CHAPITRE PREMIER

Dans la prison, Gaspard qui a tout le loisir de méditer sur sa vie

passée et de songer à de nouveaux projets, pressent que, dans la

gorgerette d’une chaste pucelle, il trouvera la clef des champs.

La prison de l’Observance est encore visible dans la partie haute du

vieux Draguignan, et assez voisine de la maison dite Maison du Bourreau.

Elle a quelque chose de naïf, cette prison historique où fut enfermé

Gaspard de Besse.

Bien qu’ayant un judas, la porte qui donne sur la rue est assez

semblable à toutes les portes massives des maisons voisines: mêmes

dimensions, même aspect paisible, innocent. La porte ouverte, on se

trouve dans un étroit vestibule; et, à trois pas devant soi, on a

l’entrée du cachot principal, à vrai dire un simple cabinet noir; mais

un reste de ferrures, scellé dans les murs, atteste que, tout de même,

les prisonniers devaient être, en un tel réduit, assez misérables pour

satisfaire la vindicte publique. Seulement, du cachot à la rue, il n’y

avait littéralement qu’un saut. Et ce saut, tout prisonnier le faisait

en rêve nuit et jour. Beaucoup s’évadaient, pour peu qu’ils pussent

récompenser les complaisances du geôlier. Et les procès-verbaux

d’évasion étaient remarquablement nombreux dans toutes les villes de

France.

Si le mur de son cachot eût été seulement percé d’un fénestron donnant

sur la verte campagne, Gaspard eût considéré le temps de sa captivité

comme une halte reposante, favorable à la lecture et à la réflexion.

C’est à la lueur d’un calèn qu’il lisait tout le jour.

M. de Tervieille, en lui faisant parvenir divers ouvrages d’histoire,

avait, à prix d’or, obtenu du geôlier que le prisonnier pût s’éclairer

de la pauvre petite lampe de fer, suspendue à un clou et qui donnait une

lamentable mais suffisante clarté au lecteur assidu. Quand il ne lisait

pas, Gaspard réfléchissait, la nuit surtout.

Non sans guetter l’occasion de s’évader, il prit ainsi son mal en

patience.

Il médita sur son existence passée et sur son avenir; se raconta plus

d’une de ses propres aventures, s’interrogea sur ses sentiments. Il

vécut un peu à la façon d’un novice sincère qui, tout de suite, du fond

de son couvent, juge plus librement et mieux les conflits humains, les

méprise même, et, en vérité, s’élève à des pensées qui lui étaient

étrangères au temps où il vivait dans le siècle.

Il y a toute une littérature qui, au XIXe siècle, s’est appliquée à

montrer le paysan de France comme étant toujours un être sordide,

uniquement préoccupé de s’arrondir, incapable de s’élever à une vraie

vie morale, une sorte de végétal-animal, n’ayant d’autre souci que celui

de satisfaire ses appétits. Cette figure du paysan a passé pour

rigoureusement ressemblante, jusqu’au jour où, lancé dans la guerre pour

la défense du sol, le paysan français a été proclamé un héros,

compréhensif et conscient. Peut-être est-il juste de dire que la

nécessité d’être héroïque a paru transfigurer l’homme de France; les

circonstances n’ont fait que mettre en lumière des sentiments qui

existaient en lui virtuellement; ces sentiments, les circonstances ne

les ont pas créés mais seulement fait éclater; l’homme de la terre ne

s’est élevé à la hauteur des événements qu’en se relevant de toute sa

taille, courbé qu’il était sous les fardeaux d’une vie quotidienne qui

exigeait cette attitude. Ce n’est pas devenir grand tout à coup que

montrer soudainement toute sa stature, en se redressant.

* * * * *

Quelque opinion que l’on ait sur Jean-Jacques Rousseau, on est bien

forcé de convenir que ce valet n’était pas un sot. Épictète fut un

esclave, ce qui prouve que pour penser noblement, il n’est pas

nécessaire d’être empereur comme Marc-Aurèle. Tous les apôtres n’étaient

que de pauvres diables, de très humbles pêcheurs; et ils comprirent

mieux que les princes des prêtres la plus sublime des paroles que l’âme

humaine ait jamais entendues. Gaspard, fils de paysan, avait, nous le

savons, une intelligence des plus vives, servie par une mémoire

infaillible. Il avait beaucoup lu; il s’appliqua à lire beaucoup dans sa

prison, car il croyait en son étoile et il ne doutait pas de sa

prochaine libération.

