LE MARÉCHAL MARMONT AU MINISTRE DE LA GUERRE.

«Laybach, le 28 octobre 1810.

«Monsieur le duc, je reçois la lettre que Votre Excellence m'a fait

l'honneur de m'écrire le 19 octobre, et qui est relative aux projets de

levée de troupes dans les provinces illyriennes pour le service de Sa

Majesté.

«Voici quelles étaient les forces que l'empereur d'Autriche en tirait:

«Le régiment de Reiski, de trois bataillons, était formé du territoire

de Gouzin, du cercle d'Adelsberg et de l'Istrie autrichienne.

«Le régiment de Schimchan, de trois bataillons, était formé des deux

autres cercles de la Carniole.

«Le régiment de Hohenlohe était formé de la Carinthie.

«La Croatie, suivant les différents ordres du gouvernement de Hongrie,

fournissait des recrues à divers régiments hongrois qu'on peut évaluer

à un bataillon.

«La moitié de la Carinthie étant restée à l'empereur d'Autriche, on peut

estimer ce que recrutait le cercle de Villach à un bataillon et demi.

«Ainsi le gouvernement autrichien tirait de ces différents pays huit

bataillons et demi.

«Voici comment je pense que la division pourrait être faite pour

recruter trois régiments:

«Un régiment dans la haute Carniole et le cercle de Villach;

«Un autre régiment dans la Carniole inférieure, ou cercle d'Adelsberg;

Gorizia et Trieste, l'Istrie autrichienne et vénitienne, en remplacement

de la partie du cercle de Gorizia, qui est au royaume d'Italie;

«Le troisième régiment dans la Basse-Carniole et la Croatie civile.

«Par ce moyen, les Carinthiens, qui passent pour de mauvais soldats,

seraient fondus parmi les soldats des autres provinces, qui en donnent

de meilleurs. Il semblerait que la Dalmatie, qui doit fournir une grande

quantité de matelots, et qui a à peine deux cent cinquante mille

habitants, aurait suffisamment du recrutement du régiment dalmate, qui

est en Italie et se trouve toujours au complet. Quant à Raguse et à

Cattaro, ces deux pays doivent être consacrés presque en entier à la

marine, et il faut compter pour peu les soldats qu'on doit en tirer.

«Mais, si l'Empereur voulait augmenter davantage ses forces, je pense

que le meilleur parti serait d'organiser deux régiments frontières dans

les montagnes de la Dalmatie; de conserver tout le littoral, Raguse et

Cattaro, le littoral hongrois, Fiume et les îles, les marins déduits, au

recrutement de la légion dalmate. Par ce moyen, l'Empereur aurait le

plus grand nombre de troupes possible, sans surcharger la population, et

l'intérieur de la Dalmatie parviendrait à se discipliner et à

s'améliorer. L'organisation de Pandours qui y existe a été faite dans

cet esprit et comme travail préparatoire, attendu que Sa Majesté m'avait

paru être, il y a un an, dans l'intention d'adopter ce système.

«Quant aux officiers, on en trouve beaucoup et de fort bons. Ce pays est

rempli d'officiers qui ont quitté le service d'Autriche, qui ne cessent

de me demander de l'emploi, et beaucoup d'autres, au service de

l'Autriche encore, m'ont écrit ou fait dire qu'ils abandonneraient

l'armée autrichienne aussitôt qu'ils pourraient avoir la certitude

d'entrer au service de l'Empereur. Pour hâter leur retour, il serait

cependant utile d'établir un mode de rappel, soit par un décret de Sa

Majesté, soit par une publication.

«Il y avait ici quelques soldats licenciés de l'Autriche sans moyens

d'existence; j'en ai formé une compagnie de réserve, par enrôlement

volontaire; je l'ai envoyée à Trieste pour former la garnison de la

flottille. Cette compagnie est aujourd'hui de quatre-vingts hommes.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (3/9) · 第 132 / 136 题