CHAPITRE XCV.

Soirées chez la grande-duchesse.--Portraits des Turcarets de la cour de

Florence.

Le carnaval avait un peu fatigué même cette ardeur de plaisir si vive en

Italie, et aux dissipations extérieures et bruyantes avaient succédé le

charme plus tranquille des voluptés mystérieuses, l'aimable familiarité

des soirées sans étiquette, et les causeries plus libres et plus

amusantes du petit comité. Toutes les fois que le cercle devait un peu

s'étendre pour satisfaire aux exigences des vanités légales, et donner à

tout ce qui composait la cour l'occasion de remplir ses fonctions, je

n'étais point appelée au milieu de cette fournée encore considérable de

dames d'honneur, de chambellans, d'écuyers et de fonctionnaires; mais

dès que la réunion avait lieu sans invitations officielles, et qu'elle

était en quelque sorte l'effet du hasard, les principes du cérémonial

étaient sauvés, et je me trouvais obtenir ainsi, plus souvent que les

grands en titre, les honneurs du tête-à-tête et du sourire impérial.

Élisa possédait au suprême degré le tact, l'amabilité et la grâce

nécessaires à son rôle de présidente; et comme elle trouvait elle-même

du plaisir à descendre de sa dignité, elle rendait les autres plus

agréables en l'étant elle-même davantage. La noblesse italienne, qui

encombrait ses antichambres, venait en détail à ces réunions; c'étaient

les Gheradeschi, les Médicis, les Pozzoloni, les Barbarini. Il y avait

dans tout cela de fort beaux hommes et de fort jolies femmes, et sinon

une grande liberté d'esprit, en revanche une extrême facilité de moeurs.

Nos chambellans et dames d'honneur étaient dans le même système, et la

conversation n'était pas plus sévère que la conduite. Toutefois il y

avait de la délicatesse dans l'une, aussi bien que du décorum dans

l'autre. De même qu'autrefois la qualité de simple citoyen romain était

une certitude d'honneurs, de même, à cette époque de gloire et de

puissance, un Français devenait par son nom seul un objet d'attention et

de respect. J'ai vu aux soirées intimes de la grande-duchesse non

seulement les Français qui occupaient de hautes fonctions publiques,

mais ceux même que leurs grades ou leur rang n'élevaient pas jusqu'aux

classifications que les cours légitimes établissent pour les petites

politesses que les maîtres daignent accorder quelquefois aux sujets.

Toute personne honorable était admise dans cet intérieur d'un palais

accessible et affable; point d'exclusions à cette familiarité flatteuse,

qui, tout en laissant subsister la distancé du trône, donnait cependant

par ses concessions tout ce qu'il fallait aux amours-propres. Ceux même

que leur valeur personnelle, que leur esprit ne recommandait pas,

recevaient des ce contact impérial une meilleure opinion d'eux-mêmes, et

par conséquent une involontaire disposition à lui dévouer les qualités

qu'on voulait bien leur reconnaître. Il est si naturel de croire au

mérite, à la vertu, de se dévouer enfin à la cause des princes et des

gouvernemens qui nous estiment et qui tiennent compte de nos talens!

Cet art de rendre les autres contens, Élisa le possédait par habitude et

par nature, par penchant et par intérêt. Elle avait beaucoup d'esprit

pour son compte, et elle en avait encore davantage par celui que ses

gracieuses attentions provoquaient. Outre cette coquetterie de sexe que

pas une finesse n'abandonne, elle avait encore, si je puis ainsi

m'exprimer, une coquetterie d'ambition; elle ne voulait pas être

au-dessous de la fortune qui l'avait comblée de ses faveurs, ni

démentir, quoique femme, le nom de ce Napoléon qui l'honorait et

l'aimait de préférence. C'était quelque chose de piquant que cette

alliance de prétentions aimables, cette vivacité d'une femme née dans

une condition privée et qui n'en veut pas perdre les heureux priviléges;

cette finesse italienne qui animait sa physionomie et ses discours, et

cet instinct de grandeur et de dignité qui, tout en retenant les

faiblesses et les goûts d'une condition première, savait les soumettre

au besoin de l'estime, et se faisait un devoir d'acquérir les qualités

solides de son rôle de souveraine.

