Sainte Roseline, patronne des prisonniers, étend sur Gaspard sa
protection miraculeuse par l’intermédiaire d’un pauvre ermite.
Pendant qu’ainsi rêvait, lisait et souffrait Gaspard, non sans garder
confiance en son étoile,--que devenaient sa bande et ses amis?
La bande s’était prudemment dispersée, et chacun des bandits, chez
quelque paysan affilié, vivait en «travailleur de terre».
Bernard revoyait de temps à autre sa Thérèse. «J’ai trouvé, à Marseille
(lui disait-il), un bon emploi chez un armateur, et j’amasse un joli
pécule qui sera ta fortune un jour.» Pourquoi l’aurait-elle soupçonné de
mensonge? Elle l’aimait.
* * * * *
Lorsque Sanplan et Bernard se rejoignaient, ils combinaient avec Pablo
et Lecor, des plans d’évasion, toujours modifiés, car on ne voulait agir
qu’avec une certitude de réussite.
A ces conciliabules assistaient souvent deux affidés qui étaient l’âme
secrète de «l’administration» créée par Gaspard pour assurer la vie de
sa bande. C’était Jean Bouilly, de Vidauban, et Joseph Augias, de la
Valette, dont les noms ne furent connus du peuple que plus tard,
lorsqu’ils figurèrent dans l’arrêt du Parlement.
Donc les amis de Gaspard, Sanplan et Bernard, ne songeaient qu’à
délivrer le prisonnier; mais, prudents, ils laissaient mûrir leurs
projets. La capture de Gaspard était trop importante, croyaient-ils,
pour que le captif ne fût pas gardé jalousement. D’autre part, si
Sanplan se laissait prendre à son tour, la bande resterait sans chef et
désorganisée. Il fallait donc manœuvrer avec la plus grande prudence.
Bernard était bien novice pour tenter à lui seul une opération aussi
difficile. Lecor s’offrit pour aller aux informations; mais Sanplan, en
fin de compte, ne se fiant qu’à lui-même, décida qu’il irait en simple
éclaireur à Draguignan; il y aurait les renseignements nécessaires sur
la prison et les gardiens de la prison; à son retour, on aviserait. Il
se rendit à Draguignan, en effet; il y apprit avec satisfaction que la
geôle dracénoise n’était pas ce qu’il craignait qu’elle fût, mais
simplement un pauvre cachot dans une maison assez mal défendue par le
geôlier, un bon vivant nommé Castagne, veuf et père d’une jolie fille
fort sage. Cette enfant exerçait, sur un père un peu trop amoureux de la
bouteille, l’influence heureuse d’une fille vainement courtisée par les
plus jolis gaillards de la ville. C’est par elle, songea Sanplan, que
nous devons arriver à nos fins, mais il ne faut pas l’effaroucher.
Gaspard d’ailleurs--je le connais--a dû commencer déjà, en faisant un
brin de cour à la fillette, l’œuvre de sa délivrance.
Enfin, tout bien examiné, il fut décidé que, muni de ces premiers
renseignements, dom Pablo irait à son tour à Draguignan; et, livré à ses
inspirations, trouverait la «combinazione» la meilleure pour pénétrer
dans la prison, y voir Gaspard, lui parler, s’entendre avec lui. Pour
cela, Pablo devrait ou s’assurer les bonnes dispositions de Louisette,
la fille du geôlier; ou apprivoiser celui-ci.
«Un ami de Bacchus! déclarait Pablo; je m’en charge!»
La bande était dans l’Estérel.
Le moine s’achemina vers Draguignan. Chemin faisant, il chercha, dans
son sac à malice, la combinazione la plus favorable. Il était parti trop
tard dans la matinée pour atteindre Draguignan le soir même; et il
suivit la grand’route de préférence aux chemins de collines, où les
habitations, trop rares, ne lui promettaient aucune hospitalité
réjouissante.
Protégé par sa robe religieuse, il chemina allègrement en chantonnant
maints couplets joyeux, comme: «_Laudate Bacchum omnipotentem_», et:
«Dans Avignon, l’y a un père blanc».
