Un symbole, cette mode de porter sa progéniture, pour signifier

clairement qu’on en a plein le dos des joies de la famille!

Non content de faire d’elle une perpétuelle couveuse, le nègre exploite

sa femme de toutes les façons. Il la revend, la met en gage, l’échange,

la prête. Avec l’argent qu’il retire de ces différentes opérations, il

se payera d’autres épouses. En Afrique, la femme est une valeur

éminemment négociable. Elle rend les services que nous demandons chez

nous à la banque et au mont-de-piété. Elle constitue à elle toute seule

un véritable mont-de-piété, sans reconnaissance, hélas! car son cynique

époux ne lui a aucune gratitude de son incontestable utilité. Cette

utilité est telle qu’il ne fait pas un seul pas sans femmes. Il les

entraîne à sa suite dans tous ses déplacements. Le tirailleur se montre

un soldat infatigable et modèle, mais il faut que sa _mousso_ le suive.

Pas de _mousso_, pas de lapin. Le Noir ressemble aux palmiers de son

pays, qui ne fleurissent qu’auprès de leur femelle. Mais s’il a tant

besoin de ses compagnes, c’est beaucoup moins pour les aimer que pour

les faire travailler.

Et si vous saviez ce que comporte là-bas de variétés ce que nous

appelons chez nous «l’ouvrage de dames»! Élégantes papoteuses qui vous

réunissez, une bande de tapisserie ou de broderie aux doigts, dans

quelque salon ou casino, et qui croyez, pour quelques coups d’aiguille,

avoir fait œuvre méritoire, voulez-vous avoir une idée des besognes qui

vous attendraient si, pour votre malheur et le nôtre, la nature avait

coloré du plus beau noir le pigment transparent de votre peau? Il vous

aurait fallu, de l’aube à la nuit, piler le mil, récurer les calebasses,

cuisiner, laver, filer, tisser, teindre, modeler de la poterie,

fabriquer de l’huile, du savon, du beurre de karité, faire la cueillette

du coton, du caoutchouc, de l’indigo, récolter l’or.

Oh! je sais bien qu’en tous pays, et particulièrement dans les plus

avancés en civilisation, les femmes s’entendent admirablement à cette

dernière récolte. Elles ont même pour la pratiquer des moyens qui

tiennent essentiellement à leur sexe. Mais les travailleuses africaines

ne voient pas affluer le précieux métal avec la même facilité et le même

agrément que Danaé. Courbées en deux, dans l’eau jusqu’aux hanches,

elles l’extraient péniblement des sables aurifères, lavant dans leur

calebasse les imperceptibles parcelles étincelantes qu’elles ont

recueillies, puis vont les remettre scrupuleusement à leur mari, qui se

garde bien d’aider au travail autrement que par sa présence. Il se dit,

ce pratique flemmard, que ses femmes sont d’éternelles mineures, et très

logiquement il les emploie à un travail de mines. Au fond, elles sont

bonnes à tout. Nos modernes championnes du féminisme croient avoir fait

faire un grand pas au progrès en décrétant que la femme vaut mieux que

l’homme pour exécuter n’importe quel travail. La belle découverte! Il y

a longtemps que les Noirs s’en sont aperçus.

Si seulement ils savaient un peu gré aux pauvres créatures surmenées de

tout le mal qu’elles se donnent pour eux! Autant pour un cheval de

fiacre compter sur les remerciements de son cocher. Si l’une d’elles

meurt à la peine, le mari ne prendra même pas le deuil, tandis que la

veuve est tenue de le porter de la façon la plus rigoureuse. Vous

comprenez bien que, dans de telles conditions, les veuves joyeuses sont

légion en Afrique occidentale. Aussi a-t-on estimé comme une précaution

utile de les obliger à dissimuler quelques temps cette joie sous des

apparences affligées.

Une autre façon de remercier, pour le mari, consiste à divorcer, afin de

ne pas acquitter la dot qu’il doit, ou de rentrer dans ses débours. Si

la femme ne veut pas divorcer, il l’y forcera par de fréquentes

distributions d’arguments frappants.

En France, les femmes invoquent le divorce pour ne plus être rossées:

chez les Noirs, on les rosse pour leur en suggérer l’idée. Il est vrai

que cette méthode n’est pas tout à fait étrangère à certains Européens

avides de reprendre leur liberté.