Dans l’ombre de ce cachot sans air, où il passa bien des semaines, ses

bras, chargés d’une chaîne assez légère quoique solide, soulevaient le

livre vers la clarté fumeuse de son calèn; et il s’instruisait

avidement.

Le _Voyage de Provence_, écrit par M. l’abbé Papon, tout

particulièrement l’intéressa. Il y retrouvait ses itinéraires de coureur

des bois, de routier; les paysages familiers de sa province; des

anecdotes sur ses plus célèbres compatriotes, parmi lesquels deux

surtout lui apparurent comme dignes d’attention et de sympathie: le

marseillais Adraman et le toulonnais Paul qui, de ce pauvre prénom, fit

un nom illustre.

Adraman tout enfant, fut, par des parents qui vivaient dans la misère,

embarqué comme moussaillon sur un petit navire armé en course. Pris par

les Turcs--tout comme devait l’être un jour l’ami Sanplan--Adraman ne

fit ainsi que changer de misère. A bord du bateau pirate tunisien, il

reçut des coups de garcette turque, des coups de pieds turcs et des

gifles turques. Or, les mêmes traitements lui avaient d’abord été

prodigués par ses concitoyens d’Europe; en sorte que, ne pouvant établir

aucune différence entre chrétiens et musulmans, il se fit Turc sans

remords et bon serviteur d’Allah. Il avait du goût pour l’état de pirate

et le fit bien voir, si bien voir que, dit Papon, «dans un pays où tous

les hommes sont égaux par la naissance, et où ils ne sont estimés qu’en

raison de leurs services (où diable, se trouve ce pays-là?) Adraman ne

tarda pas à être élevé aux premiers emplois... La mer devint son

élément... Il y fit des expéditions dignes des plus grands capitaines...

Le Grand Seigneur le nomma Bacha de Rhodes, ensuite amiral et général

des Galères, à la place du fameux Mezomorvo!»

Voilà une belle carrière d’aventurier; mais, plus que tout autre, un

trait de cette curieuse existence charma Gaspard.

Adraman était accoutumé à une discipline sévère.

Un jour, ce Bacha de Rhodes, suivi de quelques soldats «faisait la

patrouille à Scio». A la porte d’une maison, il vit, attachés à l’anneau

du mur, trois ou quatre bourricots dont les doubles paniers de sparterie

étaient chargés de pierres. Un enfant les gardait.

--Où donc sont les maîtres de ces ânes?

--Ils sont allés prendre nourriture.

Le Bacha ne répondit rien et continua sa tournée; mais, une heure après,

repassant par là, et voyant les mêmes animaux toujours à l’attache et

toujours chargés, sous la garde du même enfant:

--Va me chercher les maîtres de ces ânes, et me les amène.

Et quand les âniers furent en sa présence, Adraman leur dit:

--Avez-vous mangé de bon appétit?

--Oui, Seigneur.

--Il est donc juste que vos ânes mangent à leur tour. Je regrette _pour

vous_ que vous ayez cru bon de leur laisser ces lourdes pierres sur

l’échine pendant que vous faisiez durer plus que de raison le temps de

votre repas.

Là-dessus, il leur ordonna de se tenir immobiles devant lui, à quatre

pattes; et à ses chaouchs de leur mettre sur le dos les paniers des ânes

avec leur chargement de pierres, dont, à vrai dire, le poids portait en

partie sur le sol mais les retenait captifs.

--A présent, leur dit ce Turc très chrétien, vous attendrez patiemment

qu’à leur tour vos ânes aient mangé à leur faim... Il ne faut pas faire

à autrui ce que vous ne voulez pas qui vous soit fait!...

«Quelque étrange et dure que fût la punition, dit Papon, il fallut la

subir.»

Cette histoire, donc, enchantait Gaspard, le faisait à la fois rire et

pleurer de satisfaction, et, bien des fois, plus tard, il la conta à sa

bande.