Ainsi que je l'ai dit, Élisa n'était point belle; mais elle possédait

assez d'agrémens pour n'être pas désespérée, et tous les honneurs

brillans qui se succédaient à la cour de Toscane pouvaient en vérité,

sans ridicule, flatter et encenser une princesse dont les charmes

eussent encore obtenu cet honneur dans un rang privé. Sa beauté était

donc officiellement reconnue dans les petites réunions. C'était en

quelque sorte le mot d'ordre qui servait de temps en temps à rallier les

groupes épars dans le salon; car le cercle, quoique fort restreint, se

divisait encore ordinairement en _a parte_ moins nombreux. Quand la

conversation languissait, quelque chambellan ou quelque autre courtisan

de bonne volonté trouvait toujours dans _la mise_ d'Élisa, dont le goût

éclatait surtout dans ce travail, le texte de quelque dissertation

commode que commentait le plus spirituellement possible la galanterie de

l'auditoire. Les Français avaient à cet égard des idées mères, jetaient

les premiers la motion imprévue d'une louange délicate et fine, et tout

le gros de la troupe se cotisait pour revêtir ces rapides improvisations

de l'esprit de toute l'hyperbole italienne. Rien n'était curieux comme

ces traits rapides de l'agrément français, ramassés au vol par des

écuyers ou par des gentilshommes; comme toutes les fadeurs élégantes du

moment développées, remaniées par des flatteurs de seconde classe en

style de dithyrambe.

De tous les grands fonctionnaires, M. le baron Fauchet, préfet de

Florence, était celui dont les assiduités étaient les moins fréquentes.