La pauvre dame noire n’est pas plus galamment traitée au chapitre des

successions. On la met sur le pied d’une vache. Elle fait partie

intégrante du capital. Lorsqu’un homme meurt, ses femmes passent à ses

héritiers avec ses troupeaux et ses captifs. Ils peuvent disposer

d’elles à leur gré. C’est tout à fait ce qu’on appelle une succession

ouverte.

_En somme, de même que, pour le Blanc, la femme noire est un meuble,

elle est, pour le Noir, un immeuble qu’on achète, qu’on vend, qu’on

exploite, qu’on donne à bail, qu’on hypothèque et dont on fait à la fois

une propriété d’agrément et de rapport._

CHAPITRE XVIII

DU KAMÉLÉ.

Le _kamélé_, c’est l’amant, le bourreau des cœurs, la terreur des maris.

Au pays noir comme ailleurs, il y a des hommes qui sont amants par

vocation et qu’Éros a marqués de son signe mystérieux. Généralement,

jugeant inutile de se dépenser en de moins douces fatigues, ils s’en

tiennent à ce rôle de don Juan et en retirent assez de petits profits

pour assurer leur existence. Le kamélé est élégant, il porte des boubous

brodés de soie et des calottes richement enjolivées, à moins qu’il

n’arbore un chapeau melon ou une casquette, dont il a bien soin de

conserver l’étiquette de prix, comme une parure de plus. Quand sa

garde-robe est un peu trop démunie, il loue à un de ses camarades, pour

une journée, le mirifique feutre à larges bords ou l’éblouissante

redingote qui doit assurer sa conquête.

Il a l’allure satisfaite et sûre de soi d’un coq de village et traîne

ses babouches avec une nonchalance pleine de fatuité. Ses poches sont

pleines de kolas et sa bouche de paroles de miel. Souvent il rehausse

son prestige d’accessoires étranges: une cravache, un alpenstock, une

lance, une bicyclette. Il ne s’en sépare jamais au cours de ses équipées

amoureuses, où ils lui assurent sans doute une chance de plus.

Dernièrement, un kamélé de marque fut traduit devant le tribunal de

Kayes comme complice d’un délit d’adultère. C’était un important

personnage, chef d’une petite gare voisine. Il avait été pris, la nuit,

dans la case de l’épouse légitime d’un honorable habitant du village

noir. Ceux qui l’avaient vu entrer avaient remarqué qu’il était armé

d’une lance. A quoi bon cet instrument de mort dans une entreprise toute

de tendresse? Assez peu au courant des habitudes bizarres des kamélés,

l’administrateur qui présidait le tribunal se le demandait avec une

insistance troublée.

--Pourquoi cette lance? réitérait-il sans cesse au délinquant, qui

restait muet, tournant sa casquette brodée dans ses grosses pattes

noires et baissant devant le questionneur ses gros yeux humides de chien

battu.

A la fin, le président prit le parti de poser au galant chef de gare une

question plutôt scabreuse:

--Tu avais donc bien peur de la manquer?

Généralement célibataire, le kamélé s’adresse par principe à la femme

d’autrui. Il se recrute beaucoup parmi les tirailleurs. Ah! le prestige

de l’uniforme est le même sous toutes les latitudes. La Vénus noire se

montre pleine de complaisance pour le beau Mars en chéchia. La femme du

forgeron s’en laisse facilement conter par les jolis cœurs de la colonne

qui passe. Les boys fournissent également des numéros de choix au monde

redouté et audacieux des kamélés. Les _griots_, ou chanteurs populaires,

en constituent la catégorie la plus experte. Ils lancent à plein gosier

les louanges des belles du village, afin d’obtenir d’elles de l’argent

ou, à son défaut, des faveurs toutes spéciales. Si elles ne veulent pas

comprendre, ils débitent sur le même air les plus épouvantables

accusations à l’adresse des malheureuses. Et voilà comment le chant

conduit au chantage.

Le kamélé est-il vraiment un amoureux? Non, c’est surtout un homme

pratique et peu scrupuleux, qui abuse de la passivité de la pauvre Noire

pour s’implanter dans sa vie et tirer d’elle tout ce qu’il en peut

tirer.

