CHAPITRE II

Sainte Roseline, patronne des prisonniers, étend sur Gaspard sa

protection miraculeuse par l’intermédiaire d’un pauvre ermite.

Pendant qu’ainsi rêvait, lisait et souffrait Gaspard, non sans garder

confiance en son étoile,--que devenaient sa bande et ses amis?

La bande s’était prudemment dispersée, et chacun des bandits, chez

quelque paysan affilié, vivait en «travailleur de terre».

Bernard revoyait de temps à autre sa Thérèse. «J’ai trouvé, à Marseille

(lui disait-il), un bon emploi chez un armateur, et j’amasse un joli

pécule qui sera ta fortune un jour.» Pourquoi l’aurait-elle soupçonné de

mensonge? Elle l’aimait.

* * * * *

Lorsque Sanplan et Bernard se rejoignaient, ils combinaient avec Pablo

et Lecor, des plans d’évasion, toujours modifiés, car on ne voulait agir

qu’avec une certitude de réussite.

A ces conciliabules assistaient souvent deux affidés qui étaient l’âme

secrète de «l’administration» créée par Gaspard pour assurer la vie de

sa bande. C’était Jean Bouilly, de Vidauban, et Joseph Augias, de la

Valette, dont les noms ne furent connus du peuple que plus tard,

lorsqu’ils figurèrent dans l’arrêt du Parlement.

Donc les amis de Gaspard, Sanplan et Bernard, ne songeaient qu’à

délivrer le prisonnier; mais, prudents, ils laissaient mûrir leurs

projets. La capture de Gaspard était trop importante, croyaient-ils,

pour que le captif ne fût pas gardé jalousement. D’autre part, si

Sanplan se laissait prendre à son tour, la bande resterait sans chef et

désorganisée. Il fallait donc manœuvrer avec la plus grande prudence.

Bernard était bien novice pour tenter à lui seul une opération aussi

difficile. Lecor s’offrit pour aller aux informations; mais Sanplan, en

fin de compte, ne se fiant qu’à lui-même, décida qu’il irait en simple

éclaireur à Draguignan; il y aurait les renseignements nécessaires sur

la prison et les gardiens de la prison; à son retour, on aviserait. Il

se rendit à Draguignan, en effet; il y apprit avec satisfaction que la

geôle dracénoise n’était pas ce qu’il craignait qu’elle fût, mais

simplement un pauvre cachot dans une maison assez mal défendue par le

geôlier, un bon vivant nommé Castagne, veuf et père d’une jolie fille

fort sage. Cette enfant exerçait, sur un père un peu trop amoureux de la

bouteille, l’influence heureuse d’une fille vainement courtisée par les

plus jolis gaillards de la ville. C’est par elle, songea Sanplan, que

nous devons arriver à nos fins, mais il ne faut pas l’effaroucher.

Gaspard d’ailleurs--je le connais--a dû commencer déjà, en faisant un

brin de cour à la fillette, l’œuvre de sa délivrance.

Enfin, tout bien examiné, il fut décidé que, muni de ces premiers

renseignements, dom Pablo irait à son tour à Draguignan; et, livré à ses

inspirations, trouverait la «combinazione» la meilleure pour pénétrer

dans la prison, y voir Gaspard, lui parler, s’entendre avec lui. Pour

cela, Pablo devrait ou s’assurer les bonnes dispositions de Louisette,

la fille du geôlier; ou apprivoiser celui-ci.

«Un ami de Bacchus! déclarait Pablo; je m’en charge!»

La bande était dans l’Estérel.

Le moine s’achemina vers Draguignan. Chemin faisant, il chercha, dans

son sac à malice, la combinazione la plus favorable. Il était parti trop

tard dans la matinée pour atteindre Draguignan le soir même; et il

suivit la grand’route de préférence aux chemins de collines, où les

habitations, trop rares, ne lui promettaient aucune hospitalité

réjouissante.

Protégé par sa robe religieuse, il chemina allègrement en chantonnant

maints couplets joyeux, comme: «_Laudate Bacchum omnipotentem_», et:

«Dans Avignon, l’y a un père blanc».