La nuit tombante, il arriva à Trans, tout près du monastère de
Sainte-Roseline où, dans une noble chapelle, est conservé, intact
miraculeusement, le corps de la sainte[2]. Au XIIe siècle les chevaliers
du Temple eurent là un de leurs établissements, qui devint plus tard une
maison de religieuses appartenant à l’ordre des Chartreux. Le monastère
passa ensuite aux Observantins...
[2] Roseline naquit aux Arcs, en 1263, d’Arnaud II, sire de
Villeneuve, baron des Arcs et de Trans. Sa mère était Sibile de
Sabran, fille du comte de Forcalquier.
Ces moines furent hospitaliers à dom Pablo. La robe que portait Pablo
lui avait valu bon accueil; on le fit manger et boire à sa satisfaction.
On lui fit visiter la chapelle où dort la sainte au visage découvert,
noir d’être dans la mort depuis 800 ans. Ses mains noires sont jointes
sur sa poitrine; elle dort dans une tunique aux plis rigides... telle
une maigre et sombre statue de bronze. Un bon père avait accompagné
Pablo et l’éclairait d’une lanterne.
Le bon père était vieux et marchait courbé. Pablo en conclut
distraitement qu’il était sourd et ne lui parla qu’en criant à tue-tête;
d’où l’autre, de son côté, conclut que Pablo, pour crier si fort, était
sourd lui-même; en sorte que ce fut un retentissant dialogue dont
tremblaient les antiques voûtes du cloître.
--Vous avez là un trésor! cria Pablo dans l’oreille du moine; les dévots
doivent abonder par ici, et remplir vos coffres?
--Ne m’en parlez pas, répondit l’autre en hurlant. La religion s’en va!
On oublie Sainte Roseline! Rares sont au contraire les pèlerins. Nous
devrions, grâce à elle, ne manquer de rien. Des visiteurs tels que vous
et qu’il faut nourrir, c’est là tout ce que la sainte nous rapporte!
Elle fait pourtant des miracles, mais pas pour nous... _Sic vos non
vobis..._
Ici se révéla le génie improvisateur de Pablo:
--Avez-vous un âne? vociféra-t-il.
Cet âne arrivait là sans nul souci des transitions, qui sont les
pont-aux-ânes des esprits lents. Si saugrenue parut la question aux
oreilles excellentes du prétendu sourd, qu’ayant parfaitement entendu,
il ne comprit pas:
--Vous dites? cria-t-il éperdûment.
Pablo, qui avait une voix de stentor, pensa: «Il n’entendrait pas Dieu
tonner! Il n’y a pas deux sourds pareils dans le vaste monde!» Et
déchaînant sa voix de tempête:
--Pouvez-vous me prêter un âne?
L’autre le regarda d’un air effaré; et, posant sa lanterne à terre, il
se fit un porte-voix de ses deux mains, criant:
--Et pour quoi faire?... oui, que nous avons un âne! mais ce n’est pas
une bête de nuit.
--Pas si fort! Je ne suis pas sourd! gronda Pablo.
--Moi non plus, grommela l’autre.
Alors Pablo, à demi-voix et se parlant à lui-même: «Il appelle ça ne pas
être sourd!» L’autre entendit et dit tout bas: «J’appelle ça...
j’appelle ça comme ça doit s’appeler.» Ils reconnurent alors qu’ils
avaient l’un et l’autre l’ouïe en parfait état; et le dialogue put
continuer sur un ton mieux convenant à la silencieuse majesté d’un lieu
sacré.
--Voici ce que je pourrai faire de votre âne, disait Pablo. Assis sur le
dos de la bonne bête, j’irai à Draguignan, j’arriverai, à l’heure du
marché, sur la place publique; et, du haut de cet âne, comme du haut
d’une sainte tribune, je prêcherai la foule; je lui ferai honte de
l’oubli dans lequel elle laisse tomber Sainte Roseline; j’exciterai le
peuple à la dévotion envers elle; je sais les paroles qu’il faut dire.