AXIOME.--_Chez nous, le rôle d’amant est le plus souvent une cause

d’embarras. Au pays noir, c’est une situation assise encore plus que

couchée._

Mon Dieu, je sais bien que pas mal de gens dans nos pays civilisés

occupent ou briguent une place semblable. Mais cela entraîne

généralement une certaine déconsidération. Rien de pareil chez les

nègres. Le kamélé y est envié et admiré. Seul, le mari trompé,

s’inspirant sans doute de l’analogie du nom, le traite avec indignation

de chameau. Pourtant, il est assez rare qu’il le connaisse, car le

séducteur, en sa qualité de roué plein de flair et d’expérience, opère

en catimini, avec énormément de prudence et d’adresse. D’abord, un amant

noir est beaucoup moins voyant qu’un blanc. Ensuite, la disposition des

cases, leurs entrées démunies de portes, leurs murs bas, leur

construction uniforme, favorisent et protègent ses entreprises.

Nourri dans ce sérail, il connaît ses détours.

Et puis il pourrait donner des leçons de discrétion à tous les Lovelaces

de France et de Navarre. Si le kamélé, à l’image de Fortunio, ne meurt

pas pour sa belle sans la nommer, il vit en tous cas sans en souffler

mot. Ne pensez pas que ce soit par délicatesse et esprit chevaleresque.

C’est tout simplement qu’il craint la correction qui, des bras du mari,

s’abattrait sur sa tête, et surtout l’amende suspendue par le juge

au-dessus de ses ébats coupables, cette amende qui se paye, comme le

reste, en argent, en bétail, ou en toile de Guinée. Il n’y a rien de tel

que la peur pour rendre un amant peu compromettant. Mais que nos

lectrices n’aillent pas s’imaginer qu’en faisant le bonheur d’un nègre,

elles auront la chance de voir leur secret bien gardé. Sous tous les

climats, l’homme de couleur qui peut s’enorgueillir des faveurs d’une

Blanche ne manque jamais de le proclamer à son de trompe.

_Le kamélé est un conspirateur du silence! Si ce silence n’est pas d’or,

c’est que les victimes ne peuvent guère octroyer à leur tombeur que des

pièces de vingt ou quarante sous._

CHAPITRE XIX

DE L’ADULTÈRE.

L’adultère fleurit parmi les ménages noirs comme les hautes herbes dans

la brousse. On trompe là-bas son mari avec une fréquence et une facilité

surprenantes. Quelque édifiés que nous soyons sur le grand nombre des

maris blancs trompés, nous nous sentons encore protégés par le dieu des

amours fidèles, quand nous contemplons l’armée des maris nègres.

Vu la façon légère dont elle est vêtue, la dame noire consomme la douce

faute avec une rapidité singulière. La cour est brève. Quelques gestes

expressifs suffisent et remplacent avantageusement les protestations,

les serments, les épîtres, les vers dont nous autres, civilisés, avons

pris la fâcheuse habitude de nous embarrasser. Ce qu’il importe de

trouver, c’est l’occasion favorable, c’est-à-dire le silence, l’ombre et

le mystère. L’épouse noire coupable est comme la Clélia de _la

Chartreuse de Parme_: il lui faut une nuit non moins noire pour

perpétrer une trahison qui l’est encore plus. Dans le monde nègre,

l’adultère est toujours honteux, et je trouve encore dans ce fait une

preuve de ce simple bon sens, de cette naïve et profonde justesse de vue

des enfants de Cham à laquelle j’ai fait déjà de fréquentes allusions.

Chez nous, en somme, ce péché jouit d’une assez bonne presse. On lui

trouve facilement des excuses. Il apparaît, celui de la femme surtout,

comme un accident curieux, intéressant, souvent sympathique. Volontiers,

on lui découvrira de la beauté. Il a été consacré d’une façon éclatante

par la littérature, et sans lui, nous serions privés des trois quarts du

théâtre français aux XIXe et XXe siècles. Le nègre, en revanche, ne lui

accorde pas la moindre indulgence. Bien entendu, il ne peut s’agir de

lui-même. L’adultère du mari ne se conçoit même pas dans ces régions où

la femme est quasi captive et où, comme dans les poulaillers, il y a un

coq pour un nombre indéfini de poules. Seule, l’infidélité de la femme

est toujours une faute sans rémission, que ne pardonnent ni le mari, ni

l’opinion publique. Cela n’empêche nullement qu’elle se commette avec

une magnifique prodigalité.