La nuit tombante, il arriva à Trans, tout près du monastère de

Sainte-Roseline où, dans une noble chapelle, est conservé, intact

miraculeusement, le corps de la sainte[2]. Au XIIe siècle les chevaliers

du Temple eurent là un de leurs établissements, qui devint plus tard une

maison de religieuses appartenant à l’ordre des Chartreux. Le monastère

passa ensuite aux Observantins...

[2] Roseline naquit aux Arcs, en 1263, d’Arnaud II, sire de

Villeneuve, baron des Arcs et de Trans. Sa mère était Sibile de

Sabran, fille du comte de Forcalquier.

Ces moines furent hospitaliers à dom Pablo. La robe que portait Pablo

lui avait valu bon accueil; on le fit manger et boire à sa satisfaction.

On lui fit visiter la chapelle où dort la sainte au visage découvert,

noir d’être dans la mort depuis 800 ans. Ses mains noires sont jointes

sur sa poitrine; elle dort dans une tunique aux plis rigides... telle

une maigre et sombre statue de bronze. Un bon père avait accompagné

Pablo et l’éclairait d’une lanterne.

Le bon père était vieux et marchait courbé. Pablo en conclut

distraitement qu’il était sourd et ne lui parla qu’en criant à tue-tête;

d’où l’autre, de son côté, conclut que Pablo, pour crier si fort, était

sourd lui-même; en sorte que ce fut un retentissant dialogue dont

tremblaient les antiques voûtes du cloître.

--Vous avez là un trésor! cria Pablo dans l’oreille du moine; les dévots

doivent abonder par ici, et remplir vos coffres?

--Ne m’en parlez pas, répondit l’autre en hurlant. La religion s’en va!

On oublie Sainte Roseline! Rares sont au contraire les pèlerins. Nous

devrions, grâce à elle, ne manquer de rien. Des visiteurs tels que vous

et qu’il faut nourrir, c’est là tout ce que la sainte nous rapporte!

Elle fait pourtant des miracles, mais pas pour nous... _Sic vos non

vobis..._

Ici se révéla le génie improvisateur de Pablo:

--Avez-vous un âne? vociféra-t-il.

Cet âne arrivait là sans nul souci des transitions, qui sont les

pont-aux-ânes des esprits lents. Si saugrenue parut la question aux

oreilles excellentes du prétendu sourd, qu’ayant parfaitement entendu,

il ne comprit pas:

--Vous dites? cria-t-il éperdûment.

Pablo, qui avait une voix de stentor, pensa: «Il n’entendrait pas Dieu

tonner! Il n’y a pas deux sourds pareils dans le vaste monde!» Et

déchaînant sa voix de tempête:

--Pouvez-vous me prêter un âne?

L’autre le regarda d’un air effaré; et, posant sa lanterne à terre, il

se fit un porte-voix de ses deux mains, criant:

--Et pour quoi faire?... oui, que nous avons un âne! mais ce n’est pas

une bête de nuit.

--Pas si fort! Je ne suis pas sourd! gronda Pablo.

--Moi non plus, grommela l’autre.

Alors Pablo, à demi-voix et se parlant à lui-même: «Il appelle ça ne pas

être sourd!» L’autre entendit et dit tout bas: «J’appelle ça...

j’appelle ça comme ça doit s’appeler.» Ils reconnurent alors qu’ils

avaient l’un et l’autre l’ouïe en parfait état; et le dialogue put

continuer sur un ton mieux convenant à la silencieuse majesté d’un lieu

sacré.

--Voici ce que je pourrai faire de votre âne, disait Pablo. Assis sur le

dos de la bonne bête, j’irai à Draguignan, j’arriverai, à l’heure du

marché, sur la place publique; et, du haut de cet âne, comme du haut

d’une sainte tribune, je prêcherai la foule; je lui ferai honte de

l’oubli dans lequel elle laisse tomber Sainte Roseline; j’exciterai le

peuple à la dévotion envers elle; je sais les paroles qu’il faut dire.