Je les dirai avec onction et componction, vigueur et sévérité, violence
et enthousiasme... Comptez que l’on m’écoutera et qu’on me suivra. Vous
aurez, le jour même et les jours suivants, et toujours, des visiteurs en
grand nombre; et, si vous savez vous y prendre, si vous savez demander à
chacun d’eux, en termes insinuants, une obole pour l’entretien de la
chapelle et pour les œuvres à quoi vous employez vos peines, vous
obtiendrez facilement, et en toute justice au total, une somme
respectable.
--Saint homme! s’écria le père, encore essoufflé d’avoir tant crié,
votre idée vous est certainement inspirée par la sainte elle-même. L’âne
sera bâté et bridé demain matin au point du jour; et que la bénédiction
du Ciel vous accompagne tous deux, l’un portant l’autre.
Fort judicieusement le malin Pablo s’était dit ceci: à se présenter
inconnu chez Castagne qui, étant geôlier, ne pouvait être que
soupçonneux, il courrait, lui, Pablo, grand risque de se faire jeter en
prison comme présumé complice de Gaspard. Au contraire, un moine, qui
aurait prêché publiquement sur la place principale de la ville, et qui,
là, en un instant, aurait conquis sympathie et célébrité,--ce moine ne
pourrait être, du moins de prime abord, soupçonné de manœuvres
suspectes.
C’est pourquoi, le lendemain, aux premières heures du jour, dom Pablo se
mit en route, corps lourd mais âme légère, sur son âne trottinant. Du
haut d’une éminence, il découvrit tout à coup la ville de Draguignan,
les maisons aux toits roses groupées autour de son clocher et de son
beffroi, comme troupeau autour des pâtres. D’un cœur sincère, le
biblique Pablo admira la ville antique, jeune de beauté dans la lumière
matinale. Couchée au fond de la vallée, elle s’éveillait avec des
murmures, dans le parfum balsamique de ses collines caressées d’une
brise languissante.
Le païen dom Pablo était latin comme un vrai moine, et sensible à toutes
les caresses de la beauté.
Et donc, apercevant tout à coup, au fond de la vallée, la cité charmante
vers laquelle descendaient en chantant les collines rangées en cercle
autour d’elle et chargées d’oliviers aux retroussis argentés, il fut
saisi d’admiration sincère, et béatement il s’écria:
--O ville, que je maudis à cette heure parce qu’elle retient dans un
noir cachot le plus vaillant des chevaliers du siècle, sois néanmoins
saluée dans ta grâce incomparable! Tu t’éveilles, étincelante comme une
perle d’Orient au fond d’une coupe d’onyx! comme une rose entre les
seins de la terre qui sont les collines de Provence! Tu es pareille à la
Sulamite couchée aux pieds de Salomon. Je t’aimerai sans réserve quand
tu m’auras rendu mon maître précieux!
Après cette effusion lyrique, le moine, toujours dédaigneux des
transitions, dit à son âne ou plutôt à l’âne du monastère: «Hue donc! et
me mène où je veux aller. Et que Dieu bénisse notre entreprise!»
* * * * *
Seul, le marché de Toulon peut lutter, par l’animation et l’éclatante
diversité des couleurs, avec celui de Draguignan. Sur la place longue,
ombragée, les marchandes avaient ouvert les larges parasols multicolores
plantés en terre; et, assises derrière leurs éventaires, elles
appelaient familièrement les ménagères connues. Le violet des
aubergines, la verdure des légumes variés, l’or des oranges, le rouge
vif des pommes d’amour, tout cela, poudré d’étincelles d’aurore,
flamboyait; et des milliers de fleurs chatoyantes mêlaient leur parfum
de rêve voluptueux à l’odeur appétissante des légumes et des fruits.
--Par ici, ma belle! J’ai tout ce qu’il vous faut.
--Combien les oranges?...
--Allons, venez; que je vous arrange; c’est bien pour vous que je les
laisse à ce prix-là.