--Mais, allez-vous me demander, puisque votre pécheresse noire ne sait

qu’exceptionnellement goûter dans leur réalité positive les joies de

l’amour, pourquoi se mêle-t-elle de tromper avec autant d’intensité son

infortuné bougnoul de mari?

Je vous répondrai d’abord, ô gens pauvres d’expérience, que bien peu de

nos Parisiennes encornent leur époux pour la seule recherche du déduit

amoureux. J’ajouterai que les raisons spéciales à la dame noire tiennent

au peu de cas qu’elle fait de son pauvre corps d’esclave, si vite flétri

et déformé, et surtout à sa docilité native, à sa soumission séculaire

devant le mâle. Et puis, il n’y a que le premier pas qui compte, car il

ne coûte guère. Quand on a commencé d’être adultère avec le premier

venu, pour n’importe quelle raison, pourquoi faire d’inutiles et

fatigants efforts afin d’éviter une faute qui tient si peu de place,

dure si peu de temps et a, au fond, si peu d’importance?

Rien n’est là pour arrêter les coupables. En somme, leur cas est le

contraire de celui de la Madeleine:

Elles pèchent parce qu’elles n’ont pas aimé.

Le nègre le sait bien. Aussi tire-t-il de la femme de son voisin tout le

profit qu’il peut, à propos des incidents les plus ordinaires, les plus

menus de l’existence.

--Fatou, dit Semba, toi y a devoir à moi dix sous.

--Moi sais bien, réplique la pauvre Fatou, mais moi y a pas pouvoir

donner.

--Alors moi y aller dire bonjour à toi dans ta case, quand Moussa y en a

parti marché.

Le bonjour de Semba n’est pas précisément de ceux qu’on adresse en

public, et le nom de Moussa, s’il n’y figure déjà, s’ajoute à

l’interminable liste des cocus de tous les temps et de tous les pays.

Si Moussa apprend son malheur, que fera-t-il? Tuera-t-il Fatou? Il est

bien trop pratique pour cela. Il réclamera tout simplement le plus

d’argent possible à Semba. Les magistrats indigènes prendront sa cause

en main. Devant eux, Fatou protestera que Semba lui a fait violence, et

que, bien loin d’être sa complice, elle est sa victime. Semba a beau

protester, cette solution élégante fait trop l’affaire de tout le monde,

y compris les juges, qui ne seront pas oubliés, pour que le jugement ne

prescrive pas l’amende et l’absolution complète de Fatou. Il me semble

que, bien loin de nous moquer de ces primitifs, nous devrions les

imiter. Dans nos pays si fiers de leur civilisation, il y a un rôle qui

m’a toujours paru vraiment par trop déshérité, c’est celui de mari

trompé. On a fait des campagnes en faveur des victimes de toutes

espèces, et jamais rien n’a été tenté pour soulager son sort. Ne

serait-il pas juste d’établir une compensation, même strictement

pécuniaire, qui lui rendrait moins cruels sa peine et le ridicule de sa

situation? Car un cocu noir n’est pas moins un sujet de plaisanterie et

de risée qu’un cocu blanc.

Pour s’en rendre compte, il n’est que d’entendre les conversations des

porteurs, durant les nuits de campement dans la brousse. Quels éclats de

rire autour des feux dont les reflets font luire comme de la cire noire

en fusion les visages épanouis, pendant qu’un loustic apprend à

l’assemblée comme quoi ce pauvre Tankary ou ce malheureux Gi-gla loge de

temps en temps dans sa case, sans le savoir, un hôte qui lui mange son

mil sur tige! «Moi y en a vu» affirme-t-il toujours. Et il n’est jamais

démenti. Car Bambaras ou Nagos ne demandent qu’à croire aux infortunes

d’autrui et à s’en réjouir, tout comme de simples blancs.

Mais du moins savent-ils diminuer l’ennui de l’époux berné--car il est

bien rare qu’il éprouve un sentiment plus cruel--grâce à cette

bienheureuse institution de l’indemnité que lui verse le séducteur.

Trois pièces de guinée consolent de bien des choses. Par-dessus le

marché, la blessure d’amour-propre du cornard trouve un baume dans cette

complaisante fiction que sa compagne a été prise de force. Du coup, la

coupable se relève. Qui l’aurait cru? La seule galanterie qui se puisse

constater en pays noir émane de la jurisprudence! Celle-ci n’insulte

jamais une femme qui tombe.