Je les dirai avec onction et componction, vigueur et sévérité, violence

et enthousiasme... Comptez que l’on m’écoutera et qu’on me suivra. Vous

aurez, le jour même et les jours suivants, et toujours, des visiteurs en

grand nombre; et, si vous savez vous y prendre, si vous savez demander à

chacun d’eux, en termes insinuants, une obole pour l’entretien de la

chapelle et pour les œuvres à quoi vous employez vos peines, vous

obtiendrez facilement, et en toute justice au total, une somme

respectable.

--Saint homme! s’écria le père, encore essoufflé d’avoir tant crié,

votre idée vous est certainement inspirée par la sainte elle-même. L’âne

sera bâté et bridé demain matin au point du jour; et que la bénédiction

du Ciel vous accompagne tous deux, l’un portant l’autre.

Fort judicieusement le malin Pablo s’était dit ceci: à se présenter

inconnu chez Castagne qui, étant geôlier, ne pouvait être que

soupçonneux, il courrait, lui, Pablo, grand risque de se faire jeter en

prison comme présumé complice de Gaspard. Au contraire, un moine, qui

aurait prêché publiquement sur la place principale de la ville, et qui,

là, en un instant, aurait conquis sympathie et célébrité,--ce moine ne

pourrait être, du moins de prime abord, soupçonné de manœuvres

suspectes.

C’est pourquoi, le lendemain, aux premières heures du jour, dom Pablo se

mit en route, corps lourd mais âme légère, sur son âne trottinant. Du

haut d’une éminence, il découvrit tout à coup la ville de Draguignan,

les maisons aux toits roses groupées autour de son clocher et de son

beffroi, comme troupeau autour des pâtres. D’un cœur sincère, le

biblique Pablo admira la ville antique, jeune de beauté dans la lumière

matinale. Couchée au fond de la vallée, elle s’éveillait avec des

murmures, dans le parfum balsamique de ses collines caressées d’une

brise languissante.

Le païen dom Pablo était latin comme un vrai moine, et sensible à toutes

les caresses de la beauté.

Et donc, apercevant tout à coup, au fond de la vallée, la cité charmante

vers laquelle descendaient en chantant les collines rangées en cercle

autour d’elle et chargées d’oliviers aux retroussis argentés, il fut

saisi d’admiration sincère, et béatement il s’écria:

--O ville, que je maudis à cette heure parce qu’elle retient dans un

noir cachot le plus vaillant des chevaliers du siècle, sois néanmoins

saluée dans ta grâce incomparable! Tu t’éveilles, étincelante comme une

perle d’Orient au fond d’une coupe d’onyx! comme une rose entre les

seins de la terre qui sont les collines de Provence! Tu es pareille à la

Sulamite couchée aux pieds de Salomon. Je t’aimerai sans réserve quand

tu m’auras rendu mon maître précieux!

Après cette effusion lyrique, le moine, toujours dédaigneux des

transitions, dit à son âne ou plutôt à l’âne du monastère: «Hue donc! et

me mène où je veux aller. Et que Dieu bénisse notre entreprise!»

* * * * *

Seul, le marché de Toulon peut lutter, par l’animation et l’éclatante

diversité des couleurs, avec celui de Draguignan. Sur la place longue,

ombragée, les marchandes avaient ouvert les larges parasols multicolores

plantés en terre; et, assises derrière leurs éventaires, elles

appelaient familièrement les ménagères connues. Le violet des

aubergines, la verdure des légumes variés, l’or des oranges, le rouge

vif des pommes d’amour, tout cela, poudré d’étincelles d’aurore,

flamboyait; et des milliers de fleurs chatoyantes mêlaient leur parfum

de rêve voluptueux à l’odeur appétissante des légumes et des fruits.

--Par ici, ma belle! J’ai tout ce qu’il vous faut.

--Combien les oranges?...

--Allons, venez; que je vous arrange; c’est bien pour vous que je les

laisse à ce prix-là.

--... Non!... Mais regardez-moi cette madame!... Ça porte le sautoir, et

ça marchande pour une dardenne! Vous n’avez pas crainte, qué?...

