques. C’étoit un
D’Argenson.
Mrs Belluchot et le Riche, rue des Massons[24].
[24] François Belluchot, secrétaire du Roi, et Antoine Le Riche,
secrétaire du Roi aussi, avoient leurs cabinets dans la même maison:
Belluchot y collectionnoit avec un grand goût des tableaux de
maîtres--il en avoit un surtout du Guide qui étoit admirable.--Le
Riche faisoit, lui, collection de livres choisis et d’estampes, dont
il avoit beaucoup de «très-belles et très-curieuses», dit G. Brice
(3e édit., t. II, p. 175).
M. de Furetière, rue du Roy de Cicile[25].