Esther Bayonne

_de la Comédie-Française._

--Il le faut! pensa-t-elle.--Bah! un peu plus tôt, un peu plus tard,

tout le monde connaîtra la vérité, déjà sue ou soupçonnée par Asserme,

par tant d’autres. Et ce sera mieux ainsi.--Mes oncles?... Au point où

je suis montée, ils ne peuvent plus me renier; rentrons en ligne, de

pair avec eux.--Le marquis?... Je m’en charge, j’aurai réponse à tout.

Le serviteur porta ce papier à sa maîtresse.

Daria venait de fermer un volume d’Henry George, le socialiste

américain. Elle suivait sa pensée, ramenée par le livre vers l’homme

qu’elle voulait semblable à ces grands remueurs d’idées. Durant les

longs mois de solitude, cette pensée avait travaillé sur le héros idéal

dont elle se formait l’image: il prenait les traits du seul visage qui

eût fait une vive impression sur la jeune enthousiaste. Les velléités

irrésolues de l’autre année étaient devenues des projets fermement

arrêtés. Séduite à la première rencontre, elle avait été prompte à se

donner en paroles, par une sorte de forfanterie: manière de bravade

nihiliste où se complaisent ces natures exaltées. Mais la femme, la

vierge qu’elle était peut-être, s’était défendue instinctivement contre

une surprise des sens, avec les pudeurs, les méfiances, les alarmes du

cœur et de la chair qui parlaient plus fort que les mots fanfarons. Ces

tergiversations avaient affolé Elzéar pendant quelques semaines, elle le

savait, elle en jouissait un peu, elle s’en voulait beaucoup: droite de

caractère, pressée d’arriver au but supérieur qu’elle assignait à leur

association, elle ne se serait pas pardonné un simple manège de

coquetterie avec un homme de valeur. Elle y avait longuement songé, sous

ces bouleaux de Krasnoï-Rok où elle languissait: aiguillonnée par

l’ennui, par l’exaltation croissante des idées, par l’impatience de

sentir et d’agir, elle avait résolu de commencer enfin la vie de

sentiment et d’action. Elzéar, grandi par l’éloignement et le souvenir,

serait l’initiateur de cette vie. Daria revenait, prête à se rendre,

après quelque épreuve décisive qu’un reste de prudence exigeait encore;

loyalement prête à tout, jusqu’à l’abdication de sa liberté et de son

rang social;--toujours la bravade nihiliste, cette avidité de

l’immolation qui est leur marque spécifique! Aimait-elle vraiment l’élu

de son rêve? La réponse eût été embarrassante pour qui aurait vu clair

au fond de ce cœur. Elle n’aimait peut-être que le délire de sa propre

volonté; de cette volonté qu’une impression fortuite a mise en

mouvement, et qui va droit devant elle, se grise d’elle-même, périra

dans sa gageure plutôt que d’en avoir le démenti.

Les premières entrevues de Bayonne et de la princesse, au lendemain du

retour à Paris, n’avaient pas été ce qu’elle attendait. Après une longue

séparation entre deux êtres qu’une attraction violente a rapprochés un

instant, sans qu’il y ait eu fusion complète, les cœurs ne se rejoignent

pas au point précis où ils s’étaient quittés. Les cœurs ont cheminé par

des voies différentes. Le temps et la distance ont tissé un voile qu’il

faut d’abord déchirer. Daria ne retrouvait pas tout à fait dans Elzéar

l’homme que son imagination solitaire avait façonné, celui dont elle

croyait se souvenir et qu’elle se figurait avoir laissé à Paris, un an

auparavant. Elle devinait en lui quelque chose de contraint et de

dérobé; cette âme avait des retraites, des fuites, cet esprit jugeait

autrement des objets sur lesquels, autrefois, elle et lui pensaient en

commun.--Elle se reprocha ses doutes. Dès qu’elle eut raffermi son

empire, après les premières mésintelligences, elle le reconnut, toujours

passionné, ardent à la vouloir, docile dans l’instant aux suggestions

d’idées.