--A cinq sous la douzaine, les belles oranges!...

--Allons, beau calignaire, prenez-moi ces roses pour la «drôle» qui vous

agrade.

--Bonjour, Louisette! tu ne me prends rien aujourd’hui.

A travers ces cris, ces murmures, ces fruits et ces fleurs, circulent

les ménagères aux fichus roses, bleus ou écarlates. Et c’est au milieu

de ces papotages, et de cet éblouissement de couleurs vivantes, que tout

à coup surgit, souriant, bedonnant, assis, à la façon des femmes, entre

deux larges ensarris vides, sur un âne à mine éveillée, un moine

inconnu, au bon visage émerveillé et vermillonné.

Il s’arrêta au beau milieu de la place; et tous les regards ne tardèrent

pas à se tourner vers lui. C’est ce qu’il attendait.

--Qui c’est, celui-là? Qu’est-ce qu’il veut? Vous le connaissez?

--Non!

Dom Pablo, de sa voix éclatante, entonna alors un refrain improvisé:

«_Magnificat anima mea civitatem dracenam!_

Il chantait d’une voix si magistrale qu’elle domina tous les murmures et

tous les bruits. Un vaste silence se fit. Alors, il prononça un sermon,

dont le souvenir ne s’est pas encore perdu:

--Mes très chers frères, et mes chères sœurs, je suis venu à vous, sur

cette douce monture, qui sied à l’humilité d’un bon chrétien, pour vous

apporter des paroles de paix et d’amour!--Vous vous demandez, tournés

les uns vers les autres: «Quel est celui-ci? Qui de nous le connaît?...

Personne.» Et lui-même vous répond: «Connaissez-vous Sainte Roseline?