Je n'en sais pas trop la raison, mais il appartenait un peu plus à la

génération de la république qu'à celle de l'empire, et la jeunesse était

la vertu politique pour laquelle la cour de Toscane avait le penchant le

plus décidé. M. le baron Capelle, préfet de Livourne, était plus assidu

que celui de Florence, et la remarque en fut faite dans le temps et

n'appartient nullement à l'auteur de ces Mémoires. M. le baron Capelle

était non seulement un magistrat distingué, mais encore un homme de

beaucoup d'esprit. Il n'est donc pas étonnant qu'il fût toujours

gracieusement accueilli, et la malignité publique, qui aime à appuyer

son envie naturelle sur des apparences, n'a pas plus épargné M. le baron

Capelle que tous ceux qui comme lui avaient toutes les qualités

nécessaires pour justifier ces rumeurs. La seule chose que je sache,

c'est que l'empereur, qui pensait sur la vertu des princesses comme

César sur celle de sa femme, et qui voulait prévenir les soupçons

injustes que l'opinion malveillante ne manque jamais d'ériger en

accusations réelles; l'empereur, dis-je, refusa de donner son

consentement à ce que le préfet, qui devait être uniquement son

serviteur, cumulât avec sa dignité de proconsul impérial, je ne sais

plus quelle charge qu'Élisa se proposait de lui accorder à sa cour. Un

beau jour, au lieu du consentement et de l'approbation de Napoléon qu'on

attendait, M. le baron Capelle fut appelé à une préfecture plus

importante de l'intérieur. Mais ce qui dérouta toutes les conjectures,

c'est que cette place étant plus belle, il y avait dans le fait

avancement et non disgrâce; et ce qui acheva encore de confondre les

suppositions, c'est que la munificence impériale ajouta, dit-on, un

supplément de 20,000 fr. de traitement à celui du magistrat exilé de

Livourne. M. Capelle partit donc pour Genève, ville devenue très

importante par le séjour voisin de madame de Staël, retirée à Coppet,

attendu que Napoléon n'était pas sans quelque jalousie contre cette

femme célèbre, puisqu'il la traitait en effet en puissance rivale et

dangereuse. Ce que je dois à la vérité, c'est de déclarer qu'à Livourne

M. le baron Capelle jouissait de toute la considération que ses qualités

aimables méritaient de lui concilier. Il était homme de société autant

et plus peut-être que de cabinet. Il n'en faut pas davantage pour

mécontenter les médiocrités qui croient les affaires incompatibles avec

l'esprit et les succès du monde. Ce préfet fut remplacé à Livourne par

M. le baron de Goyon, qui doit être aujourd'hui comte ou marquis; car il

tenait à une de ces familles de la vieille roche, que l'empire mettait

quelque coquetterie à recruter pour marier la noblesse féodale avec sa

noblesse récemment armoriée. Je ne parlerai pas de M. de Goyon; il vint

fort tard dans ces pays, et je ne l'ai vu qu'une fois passer en habit

brodé.

Tous les généraux, qui alors ne restaient guère en place, et qui

passaient par les états de la grande-duchesse, paraissaient comme des

étoiles fugitives, comme des astres d'un moment à sa cour; mais parmi

ceux dont l'illustration m'était chère, il ne me fut donné d'en

rencontrer aucun. Les financiers étaient en fort bonne odeur dans les

réunions du soir. Ils soutenaient là mieux qu'ailleurs la difficile et

brillante concurrence des militaires et des aides-de-camp. Ils formaient

en quelque sorte le fond de la société, parce que leurs fonctions les

mettaient en rapport direct avec Élisa. Ces Turcarets de l'école

moderne, qui n'avaient rien de leurs devanciers, et qui semblaient fort

bien dressés aux habitudes de palais, étaient entre autres: M.

Hainguerlot; M. de Sourdeau, receveur général; M. Scitivaux, payeur; et

M. Rielle, intendant général de la maison de la grande-duchesse.

M. Hainguerlot, à la tête poudrée comme un élégant de l'ancien régime, à

la taille fine et au port décidé comme un mirliflore du jour, coquet et

fastueux depuis les épingles en diamans de son jabot jusqu'aux boucles

en émail de sa chaussure, réunit dans ce qu'elles ont de bien toutes les

nuances diverses du marquis, du fournisseur et de l'homme à bonnes

fortunes. M. Hainguerlot, qui possédait peut-être autant d'instruction

que les autres, en laissait moins paraître et atteignait à moins de

frais au talent de plaire. Il excellait dans ce que j'appellerai

l'esprit du directoire, expression qui ne sera sentie que par ceux qui

ont suivi les moeurs de cette époque, sorte de mélange d'une gaieté tout

à la fois leste et bruyante, et d'un grand laisser aller de paroles et

de principes, qui convenaient assez bien au caractère de M. Hainguerlot,

et qui donnaient à son air d'opulence facile et généreuse comme une

grâce naturelle _del non curare_, qui font tout de suite d'un homme

riche un homme agréable.

M. Rielle pouvait s'appeler l'antithèse naturelle de M. Hainguerlot.

Quand on observe M. Rielle, on est tenté de dire: Voilà la bureaucratie

avec des manchettes, et l'arithmétique en habit habillé. Il passait à

Florence pour une tête forte, pour une capacité positive et sûre, et son

talent était là trop nécessaire pour n'être pas apprécié jusqu'à

l'exagération. Quand on tient la cassette des princes, on sait mieux que

personne se qu'ils valent; et le budget de leur maison devient celui de

leurs qualités et de leurs vertus. Le culte de M. l'intendant faisait

monter bien haut le tarif moral de la grande-duchesse; car on ne saurait

imaginer un dévouement plus absolu, une assiduité plus consciencieuse,

un empressement plus flatteur. Quand par hasard on questionnait M.

Rielle sur quelque objet sérieux et spécial qui pouvait le rapprocher

des chiffres, j'ai remarqué qu'il répondait avec une extrême lucidité,

car je me surprenais à le comprendre; mais quand la parole lui venait

toute seule, on sentait la gêne d'un commis qui se bat les flancs pour

être gracieux. Malgré son vif désir de plaire à la souveraine, qui

d'ailleurs l'estimait beaucoup et justement, malgré les avantages d'une

taille qui ne demandait qu'à se ployer, M. Rielle avait l'air d'un

courtisan mal à son aise, et pourtant ce n'était point faute de bonne

volonté, car dès le matin il se mettait en fonctions. Esclave de

l'étiquette, on ne l'eût jamais surpris sans le costume de rigueur.