Le désir amorti par l’absence s’était vite réveillé chez Elzéar. Daria

donnait à tous l’impression éprouvée par Andarran sur la terrasse du

Palais-Bourbon: elle avait fait provision de beauté, comme il arrive aux

jeunes femmes après ces longues éclipses rurales, où il semble qu’elles

épargnent ce qu’elles ne dépensent pour aucun admirateur. Le charme

renouvelé qui émanait de toute sa personne, on l’eût dit emprunté aux

orchidées de la forêt russe que nul regard ne déflore, imprégné de leur

grâce sauvage et de leur chaste parfum. Il agissait sur le jeune homme,

bientôt ramené à ses transports d’antan. Le pouvoir intermittent

d’Esther était déjà oublié. Mais si la passion revenait, chaleureuse

comme aux premiers jours, elle n’était plus aussi exclusive de tout

calcul. Mûri par cette année d’expériences politiques, chaque jour plus

complaisant aux tentations d’intérêt et d’ambition qu’on faisait bruire

à ses oreilles, il avait modifié toutes ses idées dans un sens pratique;

moins pressé de réformer le monde, plus pressé de le posséder. Sur cette

pente, le cœur aussi devient plus pratique. Dans l’amour de Daria,

Bayonne apercevait ce qu’il s’était défendu d’y voir au début: des

avantages éblouissants, un merveilleux coup de fortune, si la maîtresse

désirée, obtenue, consentait à devenir la compagne, l’épouse.--De là

quelques différences dans ses empressements: il cherchait moins

follement auprès d’elle la surprise rapide qui n’eût donné que

l’ivresse; il voulait l’amener à une explication franche, complète, sur

la façon dont elle concevait l’avenir de leur liaison. Précisément,

l’avant-veille, après une longue causerie d’idées où elle avait combattu

ce qu’elle appelait «l’affreux positivisme d’un apôtre qu’on m’a

changé», Daria, interrompue par un visiteur, avait dit:

--La prochaine fois, nous parlerons sentiment. Nos cœurs se sont

rejoints, après quelques tâtonnements de ces frères séparés. Il faut

qu’ils s’ouvrent tout entiers. Je ne veux plus vous tourmenter, Elzéar,

vous serez content de moi.

Les cœurs s’étaient en effet rejoints, à la fin de cette causerie;

l’indéfinissable gêne des premiers entretiens s’était fondue dans la

chaleur d’une petite querelle de jalousie. Bayonne reprochait à la

princesse une conversation en _a parte_, chez les Sinda, avec le

capitaine Andarran, amené par son frère à cette soirée.

--Vous qui ne faites jamais attention à personne, vous m’avez négligé

pour ne vous occuper que de ce militaire!

--Il m’a amusée, je le confesse, répondait Daria.--C’est à grand’peine

qu’on lui tire quelques mots, et, derrière ces mots, on entrevoit tant

de pays étranges, tant d’action accumulée, une vie largement vécue et si

différente de la nôtre! J’ai cru sentir une force dans ce garçon. Oh!

une force grossière, inférieure; vous savez le cas que j’en fais! J’ai

péché comme Desdémone, j’ai écouté le More; mais pas jusqu’à l’aimer

pour les dangers qu’il a courus!

Elle riait. Elle n’ajoutait pas qu’en s’éloignant de Pierre elle avait

saisi, avec ce sixième sens que les femmes ont dans le dos, le regard

attaché sur elle; un long regard mesureur de déserts et d’horizons

infinis. Elle ne disait pas qu’un instant, si blasée qu’elle fût sur les

œillades mondaines, elle avait aimé l’hommage involontaire et subi le

pouvoir de ces yeux dominateurs.--Sensation légère, fugitive, de celles

que la plus sincère juge inutile d’avouer à l’homme dont elle dépend;

sensation vite oubliée, quand elle se retrouvait près d’Elzéar, quand

elle mûrissait la grande résolution de lui engager enfin sa vie. Et

c’était encore là le sujet de ses pensées, dans l’après-midi du jour

qu’elle s’était réservé pour la réflexion, avant l’explication promise

pour le lendemain,--lorsqu’on lui remit le papier d’Esther.