Oui, vous la connaissez, ou plutôt vous la connaissiez jadis, mais vous

l’avez oubliée! oubliée et délaissée! Vous la négligez--et je suis, moi,

un envoyé de Sainte Roseline. Les moines qui conservent dans leur

chapelle, pour votre gloire, son corps miraculeux, vous les oubliez

comme vous oubliez la sainte!--Et c’est pour vous rappeler à vos devoirs

envers elle et envers eux que j’ai bâté et bridé mon âne; et tous deux

nous sommes venus vous dire: _Memento quia pulvis es!_ Souvenez-vous que

vous êtes poussière, et que, à l’heure finale de votre vie, vous ne

serez reçus dans le saint paradis que si vous avez accompli de bonnes

œuvres sur la terre. Or, des bonnes œuvres que vous devez accomplir

ici-bas, vous les voisins de Sainte Roseline, les plus belles ne

sont-elles pas le pèlerinage au lieu où elle repose, et l’entretien du

monastère qui a la garde de son glorieux corps? O mes frères, lequel

d’entre vous est sûr, dites-moi, de n’être pas un jour traîné devant les

juges de ce bas monde et jeté dans un noir cachot; soit, s’il est

innocent, par le faux témoignage des méchants; soit,--et ce sera justice

la plupart du temps,--s’il est coupable de concussion, de simonie, de

forfaiture, de prévarication ou de vente à faux poids,--ce qui est le

crime honteux de la plupart d’entre vous, ô vendeurs effrontés assis au

seuil du temple! Lequel de vous, ô malheureux, lequel de vous se sent la

conscience parfaitement pure et nette? Pas un! car le commerce c’est le

vol qui se cache, honteux, sous un masque d’hypocrisie! Et donc, quand

la justice des hommes aura mis la main sur vous, qui invoquerez-vous à

l’heure de calamité, du fond de votre geôle sans jour, entre la cruche

d’eau trouble, et le morceau de pain noir et dur? Qui invoquerez-vous,

dans vos angoisses, sinon Sainte Roseline? Oh! alors, alors, vous vous

souviendrez du miracle qui a fait sa gloire!... Écoutez-en le récit: son

frère, le chevalier Hélion de Villeneuve, avait suivi le conseil de mon

illustre et vénéré collègue Pierre l’Ermite, et il était parti pour la

Terre Sainte. Il y fut fait prisonnier par Saladin, Saladinus, Saladina,

et jeté dans un étroit cachot. Là, _in carcere duro_, il gémissait et

pleurait, songeant avec amour à la chère terre provençale, aux vallées

dracénoises, à son pays enchanté, qui est le vôtre! Et il ignorait que

sa sœur Roseline était morte en son absence. Et voilà qu’une nuit, la

morte, passant à travers les murailles, par la permission de Dieu, entra

dans le cachot; et le fantôme de la sainte ouvrit la porte de la geôle

et délivra miraculeusement son frère Hélion!... O mes très chers et très

coupables frères, quand vous serez vous-mêmes au fond d’une prison, en

expiation de vos péchés, alors vous regretterez amèrement de n’avoir pas

été plus dévots à Sainte Roseline, libératrice des prisonniers qui

l’invoquent et se repentent. O marchands et marchandes! engeance vile!

trafiquants méprisables! levez vos âmes vers Dieu, et abaissez vos

regards sur les ensarris vides de mon âne! La bonne bête ne demande qu’à

les remporter tout à l’heure, pleins à crever, vers le couvent où

m’attendent les bons serviteurs de Sainte Roseline. Gonflez, gonflez les

paniers de mon âne, âmes charitables, ô estimables, respectables

marchands! et quand ils seront gonflés et débordants, non pas de fleurs,

mais de fruits, de légumes pour les jours maigres, de lourdes andouilles

et de porc salé pour les jours gras, de fraîches viandes succulentes,

pour aujourd’hui même,--et de bons vins pour longtemps,--oh! alors, ne

vous tenez pas encore pour rachetés et sûrs de votre salut éternel!...

Quand mon âne, trop faible pour porter vos générosités, vous remerciera

en son langage, chargez-vous vous-mêmes de bonnes et saintes choses à

boire et à manger, présents du Ciel, dons du Seigneur, sacrifices

offerts par vos âmes assoiffées de pardon; et suivez mon âne,

suivez-moi, en chantant de sacrés cantiques. Suivez-nous jusqu’au cher

couvent, où vous serez reçus à bras ouverts, c’est moi qui vous en fais

la solennelle promesse. Là, vous vous agenouillerez devant la sainte;

vous lui demanderez le pardon de vos péchés innombrables; et ce pardon,

je vous l’accorderai en son nom. Et, beaucoup plus légers de corps et

d’esprit, baignés d’allégresse, vous reviendrez dans vos logis,

accompagnés de mes bénédictions et de la miséricorde céleste, dont je

suis le représentant trop indigne. Amen.

Le succès de dom Pablo fut immense, car, de tout temps, le fin peuple de

Provence--on pourrait dire le peuple de Gaule--s’est complu à mener de

front son respect sincère des causes sacrées et une spirituelle

irrévérence à l’adresse de ses propres superstitions. En un clin d’œil,

l’âne fut surchargé de carottes, de navets, de choux, de poireaux,

d’aubergines, d’oranges, de gibiers, et même de fleurs, inutile mais

gracieuse parure des dons substantiels. Et l’âne titubait. Et le faux

moine, à pied, amena au monastère toute une longue procession de

pénitents chargés comme des ânes, et suivis d’enfants qui agitaient des

branches de romarin. Tels sont les miracles de l’éloquence. Les discours

sont des chaînes mystérieuses que lance aux foules captivées la bouche

d’or des orateurs que Dieu inspire.

Maintenant, Pablo se sentait sûr d’être reçu par le geôlier Castagne, au

jour qu’il lui plairait de choisir, comme un hôte illustre, bienfaisant

et révéré.

C’est pourquoi, après trois jours de monacale bombance, il se rendit à

la prison de l’Observance, toujours monté sur son âne, dont, cette fois,

les ensarris contenaient assez de victuailles alléchantes et de boissons

capiteuses pour qu’en effet Castagne reçût avec faveur un âne si bien

monté.

Le fameux chevalier Gaspard de Besse · 第 14 / 50 题