--... Non!... Mais regardez-moi cette madame!... Ça porte le sautoir, et
ça marchande pour une dardenne! Vous n’avez pas crainte, qué?...
--A cinq sous la douzaine, les belles oranges!...
--Allons, beau calignaire, prenez-moi ces roses pour la «drôle» qui vous
agrade.
--Bonjour, Louisette! tu ne me prends rien aujourd’hui.
A travers ces cris, ces murmures, ces fruits et ces fleurs, circulent
les ménagères aux fichus roses, bleus ou écarlates. Et c’est au milieu
de ces papotages, et de cet éblouissement de couleurs vivantes, que tout
à coup surgit, souriant, bedonnant, assis, à la façon des femmes, entre
deux larges ensarris vides, sur un âne à mine éveillée, un moine
inconnu, au bon visage émerveillé et vermillonné.
Il s’arrêta au beau milieu de la place; et tous les regards ne tardèrent
pas à se tourner vers lui. C’est ce qu’il attendait.
--Qui c’est, celui-là? Qu’est-ce qu’il veut? Vous le connaissez?
--Non!
Dom Pablo, de sa voix éclatante, entonna alors un refrain improvisé:
«_Magnificat anima mea civitatem dracenam!_
Il chantait d’une voix si magistrale qu’elle domina tous les murmures et
tous les bruits. Un vaste silence se fit. Alors, il prononça un sermon,
dont le souvenir ne s’est pas encore perdu:
--Mes très chers frères, et mes chères sœurs, je suis venu à vous, sur
cette douce monture, qui sied à l’humilité d’un bon chrétien, pour vous
apporter des paroles de paix et d’amour!--Vous vous demandez, tournés
les uns vers les autres: «Quel est celui-ci? Qui de nous le connaît?...
Personne.» Et lui-même vous répond: «Connaissez-vous Sainte Roseline?
Oui, vous la connaissez, ou plutôt vous la connaissiez jadis, mais vous
l’avez oubliée! oubliée et délaissée! Vous la négligez--et je suis, moi,
un envoyé de Sainte Roseline. Les moines qui conservent dans leur
chapelle, pour votre gloire, son corps miraculeux, vous les oubliez
comme vous oubliez la sainte!--Et c’est pour vous rappeler à vos devoirs
envers elle et envers eux que j’ai bâté et bridé mon âne; et tous deux
nous sommes venus vous dire: _Memento quia pulvis es!_ Souvenez-vous que
vous êtes poussière, et que, à l’heure finale de votre vie, vous ne
serez reçus dans le saint paradis que si vous avez accompli de bonnes
œuvres sur la terre. Or, des bonnes œuvres que vous devez accomplir
ici-bas, vous les voisins de Sainte Roseline, les plus belles ne
sont-elles pas le pèlerinage au lieu où elle repose, et l’entretien du
monastère qui a la garde de son glorieux corps? O mes frères, lequel
d’entre vous est sûr, dites-moi, de n’être pas un jour traîné devant les
juges de ce bas monde et jeté dans un noir cachot; soit, s’il est
innocent, par le faux témoignage des méchants; soit,--et ce sera justice
la plupart du temps,--s’il est coupable de concussion, de simonie, de
forfaiture, de prévarication ou de vente à faux poids,--ce qui est le
crime honteux de la plupart d’entre vous, ô vendeurs effrontés assis au
seuil du temple! Lequel de vous, ô malheureux, lequel de vous se sent la
conscience parfaitement pure et nette? Pas un! car le commerce c’est le
vol qui se cache, honteux, sous un masque d’hypocrisie! Et donc, quand
la justice des hommes aura mis la main sur vous, qui invoquerez-vous à
l’heure de calamité, du fond de votre geôle sans jour, entre la cruche
d’eau trouble, et le morceau de pain noir et dur? Qui invoquerez-vous,
dans vos angoisses, sinon Sainte Roseline? Oh! alors, alors, vous vous
souviendrez du miracle qui a fait sa gloire!... Écoutez-en le récit: son
frère, le chevalier Hélion de Villeneuve, avait suivi le conseil de mon
illustre et vénéré collègue Pierre l’Ermite, et il était parti pour la
Terre Sainte. Il y fut fait prisonnier par Saladin, Saladinus, Saladina,
et jeté dans un étroit cachot. Là, _in carcere duro_, il gémissait et
pleurait, songeant avec amour à la chère terre provençale, aux vallées
dracénoises, à son pays enchanté, qui est le vôtre! Et il ignorait que
sa sœur Roseline était morte en son absence. Et voilà qu’une nuit, la
morte, passant à travers les murailles, par la permission de Dieu, entra
dans le cachot; et le fantôme de la sainte ouvrit la porte de la geôle
et délivra miraculeusement son frère Hélion!... O mes très chers et très
coupables frères, quand vous serez vous-mêmes au fond d’une prison, en
expiation de vos péchés, alors vous regretterez amèrement de n’avoir pas
été plus dévots à Sainte Roseline, libératrice des prisonniers qui
l’invoquent et se repentent. O marchands et marchandes! engeance vile!