Un ménage uni et un peu habile arrive à se procurer ainsi de fort jolis

revenus, car il est aisément compréhensible que des maris peu scrupuleux

soient les premiers à pousser leurs femmes dans des aventures coupables,

pour les surprendre ensuite tout à leur aise en conversation criminelle.

Cette petite comédie de société se pratique également dans nos climats,

mais il est moins facile de l’y recommencer indéfiniment.

_La caractéristique du cocu noir est tout à la fois de faire rire et de

faire envie par la grâce de l’amende touchée. Ce ne peut être que des

régions tropicales que nous est venue l’expression courante: une veine

de cocu._

Il y a donc bien des raisons pour expliquer la fréquence de l’adultère

féminin dans ce vaste empire du soleil. Des mauvaises langues affirment

que des femmes n’ayant pas l’excuse d’être noires, d’aimables fleurs

transplantées d’Europe et épouses légitimes de coloniaux, s’y laissent

plus facilement entraîner que dans la mère-patrie. Le désœuvrement,

presque obligatoire pour elles, joue alors le rôle du serpent tentateur.

Ce point rosse est trop délicat pour que j’insiste. Mais il nous servira

à donner à notre conclusion toute sa généralité:

_L’adultère trouve un terrain plus favorable que partout ailleurs dans

les régions primitives, parce qu’on a davantage le temps de s’y livrer

et qu’après tout, c’est une occupation. Il y a même des gens que ça

amuse, et les distractions sont si rares dans le pays!_

CONCLUSION

Et maintenant il ne me reste qu’à m’excuser auprès du lecteur pour lui

avoir fait respirer aussi longuement le _Parfum de la dame noire_. Je

n’espère pas en avoir fait un adorateur de la Vénus africaine, et mon

but sera mieux atteint si, au sortir de cette lecture, il se sent un

élan plus ardent et plus conscient vers celles dont la peau blanche est

transparente et nacrée comme un rayon d’aube, celles qui sont nos

aimées, nos maîtresses et nos épouses. Le monde n’a jamais connu qu’une

Ève véritable, et la Noire est à celle-ci ce qu’est l’ombre à la

lumière.

Mais l’ombre aussi a sa douceur, surtout aux terres lointaines

qu’embrase le soleil. C’est pourquoi nous vous disons quand même adieu

avec un peu de regret, petites épouses noires aux grands yeux de

gazelle. Il faut vous pardonner votre somnolence de cœur, l’apathie de

vos sens et aussi vos ruses, vos infidélités, votre docilité à céder à

tous sans révolte comme sans plaisir, parce que vous n’avez jamais été

traitées qu’en femelles et que vous êtes faibles et sans défense devant

la brutale ruée du mâle. Quand, fallacieusement, vous invoquez le viol

pour excuser vos écarts conjugaux, vous ne mentez qu’à demi, car, depuis

que le monde est monde, vous n’avez fait que subir des volontés qui ont

à jamais paralysé la vôtre. Aussi n’est-il pas étonnant que vous

ignoriez l’art divin des baisers et des caresses. Et qui sait si le

deuil éternel que vous portez sur votre peau si douce au toucher n’est

pas celui de l’amour?

TABLE DES MATIÈRES

NÉCESSAIRE INTRODUCTION.--Comment je rencontrai Paul Bourgette 7

CHAPITRE I. --De l’amour 15

-- II. --Des femmes 25

-- III. --Du baiser 40

-- IV. --De la pudeur 42

-- V. --Des marchandes d’amour 48

-- VI. --Des intermédiaires 65

-- VII. --Des artifices 80

-- VIII. --De la conception de la beauté 92

-- IX. --Des fêtes galantes 103

-- X. --De la jalousie.--Côté des Blancs 126

-- XI. --De la jalousie.--Côté des Noirs 148

-- XII. --De la jeune fille 164

-- XIII. --Du mariage 172

-- XIV. --De la vie en ménage pour l’Européen 188

-- XV. --De la toilette 204

-- XVI. --Des caquets de la dame noire 214

-- XVII. --De la condition de la femme 232

-- XVIII.--Du kamélé 239

-- XIX. --De l’adultère 245

CONCLUSION 253

6192-5-31.--CORBEIL. IMPRIMERIE CRÉTÉ.

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Le parfum de la Dame Noire · 第 9 / 9 段