Elle lut, relut; la surprise se peignit sur son visage.

--Faites entrer, dit-elle.

Avenante et simple dans sa petite robe noire, l’actrice se présenta avec

la juste mesure d’aisance, avec la distinction accomplie d’une jeune

dame de charité introduite chez une personne de son rang.

--Vous me pardonnerez, princesse, la liberté que je prends, sous le

couvert de votre ambassade. Je viens solliciter votre charité pour une

de vos compatriotes, une pauvre artiste russe échouée à Paris, où elle

se trouve dans le dernier dénuement. La communauté israélite dont elle

fait partie s’était cotisée pour lui procurer quelques secours. Cela n’a

pas suffi. Nous organisons une représentation à son bénéfice, je me suis

chargée de placer des billets. On m’a dit à l’ambassade que nous

pourrions compter sur vos sentiments de générosité, on m’a encouragée à

vous importuner hardiment. Je ne me serais pas permis de vous écrire. Je

suis venue, sûre d’intéresser votre cœur à cette infortune.

Daria s’était levée, elle montrait gracieusement un fauteuil à la

solliciteuse.

--Certainement, mademoiselle. Veuillez vous asseoir, tandis que j’envoie

chercher ma bourse. Je profiterai avec joie de l’occasion pour vous

remercier des bonnes soirées que je vous dois, du nouveau plaisir d’art

que vous m’avez fait goûter, avant-hier encore, dans votre belle

interprétation de la _Chaldéenne_... Mais, si l’on pouvait oublier vos

traits quand on vous a vue en scène, j’aurais hésité... ce nom...--Elle

prit le papier posé sur un guéridon.--Nous ne vous avions pas encore

applaudie sous ce nom, n’est-il pas vrai?

--Oui, dit simplement Esther, je ne prends pas mon nom de famille au

théâtre.--J’ai des parents engagés dans cette terrible carrière de la

politique, où l’on se fait arme de tout, où l’on ne trouve aucun état

assez relevé, paraît-il.

Ceci fut dit avec un sourire spirituel, un soupçon de dédain qui la

plaçait d’emblée au-dessus de ces petitesses.

--Seriez-vous parente de M. Bayonne, le député? demanda la princesse,

visiblement surprise.

--Oh! très éloignée. Et je connais trop le cœur de mon ami Elzéar pour

ne pas le savoir au-dessus de ces minces préoccupations. Mais nous

avons, lui et moi, des proches dans l’administration, dans les affaires,

messieurs Bayonne... Vous les avez peut-être rencontrés, princesse?

Sous l’épaisse voilette, les yeux d’Esther scrutaient le visage de son

interlocutrice. L’étonnement qu’il exprimait n’était pas feint. Très

neuve à toutes les choses de France qui n’intéressaient pas son monde,

absente depuis que les Bayonne avaient pris tant de crédit, Daria les

ignorait. On lui avait présenté une fois, chez Sinda, le financier,

Louis-Napoléon; elle n’avait pas songé à établir une corrélation entre

son ami et ce porteur d’un nom que l’étrangère pouvait croire très

répandu. Par délicatesse de cœur, elle n’avait jamais interrogé Elzéar,

sur des origines qu’elle devinait humbles et obscures; elle attendait

des confidences qui n’étaient pas encore venues. Elle n’avait jamais été

renseignée par les informateurs mondains; leur malignité prudente se

contenait, devant la femme qui affichait d’une façon si provocante son

goût pour le socialiste.--Esther s’assura du premier coup d’œil que ses

prévisions ne l’avaient pas trompée: la princesse ne savait rien.

--Oui, continua-t-elle négligemment, nous sommes nombreux, dans toutes

les directions où l’on travaille; et très fiers de nous réclamer du

grand orateur. Ce pauvre Elzéar, qui l’eût dit? C’était le plus mal

partagé de nous tous par la fortune. Ses débuts furent pénibles, avant

que sa mère Rachel n’eût relevé leur maison industrielle. Il ne doit

rien qu’à son mérite; et nous serions tous si heureux de son élévation!