N'importe l'heure, le lieu où il était rencontré, on pouvait compter sur

la toilette la plus sévère. Je fis un jour beaucoup rire la

grande-duchesse, en me permettant de dire que je croyais que M.

l'intendant couchait tout habillé. Le bon mot était si vrai, d'une

justesse tellement prise sur le fait, qu'un jeune homme attaché à la

personne de M. Rielle fut bien obligé de rire comme les autres du

portrait de son patron. Ce jeune homme intéressant, que par une

familiarité flatteuse tout le monde appelait M. Eugène[2], venait aussi

quelquefois aux soirées du petit comité, et Élisa se plaisait à lui dire

les choses les plus aimables. Nous étions fort bien ensemble; c'est de

lui que je recevais les appointemens particuliers et les gratifications

que la princesse daignait m'accorder. Quoique M. Eugène eût pu être mon

fils, il me grondait quelquefois d'une manière toute paternelle sur mes

prodigalités, mon humeur vagabonde et mon mépris du _qu'en dira-t-on_.

La petite mine de ce Caton de vingt ans était si piquante quand elle

était sérieuse, qu'il m'arrivait quelquefois de redoubler de folie dans

l'espoir de me les faire ainsi reprocher. Excellent jeune homme, un

souvenir doit vous distinguer de la foule de tous nos courtisans

italiens; votre coeur ne changea point avec la fortune de vos maîtres, et

je vous en remercie au nom de la femme généreuse à laquelle presque

seuls nous avons été fidèles.

Avant que le chef de M. Eugène, M. Rielle, m'eût aperçue dans l'intimité

de la princesse, il ne faisait pas grande attention à moi; il est même

probable que je lui déplaisais comme une de ces importunes de caisse que

la multiplicité des faveurs et des gratifications signalent aisément aux

préventions des trésoriers des princes, qui ont toujours l'air d'avoir

peur que les majestés et les altesses ne meurent de faim. Mais dès que

M. Rielle eut entendu l'excellente Élisa s'exprimer sur mon compte en

termes formels de bienveillance et d'extrême intimité, je n'eus qu'à me

louer de ses procédés. Je ne causais jamais avec lui, mais il me

saluait, comme on salue la faveur qu'on blâme et qu'on respecte.

Un jour que mes créanciers, car, dans les temps de ma plus large

opulence, j'ai toujours eu la manie de payer sans compter, mais de payer

tard; un jour, dis-je, que ces créanciers impolis, aimant mieux

s'adresser à d'autres qu'à moi, vinrent mettre haro à une somme qui

m'était accordée, M. Rielle défendit mes intérêts avec fermeté, me remit

devant eux et intact le don de ma bienfaitrice, et répondit avec la

formule qui accompagnait ses moindres paroles où le nom d'Élisa était

appelé par la circonstance: «Puisque Madame a le bonheur et la gloire

d'intéresser S. A. I. et R. _Madame la grande-duchesse, je ne puis

permettre qu'on la gêne dans l'emploi du don qu'elle obtient comme prix

de son zèle et de son attachement_.» Ce jour-là M. Rielle me parut

entendre l'administration et les finances aussi bien que Colbert.

Puisque je suis en train de peindre nos financiers, tous, à quelque

manie près, beaucoup plus aimables que ces grands seigneurs italiens à

la clef d'or, jetés dans le même moule, je ne dois pas oublier M.