trafiquants méprisables! levez vos âmes vers Dieu, et abaissez vos
regards sur les ensarris vides de mon âne! La bonne bête ne demande qu’à
les remporter tout à l’heure, pleins à crever, vers le couvent où
m’attendent les bons serviteurs de Sainte Roseline. Gonflez, gonflez les
paniers de mon âne, âmes charitables, ô estimables, respectables
marchands! et quand ils seront gonflés et débordants, non pas de fleurs,
mais de fruits, de légumes pour les jours maigres, de lourdes andouilles
et de porc salé pour les jours gras, de fraîches viandes succulentes,
pour aujourd’hui même,--et de bons vins pour longtemps,--oh! alors, ne
vous tenez pas encore pour rachetés et sûrs de votre salut éternel!...
Quand mon âne, trop faible pour porter vos générosités, vous remerciera
en son langage, chargez-vous vous-mêmes de bonnes et saintes choses à
boire et à manger, présents du Ciel, dons du Seigneur, sacrifices
offerts par vos âmes assoiffées de pardon; et suivez mon âne,
suivez-moi, en chantant de sacrés cantiques. Suivez-nous jusqu’au cher
couvent, où vous serez reçus à bras ouverts, c’est moi qui vous en fais
la solennelle promesse. Là, vous vous agenouillerez devant la sainte;
vous lui demanderez le pardon de vos péchés innombrables; et ce pardon,
je vous l’accorderai en son nom. Et, beaucoup plus légers de corps et
d’esprit, baignés d’allégresse, vous reviendrez dans vos logis,
accompagnés de mes bénédictions et de la miséricorde céleste, dont je
suis le représentant trop indigne. Amen.
Le succès de dom Pablo fut immense, car, de tout temps, le fin peuple de
Provence--on pourrait dire le peuple de Gaule--s’est complu à mener de
front son respect sincère des causes sacrées et une spirituelle
irrévérence à l’adresse de ses propres superstitions. En un clin d’œil,
l’âne fut surchargé de carottes, de navets, de choux, de poireaux,
d’aubergines, d’oranges, de gibiers, et même de fleurs, inutile mais
gracieuse parure des dons substantiels. Et l’âne titubait. Et le faux
moine, à pied, amena au monastère toute une longue procession de
pénitents chargés comme des ânes, et suivis d’enfants qui agitaient des
branches de romarin. Tels sont les miracles de l’éloquence. Les discours
sont des chaînes mystérieuses que lance aux foules captivées la bouche
d’or des orateurs que Dieu inspire.
Maintenant, Pablo se sentait sûr d’être reçu par le geôlier Castagne, au
jour qu’il lui plairait de choisir, comme un hôte illustre, bienfaisant
et révéré.
C’est pourquoi, après trois jours de monacale bombance, il se rendit à
la prison de l’Observance, toujours monté sur son âne, dont, cette fois,
les ensarris contenaient assez de victuailles alléchantes et de boissons
capiteuses pour qu’en effet Castagne reçût avec faveur un âne si bien
monté.