Il avait été un peu excessif dans ses idées, je crois; il devient

raisonnable, il me le disait encore l’autre soir,--il a toujours été si

bon pour moi,--tandis que nous le félicitions de sa prochaine entrée

dans le ministère.

--Ministre! Bayonne!--Cette exclamation échappa à Daria, comme si elle

se parlait à elle-même.

--Mais je ne voudrais pas trahir ses secrets, c’est peut-être

prématuré... Je reviens à cette malheureuse artiste, princesse...--Elle

jouait la confusion d’une personne qui s’est laissée aller trop loin,

sur un sujet d’ailleurs indifférent à ses auditeurs.

Daria n’écoutait plus, elle pensait. «--Ministre, Bayonne... parent

d’Esther... fils de Rachel... leur communauté...» Des jours se faisaient

de toute part, subitement, dans son cerveau; certaines particularités,

certains rapprochements, certaines réticences d’Elzéar qui l’avaient

intriguée plus d’une fois, sans l’arrêter autrement, revenaient à sa

mémoire, inondée de lumière; elle apercevait d’un seul coup toutes les

réalités qui devaient le plus meurtrir son idéal, dans le passé, dans le

présent, dans l’avenir. Devant cet écroulement, la Russe redevint celle

qui se jugeait si bien, lorsqu’elle disait à Bayonne, en lui contant

l’histoire de la Siclétia: «Ce qui m’épouvantait le plus, c’était de

sentir en moi une propension naturelle à agir comme ce tyran, dans une

heure d’emportement, si un inférieur m’eût résisté.»--D’un de ces

mouvements impulsifs qu’elle n’avait jamais su maîtriser, qui étaient

dans le sang, dans la race, dans l’orgueilleuse hérédité de

l’omnipotence seigneuriale, elle se leva, avança d’un pas vers Esther,

la colère aux yeux et à la bouche:

--Pourquoi me dites-vous tout cela, mademoiselle, pourquoi?

--Mais, fit l’actrice, avec un air d’étonnement calme, vous

m’interrogiez, princesse, j’ai répondu.--Je disais donc que ma pauvre

camarade...

--Non, commanda la voix irritée, pas de comédie, ici! Vous êtes venue

pour me dire tout cela, je le sens. Pourquoi?

Elle laissait s’épancher le bouillonnement intérieur, comme si elle eût

été seule, avec une superbe insouciance de la créature qui écoutait là,

devant elle. Celle-ci se leva à son tour.

--En vérité, madame, je ne comprends pas... Votre trouble... pour une

chose si simple! Je regrette de vous avoir indisposée. Il vaut mieux que

je me retire.

--Restez. Parlez. Vous saviez que cet homme m’est cher. Vous êtes venue

vous dresser entre lui et moi, pour me le rendre odieux. Pourquoi? De

quel droit? Que vous est-il?

--Je ne vous dois pas de confidences, madame.

--Dites donc tout! Je parle bien, moi! Vous craignez qu’on ne vous

l’enlève, ce parent... cet ami... plus, peut-être: cet amant? J’ai

deviné, ne mentez pas!

Les deux femmes étaient debout, devant la cheminée, face à face. Esther

se grandit, toujours très calme, appuya sur chaque syllabe:

--Je laisse le mensonge à d’autres, madame. Puisque vous tenez tant à le

savoir, il a été, il est encore ce que vous venez de dire.

Une crispation, un frémissement d’une seconde chez Daria, ce fut tout.

Le sentiment de sa dignité lui revint. Elle se rassit avec nonchalance,

toisa insolemment la comédienne, de bas en haut.

--C’est complet. Je vous remercie de vos renseignements, mademoiselle,

ils viennent à point. Veuillez remettre vos billets à mon maître

d’hôtel, il vous versera le montant de ma dette.

Esther s’inclina imperceptiblement, sortit, très pâle, mordant ses

lèvres sous l’affront. La porte de l’hôtel franchie, elle secoua

résolument la tête.

--Il le fallait, pensa-t-elle. C’est elle, la vaincue. Les apparences ne

sont rien, le fond des choses est tout. C’est elle, l’humiliée.