Scitivaux, qui ne faisait pas sa mine plus orgueilleuse que ses

fonctions; homme réservé, aussi loin de la basse adulation que de

l'ingratitude plus basse encore; portant à la cour une originalité

toujours piquante, celle du désintéressement et de la franchise, ayant

de la lecture et de l'esprit, mais ne le laissant paraître que par oubli

et par distraction, possédant une mesure parfaite dans l'expression de

tous ses sentimens, ne manquant pas d'une certaine causticité dont il

sait à propos arrêter les saillies avec une prudence ingénieuse et

honorable. Il parle très bien italien, et, sous ce rapport seulement, il

trouvait grand plaisir à ma conversation comme à un exercice utile pour

ses légitimes prétentions à la pureté de la belle langue toscane; en

tout, M. Scitivaux était un homme distingué, et un certain défaut d'un

de ses yeux, qui donnait de l'irrégularité à son regard, par cela même

répandait comme un voile de malice sur toute sa physionomie, laquelle

allait fort bien à son genre de conversation. Il y avait aussi M.

Sourdeau, moins aimable en sa qualité de receveur général qu'en sa

qualité de mari d'une très jolie femme, qui eût été peut-être

incomparable, si, à vingt-deux ans, elle n'eût déjà été sans fraîcheur.

Elle n'avait pas beaucoup d'esprit, mais son sourire s'en passait si

bien, ses yeux avaient tant de charmes, et la beauté est si ingénieuse

et si éloquente quand on la regarde, que personne ne pouvait être assez

stoïque pour s'apercevoir de ce qui pouvait manquer à madame Sourdeau.

Je n'ai jamais revu cette femme ravissante depuis ses beaux jours de

Florence; on m'a dit, en 1817, que son mari avait quitté Paris pour

aller occuper la place importante de consul à Alger. Je suis bien sûre

qu'il y a dans le harem du dey peu de visages et de tournures

d'odalisques qui pussent rivaliser avec les grâces de madame Sourdeau,

et je suis bien sûre encore qu'une si jolie femme n'aura jamais assez

mauvais goût pour vouloir tourner une tête à turban. Au surplus, cela

regarde son mari.

Beaucoup de jeunes et brillans militaires venaient renouveler souvent,

par leurs courtes apparitions, la monotonie du salon grand-ducal,

qu'Élisa savait d'ailleurs prévenir par son amabilité naturelle, et par

la mobilité d'une imagination habile à chercher pour le lendemain des

impressions nouvelles, quand celles de la veille l'avaient ennuyée.

Alors les courses, les promenades aux diverses résidences impériales

renouvelaient l'aspect de la cour et dissipaient bientôt les vapeurs

inévitables de la royauté.

Je ne sais pas s'il y a un grand intérêt historique à relater

minutieusement les détails de ces soirées particulières; les plaisirs de

l'intimité sont ceux qui laissent le moins de traces, peut-être parce

qu'ils sont les plus doux. On riait, on causait, on jouait au billard,

quelquefois à cache-cache; les amusemens les plus simples devenaient,

par le contraste du lieu et des personnages, les plaisirs les plus

agréables et les plus piquans. C'est, en effet, quelque chose de

récréatif que de graves magistrats jouant à colin-maillard et des

préfets à la main-chaude. Malgré le désir de plaire à la souveraine qui

n'abandonnait jamais les hommes, des _a parte_ s'établissaient souvent,

et l'émulation de tous ne semblait point nuire à la sécurité de chacun.

Les glaces, les sorbets, le punch, circulaient sans cérémonie comme les

bons mots. La princesse me faisait lire des vers; mais elle ne cédait à

personne l'honneur de lire les bulletins de la grande armée, et le

plaisir de proclamer les exploits de son chef invincible. Le nom de

Napoléon une fois prononcé, Élisa redevenait souveraine, et les

courtisans, quelquefois mollement étendus sur les canapés, entraînés par

instinct ou par complaisance, interrompaient aussitôt le demi-sommeil

qu'ils se permettaient. Qu'on ajoute à la liste que j'ai donnée quelques

poëtes, quelques antiquaires, qui ne sortaient pas de cette honnête

médiocrité qui ne laisse pas même son nom dans nos souvenirs, et l'on

aura un almanach presque complet de la cour de Toscane.

Mémoires d'une contemporaine. Tome 4 Souvenirs d'une femme sur les principaux personnages de la République, du Consulat, de l'Empire, etc... · 第 8 / 36 题