Il est absurde de prétendre que les livres n’ont aucune influence sur la

moralité des hommes. C’est avec des paraboles simples que l’Évangile a

transformé la pensée humaine.

La sévérité d’Adraman lui fit des ennemis; sa grandeur, des jaloux.

Faussement accusé d’avoir voulu incendier Constantinople, il fut

«condamné à perdre la vie par le cordon» et fut exécuté en 1706.

L’excellent Papon déclarait qu’il était mort victime d’un «gouvernement

arbitraire».

La vie de ce Toulonnais, demeuré illustre sous le nom de _chevalier

Paul_ n’enchantait pas moins Gaspard.

Paul, simple mousse comme Adraman le Marseillais, s’éleva de cet humble

état au grade de «chevalier de justice dans l’ordre de Malthe» et de

vice-amiral de France. Il était fils d’une blanchisseuse. Elle était

fort avancée dans sa grossesse lorsque, allant de Marseille au Château

d’If, par mauvais temps, tangage et roulis la délivrèrent brusquement.

Ainsi son enfant, le futur amiral, fut un peu le fils de la mer et de la

tempête, ou de «Neptune, dieu des flots».

Paul commandait la Marine à Toulon, quand Bachaumont et Chapelle

visitèrent la ville; et leur voyage, en vers de huit pieds, lui rend

hommage en ces termes:

C’est ce Paul dont l’expérience

Gourmande la mer et le vent;

Dont le bonheur et la vaillance

Rendent formidable la France

A tous les peuples du Levant.

Louis XIV, en 1660, fut reçu à Toulon par le chevalier Paul, qui lui

donna une fête dans son jardin, à Dardennes.

Pour amuser les belles dames de la Cour, Paul fit suspendre, dans ses

orangers, parmi les _bigarrées_, d’excellentes oranges confites,

attachées aux branches par des fils menus, habilement dissimulés:

--Oh! voyez, chère marquise, les belles oranges, extraordinaires d’être

si douces, parmi les autres si amères!

--C’est une merveille!

--Cela ne vous étonne point?

--Un peu sans doute; mais les fruits du dattier, dit-on, ne sont pas

moins mielleux, collants et sucrés, et se peuvent dire naturellement

confits par les soins de la nature!

On se croyait dans cette Ile des Plaisirs que M. de Fénelon devait plus

tard imaginer pour la joie de Monseigneur le Dauphin.

Un jour, le chevalier Paul rencontra, sur le quai de Toulon, un pauvre

batelier qui, à sa vue, parut vouloir se dissimuler parmi d’autres. Paul

le reconnut pour un de ses anciens camarades. Il l’appela par son nom;

et, l’homme s’étant approché, l’amiral se tournant vers ses officiers:

--Je vous présente un de mes anciens camarades de jeunesse et de misère.

Souffrez, messieurs, que je m’entretienne un instant avec lui.

Il l’interrogea en particulier sur sa famille, sur ses besoins, lui

témoigna beaucoup d’amitié et lui fit accorder un bon petit emploi...

Paul mourut en 1667, laissant toute sa fortune aux pauvres, parmi

lesquels il voulut être enterré.

--Voilà un homme! s’écriait Gaspard qui, en lisant, dans son cachot, ce

trait de la vie de Paul, versait des larmes. Nobles larmes, comme celles

que firent verser à Condé, Corneille et la clémence d’Auguste.

Ces émotions de Gaspard, la préférence qu’il eut pour Adraman et le

chevalier Paul--la simple et touchante bonté des actions qui leur

valurent cette préférence--suffiraient à nous révéler la qualité de son

grand cœur populaire; et à nous faire comprendre pourquoi le peuple de

Provence a fait de Gaspard un de ses favoris.

Gaspard, aidé par les circonstances, aurait pu avoir une destinée égale

à celle des héros dont il admirait la fortune, dont il aimait surtout la

bienveillance envers les existences des plus humbles.