Elle remonta dans sa voiture avec la joie du triomphe. Elle venait de le

trancher, d’un coup décisif, ce lien irritant qu’un mensonge d’Asserme

lui avait représenté comme déjà formé. C’était fini, elle tenait sa

victoire.--Elle s’en fût tenue moins assurée, si elle avait fait la part

d’une chance d’erreur que les esprits de sa famille ne prévoient jamais.

Calculateurs très exacts de toutes les forces rationnelles, ces esprits

négligent ce que les astronomes appellent l’_astre troublant_: réaction

des forces incalculables, des folles générosités du cœur, illogisme du

sentiment toujours possible dans les natures d’une autre complexion

morale. Les aberrations de la volonté chez une Daria Véraguine, le

singulier mélange d’ascétisme et d’orgueil où cette volonté se retrempe

pour des actes déconcertants, voilà ce qu’une Esther Bayonne ne comprend

jamais.

Pas plus qu’elle n’eût compris le mot proféré avec un geste de bravade

par Daria, peu de temps après que la porte se fut refermée: cet

intraduisible «_nitchévo!_» qui résume, aux heures d’incertitude ou de

péril, tout le fatalisme d’une grande race, tout le défi altier qu’elle

jette au destin en s’abandonnant à lui. Daria le tira du plus profond

d’elle-même, ce mot, en se relevant après quelques instants

d’abattement. Et la femme qui hésitait depuis une année, sous l’empire

des vagues défiances, qui voulait s’accorder une dernière journée de

laborieuses réflexions, cette même femme, éclairée soudain sur des

indignités pires que ses craintes, prit aussitôt une décision. Elle

sortit, arrêta le premier fiacre qu’elle rencontra, se fit conduire

avenue Bosquet, au domicile d’Elzéar. Le député venait de s’absenter,

lui dit-on. Elle griffonna ces lignes sur une carte et la laissa sous

enveloppe:

«Venez dès que vous aurez lu ce mot. J’ai absolument besoin de vous

parler. Je ne sortirai pas. Je vous attendrai toute la journée. Venez.»

Elle rentra, attendit. Les heures passèrent. Il était plus de minuit,

quand on lui remit enfin ce billet:

«Je trouve votre mot, chère Daria. Je suis désolé. Les événements que

vous connaissez nous ont tous mis en désarroi, aujourd’hui. Je n’ai pu

rentrer chez moi, j’ai dû m’habiller chez un ami avec qui je dînais,

avant d’aller vous attendre à l’hôtel Sinda, où je viens de me morfondre

toute la soirée. Par quoi donc avez-vous été retenue de votre côté,

durant cette journée de coups de théâtre! Je suis navré. Et je ne

pourrai pas courir chez vous demain matin, vous le devinez. Il faudra

être de bonne heure à Versailles, pour une réunion préparatoire. Vous

voudrez certainement aller à Versailles. Faites-moi vite demander au

palais. Je ne vis pas jusque-là. Je vis près de vous.--Elzéar.»

--Quels événements? se demanda la jeune femme, qui n’avait reçu personne

depuis le départ d’Esther. On lui présenta à ce moment une lettre de

Félines, apportée par le chasseur d’un cercle:

«Princesse,

«Nous vous espérions ce soir chez les Sinda: on vient d’y organiser

pour demain une joyeuse partie à Versailles. J’emmènerai sur mon mail

la baronne, Mrs Ormond, quelques-uns des amis. Votre place est

réservée, naturellement; je compte que vous me ferez la grâce de

l’occuper. Rendez-vous demain à dix heures, sur la place Louis XV,

comme dit notre vieux Kermaheuc, sur la place de la Révolution, comme

lui répond Cantador. Ces dames vous conjurent d’être exacte, afin de

trouver encore une langouste aux Réservoirs. Je baise respectueusement

la main qui va me répondre un joli _oui_, je l’en supplie.--Olivier de

Félines.»

--C’est bien, dites que j’irai, se contenta de répondre la princesse.

Et elle passa dans sa chambre pour essayer d’y trouver le sommeil.

Les morts qui parlent · 第 48 / 64 题