Comme le bandit Mandrin, qui fut un vrai capitaine, Gaspard, sur un

champ d’action plus vaste, eût sans doute acquis une renommée

universelle; et, dans le rang des réguliers, il eût conquis l’admiration

du monde, grâce à des qualités heureuses qui ne furent pas toujours

celles des chefs de peuples. Avant tout, il aimait, autant que la

justice, la bonté. Et voilà déjà qui n’est pas commun. Son curé lui

avait appris à faire son examen de conscience; il le fit dans la

solitude du cachot.

Il regrettait de s’être fait bandit. L’idée du juste mépris où l’on

tient les voleurs lui était difficile à supporter. Cependant, si sa

condition de chef de bande le mettait un jour à même de faire comprendre

aux puissants que le peuple exigeait la réforme de la juridiction

pénale, n’y avait-il pas quelque chose de respectable dans sa condition?

C’est du moins ce qu’il se disait. Les vols à main armée opérés

_courtoisement, sans violence inutile_, n’étaient à ses yeux qu’un impôt

prélevé par lui pour l’entretien de sa troupe, à laquelle il ne

permettait aucun pillage. Des tributs volontaires rendaient les vols de

jour en jour moins nombreux. On vivait, on ne thésaurisait pas. Il

poursuivait un but hautement politique: il voulait humilier le

parlement, le ridiculiser, le dénoncer à tous les yeux comme une

institution qu’il fallait ou changer ou rendre à elle-même, c’est-à-dire

aux principes dont elle se prétendait issue et que pourtant elle

paraissait mettre souvent en oubli.

Le Parlement avait étouffé l’affaire de l’assassinat de Teisseire parce

que les coupables étaient _des puissants_ selon l’expression du bon La

Fontaine; et Gaspard voulait que les coupables fussent atteints; que la

mort du père de Bernard fût expiée; et que, dans le châtiment des

coupables, les paysans, les petits, vissent le signe de la protection

des lois étendue sur eux. Le but qu’il se donnait lui avait paru

jusqu’alors une satisfaisante excuse à ses actes de rebelle; toutefois

il les sentait en contradiction permanente avec l’idée d’obéissance aux

lois, qu’il eût voulu servir, et de cela il souffrait étrangement. Mais,

s’il souffrait ainsi, est-ce que ce tourment ne donnait pas à sa mission

un goût de sacrifice qui la rendait honorable, ne fût-ce qu’à ses

propres yeux? En tous cas, il ne pouvait plus rien changer aux

contradictions dont il gémissait: il s’était engagé dans une voie où, à

sa suite, il avait engagé d’autres existences; il se devait à elles; il

poursuivrait sa tâche. Toutefois, et cela était nouveau en lui, il se

répétait souvent: «Il est malheureux que, pour servir mon désir de

justice, j’aie cru pouvoir m’entourer de coquins!» L’état d’humiliation

où il se voyait réduit, les chaînes qui l’attachaient aux murs de son

cachot, éveillaient en lui ces poignants regrets. Il se sentait sous le

coup de la réprobation publique! Il combattait ce regret en se répétant

qu’un grand bien sortirait peut-être de sa révolte condamnable. Et, tout

d’abord, n’allait-il pas donner une vie heureuse à Bernard, son frère

d’adoption, en lui faisant épouser la fille de l’usurier Cabasse, cet

ancien valet de fermier général, qui avait dépouillé tant de pauvres

gens, et par qui il avait été dépouillé lui-même de son patrimoine?

A l’idée du bonheur qu’il préparait à Bernard et à la pupille de

Cabasse, malgré toutes les résistances du tuteur usurier, Gaspard

s’attendrissait.

Le bonheur d’amour, dans la paix, selon la loi et selon Dieu, l’amour

dans le devoir, une famille laborieuse et respectée,--c’est ce que lui,

Gaspard, n’aurait jamais!--Donner ce bonheur à deux jeunes êtres qui en

étaient dignes, n’était-ce pas une bonne œuvre qui lui serait comptée

comme une touchante excuse aux exactions qu’il était en train d’expier?

Il ne parvenait pas à en être sûr et à s’absoudre pleinement... Ainsi la

solitude de la prison lui montrait les choses sous un jour nouveau,

formait en lui comme une conscience neuve.

Assis dans l’étroite cellule, les poignets pris dans des bracelets de

fer, attaché aux murs comme un chien à sa niche, Gaspard rêvait. Le

chien enchaîné, lui du moins, voit, du seuil de sa cabane, la lumière du

jour. Gaspard n’avait que la clarté de son calèn fumeux et qui

s’éteignait souvent faute d’huile; il fallait alors attendre le bon

plaisir du geôlier Castagne. Un grillage épais, au-dessus de la porte,

barrait la mince ouverture rectangulaire par où lui arrivait un peu de

la lumière naturelle. Et cela s’appelait un jour de souffrance.

Dans cette ombre, Gaspard rêvait aussi d’amour; et c’est là que, pour la

première fois, il se prit à reconnaître que l’image de Mme de Lizerolles

était en lui comme vivante et attirante.

Quoi! osait-il espérer d’elle autre chose qu’une pitié hautaine? Il ne

savait pas. Profiterait-il de l’ignorance où elle était de son nom? Il

se refusait à cette pensée comme au plus criminel des abus de confiance.

Or, Gaspard avait un secret d’amour, enfoui profondément dans son cœur.

A Aix, il avait trompé, séduit, sous un nom d’emprunt, une douce et

humble petite bourgeoise, misé Brun, la femme d’un modeste horloger.

Celle-là n’avait-elle pas pour lui oublié tous ses devoirs? Quelle

honte, quelle douleur pour elle, le jour où elle apprendrait que son

amant n’était autre que Gaspard de Besse, un chef de voleurs!

... Ainsi, il aimait assez Mme de Lizerolles pour vouloir lui épargner

une souffrance que, bien malgré lui, mais fatalement, il infligerait tôt

ou tard à misé Brun. Et la noblesse de son amour pour la comtesse lui

reprocha la bassesse de son acte vis-à-vis de la plébéienne, en sorte

qu’il prit, dans sa prison, la résolution de ne plus revoir misé Brun.

Elle pleurerait un infidèle, mais ignorerait à jamais--il l’espérait du

moins--la qualité de son déplorable séducteur. Il éprouva un grand

bien-être à s’affermir dans cette résolution; il se sentit un peu

réconcilié avec lui-même, et, d’ailleurs, libéré en même temps, d’une

dangereuse intrigue.

Y avait-il d’autres figures de femmes dans ses souvenirs? Sans doute;

mais toutes comme voilées et lointaines. Il était si «agradant», si

plaisant, que, pour s’expliquer ses qualités de séducteur, les paysans

de Besse (et il ne l’ignorait pas) prétendaient qu’il était un enfant de

l’amour. Il était fils, disait-on, du marquis de X... qui avait séduit

sa mère misé Bouis. Facilement ému par la grâce féminine, il se reconnut

troublé par la fille de son geôlier, Louisette, qui, parfois, remplaçant

son père, lui apportait l’eau et le pain. Quand c’était Louisette qui

ouvrait la porte du cachot, un rayon du joyeux soleil entrait avec elle;

et, elle aussi, était lumière et joie... Essaierait-il de troubler le

cœur de cette fillette pour obtenir d’elle la liberté? Il souriait

malgré lui à cette idée. On racontait dans le peuple que la fille d’un

geôlier séduite par M. de Mirabeau, enfermé au château d’If, avait

favorisé l’évasion du gentilhomme. Donc, il imiterait M. de Mirabeau...;

mais, là encore, Mme de Lizerolles intervenait, apparaissait à Gaspard

avec un visage sévère: «Vous laisserez en repos cette fille»...

Comment! n’était-il donc plus libre de cœur et d’esprit? Tout caprice

galant lui était-il interdit par une ombre? Pauvre Louisette!

qu’arriverait-il de cette enfant?... Mais, quoi! ne pourrait-elle le

servir sans en être si mal récompensée? Serait-elle la première qui

l’aurait ému de désir sans être mise à mal?

Cette question réveilla en lui le souvenir d’une gentille aventure qui

lui était arrivée naguère. Il en revit les moindres détails. Elle

l’égaya tout un jour dans sa misérable geôle...

Le fameux chevalier Gaspard de Besse · 第 12 / 50 题